Nath va au cinéma

12 novembre 2019

Les Misérables ★★★★

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Le collectif Kourtrajmé ne cesse de s'affirmer au Cinéma ces dernières années, offrant une nouvelle vision de celui-ci, moins calibrée, où chacun sait y mettre sa touche personnelle dans un style affirmé et maîtrisé. On se souvient de l'excellent Le Monde est à toi de Romain Gavras et du poétique Visages Villages d'Agnès Varda et JR qui ont marqué ces deux dernières années. C'est au tour de Ladj Ly de débarquer sur grand écran de manière fracassante avec son prix du Jury à Cannes en mai dernier, pour ce premier long métrage de fiction qui poursuit la logique de sa production documentaire jusqu'à présent, en traitant de la complexe relation entre la police et les habitants de banlieue. Loin des clichés habituels, Les Misérables, d'une réalité saisissante, risque de marquer les esprits comme a pu le faire La Haine vingt cinq ans plus tôt.
 
Présenté en avant-première au Club 300 Allociné, Ladj Ly accompagné de ses comédiens Djebril Didier Zonga et Almamy Kanouté sont venus parler du film après la projection tant attendue, devant un public largement conquis. On apprend que le CNC n'a pas soutenu la production des Misérables qui sera finalement récompensé à Cannes et représentera la France lors de la prochaine cérémonie des Oscars. Surtout, faisant suite au court-métrage du même nom réalisé deux ans plus tôt, le scénario s'inspire de faits réels dont Ladj Ly a été témoin. Il s'est nourri de son vécu et a fait participer ses proches pour mettre en place ce long métrage, sans jamais avoir l'illusion de voir ni du "reconstitué", ni du documentaire. On ressent la sincérité, la douleur comme la liesse, la solitude et haine toujours ambiante. La carrière de Ladj Ly est dorénavant bien lancée au cinéma et il compte bien en faire une trilogie. 
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Loin du Cinéma de divertissement, le réalisateur qui a grandi à Montfermeil impose son talent narratif, indéniablement. Il a choisi de ne pas suivre une trame classique et surprend en prenant le temps d'instaurer son histoire qui se déroule en trois temps. L'introduction est plutôt bon enfant, l'équipe de France vient de gagner la coupe du monde de football, le peuple se rassemble sur les Champs Elysées, l'atmosphère est à la fois détendue par l'immense joie générale et moite par la température estivale. En deuxième temps, on rentre dans le vif du sujet, en banlieue, accueillir une nouvelle recrue dans la Brigade Anti-Criminalité et suivre la patrouille durant quasi 24h. Jusque là le film est déjà très bon, animé par divers incidents plus ou moins révoltants. 
 
Là où Ladj Ly frappe fort, c'est qu'il vient nous surprendre une dernière fois en envoyant un dernier uppercut quand on vient de se prendre plusieurs bonnes claques pendant un peu plus d'une heure. Sans spoiler, la scène de conclusion frappe très fort, par sa longueur, son intensité, sa violence, sa véracité désarmante. Cette seule scène, quasi inattendue, transforme le film, affirme son identité unique, vient déstabiliser le spectateur qui pensait avoir tout vu. La force des acteurs associée à la justesse du rythme imposé en font la pièce maîtresse du film.

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La vision qu'apporte Les Misérables sur les banlieues témoigne à quel point elles sont complexes. Il n'y a ni gentils, ni méchants, ceux qui continuent à voir cela sont clairement passés à côté du film. Que ce soit côté flics ou habitants, on ne les stigmatise pas, on ne fait que voir à quel points ils sont tous humains et souvent désemparés, essayant en général de trouver un compromis en premier lieu dans les situations difficiles, même si on a tendance à avoir un peu plus de compassion pour certains personnages que d'autres. Oui, dans les banlieues il y a des clans entre les jeunes et autres patriarches, il y a la police, mais ce système évolue tout de même ensemble dans toute sa complexité. Chaque spectateur pourra peut-être s'identifier à un personnage différent mais le constat général devrait être le même pour tout le monde, ce film est politique et humaniste, il n'y a pas de gentils ou de méchants, seulement des victimes d'une société qui les laisse de côté.

