Nath va au cinéma

02 avril 2017

Ghost in the Shell ★★★★

Ghost in the Shell, le célèbre manga de Masamune Shirow, connaît aujourd'hui une nouvelle adaptation. Après le film d'animation culte de Mamoru Oshii de 1995, Rupert Sanders a la lourde tâche de faire revivre cette franchise, cette fois-ci en 'live action'. Tout en respectant le matériel d'origine, il nous offre une libre interprétation de cette histoire complexe, portée avec force par une Scarlett Johansson encore plus étonnante que jamais.

Connaître ou pas l'œuvre originale n'a aucune importance. On nous offre ici une nouvelle vision d'une œuvre culte, dont les grandes lignes sont respectées. Les décors sont mis au goût du jour pour les rendre presque probables dans un futur proche. La création du Major est quasi identique, la 3D et la qualité IMAX lui donnant une nouvelle dimension immersive incroyable. On découvre le Major, être unique en son genre puisqu'elle est une création cybernétique quasi parfaite. Son "ghost" a été sauvé dans un corps aux capacités infinies. Lors d'une mission, elle doit faire face à une nouvelle menace, un terroriste qui pirate et prend le contrôle des esprits. En se confrontant à ce virus d'un nouveau genre, le doute s'installe en elle. Quelles sont vraiment ses origines ? Qui sont vraiment les créateurs de son nouveau corps ? Elle compte bien trouver ces réponses, coûte que coûte...

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Scarlett Johansson aime décidément incarner des personnages d'action et elle est très convaincante en Major. Ce rôle est certainement le plus physique qu'elle ait pu jouer jusqu'à présent, bien plus dur que l'héroïne d'Avengers et bien plus complexe. En Major, elle est un cyborg et adopte des postures et une démarche à la fois masculine et mécanique. Sa silhouette de femme parfaite est indéniable, mais sa plastique est facilement balayée par la quête de son personnage. Le Major prend conscience qu'on lui cache la vérité et part à la recherche de sa réelle identité, celle du corps humain qu'elle a perdu. On aborde des questions d'éthique, de manipulation d'esprit, des prouesses de la science qui transforme les capacités de l'humain.

Ne pas connaître le manga n'a pas d'importance pour apprécier ce Ghost in the Shell, le film a une histoire passionnante en traitant de sujets de science-fiction forts. L'humain ne cesse de vouloir se transformer, de s'améliorer, la science et la robotique s'associent pour créer des corps qui ne cessent de repousser leurs limites. Le Major en est la plus parfaite représentation. On découvre certains de ses coéquipiés se faire améliorer, le seul humain d'origine est Daisuke Aramaki, le chef de section, joué par Takeshi Kitano qui a par ailleurs préféré parler japonnais. Cela ne compromet aucunement la compréhension de l'histoire, au contraire, on en ressent plus d'authenticité et cela renforce le côté "non modifié" de son personnage. Aussi, la multi-ethnicité des personnages et donc des acteurs apporte une vision d'un futur où les frontières ont une nouvelle définition.

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La scène d'ouverture représente le chemin vers lequel le film emmène le spectateur. Le Major saute, quitte à ne pas respecter les ordres de son supérieur, elle suit sa conviction. A partir de là, elle va découvrir que son plongeon est celui vers ses propres origines. Ainsi le simple blockbuster aux effets visuels clinquants impose une identité qui fouille de grands questionnements philosophiques, à commencer par "qui suis-je ?", le doute, jusqu'à toucher du doigt les lois de la robotique et la place du créateur. Le robot qui a été créé pour être une arme plus qu'efficace commence à avoir des sentiments, des souvenirs qui viennent brouiller la frontière entre humain et machine. La machine est-elle capable d'aimer ? L'humain peut-il perdre toute son humanité ? 

Visuellement, le film est assez bluffant, certainement plus en IMAX 3D. Les décors sont riches et projettent un futur où l'écran, sous différentes formes évoluées, est encore plus présent. On pense un peu à Blade Runner avec ces rues asiatiques sous la pluie, mais le film a ici trouvé sa propre identité. Les effets spéciaux ont été gérés par la société créée par Peter Jackson en Nouvelle Zélande, Weta Workshop. On s'émerveille devant la scène d'ouverture, puis sur toutes les scènes de combat jusqu'à un couac visuel qui vient sur la fin, où le Major gravit des gravats en plein combat et ses mouvements sont hachés, comme si le travail n'avait pas été terminé. Cette petite minute ratée est presque étrange tellement le reste du film est parfait, c'est bien le seul défaut qu'on peut reprocher. La musique est à la fois respectueuse de celle créée par Kenji Kawai pour le film d'animation indissociable de la franchise, tout en s'éttofant des nouvelles créations de Clint Mansell.

