Nath va au cinéma

14 juin 2021

Nomadland ★★★

cover-nomadland-nathvaaucinema_HD

Nomadland a sacré Chloé Zhao tout d'abord à Venise (le film a obtenu le Lion d'or) jusqu'aux Oscars, ainsi que Frances McDormand en tant que meilleure actrice. C'est bien grâce à cette dernière que cette production existe. Elle est tellement fascinée par le livre de la journaliste Jessica Bruder "Nomadland : Surviving America in the Twenty-First Century" publié en 2017, qu'elle en achète les droits. Son choix se tourne vers Chloé Zhao pour la réalisation, impressionnée par son deuxième film, The Rider, avec lequel elle se réapproprie les codes du western.

Ce choix est évident. Chloé Zhao sait si bien parler des minorités tout en créant une esthétique onirique grâce à sa manière d'utiliser la lumière naturelle et sa manière de filmer les paysages immenses, décors vivants. Elle sait surtout percevoir les qualités humaines et les mettre en avant. Son héroïne ici, Fern, une femme seule proche de la retraite, traverse l'ouest américain dans son van, à la recherche de petits jobs. Elle rencontre d'autres nomades comme elle, communauté trop souvent perçue comme marginale par la société, ou pire sans abris, alors que se sont souvent des seniors qui ont opté pour ce mode de vie afin de survivre en suivant leurs idéaux de liberté, partage et fraternité. Une réplique entre Fern et la fille d'une de ses amies en est l'illustration parfaite. La jeune fille lui demande si elle est sans abris. Fern lui répond avec bienveillance de faire la nuance entre être sans maison et être sans abri, car elle a bien un abri : son van aménagé.

5664166

Nomadland est une ode à la liberté tout en mettant en avant la précarité créée par un monde capitaliste vacillant. Alors qu'un homme, croisé chez sa sœur, se targue de vendre des maisons à crédit, Fern le questionne sur le fait d'endetter des gens à vie, voire pire, pour l'achat d'une maison au-dessus de leurs moyens. Le film fait d'ailleurs la différence entre ces nomades qui ont choisi de s'établir dans une maison mobile et un vagabond. Évidemment leur condition est fragile, mais ils trouvent une certaine stabilité dans leur mobilité et leurs jobs saisonniers. Au fil des rencontres, on découvre leurs rêves et leurs idéaux, mais aussi un peu de leur passé, ce qui les a amené à ce choix de vie.

Le film se déroule sur un cycle d'un peu plus d'une année. Fern a tout perdu, son mari, sa maison, même la ville dans laquelle ils résidaient n'existe plus (cette histoire vraie est invraisemblable d'ailleurs). On pense d'abord qu'elle survit avant de comprendre qu'il lui est impensable de s'établir quelque part de manière fixe grâce à ses échanges avec son amie Linda May comme au fur et à mesure de ses rencontres. Lorsqu'elle décide de se rendre à un rassemblement de nomades en plein désert, son état d'esprit devient limpide, comme celui de tous ces nomades. Cette communauté vit dans un partage et une générosité incroyable. Leur gentillesse fait du bien à voir.

0001198

Frances McDormand porte le film sur ses solides épaules. Quel bonheur de voir une femme qui assume son corps et son âge (c'est tellement rare une actrice américaine sans chirurgie), qui se dévoile de manière si naturelle en montrant ses peines et ses faiblesses sans honte. À ses côtés, ce sont de vrais nomades. Comme dans The Rider, Chloé Zhao a fait jouer leurs propres rôles à de vrais nomades. Ils sont tous d'un naturel et d'une profondeur déconcertante. Tout semble facile et encore une fois, la gentillesse et la générosité font partie de leurs mots d'ordre. Ce road trip fait réfléchir aux futilités de la vie, à ce qui est important, à ce qui compte vraiment. Nomadland fait revenir à l'essentiel. On retrouve les sensations du chaud et du froid et on prend conscience des quatre éléments : l'eau d'une averse, la terre du désert, l'air des grandes plaines et le feu qui permet de se réunir le soir pour se réchauffer dans une ambiance bon enfant et festive.

