Nath va au cinéma

14 avril 2019

Les Animaux Fantastiques : Les Crimes de Grindelwald ★★★★

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 Quand on pense que c'est en 2001 qu'on a découvert Harry Potter au cinéma et que la magie opère toujours aujourd'hui, tout ça c'est grâce à l'imagination infinie de J. K. Rowling ! Les Animaux Fantastiques : Les Crimes de Grindelwald débarquent en DVD, Blu-ray et VOD, un peu plus de quatre mois après sa sortie au cinéma. L'occasion pour moi de visionner plus posément ce deuxième opus qui m'avait encore une fois émerveillé à sa découverte sur grand écran, mais ouvrant tellement de nouvelles perspectives et interrogations que j'avais eu du mal à écrire à son propos à ce moment-là. J'ai le plaisir de retrouver Nobert Dragonneau et sa fascinante valise avec la version longue proposée en Blu-ray.

Après ses premières aventures à New York, Norbert Dragonneau est maintenant interdit de sortie de territoire alors que Grindelwald a réussi une évasion spectaculaire - l'ouverture du film en est haletante - afin de tenter de retrouver le jeune Croyance. Alors qu'on a plaisir à retrouver les principaux personnages du premier film, c'est avec une certaine curiosité qu'on s'amuse à découvrir le jeune Dumbledore, campé par un Jude Law inspiré et très crédible. Il sait retrouver son humanité, son regard pétillant et une certaine malicieuse insolence si particulière au personnage. Mais c'est surtout la révélation de sa relation avec Grindelwald qui vient bouleverser la donne, laissant bon train aux spéculations quant aux suites (trois autres films sont prévus avant de conclure la saga).

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Quand on aime l'univers fabuleux créé par J. K. Rowling, on ne compte pas. C'est certainement le cas de David Yates qui en est à sa sixième réalisation depuis L'Ordre du Phénix. Sans jamais se répéter, il offre une extension merveilleuse et toujours surprenante à l'univers d'Harry Potter. Ses équipes de décoration, costumes et effets spéciaux ne cessent de se renouveler pour proposer des innovations visuelles tout en exploitant des codes bien connus. Ce n'est sans un certain émerveillement qu'on découvre Paris. Étrangement, on a l'impression de connaître le lieu et pourtant tout sort de l'imagination de ses créateurs. Inspiré en particulier par l'Art Nouveau et très bien documenté sur le Paris des années 20, le nouveau quartier créé est splendide jusqu'au moindre détail. Pour découvrir le travail méticuleux et titanesque des décorateurs, un bonus généreux est proposé sur le Blu-ray, c'est passionnant et impressionnant.

Il faut avouer que la version longue n'apporte pas grand chose à la version cinéma mais on accepte tout de même avec plaisir les huit petites minutes supplémentaires. Dans le coffret Blu-ray qui contient deux disques, l'un d'eux est consacré exclusivement à cette version longue. David Yates y présente d'ailleurs une courte introduction appréciable annonçant le choix d'avoir volontairement supprimé quelques scènes pour le cinéma. Pendant le film, un panneau marque les scènes rajoutées. L'une d'elles aurait d'ailleurs permis de couper court au débat concernant le professeur McGonagall, ou du moins l'aurait dirigé différemment. Dans l'autre disque, parmi les nombreux bonus tous intéressants, on peut aussi découvrir d'autres scènes coupées (on en veut toujours plus, avouons-le !)

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Lorsque j'au vu Les Crimes de Grindelwald au cinéma, la quantité d'informations et de rebondissements était telle qu'il était difficile d'y voir clair. Beaucoup de questions sont soulevées. Cette nouvelle lecture m'a permis d'apprécier les nombreux détails visuels et de mieux déceler des indices disséminés dans cette histoire qui s'annonce complexe. L'aveu de la fin est à mon avis à prendre avec des pincettes. Grindelwald se révèle être un grand manipulateur, il en est même bien plus effrayant que Voldemort qui était le mal à l'état pur, lui est bien plus perfide, on ne sait pas et on appréhende même jusqu'où il est capable d'aller. C'est donc avec une certaine impatience que j'attends sa confrontation avec Dumbledore.