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Cette version live de Ghost in the Shell entremêle des séquences du film original copiées à la lettre et une libre interprétation de l'histoire pour proposer une nouvelle lecture de ce classique à une génération qui le découvre. Ceci est dans l'air du temps depuis que Disney refait ses grands classiques en 'live action'. Ainsi, la franchise s'offre une nouvelle vie, un renouveau appréciable grâce au travail maîtrisé de Rupert Sanders et de son casting crédible.


01 avril 2017

The Lost City of Z ★★★

Les cinéastes semblent de plus en plus inspirés par les histoires vraies actuellement, comme s'il fallait trouver un moyen de trancher avec les méga-productions farcies d'effets spéciaux et de super-héros pour montrer qu'on peut aussi étonner, émouvoir et faire rêver en réinventant la réalité. James Gray change de registre en se tournant vers le film d'aventure et s'est ainsi penché sur la vie de Percival Harrison Fawcett, un des plus grands explorateur britannique du XXème siècle, obsédé par la recherche d'un Eldorado perdu.

Fawcett a beau être un colonel émérite de l'armée britannique, il est sans cesse mis de côté à cause d'une malheureuse descendance. Sa chance lui est donné par la Société géographique royale d'Angleterre qui l'envoie en mission en Amazonie afin de cartographier la zone. Il accepte dans le but de laver son nom et laisse quelques mois sa femme alors enceinte. A son retour, il est hanté par les découvertes qu'il a faites le long du fleuve hostile, et ressent le besoin d'y retourner quitte à laisser de nouveau sa famille...

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Au delà du simple biopic, The Lost City of Z fouille dans les sujets préférés de James Gray : les liens familiaux, l'obsession, le besoin de liberté et la destiné. Certes, le réalisateur change de registre et révisite le film d'aventure traditionnel, mais il reste assez classique et ne pousse pas l'aventure à son extrême comme le ferait un Indiana Jones. On pense un peu à Fitzcarraldo pour sa longueur et sa lente descente du fleuve pleine de surprise. On pense un peu plus à Apocalypse Now, pour la folie et l'avancée vers l'inconnu, les explorateurs se retrouvent face à eux-même, en mode survie et doivent affronter un univers hostile, ils sont des parasites dans un pays qui n'est pas le leur.

Fawcett est obsédé par des vestiges qui semblent venir d'une civilisation ancienne et veut retrouver une ville perdue dans la jungle. Personne ne sait si elle existe, lui en est persuadé. En tant que spectateur, on peut être frustré de ne pas voir plus de scènes dans la jungle, même si le film dure tout de même 2h21. On nous annonce un film d'aventure, mais on ne la vit pas forcément comme on s'y attendrait. Bien sûr l'histoire fonctionne. On est à une époque où on se déplace en bateau, où on échange par lettres et télégrammes. La lenteur est évoquée par des ellipses nécessaires et le réalisateur se consacre ainsi à l'essentiel : Fawcett sans cesse déchiré entre le besoin de trouver cette cité perdue et celui d'être auprès de sa famille.

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La période durant laquelle cette histoire se déroule est aussi primordiale. Les explorations sont un faire-valoir pour chaque pays. On commence à avoir les moyens d'aller de plus en plus loin. Pourtant ceux qui les commandites n'ont pas forcément un esprit très ouvert. L'exploit permet à celui qui l'accomplit d'obtenir un certain rang dans sa société, cela fait parti des motivations premières de notre personnage. L'Europe est en pleine mutation, la Première Guerre mondiale vient perturber la soif d'aventures du héros, les Américains ont de grandes ambitions concernant l'exploration du monde...