Les Misérables, le 20 novembre au cinéma



07 novembre 2019

Le Daim ★★★★

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On n'arrête plus Quentin Dupieux ! Alors qu'il vient de terminer le tournage de Mandibules son prochain long métrage, Le Daim débarque en DVD, six mois après avoir ouvert la compétition de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. En 2010, il nous présentait un pneu tueur dans Rubber, aujourd'hui c'est une veste en daim qui envoûte Georges, magistralement interprété par Jean Dujardin. Encore une bonne comédie absurde qui vire vers le gore dont seul Dupieux sait divinement composer ce surréalisme lattant.

Absurde, pas complètement. L'ambiance créée navigue entre le réel et le surréalisme toujours sur le fil pour vite devenir inquiétante mais tout aussi hilarante. L'ouverture du film donne le ton, pose le thème : le blouson. C'est très mystérieux. On comprendra cette scène plus tard. Avant cela on découvre Jean Dujardin, perplexe au volant de sa voiture, abandonnant sa veste dans des toilettes d'autoroute. Un homme qui change de vie, déterminé mais à l'air pourtant paumé, on ne sait pas si on saisit bien ce qu'il se passe jusqu'à ce qu'il rencontre cette veste en daim. On est témoin d'un coup de foudre entre un homme et un vêtement. Tout à coup il forme un duo fort avec la veste, l'acteur interprétant à la fois George et le blouson de manière assez impressionnante tellement cela fonctionne sans jamais être ridicule.

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On est en plein milieu des Pyrénées, dans un village perdu et peu peuplé. Il y rencontre Denise, interprétée par Adèle Haenel, fascinée par cet homme. Elle aussi semble magnétisée par ce duo étrange. On ne les arrêtera plus. Georges se prend pour un réalisateur et se filme, ou plutôt filme sa veste, et tout va vite s'emballer. Les images que vous verrez dans le camescope de Georges ont vraiment été filmées par Jean Dujardin, tel que son personnage l'aurait fait. Dupieux a fait confiance à son acteur et ça fonctionne. 

On rit et pourtant le délire part loin. On se retrouve rapidement dans une comédie gore sans retenue. La musique vient appuyer ce climat inquiétant. On reste à tout instant avide de voir jusqu'où tout ce délire peut aller. Les rebondissements sont surprenants, la fin est une apothéose qui laisse en plus une libre interprétation possible. Le réalisateur a eu l'intelligence de ne garder que l'essentiel, le film étant assez court, 1h17. Ainsi le rythme ne s'essouffle jamais, la fascination pour cet homme fou amoureux de sa veste est inévitable, tout comme le comportement d'Adèle Haenel qui évolue vers un autre type de folie tout aussi captivant. C'est du Dupieux, c'est fantastique.


Le Daim en DVD, Blu-Ray et VOD depuis le 5 novembre. Édité par Diaphana Edition Video dont vous pouvez suivre l'actulaité sur son site et sa page Facebook.


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05 novembre 2019

À couteaux tirés ★★★

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Une partie de Cluedo au cinéma, ça vous dit ? Rian Johnson n'a pas réellement adapté le célèbre jeu de plateau puisqu'il va bien au delà de ce genre d'intrigue avec À couteaux tirés, mais sa galerie de personnages, les décors et costumes colorés, le lieu du crime y font penser. On se laisse allègrement emporter par l'enquête pour savoir qui a bien pu tuer Harlan Thrombey, le richissime auteur de romans policiers, le soir de ses 85 ans dans sa propre demeure, car même si cela ressemble à un suicide, un intervenant inconnu semble en douter et fait appel à Benoît Leblanc, célèbre détective privé, pour élucider l'énigme.

