Nath va au cinéma

03 décembre 2018

À la dérive ★★★

Agréable surprise que la découverte de ce film. À sa sortie au cinéma en juillet dernier, je n'avais pas été très inspirée par la bande annonce d'À la dérive, il s'avère que je me faisais une fausse idée de cette histoire, un peu plus complexe qu'un simple film de survie. Le réalisateur Baltasar Kormákur aime adapter des histoires vraies quand cela aborde le dépassement de soi (Survivre en 2012 ou encore Everest en 2015). Il est servi ici avec cette incroyable mésaventure qu'a vécu Tami Oldham Ashcraft et son fiancé Richard Sharp, perdus en mer durant 41 jours en 1983.

Quand on pense à 'film de survie', il y en a à toutes les sauces : l'oppressant 127 heures, le poétique L'Odyssée de Pi ou le formidable Seul au monde. Lors de l'écriture du scénario d'À la dérive, Aaron et Jordan Kandell ont été appelés par Disney pour Vaiana. Bizarrement on retrouve un peu de l'esprit du dessin animé dans la force que trouve Tami pour s'en sortir. En effet, les deux héroïnes sont assez similaires dans leur témérité. 

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L'histoire est racontée de manière dynamique en jonglant entre l'avant et l'après. La scène de la tempête qui a fait chavirer le bateau viendra même tard dans le film puisque le point fort est plutôt de comparer la quiétude de l'avant face à la fébrilité de l'après. Les parallèles sont d'ailleurs bien menés en utilisant un détail dans le cadrage ou dans des accessoires, tels des activateur de mémoire. Des souvenirs, on n'en a gardé que le meilleur. Cela peut d'ailleurs rendre l'histoire mièvre en penchant un peu trop du côté comédie romantique. Pourtant le récit de cet amour flagrant est indispensable pour comprendre où Tami puise sa force.

Tout l'intérêt de ce film réside dans le mélange qui se crée de manière bien dosée entre le survival et la romance. Souvent, l'un ou l'autre prend le dessus, mais dans À la dérive les deux sont indissociables. Le duo entre Shailene Woodley et Sam Claffin fonctionne très bien. Les deux acteurs plaisent à un public jeune, et évoquent à la fois le romantisme et l'action, ils ont d'ailleurs chacun officié dans des franchises musclées, Divergente pour la première et Hunger Games pour le second.

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Quand la plupart des films se déroulant en mer sont tournés dans une piscine géante, Baltasar Kormákur a choisi de défier les éléments et tourner vraiment en plein océan Pacifique. Le résultat parait assez authentique en effet, surtout quand la caméra est au plus près des personnages, les suivant même dans l'eau. L'océan est à perte de vue et le bateau perdu au milieu. On sent presque le vent iodé et les embruns. Seule la tempête a bien sûr été recréée numériquement dans des studios en Nouvelle-Zélande. Même si elle est réaliste montant le stress à son comble, on peut reprocher une caméra un peu trop stabilisée dans l'ensemble lors de ce moment clé.

À la dérive comblera les fans de comédies romantiques qui aiment les histoires mouvementées, mais où l'amour est plus fort que tout. Cette histoire est éprouvante pour les personnages autant physiquement que psychologiquement. L'épreuve qu'ils ont traversé, et notamment Tami, est exceptionnelle et le film semble bien retranscrire tout ce qu'elle a pu ressentir durant ces semaines interminables. 


 Découvrez À la dérive en DVD, Blu-Ray et VOD depuis le 7 novembre. Édité par Metropolitan Filmexport dont vous pouvez suivre l'actualité sur leur site et leur page Facebook.


 Retrouvez sur Cinetrafic une sélection de films sur l'amour ainsi que le top des films 2018 un peu avant la fin de l'année


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27 novembre 2018

Hotel Artemis ★★

Dans un futur proche, le chaos sévit à Los Angeles. Les causes, dont l'une est due la privatisation de l'eau, ne sont pas exploitées dans Hotel Artemis, on se concentrera plutôt sur la conséquence, le règne de la criminalité. C'est à un des scénaristes d'Iron Man 3 qu'on doit ce film, Drew Pearce, pour qui c'est aussi la première réalisation de long métrage. Il reste dans son domaine de prédilection en proposant un thriller d'action dystopique. Il réunit au casting Jodie Foster, qu'on n'avait pas vu jouer depuis Elysium en 2013, Jeff Goldblum, Dave Bautista, Sterling K. Brown, Sofia Boutella et Zachary Quinto.