La vraie histoire de ce film est bien plus que l'exploration de l'Amazonie comme pourrait l'insinuer l'affiche. Percival Fawcett est sans arrêt tiraillé par ce qu'il n'a pas. Lorsqu'il part en Amazonie pour la première fois, il souffre d'être loin de sa femme et de ne pas être présent à la naissance de son deuxième enfant. Lorsqu'il est de retour auprès d'eux, il ne peut s'empêcher de penser à cette cité dont il est persuadé de l'existance, et cette vision ne cessera de la hanter. Il fera plusieurs aller-retour, devra aussi s'absenter à cause de la guerre, et chacune de ses absences ne feront qu'envenimer la relation qu'il a avec son aîné qui ne comprend pas l'incessante soif de découverte de son père. Son épouse montre aussi un aspect important pour l'époque. Elle aimerait plus de liberté vis à vis des codes imposés par la société qui la force à rester en retrait en permanence. Elle est la première à soutenir son mari mais cela implique aussi qu'elle s'efface en tant qu'épouse. 

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James Gray a maîtrisé tous les aspects de son film. Ses images élégantes évoquent tout l'esthétisme et la violence de l'époque, du plus respectueux dîner mondain à la rencontre d'une tribu cannibale... Il retrouve son compositeur favori, Christopher Spelmann, qui signe ici une très belle BO. Puis il y a les acteurs. Charlie Hunnam semble s'être complètement abandonné à son personnage, on le sent sans cesse obsédé par la jungle. Quant à Sienna Miller, elle est plus secondaire comme l'est l'épouse de Fawcett finalement, mais tout de même présente et aimante. Le plus méconnaissable est Robert Pattinson, compagnon d'expédition fidèle, sa performance ne laisse pas indifférent.

The Lost City of Z est bien plus qu'un film d'aventure, il met en lumière le conflit intérieur de son personnage principal, le fascinant Fawcett brillament interprété par Charlie Hunnam, fasciné par les secrets de la jungle amazonnienne. James Gray signe un film subtile, qui se balade intelligemment dans des étapes primordiales de la vie de son personnage sans jamais ennuyer malgré la durée du long métrage. 

26 mars 2017

Sage Femme ★★

Martin Provost réunit pour la première fois à l'écran deux grandes actrices françaises, deux Catherine, dans Sage Femme. Catherine Deneuve et Catherine Frost portent ce film sur leurs épaules solides dans un jeu parfait plein de naturel, d'enthousiasme et d'élégance.

Claire est sage-femme, entièrement dévouée à son métier, elle aime aider les autres. La maternité dans laquelle elle exerce va bientôt fermer. Alors qu'elle est en pleine réflexion sur son avenir, Béatrice, une femme qui a fréquenté son père par le passé, reprend contact avec elle et cela la perturbe. Pourquoi maintenant alors qu'elle avait disparu du jour au lendemain ? On découvre rapidement que les deux femmes sont les extrêmes opposés, pourtant Claire n'arrive pas à l'ignorer et se sent obligée de l'aider...

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Deneuve et Frost sont deux monuments du cinéma français. Chacune a déjà eu l'occasion de camper des rôles forts. Ici, Catherine Deneuve s'amuse à devenir Béatrice, personnage fantasque et démesurée, alors que Catherine Frost est une femme prudente et droite dans ses bottes. Forcément, il est intéressant de voir leur confrontation, l'influence que l'une peut avoir sur l'autre. L'évolution de leur relation est assez subtile, de petits changements arrivent petit à petit et cela apporte au spectateur une certaine curiosité sur la finalité de ces retrouvailles.

Les deux Catherine crèvent l'écran, au point que les personnages secondaires le sont vraiment. Tout ce qui importe sont leurs retrouvailles. Pourtant, Olivier Gourmet qui est un peu celui à qui on se confie et dont on aime la compagnie apporte une présence masculine, très calme mais utile. Il arrive à temporiser et à aider à la réflexion le personnage de Claire. L'autre homme est le fils de Claire, joué par Quentin Dolmaire. Sa performance ne marquera pas beaucoup, il se maîtrise un peu trop, on aurait aimé un peu plus de naturel dans son jeu, il dénotte quelque peu à côté des trois autres grands acteurs. 