J'ai eu le plaisir de découvrir ce film lors d'une avant-première organisée par le Club 300 Allociné, sans en avoir vu la moindre bande-annonce ou information à son sujet et ce fut une agréable surprise. Il y a toujours une appréhension pour ce genre de film : deviner trop rapidement qui est le coupable et ne plus avoir de surprises après cela. Quand les ficelles sont trop visibles, l'ennui vient vite, et quand cela se prend trop au sérieux l'effet théâtral devient assommant. Je me souviens de la dernière adaptation du Crime de l'Orient Express par Kenneth Branagh qui m'avait pas mal déçu dans ce sens. De son côté, À couteaux tirés a tout bon, car en plus de garder le suspense jusqu'à la fin, le film est palpitant et drôle. 

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L'affiche est d'ailleurs assez impressionnante puisqu'elle réunit Daniel Craig, Jamie Lee Curtis, Christopher Plummer, Chris Evans, Toni Colette, Michael Shannon, Don Johnson, Ana de Armas (vue notamment dans Blade Runner 2049), Lakeith Stanfield... Et Daniel Craig offre une prestation surprenante en détective assez déstabilisant entre son allure curieuse et son accent venant tout droit d'une campagne profonde du sud des États-Unis. C'est lui le chef d'orchestre dans cette histoire, il vole aisément la vedette aux autres grandes têtes d'affiche pour promener le spectateur dans ses pistes surprenantes alors que ce dernier joue le jeu et tente aussi de découvrir la clé du mystère.

Rian Johnson a été très fort avec son scénario puisqu'il a rendu son film ludique, le spectateur est invité à jouer au détective. Malgré une introduction assez longue et répétitive, le film prend son envol après une série d'interrogatoires qui pose tout de même les bases, pour partir dans un labyrinthe de suspicions, empreint d'humour noir et sachant manier la caricature de ses personnages à la perfection. Alors qu'il arrive à garder le suspense jusqu'à la fin, même quand on pense avoir compris, quelque chose vient toujours perturber notre raisonnement et ajoute une pièce de mystère à résoudre. Mais au delà de l'enquête, l'histoire de cette famille devient vite passionnante, on découvre petit à petit la personnalité de chacun, évidemment tout le monde pourrait être coupable, c'est jubilatoire.

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Il va de soi qu'il est préférable de ne rien dire sur cette histoire, pour permettre à chacun d'être surpris. En tout cas tout le monde semble avoir pris du plaisir sur ce tournage et les spectateurs devraient aussi prendre du plaisir à voir tout ce petit monde se déchirer afin de démêler le vrai du faux. Rian Johnson a ainsi su moderniser les romans à tiroirs comme ceux d'Agatha Christie, en transposant cette intrigue à notre époque, faisant échos à quelques problèmes de la société actuelle tout en gardant un ton léger et drôle.


Au cinéma le 27 novembre


 

22 octobre 2019

Joker ★★★★

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 Couronné lors de la dernière Mostra de Venise du Lion d'Or, Joker de Todd Phillips commence sa carrière très fort avec déjà plus de 1,5 millions de spectateurs en France sur sa première semaine d'exploitation. Forcément curieuse de ce succès quasi assuré et de l'origine imaginée ici de l'un des meilleurs méchants de Batman, il m'aura pourtant fallu deux visionnages pour me faire une opinion. Je garde forcément en tête l'incroyable performance d'Heath Ledger du Dark Knight de Christopher Nolan, car on a très envie de comparer, bien qu'ici le personnage soit abordé dans un angle encore jamais vu au cinéma. Todd Phillips et son co-scénariste Scott Silver livrent leur propre vision sur l'origine du Joker, et c'est en effet très surprenant et singulier.

