Nath va au cinéma

09 juin 2018

Jurassic World: Fallen Kingdom ★★★

Je retrouve avec un certain plaisir l'univers créé par Steven Spielberg en 1993, remis au goût du jour il y a 3 ans en introduisant de nouveaux héros et de nouveaux dinos. Ces dinosaures sont fascinants tout de même. Bizarrement, on a beau nous servir la même recette à chaque fois — des héros qui se retrouvent avec un enfant dans les pattes à protéger alors qu'ils essaient déjà de s'en sortir eux-mêmes, les apparitions théâtrales du T-Rex, les dinosaures mignons, les dinosaures moins mignons, les méchants peu scrupuleux qui se servent des dinosaures pour s'enrichir sans réfléchir aux conséquences — le film fonctionne, celui-ci est indéniablement plus sombre que le précédent, mais le divertissement a rempli toutes mes attentes. Bon, vous l'aurez compris, j'aimais déjà l'univers avant d'y aller, et j'aime toujours autant après avoir vu Jurassik World: Fallen Kingdom

Chaque film de cette saga introduit toujours une nouvelle espèce. Même si le T-Rex reste indispensable telle une mascotte qu'on vient faire défiler pour combler les foules (mais toujours aussi impressionnant), on a vu dans le précédent Jurassik World les possibilités infinies de la génétique, puisque l'Homme ne s'est pas satisfait de faire seulement revivre les dinosaures mais a trouvé bon d'en créer de nouveaux. On se souvient donc de l'Indominus Rex qui nous avait déjà pas mal fait frissonner. Et bien, comme si la catastrophe qu'il a provoqué n'avait pas servi de leçon, voici qu'on en découvre un nouveau, encore plus effrayant : l'Indoraptor.

2439328

C'est alors que le discours commence à évoluer. Jusqu'à présent, le dinosaure a été recréé dans le but du pur divertissement. Les parcs étaient conçus comme des zoos isolés dans lesquels on pouvait s'offrir un safari hors du commun. Maintenant que ces deux modèles de parcs découverts dans les précédents films ne s'avèrent pas viables, malgré toutes les précautions prises, que faire de ces dinosaures ? C'est justement la question posée dès l'ouverture du film où on retrouve avec plaisir Jeff Goldblum en docteur Malcolm, plus sérieux que jamais, qui donne son avis sur la question.

Le sujet du droit à la vie de ces animaux ainsi que de leur bien être est une vraie question. Alors que le parc est laissé à l'abandon depuis trois ans, voilà que le volcan sur lequel il est placé se réveille et menace de tout détruire. Faut-il alors sauver les dinosaures ? Le débat est lancé entre ceux qui ne voient les créatures que comme des tests de scientifiques qui sont devenus une menace pour leurs créateurs, et ceux qui les considèrent comme des animaux à part entière, et donc des êtres vivants à qui on doit le respect et la vie. C'est là qu'entre en jeu Claire (Bryce Dallas Howard) qu'on avait connu dans le film précédent comme une femme d'affaire assez froide et insupportable qui ne pensait qu'aux profits que pouvait engendrer son parc. Maintenant, elle a revu son opinion et devient une fervente protectrice des dinosaures (et on l'apprécie donc beaucoup plus).

0764995

Le réalisateur Juan Antonio Bayona a réussi à s'approprier le film sans en dénaturer l'univers. Il développe ainsi un aspect bien plus sombre que les précédents opus, on retrouve les sensations de frousse et les bonnes émotions du premier Jurassic Park, on est tenu en haleine du début à la fin. Certaines scènes vont sûrement rester un moment dans les esprits comme la fuite lors de l'explosion du volcan, très tendue, haletante et stressante, ou celle de la confrontation entre le nouveau dinosaure et le chasseur intrépide, effrayante mais très amusante. Les effets visuels sont toujours bien maîtrisés, les créatures font plus vraies que nature grâce à la combinaison d'animatroniques, comme au bon vieux temps, et de VFX nécessaires pour amener plus de détails et de fluidité dans le mouvement. Au moins, les acteurs étaient face aux dinosaures sur le plateau la plupart du temps et non pas à les imaginer avec des fonds verts autour d'eux.