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La performance des acteurs est une chose, l'histoire en est une autre. Les problématiques soulevées le sont de manière subtile mais bien maîtrisée. Tout d'abord, les rancoeurs du passé. Au départ, il y a les non-dits, le sujet est difficilement abordé par Claire, c'est par le franc-parler de Béatrice qu'on va le comprendre. C'est un premier problème à régler. Puis il y a la nature même de Béatrice, qui en découle directement et on voit d'ailleurs qu'elle n'a pas changé, accro aux jeux, cela rend sa situation précaire. La précarité est aussi une ombre menaçante pour Claire qui se retrouve confronté à la problématique de la fermeture de nombreuses maternité en France. Enfin, si Béatrice revient, c'est aussi pour revoir les gens qui ont compté dans sa vie, car elle est malade, et la maladie ça fait réfléchir, on ressasse le passé, on revient sur des regrets. Ici, c'est aussi très bien fait, en partie grâce à Claire qui se sent concernée et ne sait pas abandonner des gens en détresse, alors qu'elle semble détester Béatrice.

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Au fond, tout cela est plutôt bien raconté, mais ça reste très calme, peu de risques sont pris. On sourit parfois, surtout grâce aux répliques dites avec tant de désinvolture par Deneuve. La dernière partie du film prend quelques longueurs, on attend un dénouement attendu qui finalement sera traité avec plus de pudeur et de poésie qu'on ne s'y attendait. 

Sage Femme est une comédie gentille et calme qui sait mettre en valeur les sujets qu'elle aborde avec honnêteté. La précarité associée à la maladie pourrait tourner facilement vers le pathos, mais le personnage de Catherine Deneuve, en contrebalance avec celui de Catherine Frost, apporte la joie de vivre et la douce folie nécessaire pour bousculer un peu cette histoire.

25 mars 2017

Les figures de l'ombre ★★★

Après avoir signé le scénario de Braquage à l'ancienne, Theodore Melfi repasse derrière la caméra pour raconter l'histoire extraordinaire d'un autre trio, cette fois-ci féminin, en pleine conquête spatiale aux États-Unis. Le film s'est fait remarqué aux Oscars avec trois nominations et un très bon démarrage au box office US. C'est au tour des écrans français de découvrir Les figures de l'ombre.

La conquête spatiale, une affaire d'homme ? L'Histoire aura omis de mentionner quelques détails sur la réussite des États-Unis dans sa course vers la Lune alors que l'URSS excellait dans le domaine. Certes, la NASA était un énorme complexe, des milliers de petites mains et de cerveaux s'activaient tous les jours pour réussir à envoyer un homme en orbite. Dans Les figures de l'ombre, on découvre un univers qui reflète à plus petite échelle la structure de la société américaine dans les années 50.

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Dans un premier temps, il est étonnant de voir de ses propres yeux la ségrégation raciale. Les afro-américains ont un bâtiment pour les séparer des blancs, et tout est comme ça, les toilettes, la cantine, la cafetière... Ils ne peuvent aucunement partager quelque chose de matériel. On découvre Katherine Johnson, Dorothy Vaughn et Mary Jackson dans un bureau de calculatrices : un groupe de femmes qui vérifie et fait des calculs. De l'autre côté, les scientifiques s'arrachent les cheveux, ils n'arrivent pas à trouver d'où vient le problème qui les empêchent d'envoyer un appareil en orbite. Après avoir épuisé toutes leurs ressources, ils font appel à Katherine qui va se heurter au racisme ambiant.

C'est déjà assez déroutant de voir le bâtiment pour accueillir le personnel noir, mais alors voir à quel point ces personnes doivent être au plus loin des blanc en permanence est aujourd'hui inconcevable. L'histoire de Katherine est plus penchée sur l'évolution des mentalités que sur ses propres exploits scientifiques. Oui, elle était un génie des mathématiques et en géométrie, mais elle avait une mission bien plus compliquée à accomplir, se faire entendre et respecter. A son arrivée dans le bureau d'étude d'Al Harrison (Kevin Costner), on lui demande de corriger des calculs dont la moitié est barrée de noir, comme si, de part sa peau et son sexe, elle ne mérite pas, ou pire, n'en comprendra de toute façon pas le sens.

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La musique orchestrée par le duo inattendu de Hans Zimmer et Pharrell Williams et juste parfaite pour accompagner les folles journées de ces héroïnes. Le morceau le plus marquant est certainement "Runnin'" qui rythme la course de Katherine pour aller aux toilettes qui sont réservés aux personnes noires. D'abord amusant, car Taraji Henson est vraiment drôle lorsque l'envie pressante lui vient dans sa manière de courir et de continuer coûte que coûte à travailler. Puis, on se rend compte à quel point c'est aberrant ce qui lui arrive, car il n'y a pas que ça. Son collègue Paul Stafford, joué par Jim Parsons en Sheldon Cooper des années 50, est la personnification du blanc qui ne supporte pas qu'un Noir puisse être mis à son niveau, encore moins si c'est une femme.