On ne peut pas parler de Grindelwald sans évoquer son interprète Johnny Depp. A la découverte de son vrai visage sur les ultimes minutes du premier film, une partie du public était choquée par ce choix de casting, à cause des actualités sur la vie privée de l'acteur. Pourtant Johnny Depp est tout simplement parfait en Grindelwald. Pour la plupart de ses rôles ces dernières années (depuis le premier Pirate des Caraïbes), son jeu tournait en particulier sur des mimiques, une gestuelle exagérée, il commençait à lasser. Grindelwald possède certes un look particulier, mais il a un caractère beaucoup plus posé et demande un jeu subtil qu'il est plaisant à voir après une overdose de Jack Sparrow et assimilés. Johnny Depp retrouve tout son charisme et effraie sur un simple regard, surtout quand on prend conscience de l'idéologie qu'il expose, en écho des partis nazis et fascistes émergeants de l'époque. 

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Le troisième film sera de nouveau réalisé par David Yates mais il faudra certainement être un peu plus patient avant la confrontation Dumbledore/Grindelwald. En attendant, on peut revoir encore et encore les deux premiers opus à l'affut du moindre indice. En tout cas, tout comme Ezra Miller dans un bonus amusant du Blu-ray (en compagnie d'Evanna Lynch qui n'est autre que Luna Lovegood dans Harry Potter) je me demande où peut bien se trouver le vrai Percival Graves (Colin Farrell) qu'il serait étonnant de ne pas retrouver prochainement...


Les Animaux Fantastiques : Les Crimes de Grindelwald est à découvrir en DVD, Blu-Ray, Blu-Ray 3D, 4K UHD et VOD depuis le 25 mars, et en Achat digital depuis le 14 mars (avec une Version longue disponible sur les éditions Blu-Ray et en Achat digital). Édité par Warner Bros. France dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur son site et sa page Facebook.


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19 mars 2019

Cold War ★★★

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Primé lors du dernier Festival de Cannes pour sa mise en scène, Cold War du réalisateur polonais Pawel Pawlikowski est sorti ce mois-ci en DVD, Blu-ray et VOD. L'occasion pour moi d'enfin découvrir cette petite perle minimaliste, d'un noir et blanc sublime et jouant avec finesse de cette histoire d'amour passionnée au temps de la Guerre Froide.

Nous sommes en Pologne dans les années 50, le pays est encore meurtri par la Seconde Guerre. Viktor et Irena parcourent les villages pour se construire un répertoire de chansons populaires rurales afin de monter une troupe qui les chantera et les dansera. Forcément, un si joli projet ne peut être que récupéré par le gouvernement qui y voit un moyen efficace pour diffuser en masse la doctrine communiste. Ceci est la toile de fond qui rendra l'amour entre Viktor et la jeune artiste Zula impossible.

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La musique est au cœur du film. Elle est d'abord le prétexte à toute cette histoire puisqu'on parle de monter un spectacle musical. Elle habite les personnages, Viktor est compositeur et musicien, Zula vaudra à son impertinence sa carrière de chanteuse. Le film s'ouvre sur un son de cornemuse traditionnelle et une série de chants authentiques pour petit à petit évoluer et toujours définir l'époque et le lieu où l'action se déroule. Ainsi, à Paris le jazz s'invite à l'écran, la vie y est libre, alors qu'en parallèle un chant partisan mettant en valeur Staline montre l'ambiance beaucoup plus glaciale du côté Est. Le rythme de la musique suit la vie de ce couple, dans sa douleur comme dans sa passion. Une chanson, dont la plus belle interprétation habille la bande-annonce, vient ponctuer différents moment du film, à chaque fois dans un style différent pour encore une fois marquer l'évolution des personnages et leurs sentiments.

