Jérémie Renier se lance dans la réalisation aux cotés de son frère Yannick avec Carnivores. Ils ont choisi Leïla Bekhti et Zita Hanrot pour incarner deux sœurs actrices, dont l'une est sous la lumière des projecteurs et l'autre est à l'affût du moindre petit rôle. On pourrait penser qu'il s'agit d'un écho à la propre vie des frères Renier, mais ceux-ci démentent la rumeur, puisqu'à la base ils pensaient même en faire une comédie, puis l'écriture du scénario les a conduit vers une histoire plus sombre et oppressante.

Pour un premier long-métrage c'est plutôt réussi. La photographie est léchée, l'esthétisme des plans donne du sens au thriller en faisant écho à la psychologie des personnages, tantôt ultra maîtrisé comme l'allure que se donne Mona, tantôt sombre telle la noirceur dans laquelle on nous amène, toujours dans cette froideur indispensable. Attention toutefois à regarder ce film sur un écran qui gère bien le noir, je l'ai malheureusement visionné sur un écran qui avait tendance à trop contraster, ce qui rendait l'image parfois illisible.

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Le son a sa part d'importance pour instaurer cette ambiance sombre et froide qui transforme le drame en thriller. La musique fonctionne bien, même si parfois elle vient un peu trop appuyer la tension de certaines séquences. La bonne idée est la minimisation des dialogues. Beaucoup de choses sont refoulées, surtout pour le personnage de Leïla Bekhti qui montre beaucoup de finesse dans son jeu en faisant ressentir toute l'étendue de son mal être seulement en une attitude et un regard profond, alors que celui de Zita Hanrot est plus extraverti et sensuel. Elles sont toutes les deux talentueuses.
  
L'écriture comporte quelques défauts mais c'est facilement pardonnable pour un premier film. On ne peut qu'approuver sa durée courte, 1h26, qui permet de ne pas s'étendre sur des détails inutiles pour se concentrer sur l'essentiel, tout comme le choix d'une fin un peu brutale. On reste ainsi sur une bonne impression après cette folle montée d'angoisse. Certes, on devine assez aisément la finalité de cette histoire bien qu'une autre issue n'aurait pas été satisfaisante. Tout le cheminement du début, dont l'introduction peut paraître longue, vient à construire cette issue inévitable, ce basculement de pouvoir, par un appétit en effet de plus en plus carnivore. Ce mot choisi pour le titre a un sens évident, celui d'une sœur effacée qui envie celle qui attire tous les regards, mais aussi la faim que provoque le Cinéma, ce milieu si impitoyable, qui happe celui qui ose y goûter.

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Les deux sœurs sont les pièces centrales du film, tous les autres personnages sont relégués à un plan vraiment secondaires. Le seul qui se fait remarquer est le metteur en scène tellement son écriture est caricaturale, au comportement manipulateur et détestable, tout comme le film qu'il tourne avec Sam, le parfait film d'auteur en noir et blanc aux dialogues imbuvables... Leïla Bekhti (Mona) crève l'écran et intrigue le spectateur. Quant à Zita Hanrot (Sam), ce rôle fait presque écho à celui qu'elle interprétera brillamment dans La fête est finie (tourné quelques mois plus tard), cette fois-ci en étant plus introvertie mais dans un état d'esprit tout aussi imprévisible. 
  
Le cinéma belge marque encore un point avec ce thriller bien mené. Il reste encore des choses à affiner pour obtenir un film vraiment surprenant comme éliminer les clichés et ficelles du genre, en tout cas Jérémie et Yannick Renier montrent un réel potentiel pour de futures réalisations prometteuses. 

Découvrez Carnivores en DVD, Blu-Ray et VOD le 22 août, édité par AB Video dont vous pouvez suivre toute l'actualités sur Facebook.

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