Le personnage d'Owen (Chris Pratt) est toujours aussi sympa, impertinent et débrouillard, mais on fait surtout connaissance ici avec la jeune Maisie Lockwood (Isabella Sermon), petite fille de Benjamin Lockwood qui n'est autre que l'associé de feu John Parker Hammond, créateur du premier parc... Et il semble qu'elle ait bien des choses à nous faire découvrir dans le prochain film. 

5167391

Vu en IMAX 3D (est-ce que ce mode de projection influerait toujours très positivement mon avis sur les films ?), Jurassic World 2 est un bon divertissement, digne héritier des premiers Jurassic Park. A voir sans trop se prendre la tête tout de même, sinon on deviendrait fou à se demander pourquoi les personnages ont toujours besoin de créer de nouveaux dinosaures et de vouloir les sauver, alors que ces petites bêtes ne sont bien évidemment pas compatibles avec les humains ! Mais ça, l'avenir de l'humanité, on va sûrement être mieux fixé dans le prochain film. A suivre donc...


30 mai 2018

The Cakemaker ★★

Sans surprendre, The Cakemaker provoque une certaine curiosité. Ofir Raul Graizer a écrit et réalisé son premier long-métrage imaginant une liaison amoureuse entre deux hommes soudain rompue par le décès de l'un d'eux. Il se concentre alors sur le deuil que cela aura provoqué chez son compagnon, et son idée folle d'aller sur les traces de l'autre, à la rencontre d'une famille qui ignore son existence...

Le premier, Moti (Zohar Shtrauss), est marié et père d'un enfant, vit en Israël. Le second, Thomas (Tim Kalkhof), est un jeune allemand qui émerveille avec ses pâtisseries. A la mort brutale de Moti, Thomas décide de partir sur ses traces, voir où il habite, rencontrer sa femme... L'introduction du film, pour en arriver dans le vif du sujet, c'est-à-dire le pèlerinage nécessaire à Thomas pour faire son deuil, est bien trop longue. On comprend pourtant rapidement que Thomas et Moti ne vivent pas dans le même pays, qu'ils ne se voient que lorsque ce dernier est en déplacement professionnel en Allemagne. 

4197464

L'ambiance du film est aussi alourdie par une réalisation et une mise en scène très classique, très studieuse, sans prise de risque. Au delà des cadrages sans grande originalité, et le manque crucial de renversements émotionnels, le silence s'impose comme la force du film. On est forcément curieux de découvrir la rencontre entre Thomas et Anat (Sarah Adler), la veuve de Moti. Puis on aime les observer, les scruter en attendant le moment fatidique de la découverte de la vérité. La tension est palpable, par leur confrontation souvent très silencieuse, de regards tristes et pleins de questions et de craintes.

On se pose nous aussi forcément pas mal de questions. Thomas reste un personnage étrange tout au long du film. Il aura même certains comportements à la limite de l'obsénité. On se demande aussi quel est vraiment son but à se rapprocher d'Anat, il semble être comme un aimant fou, à la fois repoussé et très attiré pour s'imisser dans sa vie. Il connaît probablement le danger que cela aurait de révéler son secret et pourtant il semble nécessaire qu'il fasse connaissance avec la femme pour en comprendre l'amour que son amant connaissait dans son pays, dans son foyer.  

4064651

Anat intrigue tout autant. Quand on sait que son mari allait souvent en Allemagne et lui ramenait des petits biscuits dont elle raffolait, la coïncidence parait bien énorme de retrouver un allemand dans son café qui sait cuisiner de succulents gâteaux... Est-elle dans le déni ? La douleur du deuil la rend-elle aveugle au point de croire que ce serait le destin de rencontrer Thomas, qui doit forcément lui rappeler son époux, à cause des biscuits, à cause de l'Allemagne... Tous ces mystères, ces non-dits gardent le spectateur en haleine jusqu'à la fin.