Les deux autres femmes mènent aussi leur propre combat personnels. Tout d'abord, l'énergie que dégage Octavia Spencer est incroyable. J'adore cette actrice, elle incarne à fond son personnage et elle est encore meilleure lorsqu'elle doit s'affirmer. Ici, Dorothy a toutes les compétences pour être chef de son service mais sa couleur de peau empêche toute considération de sa supérieure, jouée froidement par Kirsten Dunst. Sa débrouillardise et son impertinence anime le film, et lorsqu'elle découvre l'installation des premiers ordinateurs IBM, elle se donne un nouveau défi, celui de ne pas se faire remplacer par une machine. Puis il y a la belle Janelle Monàe qui est Mary, la plus têtue et entreprenante des trois. Elle a la chance de travailler avec un scientifique à l'esprit ouvert et lucide qui la pousse à se battre pour intégrer une formation d'ingénieur. Encore une fois, c'est sa couleur de peau qui l'en empêche.

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La prouesse scientifique est haletante, même si on connaît l'histoire de la conquête spatiale, on est aussi tendu que les personnages de l'histoire à chaque lancement de fusée. Il est vraiment intéressant de découvrir quelques détails comme l'arrivée ratée d'IBM, la curiosité de l'astronaute John Glenn et sa confiance infinie envers Katherine, ou encore le début de la lutte affirmée de Martin Luther King. Mais ce film attise une plus grande curiosité dans la lutte de ces femmes pour faire accepter leurs compétences en faisant oublier leur origine et leur sexe. Katherine Johnson en est la figure de proue malgré elle. Alors qu'elle est de nature discrète et très humble, elle ne sera récompensée qu'en 2015, en recevant la médaille présidentielle de la Liberté des mains de Barack Obama. Tout un symbole.

(Malheureusement, la bande annonce dévoilent un peu trop de surprises...)

14 mars 2017

Tab Hunter Confidential ★★

Alors qu'il a joué dans plus de soixante dix films, séries et autres programmes télévisés américains, Tab Hunter est resté dans l'ombre des plus grandes stars hollywoodiennes dans les années 50. Ce documentaire de Jeffrey Schwarz revient sur la carrière du beau gosse qui cachait son homosexualité alors qu'il faisait chavirer le cœur de toutes les jeunes femmes du pays.

Tab Hunter n'est certainement pas très connus en France alors qu'il a côtoyé les plus grands et partagé l'affiche avec Natalie Wood ou encore Sofia Loren. Jouant souvent le beau soldat, il fait rêver les spectatrices grâce à son physique parfait et les studios ne lui proposent que ce genre de rôle. Adulé par toute l'Amérique, figure du gendre idéal, chacune de ses apparitions en public fait hurler les filles. Et pourtant il n'est pas à l'aise dans ce rôle. En effet, Tab Hunter n'est jamais lui même face à la caméra, que ce soit pour le cinéma ou sur les plateaux télévisés. L'Amérique puritaine des années 50 serait choquée s'il assumait son homosexualité en public...

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Ainsi, il se cache, fait bonne figure et est protégé par la Warner chez qui il a signé un contrat de plusieurs années. Il doit rester le 'sex symbol' que la production a créé. Lorsqu'on découvre les manœuvres de la Warner qui est capable de créer des faux couples, de manipuler la presse pour avoir le contrôle total de l'actualité de ses stars qui font la une, on ne peut qu'avoir une petite pensée pour Ave César des frères Coen. Tab Hunter a quelques points communs avec le personnage joué par Alden Ehrenreich, le cowboy chanteur qu'on n'utilise pas forcément dans le bon film et qui est quasi obligé de sortir avec une actrice habilement choisie, en vue de sensation sur les unes des journaux.

Ce documentaire permet de mieux comprendre ce qu'il a pu ressentir durant toutes ces années, à la fois grâce aux témoignages de l'acteur lui-même et de plusieurs personnalités du cinéma qui l'ont croisé à l'époque. Durant quatre vingt dix minutes, on découvre avec respect et pudeur la vie qu'il a menée pour à la fois vivre de sa passion et cacher sa sexualité. L'acteur évoquera ainsi sa liaison avec Anthony Perkins, ses amitiés, ses décisions parfois difficiles pour se détacher des contraintes des studios, et son retour sur grand écran aux côtés de l'excentrique Divine, tout ceci avec beaucoup de simplicité et d'humilité.

