Nath va au cinéma

23 juin 2017

Le Vénérable W. ★★★

Présenté en séance spéciale au Festival de Cannes, le documentaire de Barbet Schroeder est actuellement dans les salles françaises. Le réalisateur clôt ici sa "Trilogie du Mal" après Général Idi Amin Dada : autoprotrait (1974) et L'Avocat de la terreur (2007) sur Jacques Vergès. Il livre un documentaire aux images et témoignages insoutenables mais essentiels sur le génocide éthnico-religieux en Birmanie.

Le "mal" dans ce dernier film est un moine bouddhiste, Wirathu, qui, au fur et à mesure d'assister à son entretien, fait changer l'idée qu'on se fait de cette religion. Le Bouddhisme est une religion athée. On ne prie pas de Dieu, mais on médite. La méditation amène à un état de réflexion sur les choses, sur la nature, sur soi. On en a une vision pacifique et tolérante. Dans Le Vénérable W. c'est une tout autre version du bouddhisme qu'on découvre. On pense aux extrémistes religieux dont on entend bien trop parler en ce moment. 

La Birmanie compte près de 90% de bouddhistes dans sa population, la proportion de moines est bien supérieure à la moyenne par rapport à d'autres pays adoptant. Leur parole est sacrée. Dans le film, on a l'impression de voir des sermons de pasteurs possédés face à une assemblée conquise d'avance. Tout ce que le moine dit est intégré comme vérité, aucunes de ses paroles ne sera remise en question. On assiste à une démonstration d'endoctrinement. Le calme et la persuasion de son meneur met sacrément mal à l'aise.

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Wirathu n'aime pas les musulmans, il en parle comme une menace pour son pays et même l'humanité. Les mots qu'il emploie, sans jamais être agressif, et cela en est encore plus dérangeant, sont d'une extrême violence. D'un engagement personnel il transforme sa haine en véritable lutte nationale. Il a un sens incroyable de la communication, sait manipuler aussi bien qu'un dictateur et n'a pas de peine à convaincre ses fidèles à rejeter les musulmans. D'un événement mineur il crée le scandale et la population n'a pas de mal à se soulever jusqu'à mettre des villes à feu et massacrer de pauvres innocents.

A l'aide d'images d'archives, de recherches personnelles et d'intervenants bien informés dont des journalistes et des activistes pour les Droits de l'Homme, on a l'horreur de découvrir une guerre injuste en Birmanie. Barbet Schroeder offre un film intelligemment monté et bien équilibré. La seule difficulté est d'en supporter le message, on a hâte d'en finir, les images sont de plus en plus dures à ingérer mais pourtant nécessaires et on déteste incontestablement ce Vénérable moine.

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20 juin 2017

Chouf ★★★

Chouf clôt la trilogie sur Marseille de Karim Dridi commencée en 1995 avec Bye-Bye. Après plusieurs années d'observations, de préparations, de répétitions, il monte un film faisant écho à une triste réalité dans ces quartiers qui nourrissent trop souvent les colonnes de faits divers.

Chouf signifie "regarde". Le sens tend aussi vers le fait d'épier, d'être guetteur, ce qui sonne parfaitement bien avec le sujet abordé. Le film nous amène au cœur des quartiers dits "difficiles" de Marseille. Là où on ne grandit pas comme les petits français ordinaires, là où on est prêt à tout pour sortir la tête de l'eau. Sofiane a la chance d'être parti faire des études de commerce. Il vient rendre une courte visite à sa famille, mais son séjour est terni par l'assassinat de son frère. Cet épisode brutal va le changer à jamais, car il doit savoir qui a fait cela et surtout pourquoi.