Voici un bon divertissement même si le film n'a rien de bien surprenant. On est servi en action dès les premières minutes, les personnages présentent chacun un intérêt qui donne envie de mieux les connaître ou pour certains de les détester. Le contexte tâtonne la science-fiction avec ce futur dystopique en arrière plan. C'est peut-être dommage de ne pas avoir creusé ce sujet, bien que le parti pris soit centré sur ce qui se passe plutôt dans cet étrange hôtel, sur une seule nuit. L'action ressort ainsi beaucoup plus que le côté science-fiction ou même thriller.

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L'Hotel Artemis, comme son nom ne l'indique pas, est un hôpital réservé aux criminels. Dans un décor de vieux palace Art déco, l'infirmière (Jodie Foster) et Everest (Dave Bautista) s'exécutent à soigner des brigands plus ou moins écorchés. Ce duo est certainement le plus intrigant et passionnant du film. Elle, qui a vieilli, qui est frêle et petite, se voit tenir tête avec beaucoup de fermeté à la moindre crapule qui doit passer sous son scalpel. Pour les plus agités, son assistant saura s'imposer par son physique impressionnant déjà bien exploité dans Les Gardiens de la Galaxie. Jodie Foster a la chance d'interpréter le rôle le plus complexe et le mieux écrit de ce scénario musclé qui permet de creuser un peu plus cette histoire assez simple dans la forme.

Elle n'est pas la seule femme a être mise en valeur. La franco-algérienne Sofia Boutella, aussi à l'affiche de Climax cette année, joue une tueuse à gage bad ass, et continue sur sa lancée de rôles physiques dans lesquels elle excelle, comme La Momie en 2017 ou encore Kingsman en 2015. Elle amène une certaine fraîcheur dans sa facilité à camper ce genre de personnage et celle d'accomoder français et anglais naturellement. Le casting complet est plaisant à découvrir, les confrontations des personnages sont animées et donnent envie de voir comment tout cela peut se terminer même si peu de surprises se profilent.

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A l'image du duo Foster/Bautista, plusieurs associations antinomiques sont mises en avant. Le film se déroule dans un futur proche, l'infirmière utilise une technologie avancée et pourtant le décor est d'un autre temps et défraîchi. On retrouve ainsi une imprimante 3D face à un vieux walkman diffusant une musique nostalgique. Ce lieu rappelle l'âge d'or de Los Angeles alors qu'on voit la ville à feu et à sang. Tout ceci crée une ambiance unique, qui propulse cet hôtel dans une dimension parallèle le temps que les criminels se fassent soigner, comme s'ils s'offraient un moment de répits. Mais cette nuit-là, le repos ne sera pas de mise, un des patients n'étant pas là par hasard...

Tout s'emballe assez vite, la tension est tout le temps présente avec plus ou moins d'intensité. L'infirmière transmet aussi une certaine anxiété, par sa peur de sortir, un passé douloureux qui pèse sur ses épaules et surtout la découverte de ses patients. Lorsqu'on comprend ce qui est en train de se tramer, même dans les moments les plus calmes, on aura assez d'empathie pour ce bout de femme pour la soutenir dans ses décisions et s'inquiéter pour elle. D'autant plus que cet hôtel qui est sa forteresse devient sa prison en quelques minutes. 

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Hotel Artemis divertira les friands de films d'action, de bonnes séries B, il est plaisant de découvrir ce casting assez varié en quasi huis clôs et surtout de retrouver Jodie Foster à l'écran. Cependant, le film semble un peu long alors qu'il dure à peine plus d'une heure trente, ressenti certainement dû à un scénario qui manque de surprises et à quelques personnages qui auraient mérité d'être plus développés. Pour une première réalisation de long métrage, Drew Pearce ne s'en sort tout de même pas si mal, il arrive à créer une ambiance mi-futuriste, mi-nostalgique, tout en faisant ressentir le danger et le chaos extérieur. 


Hotel Artemis est désormais disponible en DVD, Blu-Ray et VOD depuis le 26 novembre. Edité par Metropolitan Filmexport dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur leur site et leur page Facebook.