Dommage que le scénario manque de surprises et de grandes émotions, cette quête dans le deuil est assez originale et les acteurs sont très bien choisis. Ofir Raul Graizer a su aussi correctement doser les sujets abordées, la difficulté étant le fait qu'ils soient tous liés : l'homosexualité, l'infidélité, le désir et la religion.

Sortie dans les salles françaises le 6 juin 2018.

24 mai 2018

Girl ★★★

Girl a fait grande sensation sur la croisette. Premier film pour Lukas Dhont qui se voit couronné de la Caméra d'Or ainsi que de la Queer Palm. Premier rôle pour Victor Polster qui lui remporte le prix d'interprétation de la compétition parallèle Un Certain Regard. Le réalisateur belge, âgé seulement de 26 ans, semble prometteur au vue de ce film remarquable. Il peut facilement être comparé à Xavier Dolan, par sa jeunesse, par le thème de l'identité si justement abordé et par l'immersion dans l'univers d'une famille fragile.

L'histoire, inspirée de faits réels, est filmée de manière intense. La caméra se place au plus près de son sujet, elle l'observe, elle le suit sans cesse, invitant le spectateur à partager des moments intimes ou douloureux. Le choc est de découvrir Victor Polster incarner Lara, il est époustouflant par sa justesse, son naturel et sa délicatesse. On ne voit que du feu sur cette première expérience cinématographique.

0681273

Le sujet abordé n'est pas simple. Là où The Danish Girl était plus classique dans sa mise en forme et se penchait sur la double identité au milieu d'une histoire d'amour, Girl s'invite dans l'intime, sur une période assez précise, où le non dit prend tout son sens dans le regard de Victor Polster exprimant tant de doute, de questionnements, de peur, de désir... Lara n'est pas née dans le bon corps, elle doit attendre une opération, après un long processus de préparation, avant d'avoir tous les attributs féminins désirés. Déjà, sur ce point, ce n'est pas simple psychologiquement, elle ressent quelques blocages même si tout son entourage la considère déjà comme une jeune femme. Elle a d'ailleurs la chance d'être entourée par une famille aimante qui ne porte aucun préjugé. Malgré cet avantage, on se rend vite compte que tout cela n'est pas si simple.

Le sujet de changement de sexe est déjà complexe. Mais Lara est déterminée à devenir en plus danseuse étoile. Elle s'inflige donc une autre douleur, toujours en rapport avec son corps. Elle le torture, la danse classique n'étant pas tendre à la base, l'objectif de danseuse étoile l'oblige à souffrir encore plus. On endurera autant sa douleur en la voyant masquer son sexe au sparadrap, ou en voyant ses pieds martyrisés par sa persévérance. Et toujours cette caméra haletante qui la suit lors de ses entraînements, on la regarde tomber, se relever, s'obstiner, souffrir avec tant de peine...

5292599

Emotionnellement, il est vraiment difficile de ne ressentir aucune empathie pour Lara. Son histoire est si forte et la réalisation tellement juste qu'on ne peut être que touché. Encore une fois, les non-dits sont poignants. Chaque scène concernée par un silence a su être mise en valeur grâce à la qualité de la réalisation et à celle de l'interprétation de ses acteurs. Ainsi, que Lara soit seule face à un miroir, face à son père ou qui que ce soit d'autre, la tension qui en ressort est extraordinaire.

Girl est un très beau premier long métrage pour Lukas Dhont, même si son sujet n'est pas facile. Il est touchant et très dur à la fois, on ressort assez fragilisé et ému de la séance, mais forcément impressionné par la performance parfaite de Victor Polster. Il faudra attendre jusqu'au 10 octobre pour le découvrir dans les salles françaises.

22 mai 2018

Les filles du soleil ★★

Les filles du soleil, d'Eva Husson, faisait parti de la compétition cannoise. Deuxième projection pour moi lors de Cannes à Paris, j'ai été plutôt déçue par le scénario. J'en attendais plus de force, j'attendais un vrai film coup de poing. La réalisatrice s'est embourbée dans ce conflit kurde en essayant de mettre en valeur son casting très féminin, en jonglant maladroitement entre l'histoire d'une journaliste, celle d'une héroïne de la résistance et les horreurs perpétrées par l'état islamique.