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Karim Dridi aurait pu faire un documentaire, mais il a choisi de faire de Chouf une fiction permettant aux habitants de ces quartiers de devenir acteurs et de les sortir de leur quotidien. Certe, le film raconte ce quotidien, mais au moins, le temps de la longue préparation avant le tournage et pendant celui-ci il les aura amené ailleurs, en leur ouvrant une fenêtre d'air frais, leur proposant un échappatoire. Son casting est en grande partie amateur et leur talent frappe aux yeux. Ils ont mis toute leur âme dans leur interprétation, on voit leurs vécus sur leurs visages, on y croit. 

Le sujet est fort, on touche au drame social, on frôle le thriller. On ressent de la rage, on en ressort secoué, la violence de la vie de ces personnages continue à résonner longtemps après le visionnage. Même si le réalisateur a tout fait pour faire de ce film une fiction, beaucoup de réalisme en ressort, on pense souvent à l'aspect documentaire, on n'arrive pas à avoir une vision détachée de la réalité, et on en retient peu d'espoir. C'est peut-être le seul point faible du film. 

Chouf est un film hyper-réaliste, authentique, sombre et rageux, mettant en lumière un casting fort et poignant. On prend peu de plaisir à le regarder, car il offre peu d'échappatoire, mais on n'en ressort certainement pas indemne.

Retrouvez Chouf en DVD (sorti le 9 mars 2017), édité par Blaq Out. Voir toute l'actualité de Blaq Out sur son site et sa page facebook.


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19 juin 2017

Le Petit Locataire ★★

Les histoires de grossesses inspirent souvent au cinéma. Pour son premier long-métrage, Nadège Loiseau explore le thème en ayant eu l'idée du "locataire" lorsqu'elle attendait son premier enfant. Mais rien à voir avec sa propre histoire. Dans Le Petit Locataire, Nicole, brillamment interprétée par Karin Viard, apprend qu'elle est enceinte alors qu'elle a 49 ans. Bonne nouvelle ? Désastre ? En s'affichant avec une étiquette de comédie, ce film est en fait un petit drame.

Nicole est une mère dévouée mais surmenée. A côté de son boulot pénible au péage, chez elle c'est la folie. Son mari, Jean-Pierre, se plaît au chômage et passe ses journées au gymnase à rêver d'une victoire pour son équipe, autant dire qu'il n'aide pas beaucoup à la maison. Sa mère n'est plus autonome alors elle vit avec eux et Nicole s'en occupe comme une vraie aide à domicile. Ses enfants, n'en parlons pas. Vincent est officier de la Marine Nationale dans un sous-marin, donc souvent absent. Arielle est ingérable et immature, elle profite d'avoir tout ce petit monde pour s'occuper de sa propre fille, la petite Zoé, et faire sa vie comme bon lui semble en fuyant son rôle de mère. Heureusement que Toussaint, l'ami de la famille, vient donner des coups de main ! Ce train-train quotidien va être totalement bouleversé lorsque Nicole apprend qu'elle est de nouveau enceinte, à 49 ans. Déboussolée, elle ne sait pas bien où cette grossesse pourra bien la mener...

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Nadège Loiseau s'est d'abord entraînée à l'écriture d'un scénario et à la réalisation en se concentrant sur un court-métrage. Il s'agit de la même histoire et on peut le visionner dans les bonus du DVD. Puis, elle s'est lancé dans le grand bain en le transformant en long-métrage. On sent qu'elle aime les univers colorés, elle le confirme d'ailleurs dans un autre bonus, une petite interview d'elle qui parle de l'origine du film et ses influences. Elle évoque d'ailleurs Jacques Tati et Jacques Demy comme ses influences. Au début du film on penserait bien s'immerger dans ce genre d'univers, un peu rêveur, un peu gaffeur et pourquoi pas burlesque. Mais toutes ces couleurs acidulées et les quelques passages drôles ne sont qu'une façade qui cachent un vrai drame.