Retrouvez sur Cinétrafic une sélection des plus grands thrillers ainsi que ceux sortis récemment.


 

22 novembre 2018

The Strange Ones ★★★

Avant de se lancer dans un format long, Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein ont réalisé un court métrage, Deux Inconnus, qui constituait déjà le noyau de The Strange Ones. Ce premier long métrage s'est fait remarquer dans plusieurs festivals, dont le Festival South by Southwest en 2017 où le jeune acteur James Freedson-Jackson a remporté à juste titre le prix de la meilleure révélation, ainsi que le Festival des Champs-Elysées où le film a obtenu le prix du jury. The Strange Ones interpelle par son côté sombre, ses mystères et la libre interprétation permanente qu'il propose au spectateur. 

La réalisation est maîtrisée autant dans la mise en scène, l'esthétique des cadrages et de la photographie, ce qui n'est pas rien pour un premier long métrage. Le scénario est intelligent, dévoilant des indices petit à petit qui viennent brouiller ce qu'on pensait avoir compris. On nous présente Sam (James Freedson-Jackson) et Nick (Alex Pettyfer) comme deux frères en route pour aller camper. Mais leur comportement évoque tout autre chose, sans trop savoir vraiment quoi. Fuient-ils ? Est-ce un kidnapping ? Sont-ils en danger ? Le film répondra petit à petit à ces questionnements sans jamais vraiment dévoiler l'entière vérité. On se fera sa propre opinion par rapport à son ressenti global. Cela frustrera peut-être certains spectateurs mais en réjouiront d'autres. 

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Le road trip commence pourtant de manière convenue : les grandes routes américaines avec ses arrêts dans des stations services paumées, l'un qui s'achète des lunettes de soleil cool quand l'autre rempli le réservoir... Heureusement l'ambiance louche brouille la sensation de déjà vu, quelques plans suggèrent qu'il s'est passé quelque chose et on veut savoir quoi. Très vite, exit l'ambiance road trip, on se met à scruter la relation entre les deux garçons pour tenter de découvrir qui ils sont vraiment. Puis il y a cette scène du motel qui est le tournant de l'histoire et qui confirme cette sorte de fébrilité présente depuis le début. Ce passage est d'ailleurs le point de départ de tout ce film, il était surtout le sujet du court métrage, visible en bonus du DVD. 

L'ambiance est envoûtante, d'abord par sa musique composée par Robert Lowry, puis par les paysages dans lesquels on nous amène. La clarté du jour fait face à la noirceur de l'histoire. Le duo entre James Freedson-Jackson et Alex Pettyfer fonctionne à merveille, et on a plaisir à découvrir ce dernier dans un rôle plus sensible et retenu qu'à l'accoutumée (il a notamment joué dans Magic Mike et Numéro 4). Mais le jeune garçon est le plus éblouissant, interprétant ce rôle complexe avec beaucoup d'intelligence et de maturité, il rend son personnage intimidant. 

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Le duo de réalisateurs a réussi à écrire une histoire qui tient en haleine du début à la fin, en jouant avec les nerfs du spectateur avide de découvrir la vérité. Il le rendra aussi mal à l'aise, car les thèmes sous-jacents sont le meurtre et la pédophilie mais surtout parce qu'il n'en ressortira jamais aucune certitudes par rapport à cela. Pour un premier film et peu de budget, c'est très réussi. Quand on aime les énigmes, on prend plaisir à tenter de reconstituer ce puzzle auquel il manquera indéniablement quelques pièces qu'il faudra imaginer.

Retrouvez The Strange Ones en DVD, Blu Ray et VOD depuis le 20 novembre, édité par Epicentre Films.

20 novembre 2018

Sobibor ★

Entre 1942 et 1943, des centaines de milliers de juifs ont été exterminés dans le camp de Sobibor. En apprenant sa fermeture et le sort fatal qui les attendait à tous, des prisonniers ont organisé leur évasion. L'histoire est déjà écrite puisque adaptée de faits réels, ils seront seulement une quarantaine à survivre. Même si ce sujet précis n'a pas été beaucoup traité au cinéma, la deuxième guerre mondiale a déjà eu droit à son lot d'adaptations divers et varié. Konstantin Khabenskiy a t-il trouvé un nouvel angle de vision à exploiter ?