Cold War n'est pas une romance, c'est plutôt un drame passionnel. On en retient de la mélancolie avant tout. Viktor et Zula ne sont presque jamais heureux, leur relation est affectée par la distance qui s'est immiscée entre eux alors que leurs sentiments semblent magnétiques. Quand Viktor se retrouve à Paris, une nouvelle vie s'offre à lui et pourtant il semble toujours prisonnier de cet amour impossible. Zula devient une vedette de son côté, mais reviendra toujours à lui, se détruisant peu à peu. C'est un peu "je t'aime, moi non plus", tout en retenue et finesse.

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Lorsque Joanna Kulig (Zula) et Tomasz Cot (Viktor) sont réunis à l'écran, on se retrouve dans leur bulle, plus rien ni plus personne n'existent à côté d'eux. La scène de la répétition de gamme est d'une intensité rare. On ressent tous les sentiments qu'ils n'osent encore dévoiler. Puis tout leur jeu est dans la subtilité, la retenue, leur regard laissant entrevoir leurs sentiments. A l'écran, le noir et blanc sublime encore plus ces sentiments, comme s'il les rendait immortels. Le format presque carré semble étriquer encore plus leur monde, comme pour mieux les enfermer et leur enlever encore un peu plus de liberté de mouvement.

Cold War fait parti des plus beaux films sortis en 2018, on lui reprochera seulement de ne pas assez surprendre pour le rendre exceptionnel. La mise en scène est en effet très maîtrisée, faisant démarrer l'histoire sur les mêmes plans qui viendront mettre en place sa conclusion. Quatre vingt huit minutes pour une dizaine d'années de vie tourmentée, pour une tragédie si poétique qu'on en ressent une certaine nostalgie.


Cold War est à découvrir en DVD, Blu-ray et VOD depuis le 5 mars. Édité par Diaphana Edition Video dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur son site et sa page Facebook.


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Cold War entre-t-il dans la catégorie des films à voir à tout prix ?

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09 mars 2019

L'ombre d'Emily ★★

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Voici un réalisateur qui aime mettre en avant des héroïnes, donner le premier rôle aux femmes. En 2013 Paul Feig réunit Sandra Bullock et Melissa McCarthy dans Les Flingueuses, une comédie d'action amusante. Puis il s'attaque au remake du culte S.O.S. Fantômes trois ans plus tard, en redistribuant les rôles à quatre actrices, mais obtiendra un accueil encore une fois très mitigé. Avec L'Ombre d'Emily, il confronte deux actrices complémentaires, Anna Kendrick et Blake Lively, cette fois-ci en utilisant un humour noir plus fin servi par de bons dialogues incisifs, et se concentrant sur la psychologie des personnages dont les secrets intriguent. Le film sorti en salle en septembre dernier est maintenant disponible en DVD, Blu-Ray et VOD depuis février dernier.

Les deux comédiennes sont tellement magnétiques qu'elles éclipsent le reste du casting. D'un côté Emily, la blonde mystérieuse et sexy, brillamment interprétée par Blake Lively, de l'autre Stephanie, la brune hyperactive au look plus commun campée par la toujours très enjouée Anna Kendrick. Leur rencontre est aussi improbable que leur amitié naissante puisque la première vient du monde de la mode mais ne laisse rien fuiter sur sa vie privée quand la seconde est la parfaite mère au foyer exposant ses astuces sur un vlog populaire. Entre elles se retrouve le mari d'Emily qui aurait du pouvoir se trouver une place plus marquée dans le trio ainsi formé, joué par Henry Golding dont c'est le premier rôle au cinéma, mais complètement écrasé par la personnalité des deux femmes et le charisme des deux actrices. 

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L'histoire met du temps à s'installer. L'introduction semble s'étendre sur presque un quart du film avant d'entrer dans le vif du sujet qu'est l'enquête rapidement prenante grâce au mystère qui entoure le personnage d'Emily. L'amitié qu'elle noue avec Stephanie semble louche mais pourtant un brin sincère. Lors de sa disparition, on se prend instantanément au jeu de l'enquête, menée avec brio par Stephanie, et on se délecte des rebondissements parfois inattendus même si la plupart sont prévisibles.