Il faut avouer que le casting est vraiment très bien choisi. La réalisatrice a eu de la chance de pouvoir les réunir. Karin Viard est comme toujours très crédible et fait passer beaucoup d'émotion, elle est vraie, sincère et si vivante. A côté d'elle, on a aussi le plaisir de découvrir Philippe Rebbot dans un rôle un peu plus étoffé que ceux dans lesquels on le connaît d'habitude. Il est parfait pour jouer l'homme dépassé par sa vie et bloqué dans un rêve du passé. La plus surprenante est peut-être Hélène Vincent qui a du se vieillir pour devenir Maminette. Elle est à la fois touchante et amusante. Manon Kneusé agace un peu en fille impertinente, mais c'est le rôle qui veut ça donc c'est très bien. 

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Mais voilà, alors qu'on pense se plonger dans une gentille comédie avec ces couleurs et sa musique pétillante, on se retrouve empêtré dans un drame familial. On rit rarement au final, bien que certaines situations amusent tout de même. Nicole essaie de garder le sourire et de trouver quelques échappatoires légères pour s'évader d'un quotidien trop pesant, mais au fond elle doit supporter un gros mal-être, et ceux de ses proches. Il y a aussi tout un tas de questions sur le rôle d'une mère qui surgissent, puisque Nicole se rend compte qu'elle a loupé pas mal de choses avec ses enfants, et celui qui s'annonce arrive bien tard pour que tout aille bien. Mais s'il n'y avait que ça, c'est un peu l'effet boule de neige qui arrive, un malheur n'arrive pas seul...

Même si Le Petit Locataire est au fond attendrissant, il est plus triste que drôle dans son ensemble, dommage pour une comédie. On est plus touché par ce qui arrive à cette famille qui est heureusement assez bien entourée et soudée. Pourtant, on est vite emporté par l'empathie, le lot de petits malheurs qui s'accumulent plombe un peu l'ambiance et le temps commence à passer moins vite sur une deuxième partie qui manque de rythme. Ce premier film est tout de même réussi dans sa réalisation et dépeint un joli portrait de famille.

Retrouvez Le Petit Locataire en DVD (sorti le 21 mars 2017), édité par Diaphana.

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18 juin 2017

Les Espiègles ★★★

Arte Éditions vient d'ajouter à son catalogue un DVD contenant quatre films d'animation tout droit venus de Lettonie aux messages bienvenus sur le respect de la nature et la cohabitation entre humains et animaux. Ces courts-métrages ont été fabriqués par le Studio Animacijas Brigade (AB) de manière traditionnelle en animant des marionnettes image par image.

Accessibles à partir de quatre ans, ces petits films invitent les petits comme les grands à s'émerveiller devant un travail d'animation minutieux qui parfois rappelle un dessin animé qui passait à télévision française dans les années 90, Le Pingu Show, mais aussi Minuscule pour les jolies petites histoires imaginées autour des animaux. Pas besoin de mots ou de dialogues, les histoires se racontent principalement par l'image. Les marionnettes sont vraiment mignonnes, on est attiré par leur détail et leur matière. L'esprit est bon enfant et moralisateur juste comme il faut.

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Les quatres titres présents sur le DVD explorent la thématique de la nature, de manière assez humoristique. Tout d'abord Au temps des moissons, réalisé par Janis Cimermanis, est une adaptation du poème de Fricis Dziesma. On voit en parallèle les habitants d'un village s'activer pour la moisson et de petites souris qui font aussi leur récoltes. C'est peut-être le film le plus complexe des quatre mais celui qui partage le plus de poésie.

On découvre ensuite Les Espiègles, toujours de Janis Cimermanis. Dans celui-ci les animaux sont plutôt au second plan mais on s'amuse de l'imagination débordante d'un petit garçon qui anime sa vie à la ferme à sa manière. Il fait écho au cinéma muet, comme L'arroseur arrosé des frères Lumière ou toute la magie du cinéma de Chaplin pour son comique de situation.

Les deux derniers sont ceux dont l'aspect écologique résonne le plus (et aussi mes préférés). Le garde forrestier de Maris Brinkmanis fait la leçon aux pollueurs sauvages. Le vieux monsieur est d'ailleurs dépassé par la bêtise de cet homme de la ville qui vient déverser ses déchets dans la forêts. Les animaux font preuve d'une grande imagination pour lui faire regretter son irrespect. Ils sont amusants, ingénieux et montrent aussi que l'union fait la force.