Je dois avouer que je suis fascinée par Golshifteh Farahani, je la trouve belle et talentueuse. Elle illumine les quelques films dans lesquels je l'ai vue. Ce rôle de Bahar est certainement le plus fort qu'elle ait pu jouer jusqu'à présent et elle est très convaincante. Elle porte à l'écran une extrême souffrance en elle, une certaine fragilité, galvanisée par une force étrange, une rage. Elle est le principal atout du film.

1606524

Le choix d'avoir intégré le personnage de Mathilde, jouée par Emmanuelle Bercot, une journaliste tiraillée entre l'amour de son métier, le deuil de son mari et la honte qu'elle a de ne pas réussir à parler à sa fille me semble inutile. Elle brouille l'histoire principale. Finalement toute la partie qui correspond à son reportage affadit le scénario et n'apporte rien d'autre qu'une voix off, témoin de la situation, narrative et illustratrice. Ainsi, le fait de vouloir absolument vouloir donner un passé à Mathilde devient pompeux et j'en ai même ressenti une sorte de dédain pour elle, à me demander ce qu'elle faisait là. Car Bahar n'avait pas besoin de cet appât émotionnel pour se confier.

Bahar est une femme cultivée, elle avait un bon métier, elle avait un mari aimant, elle avait un enfant. Elle était tout simplement heureuse, trouvant le bonheur dans les petites choses de la vie entourée de sa famille. Elle aura perdu tout cela en quelques minutes après une attaque brutale de l'état islamique. Toutes les fois où elle raconte son histoire à la journaliste, on découvre sous forme de flash-back son histoire, tout ce qu'elle a vécu, tout ce qu'elle a du endurer. Le rythme du film s'en voit affaibli, passant des quelques actions insipides montrées sur le front de guerre, à une journaliste trop perdue dans sa tête jusqu'à ce qu'elle se ressaisisse et obtienne l'histoire de Bahar.

5175524

Cette histoire est dure émotionnellement. Bahar a été enlevée par l'état islamique, ce qui implique qu'elle est devenue une marchandise, une esclave sexuelle. Tout l'intérêt des Filles du soleil est de se rendre compte de cette vie misérable, et comment Bahar a pu avoir l'espoir et la force de s'en tirer pour devenir une combattante de la résistance kurde. Ensuite, ce qui est dommage sur la "partie guerre", est de deviner assez facilement l'issue des actions. Et pour cela, la musique n'a pas été composée très subtilement. 

Finalement, tout ce qu'on retient du film n'est pas le conflit kurde, mais tout le passé de Bahar, son parcours l'obligeant à se défendre, à toujours garder espoir, et bien sûr l'interprétation de Golshifteh Farahani. L'intensité de ces scène est prenante, poignante. Dommage qu'Eva Husson se soit perdue dans l'écriture de ses personnages féminins et ne se soit pas concentrée sur l'essentiel, le parcours courageux de Bahar et des femmes qu'elle a croisées.

Sortie prévue dans les salles françaises le 21 novembre 2018. 

Posté par nath-graphiste à 11:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,

21 mai 2018

Leto ★★★★

Bizarrement oublié par le jury du 71ème Festival de Cannes, Leto est le premier film que j'ai pu découvrir lors de la programmation spéciale organisée au Gaumont Opéra, pour Cannes à Paris. Ce fut un enchantement. Leto est un film singulier qui invite chaleureusement le spectateur dans son univers surréaliste quelque peu atypique, en noir et blanc, mais pas que...

Le présent est en noir et blanc, les souvenirs s'accordent de la couleur... Ce n'est pas banal. Ce noir et blanc, bien plus que seulement esthétique, même s'il est bien assorti au côté nostalgique du rock'n'roll, évoque la répression du gouvernement soviétique, cette société bridée par des idées régressives. Le quotidien est morose et froid. Seuls les bons moments entre amis, le pouvoir de la musique, apportent de la chaleur. Le début des années 80 est haute en couleur en occident, beaucoup de choses bougent, mais en URSS, l'idéologie soviétique interdit tout penchant pour cette culture vue comme la dépravation même.