L'ambiance rappelle celle de Desperate Housewife, la vie de quartier de banlieue américaine, les commérages, les secrets, ou comment une comédie noire se transforme en thriller. Sans sombrer dans le drame profond, les scénaristes Jessica Sharzer et Darcey Bell parsèment un humour caustique dans leurs dialogues quand Paul Feig sait entretenir le mystère assez longtemps pour continuer à surprendre même lorsqu'on pense avoir tout compris.

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Le noyau du film est très bon alors que son introduction s'avère trop longue et son final déjà vu. Il n'y a rien d'innovant ici et pourtant L'Ombre d'Emily est plaisant à regarder pour son duo d'actrices et pour inviter son spectateur au jeu de l'investigation. On peut découvrir en bonus du DVD quelques scènes coupées complémentaires mais en effet non indispensables au montage final. Celle qui est la plus surprenante aurait pu se retrouver à la toute fin du film pour habiller le générique, logiquement mise à l'écart pour son style "bollywood" inapproprié.

L'Ombre d'Emily navigue ainsi entre le thriller sérieux et la comédie noire, le juste équilibre n'étant jamais trouvé. En effet les deux comédiennes se complètent, leurs confrontations sont toujours teintées de piquantes répliques et pourtant là où Blake Lively semble trouver une profondeur dans la psychologie complexe de son personnage, Anna Kendrick fait de Stephanie un personnage tellement déluré qu'on a du mal à situer le ton voulu du film. Jusqu'au final à la limite du grotesque qui balaye instantanément le sérieux trouvé dans la tension apparue au fil des révélations apparues durant l'enquête.


L'Ombre d'Emily est à découvrir en DVD, Blu-Ray et VOD depuis le 8 février. Édité par Metropolitan Filmexport dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur son site et sa page Facebook.


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18 février 2019

I feel good ★★

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N'étant pas familière du cinéma de Benoît Delépine et Gustave Kervern, c'est la bande-annonce introduisant Jean Dujardin en looser borné qui m'a rendu curieuse. Comédie sociale critique de notre société capitaliste, I feel good s'amuse de cet homme pathétique persuadé qu'il peut créer une start up lucrative en claquant des doigts, juste en potassant la biographie de Bill Gates. Il s'en dégage une authentique humanité, c'est assez drôle mais le film est vite plombé par son manque de rythme et sa redondance.

C'est dans un univers visuel très coloré que le duo grolandais nous embarque, fait de bric et de broc, mettant en avant toute la créativité et la débrouillardise qui émane d'un village Emmaüs dans le sud de la France. D'ailleurs le lieu existe et des bénévoles faisant partie de la vraie communauté ont participé au tournage. Les maisons du village ressemblent à leurs habitants, les ateliers redonnent vie à de nombreux objets, beaucoup de bienveillance s'en dégage dans une ambiance bon enfant à l'image de Monique qui gère tout cela, jouée par Yolande Moreau, très tendre et généreuse. 

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L'arrivée impromptue de Jacques, le frère de Monique, en peignoir et chaussons est plutôt désopilante. Ce qui devrait être un mea culpa et des retrouvailles familiales s'annonce comme une vaste farce. On apprend rapidement à connaître la nature profondément malade de Jacques en quelques dialogues et flash back, le personnage amuse et le fait qu'il se retrouve dans cette communauté portée par l'entre-aide et le respect amplifie encore plus son égoïsme. Dujardin est très convaincant, à la fois haïssable et fascinant.

Une fois le dessein de Jacques mis à jour, le film patauge un peu et tourne en rond. Le voyage vers la Bulgarie aussi improbable qu'il soit n'est pas convaincant, puis le film retrouve son originalité dans un final ubuesque. La musique vient redynamiser la narration par intermèdes réguliers, au son de l'accordéon et des percussions de Mouss et Hakim, les deux frères membre du groupe Zebda, jusqu'à la chanson finale très entraînante et joyeuse.