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Dans Le hérisson en ville, c'est aussi la même chose qui en ressort, mais à une échelle plus importante. Quand, dans le précédent, l'homme venait empoisonner un petit coin de forêt, dans ce film de Evalds Lacis, c'est une forêt entière qui est dévastée. Les hommes ont tout rasé pour construire une ville, les animaux sont à la rue de manière littérale. Ils doivent trouver refuge dans un parc artificiel. Eux aussi vont faire preuve d'une grande ingéniosité. Un petit couple de hérisson a l'idée de piéger les humains à leur propre jeu, à l'aide de tous les habitants de la forêts, ils vont bien s'amuser.

Pour aller plus loin, un petit livret de jeux est inclus dans le boîtier du DVD. On retrouve les personnages des films pour un rébus, un jeu de sept erreur ou encore un message codé qui plairont aux enfants. On apprend même des petites anecdotes sur le studio AB ou comment est fabriqué le miel.

Morale : la nature sera toujours plus forte que l'homme ! Ces films aident à prendre conscience qu'un petit geste anodin, comme jeter un papier par terre ou couper un arbre peut mettre en péril des animaux. C'est raconté avec beaucoup d'humour et de poésie et plus qu'utile dans le contexte actuel pour apprendre aux plus petits à respecter la nature. Ces courts-métrages animés sont à voir et à revoir, par les petits comme par les grands !

Retrouvez Les Espiègles en DVD (sorti le 7 février 2017), édité par ARTE. Voir toute l'actualité de Arte Éditions sur sa page facebook et sur son site.

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03 juin 2017

La fille du train ★★★

Voici un film que j'ai loupé au cinéma et que j'ai enfin pu découvrir en DVD. Contrairement aux critiques qui étaient peu enthousiastes lors de la sortie de La fille du train dans les salles françaises en octobre 2016, j'ai été plutôt agréablement surprise par ce thriller torturé, porté de bout en bout par Emily Blunt jouant parfaitement la femme profondément blessée.

Le réalisateur Tate Taylor adapte ici le roman à succès de Paula Hawkins. Il s'était d'ailleurs fait remarquer par la transposition à l'écran d'un autre roman, La couleur des sentiments, en 2011. Ici, il met encore en valeur des femmes aux destins croisés et à la destinée inattendue, avec un casting plutôt bien choisi. Un trio féminin et un trio masculin entraînent le spectateur dans un casse tête où le témoin devient facilement un suspect. On ne sait plus sur qui compter, jusqu'au dénouement final imprévisible.

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Quand on découvre le personnage d'Emily Blunt, Rachel, tranquillement assise à la fenêtre d'un train, on est loin de se douter de ce qui se cache derrière son regard perdu dans le paysage qui défile. Tous les jours, elle prend le même train pour se rendre à New York et tous les jours elle semble passionnée par une maison précise en imaginant la vie parfaite de la belle blonde qu'elle y aperçoit. Puis, on comprend que Rachel a du mal à se remettre d'un divorce, qu'elle a quelques problèmes et tout devient bien plus complexe que ce dont on pouvait s'attendre.

La femme mystérieuse vivant dans cette maison idéalisée est jouée par Haley Bennett. Megan esne jeune femme à la recherche de son destin, un peu perdue et loin de ce que peut s'imaginer Rachel finalement. Elle est baby-sitter, entre autre, pour sa voisine Anna, une femme au foyer dont la vie semble stable et parfaite, à l'image d'une Desperate Housewife, interprétée par Rebbeca Ferguson. Chacune de ces femmes incarne une personnalité différente et la caméra donne quelques indices de manière inconsciente pour le spectateur. Ainsi, la chef opératrice Charlotte Bruus Christensen a choisi de filmer Rachel au plus près pour donner l'effet d'essayer de voir ce qui se trame dans sa tête, alors qu'elle filme Anna de manière stable avec même un peu de distance, quand elle opte pour une caméra plus en mouvement lorsqu'elle suit Megan qui se sent libre seulement quand elle court.