leto-ru-v06-di-v01-171218_114563_0

Kirill Serebrennikov n'était pas présent au Festival de Cannes. Il n'avait pas fini de monter Leto alors qu'il a été assigné à résidence, accusé de détournement de fonds publics par les autorités russes. Enfermé, il termine tout de même son film et offre une œuvre au parfum pourtant si fort de liberté, intégrant des clips surlignés de traits expressifs et de musiques aux paroles qui prennent soudain tout leur sens. Il s'évade littéralement via l'écran, à l'image d'un de ses personnages encore enivré, perdu dans un appartement trop étroit pour contenir autant d'énergie et d'envie de vivre...

Nous sommes à Leningrad, c'est l'été en ce début d'années 80. Un nid de rockers à la créativité débordante ne cherche qu'à s'exprimer. Ils sont plein d'énergie, d'envie, d'espoir. Mike (Roman Bilyk) en est la figure de proue, ses lunettes de soleil clouées sur le nez, son look décontracté. Parmi eux, Victor (Teo Yoo) sort du lot et Natacha (Irina Starshenbaum), la femme géniale de Mike, semble déceler en lui la perle rare. Le trio est magnétique et emporte le spectateur dans leurs mélodies, les textes de leurs chansons, leurs vies si énergiques et joyeuses dans un contexte qui voudrait le contraire.

thumb_58722_film_film_big

Ce film est incroyable créativement. En plus de témoigner d'une époque, il est bien plus qu'un témoin de l'Histoire, Leto se transforme en expérience visuelle et sensorielle qui sent bon le feel good movie. On aime ses personnages, on aime qu'ils nous emportent sur du bon son dans des choses qui n'ont pas existé. Le film s'entrecoupe de souvenirs composés à l'écran comme des triptyques, entremêlant l'image couleur de souvenirs chaleureux, de notes et autres expressions plastiques. Puis parfois, les scènes se transforment en délires fantasmés, surréalistes et curieux, faisant apparaître le personnage mystérieux du sceptique (Alexander Kuznetsov) qui semble sortir tout droit de notre tête, qui fait s'exprimer tout ce qui ne doit pas l'être. C'est tout simplement beau, vivant, entraînant, tout en y décelant un brin de mélancolie nécessaire.

Comme en occident, le milieu du rock russe est essentiellement masculin. Et pourtant, une femme est ici le point fort de cette histoire. Natacha est une femme de son temps, libre, amoureuse, passionnée. Elle impressionne aussi par le respect qu'elle impose naturellement. D'ailleurs, Mike évoque le fait que Mick Jagger, parmi toutes ses richesses, n'a pas de Natacha. Elle est un trésor.

2790621

Et puis la bande son. Leto mérite d'avoir reçu le prix Cannes Soundtrack 2018 qui récompense la meilleure musique de film en compétition. Quand on aime déjà le rock de l'époque, on se délecte de la passion qu'a Mike pour T-Rex, Velvet Underground, les Stones, David Bowie ou encore Blondie. Ces personnages ne sont pas que des musiciens, ce sont avant tout des amoureux de musique, ils s'échangent des disques en contrebande et se font découvrir les chansons tels des enfants face à un sac de billes caché comme un trésor. Au delà du bon choix des musiques occidentales, on découvre le son russe qui s'en inspire, qui les réécrit et les réinvente. Avec les moyens du bord, les artistes ont composé des chansons qui n'ont rien à envier à ceux qu'ils admirent. Ils ont compris toutes les ficelles pour faire un tube, pour donner envie de danser. Le début du film, avec Mike sur scène dépeint d'ailleurs très bien l'ambiance si particulière dans laquelle ils évoluent. Le rock est universel, il jouerait dans un club de Londres, tout le monde danserait sans retenue. A Leningrad, les jeunes gens doivent rester sagement assis sur leurs chaises, osant à peine taper du bout du pied...

Leto est un film généreux, foisonnant de créativité et est un hymne à la liberté. Il a la force de ne pas être fataliste en choisissant de mettre en lumière de manière positive le bout de vie de ceux qui ont été des figures importantes du rock russe. 