Benoît Delépine et Gustave Kervern font surtout une critique de la société macroniste actuelle avec I feel good, utilisant leur meilleure arme : l'humour. Ainsi, ils proposent une modèle économique parallèle avec cette communauté basée sur le partage et le respect de l'autre, en opposition à notre société trop individualiste qui prône la réussite personnelle et le besoin de devenir riche sans penser aux dommages collatéraux, tout en rendant aussi le modèle communiste obsolète.


I feel good est à découvrir en DVD, Blu-Ray et VOD depuis le 5 février. Édité par Ad Vitam dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur son site et sa page Facebook.

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15 février 2019

La Favorite ★★★★

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Quel début d'année fantastique ! Beaucoup de films de qualités (ou bien je les choisis mieux qu'avant), beaucoup de grandes histoires, belles, tristes, inspirantes, amusantes, piquantes, et La Favorite n'y fait pas défaut. Un peu plus d'un an après La mise à mort du cerf sacré, Yorgos Lánthimos livre un chef d'œuvre, tout en évoluant dans sa mise en scène de plus en plus précise et libérant ses acteurs de la diction étrange imposée sur ses précédents films.

Le réalisateur s'attaque à l'une des monarques les moins remarquables d'Angleterre et la rend fascinante. Anne est la dernière de la lignée des Stuart. Si vous ne connaissez pas son histoire, c'est encore mieux. Car dans les grandes lignes, tout ce que vous verrez est vrai : le contexte historique tendu, l'état de santé déplorable de cette reine peu sûre d'elle et si influençable, sa cours prête à tout pour grimper au sommet de l'échelle de la noblesse. Les dernières années de son règne sont éprouvantes et c'est bien ce qui plaît à Lánthimos, la douleur de l'âme, les manipulateurs et leurs victimes, la perfidie. 

Construit comme une pièce de théâtre en huit actes en clin d'oeil aux spectacles de l'époque, on peut déceler l'influence de Kubrick et ici, évidemment Barry Lyndon. Il signe son film d'époque sans rien avoir à envier à son maître. Tout est très précis, il ose intégrer des éléments très contemporains comme cette fabuleuse scène de bal, sans en jouer à outrance comme Sofia Coppola dans Marie-Antoinette qui, elle, a créé une sorte d'univers parallèle. 

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Dans La Favorite, tout est traité de manière subtile. Les décors et costumes sont fidèles au début du XVIIIème siècle, avec un jeu très graphique d'utilisation de magnifiques étoffes en noir et blanc chez ses dames, et un peu plus de couleurs chez ses messieurs pour repérer leur penchant politique. La fantaisie s'invite dans le maquillage avec des mouches en forme d'étoiles ou autres, détail que Kubrick s'était d'ailleurs amusé à exploiter sur Barry Lyndon d'une autre façon. Tout cela est magnifié par l'utilisation exclusive de la lumière naturelle, des cadrages jouant avec la position de ses personnages au sens propre comme au figuré, et cette lentille fish eye qui vient de temps en temps rappeler au spectateur son plaisir à épier ses dames voraces.

Lánthimos retrouve le malaise qu'il adore installer dès la première minute de ses films. Cette fois-ci exit la diction détachée, la reine a le droit de crier, ses sujets d'exulter, ce qui est indispensable pour montrer la manipulation des sentiments, de la détresse à l'euphorie. Sa caméra saura amener le vertige, la musique de Johnnie Burn tétaniser au son de ses violons grinçants. On ressort de la séance ébloui par tant de beauté et en même temps dévasté par cette folie autour du pouvoir. 

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Évidemment, les actrices et acteurs sont extraordinaires, quel trio puissant que forment Olivia Colman, Rachel Weisz et Emma Stone ! Les femmes ont le pouvoir et s'en délectent. Les hommes sont à leur merci, tentant aussi d'obtenir leurs faveurs, en cela Nicholas Hoult et Joe Alwyn sont épatants, affublés de leurs perruques et maquillages. Les rôles qu'on nous a habitués à voir depuis la nuit des temps sont balayés, les femmes tiennent les rênes, les hommes leur sont soumis. L'évolution des personnages de Sarah et Abigail est vraiment fascinante à la manière dont elles se jouent du pouvoir monarchique dans leur confrontation permanente. 