Ceux qui pensent aller voir un énième film DC Comics, ou pire un film de super-héros, peuvent passer leur tour. Joker est un film d'auteur, dramatique, grave, psychologique et violent. N'imaginez même pas une rencontre entre ce personnage et le prochain Pattinson-Batman, cela n'aurait pas de sens (j'espère que ce n'est pas prévu). Et ceux qui pensent que Joaquin Phoenix vient remplacer le malchanceux Jared Leto pour reprendre le flambeau peuvent aussi se raviser. J'espère profondément qu'il n'y aura pas de suite, que cette performance restera unique. Ce film n'est pas sur le Joker, mais sur Arthur Fleck, sa solitude, sa pathologie, son mal-être à une époque où les plus démunis sont de plus en plus exclus de la société. Tout cela cumulé crée le Joker, et c'est bien l'évolution de ce personnage invisible à la base devenant le grand méchant qu'on connaît qui aura de l'intérêt ici.

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Toute l'histoire n'est pas réécrite. On reste à Gotham, Thomas Wayne est en campagne pour accéder à la mairie, le jeune Bruce n'est pas loin, l'asile d'Arkham existe. Les bases sont là. Mais avant Batman, avant le Joker, il y avait Arthur Fleck, un homme rachitique qui s'use à faire le clown de service pour pas grand chose et qui se rêve artiste comique de one-man-show. Il vit chez sa mère, s'occupe d'elle dans leur misérable appartement. Sa pathologie ne l'aide pas à s'acclimater en société, il est affecté d'un symptôme psychologique, le rire prodromique, un rire incontrôlable qui peut surgir à tout moment. 

Ce fameux rire, une marque du Joker, on l'a vu interprété de différentes manières. Dans ce film, il est profondément dramatique. C'est l'une des raisons qui m'a poussée à voir une deuxième fois Joker. On sait le personnage fou, mais le fait que son rire ne soit pas contrôlable apporte une nuance encore jamais vue. Il se rêve drôle, et lorsqu'il essaie de faire rire les gens c'est bien le contraire qui arrive. Lorsque les gens rient, c'est pour se moquer de lui. La violence qu'il subit à cause de cela, qu'elle soit psychologique ou physique est atroce. Au premier visionnage, je n'ai du rire qu'une fois, et encore j'éprouvais une réelle tristesse pour Arthur Fleck. Le film met mal à l'aise dans son ensemble car on vient en sachant qu'on va voir la naissance d'un méchant, alors qu'on est sensé le détester on éprouve beaucoup de peine et d'empathie pour lui.

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Le scénario vient fouiller là où ça fait mal. Toutes les petites choses négatives de sa vie qui se cumulent vont un jour exploser. On évoque son enfance, avec un doute très excitant sur ses origines, on le voit se faire frapper, humilier, on le voit être abandonné par le peu d'aide qu'il pouvait avoir. Et tout le génie de l'interprétation si fine de Joaquin Phoenix explose à l'écran. On voit un homme courbé, aux os proéminents, laid, victime, se transformer en symbole charismatique, beau et extrêmement violent. Physiquement, il impressionne non pas par la maigreur qu'il a atteint pour le rôle (il est loin d'être le premier à le faire), mais par sa gestuelle et la façon dont il la fait évoluer. Ses danses sont aussi démentes que son rire. C'est simple on ne voit que lui !

Même si la qualité de ce film vient en grande partie de la performance de Joaquin Phoenix, le reste n'est pas mal non plus. La photographie est magnifique, quelques plans sont d'une beauté incroyable. Au premier visionnage, j'étais perplexe par rapport à la longueur du début et à la présentation du personnage que j'ai trouvé longs et redondants parfois, pourtant cela m'a paru finalement nécessaire lors de la deuxième séance, afin d'insister sur son mal-être. Aussi le scénario arrive à connecter la vie du Joker avec celle des Wayne et donc du futur Batman, sans être trop lourd mais en laissant des questions ouvertes où chacun peut se faire sa propre opinion. Quelques scènes restent inutiles au montage, comme celles concernant les explications visuelles sur la relation entre Arthur Fleck et sa voisine jouée par Zazie Bettz, mais cela reste assez insignifiant dans l'ensemble.