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Face à ces femmes, on a trois figures masculines dont on croit aussi connaître la personnalité avant que le scénario ne vienne tout brouiller et faire douter sur qui ils sont vraiment. Justin Theroux campe parfaitement le rôle de l'ex-mari de Rachel à l'allure virile, Luke Evans quant à lui inquiète et intrigue en Scott, l'homme sexy idéalisé à travers la fenêtre du train. Enfin, un peu plus secondaire mais tout de même important, Edgar Ramirez joue un psy qui vient embrouiller le fil de ce scénario torturé.

Il est difficile d'en dire plus sans dévoiler toutes les ficelles du film ni les surprenants rebondissements vers lesquels Tate Taylor semble se plaire à nous emmener. On se plaît à jouer à l'enquêteur en doutant sur chacun des personnages jusqu'à ce que la vérité éclate enfin et désarçonne quelque peu à la fin, mais soulage aussi un peu, car la tension monte tout au long de cette histoire haletante.

Retrouvez La fille du train en DVD ou en Blu-ray (sorti le 1er mars 2017). Edité par Metropolitan Filmexport.

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02 avril 2017

Ghost in the Shell ★★★★

Ghost in the Shell, le célèbre manga de Masamune Shirow, connaît aujourd'hui une nouvelle adaptation. Après le film d'animation culte de Mamoru Oshii de 1995, Rupert Sanders a la lourde tâche de faire revivre cette franchise, cette fois-ci en 'live action'. Tout en respectant le matériel d'origine, il nous offre une libre interprétation de cette histoire complexe, portée avec force par une Scarlett Johansson encore plus étonnante que jamais.

Connaître ou pas l'œuvre originale n'a aucune importance. On nous offre ici une nouvelle vision d'une œuvre culte, dont les grandes lignes sont respectées. Les décors sont mis au goût du jour pour les rendre presque probables dans un futur proche. La création du Major est quasi identique, la 3D et la qualité IMAX lui donnant une nouvelle dimension immersive incroyable. On découvre le Major, être unique en son genre puisqu'elle est une création cybernétique quasi parfaite. Son "ghost" a été sauvé dans un corps aux capacités infinies. Lors d'une mission, elle doit faire face à une nouvelle menace, un terroriste qui pirate et prend le contrôle des esprits. En se confrontant à ce virus d'un nouveau genre, le doute s'installe en elle. Quelles sont vraiment ses origines ? Qui sont vraiment les créateurs de son nouveau corps ? Elle compte bien trouver ces réponses, coûte que coûte...

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Scarlett Johansson aime décidément incarner des personnages d'action et elle est très convaincante en Major. Ce rôle est certainement le plus physique qu'elle ait pu jouer jusqu'à présent, bien plus dur que l'héroïne d'Avengers et bien plus complexe. En Major, elle est un cyborg et adopte des postures et une démarche à la fois masculine et mécanique. Sa silhouette de femme parfaite est indéniable, mais sa plastique est facilement balayée par la quête de son personnage. Le Major prend conscience qu'on lui cache la vérité et part à la recherche de sa réelle identité, celle du corps humain qu'elle a perdu. On aborde des questions d'éthique, de manipulation d'esprit, des prouesses de la science qui transforme les capacités de l'humain.