 
Malheureusement, Sobibor aura du mal à convaincre. Pourtant, la scène d'ouverture installe immédiatement une ambiance terrible en provocant une situation de malaise. Un train arrive en gare, des centaines de personnes affublées d'une étoile sur le bras descendent, un orchestre les accueille en musique, des soldats allemands leur donne des consignes et insistent sur la douche méritée qui les attend après leur long voyage. On redoute forcément cette douche, surtout quand on comprend que ces personnes ne savent pas ce qui les attend... 

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Puis la suite perd immédiatement en intensité quand passivité et routine s'installent. On aborde pourtant très vite l'idée de l'évasion, mais les rouages mettent vraiment longtemps à s'activer. Aussi, plutôt que de redouter le soldat allemand, on méprise plutôt son trait extrêmement grossi, telle une caricature du méchant nazi dégueulasse et sans scrupule, alors que les prisonniers sont fades, pourtant certains semblent avoir un passé qui mériterait d'être mieux développé. Oui les faits sont impardonnables mais les personnages, qu'ils soient prisonniers ou bourreaux manquent cruellement de nuances.
 
Il faudra attendre patiemment les 20 dernières minutes pour retrouver la tension et la fébrilité du début. D'abord le plan enfin exécuté ranime l'intensité de cette histoire. Puis la scène d'évasion s'offre un instant onirique pour finir sur une métaphore visuelle de la liberté. Tout ce qui se passe entre temps est une série d'humiliations difficilement supportables, soit par l'ignominie ambiante, soit par le caractère du méchant nazi, quel que soit le personnage, développé de manière trop ridicule. 

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Et puis il y a la présence de Christophe Lambert, en leader du camp, donc en allemand nazi... Drôle d'idée de lui proposer ce rôle, il passe plutôt bien physiquement, même s'il reste très statique, mais plutôt pour son parlé. J'ai eu l'impression qu'il a été re-doublé en allemand, le rendu sonore est vraiment bizarre. Son personnage est assez troublant, malsain, surtout dans son rapport avec les femmes juives.
Je ne retiendrai qu'une introduction saisissante de terreur et une fin qui offre trop tardivement ce qu'on attendait d'un tel film. La photographie est belle mais ne peut pas sauver un scénario trop lent et caricatural. 

Sobibor est disponible en DVD, Blu-Ray et VOD depuis le 7 novembre. Edité par Wild Side dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur leur site et leur page Facebook.

Retrouvez sur Cinetrafic une large sélection de films sur la Seconde Guerre mondiale pour mieux explorer le genre du film de guerre à son meilleur.

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16 novembre 2018

Roma ★★

Alfonso  Cuarón revient à ses racines avec Roma, qui ne fait pas allusion à la capitale italienne mais bien à un quartier de Mexico, au début des années 70. Il rend hommage à l'employée de maison de son enfance, au travers du personnage de Cleo, parmi une famille bourgeoise au bord de l'implosion. Cette fresque d'un peu plus de deux heures m'aura laissé perplexe sur plusieurs points qui se partagent entre positif et négatif.

Quand on jette un œil à la filmographie de Cuarón, on peut noter une certaine disparité de ses films sur les sujets traités, les styles et les types de production. Y tu Mama también, Harry Potter, Le Labyrinthe de Pan, Le Fils de l'Homme, jusqu'à l'oscarisé Gravity, les films se suivent et ne se ressemblent pas, même si le drame et le fantastique restent récurrents. Avec Roma, il revient au pur réel, à l'observation de la vie, en se nourrissant de ses souvenirs. Il livre une œuvre intime sans la rendre intimiste.

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En signant le scénario, la réalisation et la photographie, Cuarón s'offre une parfaite maîtrise de son film. Les images sont magnifiques, il a travaillé un noir et blanc bien contrasté mettant en valeur le moindre détail. Ses cadres sont en grande majorité larges, laissant de l'espace au décor et aux arrières plans qu'on ne se lasse pas de décortiquer. Côté mise en scène, il aura abusé de travellings latéraux, de panoramiques et autres plans séquences comme s'il était en pure démonstration. Voici le premier paradoxe, la beauté des images qu'il a méticuleusement construites se voient bafouées par des effets de mise en scène redondants trop remarqués et longs, dès sa scène d'ouverture, un plan fixe sur un sol savonné, c'est beau mais interminable.