En attendant sa sortie dans les salles françaises, prévue leb5 décembre 2018, voici un extrait : 

15 mai 2018

Gringo ★

Grâce à la grève SNCF je me suis retrouvé en transit quelques heures au Havre, où il pleuvait tellement que le meilleur moyen d'attendre mon transport était une séance de cinéma. L'idée est simple : prendre la première séance disponible. C'est tombé sur Gringo. OK, pourquoi pas, une comédie d'action pour passer le temps ça peut le faire. En général ça peut le faire, en VF ça peut passer, mais là c'était tout simplement consternant. Du début à la fin.

La seule chose que je valide dans ce film est l'idée générale du scénario. Harold est un homme intègre qui se fait avoir dans tous les sens, sa femme le ruine et le trompe, son boss qui se dit être son ami se fout royalement de sa gueule. Alors qu'il se rend régulièrement au Mexique pour suivre la production d'un produit pharmaceutique à base de cannabis, la situation dégénère quand un cartel de drogue s'en mêle au milieu d'autres opportunistes. Dit comme ça, on ne comprend peut-être pas grand chose sur le pourquoi du comment, mais pour Harold c'est une totale descente aux enfers. Une descente aux enfers ça peut évoquer Breaking Bad en mode drame, ou Very Bad Trip en mode grosse comédie. Ici c'est simplement Bad. 

5106732

Bad script. Ça part dans tous les sens, même les rebondissements sans queue ni tête d'un Scary Movie fonctionnent mieux. Ils se sont compliqué la tâche en multipliant les personnages secondaires sans saveur. Bad caracters. Nous voilà fasse à une belle brochette de caricatures. Je me demande encore ce que fait Chalize Theron dans ce film ! Elle incarne la pire garce, elle le fait très bien dans l'attitude, pas de problème avec son jeu, mais pourquoi on doit absolument voir son décolleté en permanence, ça en est dégradant ! Joel Edgerton interprète le boss ingrat et prétentieux. Il est absolument détestable et dégoûtant à sauter tout ce qui bouge. David Oleyolo joue la caricature du noir qui vient d'Afrique, qui a des principes et qui veut faire tout le plus correctement possible pour s'intégrer. On a difficilement de l'empathie pour lui, le personnage est mal écrit. Il fait pitié avec sa tête de nauséeux pendant presque 2h.

Toutes ces caricatures impliquent les répliques et situations qui vont avec. L'humour devient vulgaire, misogyne et limite raciste, je ne fais pas souvent ce genre de remarque mais là c'était insupportable. On compare Harold au gorille qui veut manger des bananes, sa femme qui était obèse attire l'intérêt de son ami une fois qu'elle a maigri, Charlize Theron qui montre son décolleté en rendez-vous professionnel et fait des allusions sexuelles pour signer un contrat... Même une parodie s'en sort mieux pour jouer avec humour de tout cela. Et je ne parle pas du traitement des mexicains, ça ne vole pas plus haut. Ni du doublage attroce.

J'aurais donc passé un merveilleux moment à éviter la pluie devant ce navet, stupéfaite qu'un spectateur puisse éclater de rire toutes les trois minutes à des blagues dont je ne voyais pas l'intérêt et qui a tout de même quitté la salle à la moitié du film. Il restera le plus grand mystère de cette séance.

La bande annonce en VF c'est cadeau :

13 mai 2018

Avengers: Infinity War ★★★

Le voici celui que tout le monde attendait, le méchant Thanos, qui semble indestructible, va bien bousculer notre équipe d'Avengers déjà fragilisées depuis certains combats d'égos dans Captain America: Civil War. Pas évident de tout suivre, les films s'enchainent, les héros se multiplient et le calendrier des prochaines sorties ne cesse de s'allonger. Après avoir été très agréablement surprise avec Thor: Ragnarok puis dernièrement avec Black Panther, je reste un peu sur ma faim et accueille avec un peu moins d'enthousiasme cet Avengers: Infinity War.