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Le méchant dans ce film n'est finalement pas le Joker malgré les crimes horribles qu'il commet. Son principal adversaire est le présentateur télé Murray Franklin, joué à la perfection par Robert de Niro. C'est quasiment cet homme qui crée le Joker, du moins qui lui donne un nom, car le Joker a été créé par tout un tas d'autres gens, tous issus des classes hautes de la société, des petits prétentieux de Wall Street à Thomas Wayne lui-même. On peut y voir une critique de la société actuelle avec des riches qui ont le pouvoir et qui créent de plus en plus d'inégalités avec les pauvres. On voit surtout la naissance du chaos en même temps que celle du Joker. Et qui de mieux pour incarner le chaos que ce personnage ? Cette symbolique était déjà exploité dans Dark Knigth dans lequel le Joker semait le chaos partout où il passait. 

Alors qui est le meilleur entre Ledger et Phoenix, au final on s'en fout ! Les deux sont singuliers et ont leur personnalité, leur approche scénaristique est différente et les deux acteurs ont offert une performance exceptionnelle. La seule différence entre Joaquin Phoenix et ses prédécesseurs est qu'il montre la naissance du Joker quand tous les autres ont interprété le personnage déjà mûr. 

15 octobre 2019

Aladdin ★★

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Disney est dans sa période remake live des grands classiques et n'est pas prêt de s'arrêter. Cette année, trois films se sont déjà enchaînés en salles : Dumbo par Tim Burton, Aladdin par Guy Ritchie et Le Roi Lion par Jon Favreau. Chaque réalisateur a un univers bien précis qui en général est visible dans leurs films. Et pourtant, cet Aladdin version comédie musicale bariolée ne met pas en valeur la petite touche de folie de Guy Ritchie qui s'est soit laissé manger par la machine à super-productions, soit est passé à côté de son film.

Aladdin, pour tous ceux qui étaient enfants dans les années 90, fait parti de la série de grands classiques Disney qui les a fait rêver. Une période prolifique pour les studios qui n'ont cessé de surprendre de films en films et ont connu un âge d'or entre La Petite Sirène (1989) et Tarzan (1999). Pour cette génération, ces remakes peuvent être un moyen de revivre la magie de leur enfance, ou justement au contraire, la voir piétiner à coup de marketing rutilant. Alors plutôt que de créer de nouveaux héros pour les enfants d'aujourd'hui, quoi de mieux que remettre à neuf ceux de leurs parents ? Pourtant, si on regarde les productions d'il y a maintenant une trentaine d'années, les films fonctionnent encore, on est toujours sous le charme d'Aladdin version 1992, dont le dessin reste magnifique et l'histoire tient toujours debout. Contrairement à un King Kong qui est l'un des parfaits exemples de remakes justifiés, quasi chaque nouvelle avancée technologique lui vaut une nouvelle version, balayant la précédente déjà vieillissante.

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Cet Aladdin de 2019 fonctionne car son histoire reprend la même trame que le précédent, mais il manque follement de personnalité et ne se démarque pas du dessin animé qui a gardé toute la magie de l'histoire. Les décors font carton-pâte, les costumes ressemblent à de beaux déguisements, on ne croit pas à l'existence de l'univers visuel qu'on nous propose. Cela fonctionnerait en tant que spectacle à Disneyland, pour un film on reste sur sa faim. Surtout quand on décèle l'utilisation d'un fond vert et que les effets d'accélération ou de ralentissement de l'image sont bancals. Guy Ritchie n'était peut-être pas le réalisateur approprié.

Le casting ne sauve pas pour autant les meubles. Will Smith est le seul à s'être glissé à merveille dans son personnage en proposant une version plus moderne du Génie au son plus hip-hop mais toujours aussi déluré que la mythique interprétation de Robin Williams. Il chante, il danse, son humour fonctionne, il semble avoir pris du plaisir dans son jeu. Malheureusement tous les autres manquent de charisme. Celui qui surprend le plus en ce sens est le Jafar interprété par Marwan Kenzari (aperçu dans Seven Sisters et La Momie) qui n'a ni la stature imposante ni la voix effrayante du grand méchant. Et un Disney sans un redoutable méchant peine à convaincre. Même l'humour de Iago son perroquet manque.