Cette fois-ci pas de tête d'affiche, pas de George Clooney ou Gael García Bernal, le casting nous est inconnu pour mieux se focaliser sur les personnages. Les dialogues naviguent naturellement entre l'espagnol et un dialecte mexicain. On nous présente une famille complète, des quatre enfants à la grand-mère, de la mère dépassée au père trop souvent absent et évidemment leurs employées de maison, dont Cleo, qui font office de nounou, femme de ménage, cuisinière, standardiste... Elles courent partout, de l'animation il y en a et pourtant on nous garde loin de toute empathie. Deuxième paradoxe. On est spectateur d'un an de leur quotidien, de leurs joies, de leurs peines, de leur galères et pourtant cela ne touche pas vraiment ou alors trop brièvement. Au delà du quotidien de toute cette clique, on découvre aussi un fond politique qui embrase Mexico et certainement d'une manière leur vie. Mais quoi qu'il arrive, la réalisation impose une distance entre le spectateur et l'écran, faute peut-être à trop de plans larges, on n'entre rarement dans l'émotion par trop de contemplation.

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Le troisième paradoxe touche son choix de supports de diffusion. J'ai eu la chance d'assister à une avant-première avec projection en salle de cinéma ce qui m'a permis de profiter de la pleine qualité de l'image et surtout du son. Cuarón a pris le parti de ne pas habiller ses images d'une composition musicale mais simplement des sons du quotidien. Si on entend de la musique c'est qu'elle est jouée au moment de la scène ou qu'elle sort d'une radio. Cela impacte peut-être le manque d'empathie mais participe grandement à l'invitation à l'observation permanente, comme on s'imprègnerait de la vie d'une place assis à la terrasse d'un café.

En effet, Roma va sortir directement sur Netflix. Il aura été diffusé en salle lors de quelques avant-premières ou de festivals et a d'ailleurs remporté le prestigieux Lion d'Or à la Mostra de Venise. Les spectateurs américains pourront néanmoins le découvrir brièvement sur grand écran afin de laisser une chance de sélection aux Oscars. Pour nous européens, il faudra se contenter de la qualité de la plateforme sur laquelle il devrait sortir le 14 décembre prochain, ou bien attendre une sortie DVD ou blu ray pour profiter de la meilleure qualité de visionnage tant bien qu'on soit équipé d'un bon écran et d'une excellente installation son, indispensable pour apprécier l'ambiance sonore enrobante.

Roma est d'une beauté indéniable mais manque cruellement d'émotion, un peu long aussi malgré la richesse des personnages. La contemplation imposée par une réalisation trop maîtrisée finit par ennuyer. A voir ce que peut donner un visionnage sur Netflix alors que le film mériterait un grand écran et un bel équipement son telles les salles Dolby Atmos.

12 novembre 2018

Les Indestructibles 2 ★★

Brad Bird c'est Le Géant de fer (1999), Ratatouille (2007), Mission Impossible Protocole fantôme (2011), mais c'est surtout le papa de la famille de super-héros Pixar : Les Indestructibles. Quatorze ans après le premier film, revoici Bob, Hélène, leurs enfants Violette, Flash et bébé Jack-Jack pour de nouvelles aventures toujours aussi inspirées.

Aujourd'hui, on baigne presque quotidiennement dans l'univers Marvel et DC Comics entre les multiples adaptations et matraquages marketing. Alors que Disney fait un carton avec les Avengers, Pixar dépoussière Les Indestructibles et s'offre une suite, sortie en juillet dernier au cinéma et ce mois-ci en DVD, blu ray et VOD. Brad Bird reprend sa recette originale sans se laisser influencer par les films de super-héros actuels. Il préfère mettre en valeur la famille plutôt que le sauvetage de l'humanité, spécialités des Spiderman, Captain America et autres Gardiens de la Galaxie, ce qui rend cette histoire bien plus humaine et montre des héros auxquels on peut plus facilement s'identifier.