Ne pas connaître le manga n'a pas d'importance pour apprécier ce Ghost in the Shell, le film a une histoire passionnante en traitant de sujets de science-fiction forts. L'humain ne cesse de vouloir se transformer, de s'améliorer, la science et la robotique s'associent pour créer des corps qui ne cessent de repousser leurs limites. Le Major en est la plus parfaite représentation. On découvre certains de ses coéquipiés se faire améliorer, le seul humain d'origine est Daisuke Aramaki, le chef de section, joué par Takeshi Kitano qui a par ailleurs préféré parler japonnais. Cela ne compromet aucunement la compréhension de l'histoire, au contraire, on en ressent plus d'authenticité et cela renforce le côté "non modifié" de son personnage. Aussi, la multi-ethnicité des personnages et donc des acteurs apporte une vision d'un futur où les frontières ont une nouvelle définition.

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La scène d'ouverture représente le chemin vers lequel le film emmène le spectateur. Le Major saute, quitte à ne pas respecter les ordres de son supérieur, elle suit sa conviction. A partir de là, elle va découvrir que son plongeon est celui vers ses propres origines. Ainsi le simple blockbuster aux effets visuels clinquants impose une identité qui fouille de grands questionnements philosophiques, à commencer par "qui suis-je ?", le doute, jusqu'à toucher du doigt les lois de la robotique et la place du créateur. Le robot qui a été créé pour être une arme plus qu'efficace commence à avoir des sentiments, des souvenirs qui viennent brouiller la frontière entre humain et machine. La machine est-elle capable d'aimer ? L'humain peut-il perdre toute son humanité ? 

Visuellement, le film est assez bluffant, certainement plus en IMAX 3D. Les décors sont riches et projettent un futur où l'écran, sous différentes formes évoluées, est encore plus présent. On pense un peu à Blade Runner avec ces rues asiatiques sous la pluie, mais le film a ici trouvé sa propre identité. Les effets spéciaux ont été gérés par la société créée par Peter Jackson en Nouvelle Zélande, Weta Workshop. On s'émerveille devant la scène d'ouverture, puis sur toutes les scènes de combat jusqu'à un couac visuel qui vient sur la fin, où le Major gravit des gravats en plein combat et ses mouvements sont hachés, comme si le travail n'avait pas été terminé. Cette petite minute ratée est presque étrange tellement le reste du film est parfait, c'est bien le seul défaut qu'on peut reprocher. La musique est à la fois respectueuse de celle créée par Kenji Kawai pour le film d'animation indissociable de la franchise, tout en s'éttofant des nouvelles créations de Clint Mansell.

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Cette version live de Ghost in the Shell entremêle des séquences du film original copiées à la lettre et une libre interprétation de l'histoire pour proposer une nouvelle lecture de ce classique à une génération qui le découvre. Ceci est dans l'air du temps depuis que Disney refait ses grands classiques en 'live action'. Ainsi, la franchise s'offre une nouvelle vie, un renouveau appréciable grâce au travail maîtrisé de Rupert Sanders et de son casting crédible.

01 avril 2017

The Lost City of Z ★★★

Les cinéastes semblent de plus en plus inspirés par les histoires vraies actuellement, comme s'il fallait trouver un moyen de trancher avec les méga-productions farcies d'effets spéciaux et de super-héros pour montrer qu'on peut aussi étonner, émouvoir et faire rêver en réinventant la réalité. James Gray change de registre en se tournant vers le film d'aventure et s'est ainsi penché sur la vie de Percival Harrison Fawcett, un des plus grands explorateur britannique du XXème siècle, obsédé par la recherche d'un Eldorado perdu.

Fawcett a beau être un colonel émérite de l'armée britannique, il est sans cesse mis de côté à cause d'une malheureuse descendance. Sa chance lui est donné par la Société géographique royale d'Angleterre qui l'envoie en mission en Amazonie afin de cartographier la zone. Il accepte dans le but de laver son nom et laisse quelques mois sa femme alors enceinte. A son retour, il est hanté par les découvertes qu'il a faites le long du fleuve hostile, et ressent le besoin d'y retourner quitte à laisser de nouveau sa famille...