Largement récompensé aux BAFTA, La Favorite est en course pour les Oscars et devrait ramener quelques statuettes. Gagnant ou pas, le film est superbe et est l'un de mes gros coups de cœur en ce début d'année. Courez-y si vous aimez les films historiques, les manipulations du pouvoir, les coulisses de la royauté et surtout pour le talent de ces trois grandes actrices !

09 février 2019

The Wife ★★★

Glenn Close fraîchement couronnée du Golden Globe de la meilleure actrice dans un drame porte en effet le film de Björn Runge sur ses épaules. Sa prestation dans The Wife est parfaite, très en retenue, en épouse dévouée dans l'ombre de son écrivain de mari venant d'apprendre que le Nobel de littérature va lui être remis. Le voyage à Stockholm va lui servir de thérapie éclair, à ressasser ses souvenirs, à voir son fils frustré du manque de reconnaissance de son père, à voir son mari un peu trop fier de son œuvre...

On a l'impression de voir une cocotte minute chauffer, oubliée sur le feu, l'eau bout de plus en plus allant jusqu'à l'explosion. Joe et Joan Castleman forment un couple attendrissant lorsqu'on les découvre à l'écran. Leur complicité fait part d'un passé soudé, de beaucoup d'amour et de patience entre eux. L'appel annonçant le prix Nobel est apothéose, on décèle alors leur âme d'enfant dans la joie qu'ils expriment spontanément. Évidemment cette introduction est trop joyeuse, Joan a enfoui des fêlures en elle qui vont ressurgir lors de leur excursion dans la capitale suédoise, où elle ressent tout à coup le besoin de fuir la gloire de son époux.

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Avec sa narration simple, le scénario de Jane Anderson, adapté du roman de Meg Wolitzer, exploite tout de même différents aspects, maintes fois traités au cinéma, mais subtilement amenés. C'est l'écriture du couple qui fait la force du film, à la fois dans les confrontations silencieuses comme dans les disputes, le reste manque par contre de surprises et la réalisation demeure assez fade. Son sujet principal est la femme de l'ombre, celle qui donne inspiration et confiance à son mari. Joan est bien plus qu'un pilier, elle est la fondation de la gloire de Joe et le film sèmera de tout son long des indices pour comprendre à quel point elle est importante pour lui. Puis il y a la difficile relation entre un fils et son père, le premier admiratif du talent de l'autre, s'essayant aussi à l'écriture mais souffrant du manque de reconnaissance de son géniteur.

The Wife est aussi le grand écart entre deux époques. L'utilisation de flash-back n'a rien d'inovant mais permet de comprendre l'origine de la relation du couple, et mettent en avant un contexte dans lequel les femmes ne pouvaient pas être reconnues, devant renoncer à toute ambition. Le couple est héritier de cette époque et très vite on reconnaît le sourire poli de Joan en toutes circonstances, tel un masque rassurant et indispensable. Mais il ne faut pas se fier aux apparences, évidemment. Le spectateur ne sera pas dupe longtemps et prendra un vilain plaisir à déceler chaque indice dans le jeu subtile de Glenn Close et quelques répliques bien placées jusqu'à ce que le personnage fouineur joué par Christian Slater entre en jeu et tape où cela fait mal.

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On peut se douter qu'une part du mal être qui se cache derrière ce parfait sourire de "desperate housewife" est du à un époux un peu trop frivole. Glenn Close est merveilleuse mais elle est face à un acteur tout aussi charismatique, Jonathan Pryce, vu l'an dernier dans L'homme qui tua Don Quichote. Le regard qu'il lui renvoie va de la défiance au regret, de la fierté au mensonge. Il incarne parfaitement ce personnage pris à son propre piège dans cette sorte de huit clos.

Sorti directement en e-cinéma en France, The Wife n'est ni un grand film, ni époustouflant, mais se laisse agréablement regarder pour une nouvelle prestation parfaite de Glenn Close qui mérite ses deux prix pour ce rôle et en course pour les Oscars, statuette qu'elle n'a encore jamais remportée ! 