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On retrouve nos héros là où on les a laissé quatorze ans plus tôt. L'univers reste donc le même, visuellement amélioré par les progrès techniques développés ces dernières années, surtout sur l'aspect des personnages. Les décors sont toujours rétro-futuristes ce qui éveille une certaine nostalgie puisqu'on s'amuse à ressentir des influences de James Bond et autres films d'espionnages ou d'action en découvrant notamment de super véhicules ultra-gadgetisés.

Les super-héros sont maintenant hors la loi, mais un entrepreneur enthousiaste, Winter Deaver, a envie de croire en leur retour. Elastic Girl s'est laissé convaincre pour renfiler son costume, laissant Bob à la maison s'occuper des enfants. Le sujet devient très actuel en abordant d'une certaine manière le problème de la charge mentale, quand la maman a l'habitude de tout gérer, mais en son absence le papa se retrouve tout à coup dépassé par toutes les tâches quotidiennes à accomplir. Bien sûr, cela est montré avec beaucoup d'humour, de tendresse et d'intelligence.

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Même si Elastic Girl est mise en valeur par ce scénario, c'est bébé Jack-Jack la star du film. La fin du précédent opus, ainsi qu'un court-métrage, commençaient à annoncer les incroyables capacités du nourrisson. Ici, on se délecte de tous ses pouvoirs, que ce soit lors de situations anodines ou dangereuses, son intrépidité est hilarante.

Le film est au top niveau technique, la créativité et l'humour des Studios Pixar sont toujours à la hauteur, par contre cette suite manque cruellement de surprises et d'émotions. Les équipes ont réalisé la prouesse de sortir le long-métrage le plus long de leur catalogue, animé entièrement sur ordinateur (1h58). Malgré l'action quasi continue, des longueurs se font tout de même ressentir à cause d'un scénario un peu trop prévisible. Cela n'enlève cependant aucun plaisir à suivre ces nouvelles aventures.

Petit bonus sympathique du DVD : le mignon court-métrage Bao, abordant aussi le thème de la famille, est plein de gourmandises et d'émotions, le genre de petit instant de bonheur que sait si bien offrir Pixar.


 Les Indestructibles 2 est disponible en DVD, Blu-Ray, Blu-Ray 3D, coffret 'Les Indestructibles 1 et 2' et VOD depuis le 9 novembre. Edité par Disney / Pixar dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur leur site et leur page Facebook.


Retrouvez sur Cinetrafic une sélection des plus beaux films animés de 2018 ainsi que le top des dessins animés pour retrouver son âme d'enfant.


 

10 novembre 2018

The Crown - Saison 2 - ★★★★

Il y a un an, Netflix diffusait la très attendue deuxième saison de The Crown, série lancée en 2016, retraçant le règne d'Elisabeth II. Pour ceux qui n'auraient pas accès à la plateforme, Sony Pictures France vient de sortir les deux saisons en DVD et blu-ray. Après une première saison très réussie, ces dix nouveaux épisodes sont tout aussi splendides et passionnants que les précédents. Mais c'est aussi la dernière apparition de son casting avant le renouvellement permettant de faire un petit bon dans le temps, et ainsi la passation de couronne entre Claire Foy et Olivia Colman.

Cette deuxième saison met en valeur encore un large éventail d'événements et de personnages, à la fin des années 50. Là où la première se centrait logiquement sur le Reine, et son charismatique premier ministre Churchill, cette fois-ci on découvre un peu plus son entourage : le Prince Philipp en mal de reconnaissance, la petite sœur Margaret et ses frasques sentimentales ou encore le jeune Charles en élève martyrisé, pour ne citer d'eux. Chaque épisode est centré sur une personnalité, afin de rendre le tout plus humain, faisant la part aux sentiments et multiples rebondissements, gardant la souveraine comme fil conducteur. Elisabeth reste tout de même en première ligne, plus seule que jamais, devant gérer des critiques de plus en plus nombreuses sur son manque de modernité et éviter de nombreux esclandres liés à sa famille.

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Cette saison marque la fin d'une époque, les esprits se libèrent, l'image de la monarchie devient vieillotte surtout face aux Kennedy, le président des États-Unis incarnant le renouveau et son épouse le glamour. La rencontre entre les deux dames fait d'ailleurs l'objet d'un épisode mouvementé. Il y a toujours ce côté si anglais d'être à l'affut du moindre potin, de ce qui crée le scandale, de la petite histoire éclipsant la grande. Alors on se demande si tel ou tel événement s'est réellement déroulé comme on nous le montre. Évidemment non, la plupart du temps, beaucoup de scènes sont romancées, on ne peut bien sûr pas connaître les discussions privées de la Reine.