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Au delà du simple biopic, The Lost City of Z fouille dans les sujets préférés de James Gray : les liens familiaux, l'obsession, le besoin de liberté et la destiné. Certes, le réalisateur change de registre et révisite le film d'aventure traditionnel, mais il reste assez classique et ne pousse pas l'aventure à son extrême comme le ferait un Indiana Jones. On pense un peu à Fitzcarraldo pour sa longueur et sa lente descente du fleuve pleine de surprise. On pense un peu plus à Apocalypse Now, pour la folie et l'avancée vers l'inconnu, les explorateurs se retrouvent face à eux-même, en mode survie et doivent affronter un univers hostile, ils sont des parasites dans un pays qui n'est pas le leur.

Fawcett est obsédé par des vestiges qui semblent venir d'une civilisation ancienne et veut retrouver une ville perdue dans la jungle. Personne ne sait si elle existe, lui en est persuadé. En tant que spectateur, on peut être frustré de ne pas voir plus de scènes dans la jungle, même si le film dure tout de même 2h21. On nous annonce un film d'aventure, mais on ne la vit pas forcément comme on s'y attendrait. Bien sûr l'histoire fonctionne. On est à une époque où on se déplace en bateau, où on échange par lettres et télégrammes. La lenteur est évoquée par des ellipses nécessaires et le réalisateur se consacre ainsi à l'essentiel : Fawcett sans cesse déchiré entre le besoin de trouver cette cité perdue et celui d'être auprès de sa famille.

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La période durant laquelle cette histoire se déroule est aussi primordiale. Les explorations sont un faire-valoir pour chaque pays. On commence à avoir les moyens d'aller de plus en plus loin. Pourtant ceux qui les commandites n'ont pas forcément un esprit très ouvert. L'exploit permet à celui qui l'accomplit d'obtenir un certain rang dans sa société, cela fait parti des motivations premières de notre personnage. L'Europe est en pleine mutation, la Première Guerre mondiale vient perturber la soif d'aventures du héros, les Américains ont de grandes ambitions concernant l'exploration du monde...

La vraie histoire de ce film est bien plus que l'exploration de l'Amazonie comme pourrait l'insinuer l'affiche. Percival Fawcett est sans arrêt tiraillé par ce qu'il n'a pas. Lorsqu'il part en Amazonie pour la première fois, il souffre d'être loin de sa femme et de ne pas être présent à la naissance de son deuxième enfant. Lorsqu'il est de retour auprès d'eux, il ne peut s'empêcher de penser à cette cité dont il est persuadé de l'existance, et cette vision ne cessera de la hanter. Il fera plusieurs aller-retour, devra aussi s'absenter à cause de la guerre, et chacune de ses absences ne feront qu'envenimer la relation qu'il a avec son aîné qui ne comprend pas l'incessante soif de découverte de son père. Son épouse montre aussi un aspect important pour l'époque. Elle aimerait plus de liberté vis à vis des codes imposés par la société qui la force à rester en retrait en permanence. Elle est la première à soutenir son mari mais cela implique aussi qu'elle s'efface en tant qu'épouse. 

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James Gray a maîtrisé tous les aspects de son film. Ses images élégantes évoquent tout l'esthétisme et la violence de l'époque, du plus respectueux dîner mondain à la rencontre d'une tribu cannibale... Il retrouve son compositeur favori, Christopher Spelmann, qui signe ici une très belle BO. Puis il y a les acteurs. Charlie Hunnam semble s'être complètement abandonné à son personnage, on le sent sans cesse obsédé par la jungle. Quant à Sienna Miller, elle est plus secondaire comme l'est l'épouse de Fawcett finalement, mais tout de même présente et aimante. Le plus méconnaissable est Robert Pattinson, compagnon d'expédition fidèle, sa performance ne laisse pas indifférent.

The Lost City of Z est bien plus qu'un film d'aventure, il met en lumière le conflit intérieur de son personnage principal, le fascinant Fawcett brillament interprété par Charlie Hunnam, fasciné par les secrets de la jungle amazonnienne. James Gray signe un film subtile, qui se balade intelligemment dans des étapes primordiales de la vie de son personnage sans jamais ennuyer malgré la durée du long métrage. 