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Le style bollywoodien de la comédie musicale peut aussi surprendre, tout en s'accordant avec les couleurs criardes et les décors extravagants. Les parties dansées ont un réel intérêt, les chorégraphies sont impressionnantes par le nombre de danseurs réglés au millimètre près. Côté chansons, à part Will Smith qui s'est approprié les partitions, les autres interprètes n'apportent pas de personnalité supplémentaire. Ainsi, la scène sur "Ce rêve bleu" n'est pas plus émouvante que celle du dessin animé, et perd même un peu de magie.

La magie qu'insuffle Disney dans ses grands classiques est ce qui en a fait leurs succès. Les dessins animés font rêver et invitent plus à l'imaginaire que ces versions live. Aladdin en pâtit, monté comme un blockbuster d'action sous forme de comédie musicale, Will Smith ne peut malheureusement pas porter le film seul sur ses épaules. À voir ce que vont donner les prochaines productions : La Belle et le Clochard, Mulan ou encore La Petite Sirène...


Aladdin en DVD, Blu-Ray, Blu-Ray 3D, Blu-Ray 4K UHD depuis le 27 septembre, ainsi qu'en VOD et EST. Édité par Disney DVD dont vous pouvez suivre l'actualité sur son site et sa page Facebook.


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14 octobre 2019

Hors Normes ★★★★

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Découvert en avant-première organisée par le Club 300 AlloCiné, Hors Norme est la nouvelle pépite d'Eric Toledano et Olivier Nakache. De retour avec un film touchant et drôle comme ils savent si bien le faire, le duo éveille nos consciences en abordant le sujet tabou qu'est le handicap mental ou l'autisme. Hors Normes est un film vivant, qui sonne juste, d'une honnêteté et d'une vérité désarmantes, on ne peut pas rester indifférent face à des personnages si attachants.

Ils avaient réalisé un court documentaire pour Canal Plus il y a quatre ans sur l'association Le Silence des Justes dont ils connaissent le dirigeant Stéphane Benhamou depuis près de vingt ans. Cela ne suffit pas, ils ressentent le besoin d'explorer le sujet plus profondément sous forme de fiction et s'attellent à l'écriture d'un long métrage. Ils pensent alors à deux têtes d'affiches encore jamais réunies à l'écran pour incarner ces héros de la vie quotidienne : Vincent Cassel et Reda Kateb. On n'attendait pas moins de ces deux acteurs une implication totale, on découvre même un Cassel tendre et touchant comme on le voit rarement dans ces rôles. 

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La plus belle performance sera celle des bénévoles et malades qui ont joué le jeu, puisant dans leur propre vécu et interprétant à merveille les scènes écrites. Le courant passe entre les acteurs professionnels et amateurs, à ne sachant pas démêler le vrai du faux. Certains d'entre eux sortent du lot et attisent encore plus d'empathie et de sympathie d'un spectateur toujours curieux. Ainsi, Benjamin Lesieur alias Joseph dans le film est l'un des protagonistes les plus attachants, il devrait même pouvoir détendre les parisiens qui se retrouveront ralentis dans les transports à cause d'un signal d'alarme à la seule pensée de son personnage.
 
La filmographie de Nakache et Toledano est teintée de sujets qui reviennent régulièrement et qu'on retrouve dans ce film : la vie de groupe, le handicap, la mise en valeur de duos forts. Dans Hors Normes, on découvre avec effroi la réalité du traitement des personnes autistes. Là où le corps médical est rapidement limité et même dépassé pour s'occuper des malades, ces associations bénévoles prennent le relais. L'envers du décor est hallucinant quand on découvre leur énergie et leur dévouement complet pour aider de leur mieux les malades et leurs familles. Jamais le film ne se confond avec un documentaire, l'immersion dans la rude vie de ces associations face aux aberrations de l'administration médicale emporte le spectateur dans une histoire plus intime. On se sent impliqué, on rit avec eux, on tremble avec eux, on est en colère avec eux.