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Le DVD offre un livret de belles photos de Tab Hunter accompagnées d'anecdotes retraçant les grandes lignes de sa carrière. Aussi, près de trente minutes d'interviews additionnelles viennent étoffer les bonus, sachant que le film est déjà bien fourni. En audio, seul l'anglais est proposé, en stéréo ou 5.1, avec évidemment des sous-titres français. 

Tab Hunter Confidential, réalisé par Jeffrey Schwarz qui est aussi le réalisateur de I am Divine, attire l'attention dans son traitement juste et honnête d'une star hollywoodienne devant garder pour lui durant trop d'années un secret inavouable. Bel hommage à cet acteur qui a finalement un joli instant de gloire avec ce documentaire. 

Retrouvez Tab Hunter Confidential en DVD (sorti le 11 février 2017). Édité par Outplay.

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disponible en DVD et VOD

11 mars 2017

David Lynch: The Art Life ★

David Lynch, soixante ans de carrière, près de quarante films et séries tournés, palmé et césarisé, il est pourtant aujourd'hui un cinéaste encore bien mystérieux. Les trois réalisateurs, Jon Nguyen, Rick Barnes et Olivia Neergaard-Holm, tentent d'entrer dans son univers avec cet entretien pour lequel il leur a fallu près de trois ans de tournage, rythme imposé par Lynch lui-même.

David Lynch se livre sur son enfance, sa jeunesse, sa découverte de l'Art et toute la passion et la dévotion qu'il lui dédie depuis. Installé dans son atelier de peinture, il partage ses souvenirs, entre longues anecdotes et silences illustrés par ses propres peintures. On découvre Lynch artiste, qui peint, écrit, réfléchit, mais peint surtout et encore. Il s'ouvre sur sa vie, par bribes, se referme parfois lorsqu'il aborde certaines histoires, on ne sait pas bien pourquoi, il entretient son propre mystère sans le faire exprès. C'est lui le chef. Il aurait pu se filmer tout seul, ce film c'est cent pour cent lui. Il n'y a d'ailleurs aucun autre intervenant que lui.

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Ce documentaire ne dure qu'une heure et demi, et pourtant il semble passer des heures interminables, comme si on était coincé dans une de ses œuvres cinématographiques à ne pas savoir où on nous mène. Sa voix toujours très calme, facilement soporifique, raconte une enfance heureuse, puis une rencontre qui lui a ouvert les yeux sur l'Art et sa vie d'artiste à Philadelphie. La peinture semble plus présente que le cinéma, à peine abordé, alors que les deux ne doivent pas exister l'un sans l'autre dans sa tête. On apprendra seulement ce qui aura été le déclic qui l'aura mené au septième art. Rien de bien fantastique, mais à ce moment là on aurait bien aimé continuer sur son œuvre cinématographique qui se développera après, dommage, ça s'arrêtera là.

La mauvaise idée aura peut-être été d'aller voir David Lynch: The Art Life un dimanche en début d'après-midi, en phase digestive. C'est un film qui demande beaucoup d'attention, d'écoute et de patience, mais qui peut s'avérer assez frustrant malheureusement.

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08 mars 2017

Logan ★★★

Dix sept ans après avoir enfilé les griffes de Wolverine dans le premier X-Men, Hugh Jackman tire sa révérence. Il aura su personnifier de manière très intense ce personnage fougueux, jusqu'à la dernière minute de Logan qui réveille à sa manière la franchise Marvel. En effet, dernièrement on ne voyait pas beaucoup d'évolution entre les différents volets des Avengers et autres, mais James Mangold a fait du bon travail en dépassant son précédent Wolverine : Le Combat de l'Immortel, qui manquait un peu de souffle.

Dans un futur proche, on découvre Logan affaibli, au volant d'une limousine. Il fait le chauffeur entre les États-Unis et le Mexique pour des fêtards ou hommes d'affaire. Étonnant pour une machine de guerre comme lui, il cherche à oublier son passé trop douloureux. Avec Caliban, ils vivent cachés dans un désert, et s'occupent du vieux professeur Xavier, à l'allure sénile. Une femme cherche à le contacter pour l'aider à sauver une jeune mutante pourchassée par une horde d'hommes dangereux...