Un bonus du blu-ray se penche justement sur l'utilisation des faits réels et imaginaires, en quelques minutes l'historien Robert Lacey donne quelques indices sur ce qui a été réel et ce qui a été inventé pour profiter à la fiction. Car The Crown est bel et bien une fiction et en aucun cas une série documentaire. Sinon côté bonus, rien de bien alléchant, seulement un petit sujet léger sur l'affection portée par la Reine à ses chiens et chevaux, ainsi qu'un aperçu de quelques règles liée à l'étiquette sociale. A cela s'ajoute une riche galerie photos et la possibilité de voir les épisodes agrémentés de quelques précisions historiques. Le réel intérêt du visionnage en blu-ray consiste à pouvoir profiter d'une qualité parfaite d'image et de son, ce qui n'est pas négligeable sur une telle série.

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Tout est captivant. Chaque épisode met en lumière un instant capital qu'il soit public ou privé, et on se rend compte à quel point parfois les deux sont liés. L'infidélité est abordée via le Prince Philipp et son secrétaire particulier Parker (fait qui a fait bondir Buckingham Palace à la sortie de l'épisode) alors que la Reine essaie de donner plus de valeur à son époux en l'envoyant à l'autre bout du monde en qualité de représentant officiel. Margaret n'est pas épargnée dans sa recherche du bonheur. Ses fréquentations ne sont pas toujours au goût de la monarchie et elle s'évertue à bousculer les codes jusqu'à choquer. Après la monarque, l'épouse, la sœur, il y a Elisabeth la mère. C'est encore avec stupéfaction qu'on découvre l'enfance du Prince Charles et les débats que suscite son éducation. 

La photographie est toujours aussi magnifique, le travail sur les costumes, les reconstitutions, les décors remarquables. Il est plaisant de remarquer à quel point le niveau technique est élevé par le soucis du détail. Cette série bénéficie vraiment d'une belle réalisation comme d'une écriture des intrigues et dialogues remarquable. La force de The Crown est de savoir mêler la grande et la petite histoire, le faux et le vrai, en l'abordant de manière nouvelle, en se permettant sa propre interprétation. L'intime est confronté à la vie publique, l'influence de la famille royale au poids de l'opinion publique. Tout s'emmêle et se démêle de façon passionnante. 

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C'est donc avec impatience que j'attends maintenant la saison 3 dont on ne connaît pas encore la date de diffusion, mais qui ne saurait tarder. Alors qu'on a laissé la famille royale en 1963, on ira directement dans les années 70 pour rencontrer le nouveau casting composé notamment d'Olivia Colman, Helena Boham Carter, Josh O'Connor et Tobias Menzies.


The Crown est disponible en DVD , Blu-Ray et coffret Saisons 1 et 2 depuis le 23 octobre. Edité par Sony Pictures France dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur  son site et sa page Facebook.


Retrouvez sur Cinetrafic les meilleures séries et les séries françaises qui pourraient s'en inspirer, pour se concocter un programme passionnant les jours de pluie.


29 octobre 2018

First Man ★★★★

On a toujours en tête les joyeuses mélodies de La La Land, première collaboration à l'écran entre le réalisateur Damien Chazelle et l'acteur Ryan Gosling. Pourtant, c'est bien sur First Man que leur rencontre a eu lieu. De fil en aiguille, la comédie musicale a simplement vue le jour plus rapidement. Chazelle avait habitué son public à des histoires de musiciens. Il se tourne ici vers une personnalité tout aussi passionnante que son batteur acharné de Whiplash, Neil Armstrong, premier Homme à poser un pied sur la Lune. Pas question d'un biopic purement historique, il explore la psychologie de cet homme bien mystérieux. 