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On se souvient du triomphe d'Intouchables, Hors Normes est bien parti pour connaître la même destinée. Pour ces deux films les réalisateurs ont mis en scène une histoire vraie, en gardant l'essence de la relation des duos mis en avant. On ressent cette vérité qui tire vers l'optimisme malgré les épreuves parfois difficiles que la vie leur fait affronter. Et cette énergie ici explose dans le regard et l'énergie folle déployée par ceux qui jouent leur propre rôle le temps d'un film avant de continuer à le faire tous les jours, en improvisation permanente face aux éternels imprévus du quotidien.
 
Ce film est nécessaire parce qu'il donne une visibilité positive à l'autisme. Notre société en a fait un sujet tabou, on a souvent une vision généralisée et faussée de ce type d'handicap. Hors Normes nous ouvre les yeux et nous fait découvrir la persévérance de tous les bénévoles des associations pour améliorer la vie des autistes et de leur famille, on voit du bonheur, du progrès, de la vitalité là où la médecine baisse les bras. On en ressort le cœur lourd mais heureux.

Au cinéma le 23 octobre 2019


23 septembre 2019

90's ★★★★

Les années 90, la Californie, le skate. On pense à Lords of Dogtown et à Paranoid Park. 90's, de son titre original Mid90s qui apporte un peu plus de nuances, se situe entre les deux pour son ambiance mais avec une identité propre. Écrit et réalisé par Jonah Hill, l'acteur passe derrière la caméra pour la première fois avec brio en livrant une histoire teintée de ses souvenirs d'enfance à Los Angeles, tout en restant authentique. Même s'il marque son film des années 90, les thèmes abordés restent universels et atemporels.

L'ouverture du film est frappante et donne le ton. Alors qu'on pense assister à une simple chamaillerie entre frères, la réalité est bien plus sombre. On est décontenancé par cette scène aux tons lumineux mais brutale. Le jeune Stevie semble perdu entre sa mère trop absente et son grand frère violent. La situation familiale compliquée le pousse à se tourner vers un groupe de jeunes avec qui il se sent bien car tout semble possible avec eux. Il sortira de son quotidien morose en s'initiant au skate et aux choses de la vie auprès d'eux. Il est prêt à s'affirmer, à passer le cap de l'enfance insouciante vers l'adolescence et à connaître la liberté que procure une planche qui roule sur du bitume. 

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À l'époque où internet et les téléphones portables ne sont pas encore la préoccupation première des ados, ceux-là discutent de tout sans filtre, celui qui a le dernier mot est celui qui sortira la meilleure vanne. Alors que Sunny Suljic est déjà apparu au cinéma, notamment dans Mise à mort du cerf sacré, ceux qui jouent ses copains sont encore novices en tant qu'acteurs mais pratiquent le skate depuis leur plus jeune âge. Pourtant le manque d'expérience n'est jamais visible, autant pour les acteurs que pour Jonah Hill qui en dirige pour la première fois.

L'époque est recréée de manière authentique et quelque peu nostalgique. Première bonne idée : le choix de présenter une image en 4:3 tournée entièrement en 16mm. On a l'impression de regarder une VHS (de bonne qualité). Seconde bonne idée : la bande son. En plus de la BO signée par Trent Reznor et Atticus Ross, on entend entre autre des morceaux de Wu Tang, Cypress Hill ou Mobb Depp. Le reste coule de source au niveau des références visuelles que ce soit dans les décors ou costumes, tout sonne juste, rien ne manque et rien n'est de trop. Il est même possible de mieux dater la période durant laquelle se déroule le film puisque les personnages font référence à Usual Suspects, sorti début 1995 aux USA, également dans une scène coupée hilarante qui aurait pu être intégrée au film juste pour le fun. Elle est présente dans les bonus du DVD.