Premier défi : construire un scénario qui se tient sans perdre les spectateurs en intégrant toute la pléiade de personnages Marvel. Il n'y a qu'à voir l'affiche, on dirait qu'on joue à 'Où est Charlie' tellement ils sont nombreux (s'il y en a que vous ne trouvez pas, c'est normal). Les frères Russo s'en sortent bien grâce à un scénario toujours aussi dynamique, toujours aussi fun (malgré la gravité de la situation) signé Christopher Markus et Stephen McFeely. Finalement, tout le monde trouve sa place, les personnages sont traités avec une équité logique, on nous amène dans différents lieux et des histoires parallèles se créent pour le même objectif, stopper Thanos.

5450920

Deuxième défi : faire de Thanos un méchant que l'on craint, sans qu'il ne soit trop ridicule ou trop expéditif (#JusticeLeague hmmm hmmm). Alors, alors... Oui, certes, il est puissant, il est une réelle menace, il n'est pas juste là pour écrabouiller tout le monde et se marrer. Non, Thanos il veut sauver l'univers et d'après son analyse il faut éliminer la moitié de la population pour sauver les ressources et vivre en paix afin de rétablir un certain équilibre. Dans le fond, il n'a pas tord, on manque de ressource quand une planète est surpeuplée, de là à régler le problème de manière aussi expéditive que d'éléminer la moitié des habitants en un claquement de doigts, c'est clair qu'il faut en rediscuter...

Pour arriver à ses fins, il doit rassembler sur son charmant gant créé pour l'occasion les six pierres d'infinité, dispersées dans l'univers, dont certaines sont protégées par quelques uns de nos héros. Et bien, c'est là où je vais être un peu sceptique. Certe Thanos est très bien traité (je le rappelle, je n'ai pas lu les comics, mes références sont les seuls films que j'aurais pu voir précédemment, sachant que je commençais à être en over-dose jusqu'à la folie de Ragnarok qui avait réussi à regagner mon intérêt pour le genre), les différents héros cohabitent facilement, mais si on regarde bien, Thanos aurait pu expédier l'affaire en dix minutes. Bien que je n'ai pas vu les 2h36 passer, je me demande encore comment il a mis autant de temps pour entrer en possession des pierres (si cette information est un spoil, et bien, désolée...). 

414779

Je vois Thanos comme un chat qui aime jouer avec sa proie, qui prend un malin plaisir à la torturer. A voir la puissance du personnage, il pouvait écraser chaque Avenger en deux temps trois mouvements, mais alors quel serait l'intérêt du film si on n'offre pas au spectateur des combats épiques ! Je n'ai pas été très emballées par toute cette guerre, ce n'était pas aussi prenant que dans certains films précédents. La gravité de la situation y est certainement pour quelque chose, comme pour le moral de certains personnages d'ailleurs. Et c'est contrariant parce que d'un autre côté j'aime les voir galérer et se creuser la cervelle pour associer leur talent et tenter de stopper la catastrophe qui s'annonce.

Troisième défi : réussir à exploiter l'humour qui fait la touche de Marvel sans tomber dans la farce. Là, tout de même, il n'y a pas à dire, ils savent s'y prendre pour faire rire dans n'importe quelle situation ! Même au fin fond de l'espace quand tout semble perdu, on a droit au petit mot pour rire. Mention spéciale pour le dialogue entre Thor (Chris Hemsworth) et Eitri (Peter Dinklage en nain-géant, si si, ça existe chez Marvel), qui arrivent à faire rire alors qu'on devrait être ultra-angoissé au fond de son siège. C'est bien cela le rôle de l'humour, il détend le spectateur, et j'étais tellement détendue que je n'ai jamais eu peur pour un seul personnage, jamais été angoissé par l'issue d'un combat ou même ressentie une quelconque émotion. Il ne faut pas se leurer, il y a tout de même pas mal de dommages collatéraux, et bien ça ne m'a rien fait du tout, aucun chagrin, aucune frustration... J'ai suivi sans peine ce blockbuster divertissant, j'aurais même pu rester une bonne demi-heure de plus, j'ai pris ce qu'on m'a donné à voir jusqu'à cette fin qui est arrivée finalement tellement vite que je n'ai pas bien compris ce qu'on me montrait.