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Pour se faire une idée du film dans son ensemble, il faut imaginer une sorte de Clint Eastwood, avec son allure la plus nonchalante, qui se retrouve avec la cousine d'Eleven de Stranger Things dans les pattes. Quand les méchants arrivent, ça se transforme en course poursuite à la Mad Max et après, leur but, c'est de retrouver les enfants perdus du pays imaginaire. Bon, ce sont les grandes lignes, mais franchement ça rappelle pas mal tous ces univers, avec une majorité de poussière et de sang tout de même qui nous plonge dans le film d'action, la fuite et le danger.

C'est assez émouvant de découvrir ce film et surtout l'état de Wolverine, quand on connaît l'état de santé de Hugh Jackman actuellement. L'acteur lutte contre un cancer et on découvre son personnage amaigri et aussi perturbé par un mal qui lui ronge l'intérieur. Les parallèles sont surprenants et donnent encore plus d'ampleur à Logan, car on n'est pas souvent habitué à voir un héros en si mauvais état. 

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L'autre surprise et l'humanité et le traitement du lien familial. Wolverine a toujours eu une tendance assez sauvage. Aujourd'hui, il se retrouve à s'occuper du professeur Xavier, avec le peu de moyen qu'il a, tel un fils qui prend soin de son père. Au fond, ce lien a toujours existé entre eux, mais dans Logan il est bien plus fort et poignant. Patrick Stewart est tout aussi émouvant que Hugh Jackman dans son jeu, leur duo est bien équilibré.

Ensuite, c'est la jeune Dafne Keen qui vient bousculer leur équilibre dans le rôle de Laura. Telle une petite sauvageonne, elle manque beaucoup d'humanité et est en état de survie permanente. A côté d'elle, Wolverine a l'air plus doux et mesuré alors qu'ils ont une férocité commune. Bizarrement, Laura a beau être l'une des seules présences féminines du film, elle est certainement la plus violente, c'est assez déroutant, surtout vu son âge. Ça surprend, et tant mieux.

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Par contre, là où on ne nous ébahi pas, c'est du côté des "méchant" un poil trop clichés. On ne peut que les appeler comme cela, des "méchants", de manière si basique, car ils débarquent en mode commando, avec celui qui est un peu mystérieux et celui qui est le stéréotype parfait du bad guy au profil de guerrier intrépide. Dommage qu'on n'ait pas eu plus de profondeur de ce côté là, un poil plus de complexité dans leur but, alors qu'ils offrent de temps en temps quelques éléments intéressants au scénario. 

Beau final tout de même pour Wolverine/Hugh Jackman qui serait capable de voler une larme à ces plus grands fans tellement on sent son implication et toute l'énergie qu'il a insufflé à Logan. Et en Imax, c'est encore plus grandiose. Aussi, il est le film de super-héros qu'on n'osait plus espérer, tellement Marvel restait dans son confort depuis qu'ils avaient trouvé la bonne recette du grand divertissement spectaculaire. Au moins Logan assume sa violence et sait apporter le brin d'humanité nécessaire.

04 mars 2017

Moonlight ★★★

Ce qui restera dans quelques années, ce ne sera peut-être, malheureusement, que ce gros cafouillage lors de la remise de l'Oscar du meilleur film 2016. La force de Moonlight vient plus du sujet complexe abordé que de sa prouesse cinématographique. Le film se penche sur l'émouvante quête d'identité du jeune Chiron, en trois chapitres sous la douce lumière de Miami.

Quand on n'est jamais allé à Miami, on en a une image très ensoleillées, peuplée de gens beaux et sportifs, trop bronzés, faisant du jogging le long de la plage. Seule l'abondance des couleurs reste de cette vision. Le cliché est immédiatement balayé par une immersion dans sa banlieue, filmée avec une beauté brute, où on découvre quel enfer c'est pour ces jeunes noirs de grandir dans cette cité. Plus précisément, la caméra nous emmène dans la vie de Chiron, un jeune peu bavard, bousculé par des camarades de classe qui aiment l'intimider puis par sa mère camée. Il trouve du réconfort auprès de Juan qui est pourtant un caïd du quartier.

