Premier long métrage de Marie Garel-Weiss, pour lequel la scénariste et réalisatrice s'inspire en partie de sa propre histoire pour créer celle de Céleste et Sihem, décidées à arrêter les drogues, ou du moins contraintes si elles veulent survivre et reprendre une vie "normale" sans se voir exclues de la société. Jamais dans le sensationnel, d'une réalisation très naturaliste, La fête est finie reste sobre et franc face à cette histoire difficile, très sombre, mais qui sait garder une lueur d'espoir. 

J'avais d'abord repéré l'affiche dans le métro lors de sa sortie en février 2018. Elle m'attirait sans que je sache quoi que ce soit sur l'histoire. Deux jeunes femmes qui ont l'air libre les cheveux au vent, et ce titre vibrant. Son sens, "La fête est finie", semble pourtant contredire les sourires au dessus. Les couleurs sont indisciplinées, comme ses héroïnes, il faut les réaligner, les corriger, pour revenir à quelque chose de plus sage. C'est ce que Céleste et Sihem devront vivre, les drogues les ont éparpillées, elles doivent se recadrer, laisser derrière elle une vie à multiples problèmes.

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Le scénario sonne juste mais a du mal à surprendre. On est dans un réalisme poignant, inquiet du sort des deux amies. Il n'est pas question de comprendre comment on tombe dans le tourbillon des drogues, mais plutôt de comprendre le courage qu'il faut pour s'en sortir, quand le manque pourrait facilement prendre le dessus. Le film est divisé en deux parties, d'abord le centre de désintoxication qui agit comme une claque et fait prendre conscience de l'enjeu personnel auquel doit faire face le patient, tout en mettant en valeur l'entraide dans un groupe. Puis le retour à la vie autonome qui fait ressortir les failles que le centre réussissait à canaliser. On n'est jamais sûr du sort de Céleste et Sihem, tout semble pouvoir basculer si vite, le moindre faux pas serait fatal. 
 
Les raisons pour lesquelles elles en sont là ne sont presque pas importantes. Ces sujets sont abordés mais jamais on ne les juge. Ce qui est fait est fait, c'est du passé et toute l'histoire se tourne vers leur avenir, quel qu'il soit. Céleste ne semble pas imaginer qu'il soit possible d'espérer mieux pour elle, alors que Sihem est prête à se relever. Elles se soutiennent l'une l'autre, comme deux sœurs qui se seraient trouvées dans leurs peines. Pourtant le passé est bien là, enfoui en elles, comme leur point faible, comme une plaie qu'il faut éviter de réouvrir.

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Le soutien est la clé de leur situation. On en voit à plusieurs niveaux. Elles se soutiennent l'une l'autre, mais ce lien est fragile, elles peuvent se redresser comme replonger ensemble. Leur relation est forte, leur amitié est belle, leur influence l'une sur l'autre peut générer le meilleur comme le pire. Puis il y a les personnes du centre dans lequel la discipline imposée n'est pas toujours facile à accepter. Le rôle du centre et sa méthode de groupe sont expliqués dans une scène primordiale, alors que Sihem et Céleste ne comprennent pas tout ce que ces efforts demandés pourraient leur apporter. L'un des soutiens qui semble le plus efficace est le groupe de discussion. Il implique d'y faire le premier pas, mais semble salvateur. Enfin, la famille est forcément abordée mais de manière plus éloignée. Souvent, il y a de la honte, de l'agressivité, de la tristesse. Les quelques fois où les héroïnes sont confrontées à leur famille sont des scènes extrêmement fortes et poignantes.
 
Les actrices Clémence Boisnard et Zita Hanrot sont remarquables. Elles jouent avec justesse et se complètent bien. Les rôles sont justement construits ainsi. Céleste est une grande gueule, très énergique, son comportement exubérant cache sûrement un gros manque d'assurance. Clémence Boisnard s'est très bien glissée dans sa peau, pour l'un de ses premiers rôles, elle exprime une sacrée énergie et a un regard captivant. Elle fait presque de l'ombre à Zita Hanrot, César du Meilleur jeune espoir féminin pour Fatima en 2016, dont le personnage est de toute façon plus effacé. Elle aussi est tout de même bluffante, par l'expression de cette rage et cette souffrance qu'elle garde en elle, cette fragilité qu'elle tente de masquer avec une fausse assurance. 

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La fête est finie, un titre lourd de sens, comme si le moindre amusement était fatal, n'est pas un film sur la drogue mais sur la difficulté du sevrage. À l'aspect documentaire, ce premier long métrage de Marie Garel-Weiss est poignant de bout en bout, assez stressant, il faut attendre la fin pour un peu de soulagement. Il a le mérite d'entretenir une certaine lueur d'espoir, même si parfois on a peine à croire que Céleste et Sihem s'en sortiront un jour pour de bon. 

Découvrez La fête est finie en DVD le 21 août, et déjà en VOD, édité par Pyramide Video, éditeur dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur son site et sa page Facebook.

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