L'histoire continue pour les Avengers. Ce film confirme le fait que je suis beaucoup moins emballée par ce format que lorsqu'on se concentre sur un personnage (ou du moins une poignée car il est difficile de les isoler). Captivant, spectaculaire, mais j'ai manqué d'émotion. Pourtant, ça fonctionne, et on n'a bien envie de voir la suite prévue pour mai 2019 puisque ce film se termine sur une chose qui laisse finalement bouche bée. 

30 avril 2018

The Guilty ★★★★

Prix de la critique lors du dernier Festival International du Film Policier de Beaune, The Guilty est un film atypique. 75 minutes haletantes, surprenantes durant lesquelles le spectateur se prend au jeu de l'enquête en huis clos. J'ai eu le privilège de le découvrir lors d'une avant-première organisée par Allociné, il vous faudra par contre attendre jusqu'au 11 juillet 2018 pour le voir sur grand écran.

Il est tard, Asger termine sa journée au centre d'appels de la police de Copenhague. Selon les urgences sur lesquelles il tombe, il semble exaspéré ou amusé par la situation. Vient un appel différent qui éveille tous ses sens de policier. On le découvre tout à coup inquiet et déterminé à sauver cette femme paniquée qui vient de se faire enlever. Son seul outil sera son téléphone et il ne devra compter que sur son instinct pour résoudre cette affaire.

cxfu

Découvert au Festival de Sundance, salué par la critique à Beaune, ce premier long-métrage du danois Gustav Möller ne va pas laisser indifférent. Là où le thriller nous a habitué à être sur le terrain et suivre un enquêteur à l'affut du moindre indice, The Guilty nous enferme dans un centre d'appel, au plus près de l'agent Asger et de son téléphone. Ne comptez même pas voir un bout de Copenhague, tout ce passe là. Si Möller avait pu filmer l'intérieur du cerveau de son acteur, pour voir tout le cheminement de la pensée de son personnage, il s'en serait donné à cœur joie !

On pourrait appréhender ce huis clos, se lasser des plans serrés, avoir peur de tomber dans la répétition et l'ennui. Rien de tout cela. C'est notre ouïe qu'on va stimuler. Comme Asger, on va tendre l'oreille à chaque appel pour tenter de déceler le moindre indice, de deviner la situation. Même un silence au bout du fil va devenir intense et lourd de sens. Gustav Möller va faire appel à l'imagination du spectateur pour se figurer les personnes qui appellent, qui est la victime, qui est le coupable. Entre un scénario fournis en rebondissements, le montage bien ficelé et le son travaillé à l'extrême, il est impossible de s'ennuyer. Mieux, le suspense est à son comble jusqu'à la dernière minute.

The-Guilty-1200x520 (1)

On suit l'histoire quasiment en temps réel. On a l'impression d'être assis à côté de l'agent Asger, d'être aussi anxieux que lui. L'acteur Jakob Cedergren est d'ailleurs extraordinaire, sa performance est primordiale pour emporter le spectateur dans ce récit mouvementé. Les plans séquences sont nombreux, et il est presque dans la même situation qu'un one-man-show. Le moindre défaut de jeu est interdit vu que la caméra est sans cesse sur lui à scruter chacun de ses mouvements, de ses réactions qui semblent incontestablement vraies. Cette proximité fait adopter au spectateur son point de vue assez facilement, on comprend les mêmes choses que lui, par la même déduction. On va aussi devenir curieux petit à petit, car en parallèle de l'enquête, on découvre sa personnalité complexe.

Cette approche sonore offre une nouvelle perception du polar scandinave ou même du polar tout court. Alors qu'on a un visuel extrêmement minimaliste, celui de cette salle du centre d'appel sans âme, l'imagination stimulée par les bruits, les sons, les quelques phrases entendues au téléphone semble donner des images extrêmement précises et riches de la situation. Après la projection, c'est étrange de penser se souvenir de lieux, de véhicules et même de personnages qui n'ont pas été filmés, mais simplement représentés par des sons et des descriptions. L'expérience fonctionne, la tension est bien présente, le suspense est à son comble, The Guilty impressionne !