26 mars 2017

Sage Femme ★★

Martin Provost réunit pour la première fois à l'écran deux grandes actrices françaises, deux Catherine, dans Sage Femme. Catherine Deneuve et Catherine Frost portent ce film sur leurs épaules solides dans un jeu parfait plein de naturel, d'enthousiasme et d'élégance.

Claire est sage-femme, entièrement dévouée à son métier, elle aime aider les autres. La maternité dans laquelle elle exerce va bientôt fermer. Alors qu'elle est en pleine réflexion sur son avenir, Béatrice, une femme qui a fréquenté son père par le passé, reprend contact avec elle et cela la perturbe. Pourquoi maintenant alors qu'elle avait disparu du jour au lendemain ? On découvre rapidement que les deux femmes sont les extrêmes opposés, pourtant Claire n'arrive pas à l'ignorer et se sent obligée de l'aider...

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Deneuve et Frost sont deux monuments du cinéma français. Chacune a déjà eu l'occasion de camper des rôles forts. Ici, Catherine Deneuve s'amuse à devenir Béatrice, personnage fantasque et démesurée, alors que Catherine Frost est une femme prudente et droite dans ses bottes. Forcément, il est intéressant de voir leur confrontation, l'influence que l'une peut avoir sur l'autre. L'évolution de leur relation est assez subtile, de petits changements arrivent petit à petit et cela apporte au spectateur une certaine curiosité sur la finalité de ces retrouvailles.

Les deux Catherine crèvent l'écran, au point que les personnages secondaires le sont vraiment. Tout ce qui importe sont leurs retrouvailles. Pourtant, Olivier Gourmet qui est un peu celui à qui on se confie et dont on aime la compagnie apporte une présence masculine, très calme mais utile. Il arrive à temporiser et à aider à la réflexion le personnage de Claire. L'autre homme est le fils de Claire, joué par Quentin Dolmaire. Sa performance ne marquera pas beaucoup, il se maîtrise un peu trop, on aurait aimé un peu plus de naturel dans son jeu, il dénotte quelque peu à côté des trois autres grands acteurs. 

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La performance des acteurs est une chose, l'histoire en est une autre. Les problématiques soulevées le sont de manière subtile mais bien maîtrisée. Tout d'abord, les rancoeurs du passé. Au départ, il y a les non-dits, le sujet est difficilement abordé par Claire, c'est par le franc-parler de Béatrice qu'on va le comprendre. C'est un premier problème à régler. Puis il y a la nature même de Béatrice, qui en découle directement et on voit d'ailleurs qu'elle n'a pas changé, accro aux jeux, cela rend sa situation précaire. La précarité est aussi une ombre menaçante pour Claire qui se retrouve confronté à la problématique de la fermeture de nombreuses maternité en France. Enfin, si Béatrice revient, c'est aussi pour revoir les gens qui ont compté dans sa vie, car elle est malade, et la maladie ça fait réfléchir, on ressasse le passé, on revient sur des regrets. Ici, c'est aussi très bien fait, en partie grâce à Claire qui se sent concernée et ne sait pas abandonner des gens en détresse, alors qu'elle semble détester Béatrice.

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Au fond, tout cela est plutôt bien raconté, mais ça reste très calme, peu de risques sont pris. On sourit parfois, surtout grâce aux répliques dites avec tant de désinvolture par Deneuve. La dernière partie du film prend quelques longueurs, on attend un dénouement attendu qui finalement sera traité avec plus de pudeur et de poésie qu'on ne s'y attendait. 

Sage Femme est une comédie gentille et calme qui sait mettre en valeur les sujets qu'elle aborde avec honnêteté. La précarité associée à la maladie pourrait tourner facilement vers le pathos, mais le personnage de Catherine Deneuve, en contrebalance avec celui de Catherine Frost, apporte la joie de vivre et la douce folie nécessaire pour bousculer un peu cette histoire.