Neil Armstrong évoque l'exploitation spatiale, le dépassement de soi, c'est encore un héros pour tous les passionnés de l'espace. Pourtant, on ne connaît rien de sa vie. Comparé à Buzz Aldrin qui continue à jouer de sa popularité, Armstrong s'est rapidement effacé après sa mission historique. Qui est cet homme, choisi parmi les meilleurs pour accomplir une étape primordiale de la conquête spatiale ? Damien Chazelle a délibérément choisi de diriger son histoire vers l'intime. La grande Histoire, on est sensé la connaître : Guerre Froide, l'URSS met la pression aux USA avec leurs avancés techniques rapides, le gouvernement américain est mis à mal par un peuple qui voit son argent partir en fumée dans des missions spatiales qui semblent tuer plus de pilotes que confirmer les avancés prometteuses de la NASA. 

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Le film s'ouvre sur une scène forte et tendue. Armstrong fait des tests de pilotages et se retrouve juste au dessus de l'atmosphère. Sa machine ne répond plus correctement aux commandes, il tente de ne pas paniquer et fait preuve de sang froid pour reprendre le contrôle. Ces quelques minutes déjà intenses sont un bel aperçu de ce que sera le film. La caméra tremble quand la situation n'est pas maîtrisée, le cadre se stabilise lorsque Neil reprend le contrôle. Ainsi la caméra évoque visuellement son état psychologique en permanence, que ce soit dans le cadre de sa mission ou dans sa vie privée.

Au delà du technicien, du pilote hors pair et de l'intelligence dont il peut faire preuve, et toutes les qualités indissociables à l'astronaute-héros, on découvre surtout un père de famille déchiré par le cancer de sa fille contre lequel tout son savoir ne pourra rien. Il perd l'un des êtres les plus chers à son cœur au moment où on lui propose de rejoindre le programme Gemini. De ses entraînements, on ne verra que le principal. Ce qui importe dans First Man est plutôt la relation avec sa femme, ses fils, ses amis, et surtout son comportement face à la mort. La mort, il la côtoie à chaque instant lorsqu'il est en mission, mais elle le hante plus par la perte de ses proches. Dans la capsule, on tremble pour lui, on ressent l'étroitesse de l'embarcation, tout semble pouvoir exploser à n'importe quel moment, et les bruits sont très inquiétants. Le spectateur ressent à la fois le danger et l'adrénaline d'une telle mission, la reconstitution est saisissante.

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Choisir Ryan Gosling pour incarner cet homme renfermé est une bonne idée. On entend souvent que l'acteur joue toujours de la même manière, il exploite toujours son jeu minimaliste ici qui va parfaitement bien avec son personnage. Lorsqu'il faut exprimer des sentiments forts, il est totalement crédible et appelle à l'empathie des spectateurs. Face à lui, Claire Foy, découverte dans la série The Crown, est l'épouse parfaite. Tout aussi expressive avec ses grands yeux, elle exprime logiquement la détresse d'être la femme d'un astronaute à cette époque. Tout est encore expérimental, le couple voit disparaître des collègues de Neil dans des missions ratées, et elle doit aussi garder son sang froid pour éviter de transmettre sa panique à leurs leurs enfants. Leur duo est très intense, on ressent leur complicité et le respect qu'ils portent l'un à l'autre.

Et puis il y a ces images de l'espace. Comme expliqué plus haut, les reconstitutions au sein des capsules spatiales font ressentir le danger, la vitesse, la fébrilité présente lors de chaque manœuvres devant être réalisées de manière si précise. L'espace est aussi très bien restitué. Chazelle s'est beaucoup documenté et s'est rapproché de la NASA pour obtenir des images réalistes. Au bruit des décollages chaotiques se démarque l'espace infini par son silence et sa noirceur. On a l'impression de découvrir aussi pour la première fois les sensations qu'auraient pu éprouver les astronautes en se retrouvant pour la première fois si loin de la Terre alors qu'on n'est pas à notre premier film sur le sujet. La reconstitution sur la Lune sera tout aussi bluffante, apportant une nouvelle vision plus poétique à ce qu'Armstrong aura pu ressentir là-haut.

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First Man est une réussite. Chazelle confirme son talent de metteur en scène en transformant la conquête spatiale en histoire humaine, sensible, profondément triste et forte. D'une mission héroïque, il en retient les sacrifices humains, navigant entre intime et dépassement de soi, tout en nous faisant ressentir chaque instant comme si on était dans l'étroite capsule avec eux. Le patriotisme souvent mis en valeur dans ce genre de film est allègrement remplacé par une émotion permanente, rendant cette histoire définitivement plus humaine.