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Jonah Hill aura mis quatre ans à écrire ce film, entre ses tournages dans son temps libre. Il a su écouter les bons conseils que lui auront donné d'autres réalisateurs comme Spike Jonze ou Martin Scorsese qu'il a consulté, car il n'y a vraiment pas grand chose à reprocher à sa première réalisation. 90's est court et se regarde avec beaucoup de curiosité, ce drame intime fait passer par différentes émotions tellement on ressent rapidement de l'ampathie pour Stevie. 90's fait partie des bonnes surprises de l'année.


90's en DVD, Blu-Ray et VOD depuis le 3 septembre, et en EST depuis le 30 août. Édité par Diaphana Edition Video dont vous pouvez suivre l'actualité sur son site et sa page Facebook.


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31 juillet 2019

Les Fauves ★★

Deuxième long métrage de Vincent Mariette, Les Fauves intrigue par son ambiance à la fois de thriller scandinave et de teen movie. Alors que l'action se déroule durant l'été dans un camping en Dordogne, c'est plutôt une froideur qui se dégage de ce scénario faisant planer un sentiment de danger persistant. Après un passage mitigé dans les salles de cinéma en janvier dernier, le film est maintenant disponible en DVD et VOD.

Les événements dépeints sont assez irréels. Une panthère roderait dans la forêt aux alentours du camping, des jeunes commencent à être portés disparus dont un garçon qui tournait autour de Laura. Pourtant, l'angoisse ne semble pas perturber les vacances des campeurs, malgré les recommandations de prudence des parents, les ados continuent à sortir la nuit pour se faire peur. Jamais on ne tombe dans la psychose que pourrait engendrer ce contexte, on explore plutôt l'impertinence de l'adolescence et les sentiments qui en découlent. 

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Laura c'est l'étrange héroïne de ce film, parfaitement incarnée par Lily-Rose Depp dont le physique et l'allure générale représentent bien le personnage. La jeune femme est différente des autres, plus solitaire et curieuse. Elle fascine, attire et effraie à la fois par son insolence et son assurance. Elle s'éprend d'un écrivain tout aussi étrange et solitaire qu'elle, et découvre ainsi le pouvoir du désir, ce qui amplifie l'ambiguïté lors de leurs confrontations. Un jeu de chasseurs et de proies s'installe, Laura au regard félin plus imprévisible qu'il n'y parait est celle qui impressionne le plus.

Le mystère qui imprègne ce camping, l'énigme de la panthère et des disparitions, cela ne suffit pourtant pas pour se passionner pleinement pour cette histoire. Heureusement que le personnage de Laura surprend, les autres manquent de développement, ou bien sont desservis par leurs énigmatiques personnalités. Laurent Lafitte se fond bien dans la peau de l'écrivain taciturne, mais manque de profondeur. Mais le personnage le plus mal exploité reste l'inspectrice jouée par Camille Cottin, qui n'intervient que sporadiquement alors qu'elle est le parfait élément perturbateur dans cette histoire. Elle fait douter par ses propos, mais perd en crédibilité car on ne la voit enquêter qu'auprès de Laura. Elle semble manquer d'implication, comme si des coupures au montage lui avaient enlevé toute l'ampleur qu'elle aurait mérité.

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Les Fauves donne un sentiment assez mitigé, l'atmosphère étrange et froide ne pallie pas assez face au manque de rythme. La belle découverte du film reste Lily-Rose Depp qui trouve un premier rôle ici taillé pour elle. Cela donne envie de la voir évoluer dans d'autres rôles sans artifices, son naturel et son aisance crève l'écran.


 Les Fauves en DVD et VOD depuis le 2 juillet, édité par Diaphana Edition Video dont vous pouvez suivre l'actualité sur leur site et leur page Facebook.


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