The Wife est à découvrir en VOD depuis le 24 janvier. Édité par TF1 Studio dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur son site et sa page Facebook.


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31 janvier 2019

La Mule ★★★

Cela fait dix ans que Clint Eastwood ne s'était pas donné un rôle dans un de ses films, c'est-à-dire depuis Grand Torino. Pourtant depuis il n'a pas chaumé et a réalisé un long métrage presque chaque année. Et c'est avec grand plaisir qu'on le retrouve dans The Mule, un road-movie étonnamment touchant, en papy dégourdi à la langue bien pendue, aux côtés de Bradley Cooper à qui il avait offert un très beau rôle dans American Sniper. Il continue dans sa lancée en adaptant une histoire vraie, cette fois-ci moins patriotique que les précédentes, en confrontant un retraité qui se laisse entraîner dans un plan sacrément illégal et un agent des stup déterminé à démanteler un des plus gros réseaux de drogues du pays. 

La Mule parle de famille, du regret qu'a Earl Stone d'avoir été si absent. En cause, la passion qu'il a pour son métier d'horticulteur que le développement d'internet va petit à petit tuer. Mais cet homme ne se laisse pas abattre, à l'âge où il devrait prendre un peu de temps pour lui, il se laisse tenter par l'argent facile en faisant la mule pour un puissant cartel. Il aurait pu s'arrêter à sa première course, mais la tentation est trop grande. Sans être cupide, il agit avant tout pour ses proches, et c'est bien ce qui le rend exceptionnel et attachant.

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On retrouve le Clint Eastwood qu'on aime, devant comme derrière la caméra. Autant il pouvait être grincheux dans Gran Torino, autant il est adorable et drôle dans The Mule. Sa franchise est déconcertante, il ne mâche pas ses mots, qu'il soit devant sa femme ou les trafiquants mexicains. Son personnage est avant tout un bon vivant, qui a la culture d'une autre époque. Il s'adapte à la technologie mais en fait une analyse pertinente, tel un vrai message qu'il fait sûrement passer : levez le nez de votre téléphone et vivez l'instant présent ! De même à propos des rapports qu'Earl entretient avec sa famille, Eastwood semble s'excuser de sa passion pour le cinéma, de continuer à vouloir tourner. Il offre d'ailleurs le rôle d'Iris, la fille de Earl, à sa propre fille, Alison Eastwood.

Au delà de cet homme, il parle aussi d'un système administratif, du rôle de la police et de la pression face aux résultats que peuvent avoir les agents, ici la DEA. Quand des agents enquêtent, il ont la quasi obligation de résultats chiffrés pour justifier les moyens mis en œuvre. Ici ce sont des centaines de kilos de cocaïne qui circulent à travers les États-Unis, en trouver quelques grammes est forcément un échec. Le film navigue entre Earl et son optimisme, même s'il met sa vie en danger, et l'agent Colin Bates, plus pragmatique, décidé à arrêter cette mule. En découle la vision que peuvent avoir les gens sur la police, dont une homme arrêté par erreur qui panique. Sans trop en dévoiler, cette scène à l'effet comique incontesté montre pourtant une réalité bien triste, celle des personnes d'origine mexicaine, persécutées et assimilées à des dealers et autres sans papiers.

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Le sujet est traité avec légèreté alors que les messages passés sont forts et nombreux. En résulte un film prenant, raconté de manière simple avec une intrigue qui fourmille d'une multitude de sujets, à la fois intimes et sociétals. Clint Eastwood semble se livrer personnellement sur sa propre vie, mais évoque aussi l'ambiance politique de son pays face aux Mexicains et l'image que projette les forces policières. À 88 ans, ce grand monsieur ne cesse de nous étonner et sait rebondir après quelques films secondaires en signant avec La Mule l'une de ses meilleures réalisations.