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Les mouvements de caméra et certains partis pris de mise en scène évoquent de quelque manière le cinéma de Gus Van Sant, cinéaste aussi inspiré par l'identité et l'homosexualité. On tourne autour des personnages, on les suit, on écoute leur silence, leur mal-être. Dans Moonlight l'image fait passer plus de fébrilité, comme si on sentait Chiron, quel que soit son âge, bouillir en lui, retenir quelque chose qu'il n'arrive pas à exprimer. La dernière scène du deuxième volet sur son adolescence fait écho à Elephant, dans la manière où la caméra suit intensément le jeune homme marcher dans les couloirs du lycée. 

Le réalisateur Barry Jenkins a choisi d'adapter l'œuvre de Tarell Alvin McCraney parce qu'il s'est reconnu dans son histoire. En effet, les deux hommes sont tous deux originaires de Liberty City, comme leur héros, et ont eu une jeunesse similaire. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ils ont fréquenté les même établissements scolaires à quelques années d'écart, et tous deux ont choisi une voix artistique en travaillant sur des thèmes similaires comme la recherche d'identité et la masculinité. Le plus incroyable concerne leurs mères, qui ont incontestablement inspirées celle de Chiron, puisqu'elles sont toutes toxicomanes.

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Il manque un petit quelque chose au film pour en faire un vrai chef d'œuvre. Le sujet est extrêmement fort puisqu'il arrive à la fois à aborder les problèmes liés aux banlieues, au racisme, à la pauvreté, à la drogue et à l'homosexualité. Peut-être qu'il manque une certaine prise de risque dans la réalisation, un poil de rythme ou uniquement une vraie évolution du personnage dans le scénario. Cependant, cette intrigue minimaliste est captivante par l'émotion qu'elle fait passer et son personnage attanchant.

La bonne idée est de partager l'histoire en trois chapitres correspondant à des moments forts de réflexion et de prise de décision pour Chiron. D'abord enfant, il rencontre Juan avec qui il se sentira en paix. Puis l'adolescence est encore plus cruelle, plus violente, à la fois physiquement comme psychologiquement. Et enfin, à l'âge adulte, Chiron semble s'être stabilisé, pourtant il lui reste encore des choses à découvrir sur lui-même ou à accepter. 

Ainsi, on retrouve trois acteurs pour ces trois moments de vie, chacun montrant une certaine sensibilité indispensable pour être Chiron. D'abord le jeune Alex R. Hibbert avec qui on fait connaissance avec le personnage, ensuite c'est Ashton Sanders qui est Chiron adolescent. Puis on termine avec Trevante Rhodes. Ils ont réussi à adopter des postures similaires qui font le personnage de Chiron, qui posent son allure, alors que les trois acteurs ne se sont pas croisés sur le plateau de tournage. Le réalisateur explique ce choix pour que chacun ait sa propre interprétation du rôle sans qu'ils ne puissent s'influencer les uns les autres. Ils reflètent tous une certaine vulnérabilité tout en ayant une part de mystère assez forte pour laisser place à l'inattendu. On ne sent aucune cassure entre chacune de ces performances, la manière dont elles se succèdent est fluide dans le jeu.

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Mahershala Ali a reçu l'Oscar du meilleur second rôle, il est Juan, une sorte de mentor, de modèle et de figure rassurante pour Chiron. Mais un autre second rôle est primordial est bien plus fort, c'est celui de la mère de Chiron, jouée par Naomie Harris. Elle est tout simplement bouleversante par la détresse qu'elle dégage. L'actrice est tout l'inverse de Paula dans la vraie vie. Elle a fait un travail émotionnel et psychologique incroyable, car Paula est bien plus qu'une simple toxicomane. C'est une mère désespérée qui se perd dans le tourbillon de la drogue, elle ne sait plus comment protéger son fils. L'un des plus beaux plans du film la montre reculer pour s'enfermer dans sa chambre après avoir été furieuse contre son fils, dans une lumière rose, presque chimique, qui se reflète sur sa peau, puis s'éteint lorsqu'elle ferme la porte et laisse son fils seul dans la pénombre du soir.

Moonlight sait sortir des clichés des ghettos, pour une une histoire unique et sensible qui sait aborder à sa manière les problèmes liés à la pauvreté, au trafic de drogue et à l'homophobie. Le film tire aussi sa force de silences pleins de sens, grâce à la présence de trois acteurs remarquables et complémentaires pour jouer Chiron. L'Oscar récompense certainement plus le message social, poignant et indispensable, qu'une réelle performance cinématographique.