28 janvier 2019

My Beautiful Boy ★★★

C'est le genre de film tragique qu'il faut prendre le temps de digérer mais c'est aussi un hommage émouvant à l'amour paternel, du simple bonheur à l'ultime douleur. My Beautiful Boy est particulièrement déchirant parce qu'il aborde un sujet très dur et surtout parce qu'il est adapté d'une histoire vraie récente, d'après les mémoires de David Sheff, Beautiful Boy: A Father's Journey Through His Son's Addiction et celles de son fils Nic, Tweak: Growing up on Methamphetamines. Le père et le fils sont interprétés avec une justesse poignante par Steve Carrell, toujours plus parfait dans des rôles dramatiques minutieusement choisis, et le désormais incontournable Thimothée Chalamet.

Le film va au-delà de la fiction sans toutefois emprunter au style documentaire. L'histoire racontée devient indispensable pour témoigner sur les ravages de la drogue, autant du côté du toxicomane que celui de ses proches. Souvent, on s'imagine qu'un jeune drogué est forcément issu d'un milieu défavorisé, qu'il a des problèmes sociaux, financiers et relationnels. Felix Van Groeningen prouve le contraire grâce à l'adaptation des mémoires des principaux intéressés, qui mettent le doigt sur un problème finalement universel, celui de l'addiction, qui peut toucher n'importe qui. En effet Nic a grandi dans une famille plutôt aisée, il est bon élève, sa famille l'aime, il a tout pour s'en sortir dans la vie et pourtant il sombre.

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Le premier tiers du film installe justement ce constat. C'est assez long et on a l'impression de tourner en rond. La narration navigue entre les recherches du père pour comprendre son fils, pour le retrouver, et les souvenirs d'enfance afin de faire comprendre que la situation est justement incompréhensible. David Sheff se demande en boucle ce qui incite son fils à se droguer si durement, cherche ce qu'il a pu rater dans son éducation. Et puis le films prend des tournants enfin inattendus, mais toujours de plus en plus durs, comme l'effet de la si destructrice methamphétamine. Telle une courbe boursière qui s'effondre avec de temps en temps des soubresauts laissant entrevoir une once d'espoir, le films entraîne le spectateur dans le désespoir de ce père qui ne sait plus comment aider son fils.

Ce thème a rarement été traité sous cet angle bienveillant, celui qui montre la présence de proches, d'un réel soutient apporté au jeune drogué. En général, le point de vue est du côté auto-destructeur, le réalisateur belge, qui réalise ici son premier film produit aux États-Unis, a compris l'importance d'inverser les choses et de se concentrer du côté du père, qui lui aussi est détruit par ce qui arrive à son fils, mais surtout par le fait qu'il existe un lien très fort entre eux. La photographie de Ruben Impens, fidèle de Groeningen depuis La merditude des choses en 2009, apporte ce sentiment protecteur, par des couleurs douces et rassurantes.

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La complicité du père et du fils est très touchante. L'un des liens qui les unit est la musique. Felix Van Groeningen s'était déjà fait remarqué par la sélection musicale pointue effectuée sur Belgica. Pour My Beautifull Boy, il a choisi de n'intégrer que des morceaux existants qui ont un réel sens pour Nic et David, dont Heart of gold de Neil Young, Territorial pissings de Nirvana, Protection de Massive Attack et bien entendu Beautiful boy de John Lennon. 

Même si le rôle du père semble primordial d'après l'approche du scénario, Steve Carrell partage équitablement l'écran avec Thimothée Chalamet dont la performance est bluffante par sa recherche de sensibilité toujours très juste. Leur duo est magnifique, très tendre et forcément parfois d'une violence psychologique déchirante. Les larmes sont prêtes à couler autant à l'écran que chez le spectateur. Le constat est désarmant sur ce que l'amour paternel peut pousser à faire, Steve Carrell est bien plus que parfait pour le rôle. 

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Sans être parfait et sans atteindre la profonde émotion d'Alabama MonroeMy Beautiful Boy est l'un des films les plus remarquables de ce début d'année, certainement le plus triste, qui ne fait que confirmer le talent de son réalisateur et son duo d'acteurs. Felix Van Groeningen sait définitivement aborder des sujets forts sur la dureté des relations familiales après la perte d'un être cher.