L'habillage musical est à l'image du film, d'une simplicité tout aussi apparente, un piano doux et mélancolique, sans fioriture. On va aussi à l'essentiel au niveau du son. La beauté des images, dont la photographie est gérée avec beaucoup de subtilité par Joshua James Richards sur tous les films de la réalisatrice, et l'intensité du jeu de Frances McDormand suffit pour ressentir les émotions. Il en ressort une grande finesse dans la perception des choses.

Rien n'est futile dans le cinéma de Chloé Zhao. En récompensant son film, les membres de l'Académie des Oscars reviennent à l'essentiel, à un cinéma qui fait la part belle au social et aux minorités, sans fioriture et ancré dans le réel, avec une sensibilité poétique sans être fataliste. Curieusement, la réalisatrice a été choisie pour réaliser The Eternals, prochaine sortie Marvel prévue pour novembre prochain. On peut se demander si elle aura pu garder cette sensation de liberté et la profondeur qui habite ses précédents films ? En tout cas, Nomadland fait preuve d'une merveilleuse authenticité, de modestie, via le portrait de cette femme si forte, si libre.


Nomadland, sorti au cinéma le 9 juin 2021 - 1h48

Posté par nath-graphiste à 23:38 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , ,


12 juin 2021

Le dernier voyage ★★★

cover-lederniervoyage-nathvaaucinema_HD

Quel bonheur de retrouver le confort d'une salle de cinéma ! Mon choix de premier film de l'année (au mois de mai, qui l'eut cru, et oui, en plus je suis en retard pour publier cet article...) s'est tourné vers le premier long métrage de Romain Quirot, Le Dernier Voyage, de la science-fiction rétro-futuriste française. L'affiche m'a totalement convaincue, la bande-annonce aussi, et le film encore plus. J'avais envie d'un ailleurs de fiction, d'un monde imaginaire, de Cinéma !

Le synopsis officiel parle de futur proche, mais je dirais que l'histoire se déroule plutôt au début des années 80, telle une dystopie rétro-futuriste, à l'esthétique parfaite et aux références bien placées (Mad Max, Star Wars, Blade Runner, Le Cinquième Élément et autres Besson comme Le Dernier combat et Léon). Paul W.R. est le seul astronaute capable de sauver l'humanité menacée par une étrange lune rouge qui se dirige tout droit vers la Terre. Pourtant il fuit à bord d'une vieille Peugeot volante vers un désert aride, tourmenté par ses souvenirs d'enfance. Sur son chemin, il rencontre Elma, une adolescente déterminée et spontanée, qui malgré sa jeunesse saura ouvrir les yeux à Paul sur sa destinée. Le duo fait d'ailleurs fortement penser à Mathilda et Léon.

3692903

La production de films de genre en France est bien trop rare et pourtant souvent réussie. Le Dernier Voyage n'est pas parfait, mais est à saluer pour un premier long-métrage. Romain Quirot adapte ici Le Dernier voyage de l'énigmatique Paul W.R. avec lequel il avait remporté le prix du court-métrage au concours Audi Talents Awards en 2014. Réalisateur fidèle, il embarque de nouveau à ses côtés Hugo Becker, l'interprète de Paul, ainsi qu'Etienne Forget pour la composition musicale. Puis il complète son casting avec des visages peu connus : Paul Hamy dans le rôle d'Eliott W.R., le frère de Paul ; Lya Oussadit-Lessert parfaite, fougueuse et touchante en Lya. Et d'autres beaucoup plus familiers : Jean Reno est le père W.R., un homme visionnaire, maître de l'énergie mondiale ; Bruno Lochet incarne brièvement le père d'Elma ; enfin c'est toujours un plaisir de retrouver Philippe Katerine dans un personnage -très secondaire- haut en couleur, en tant que fantastique animateur radio partageant sa bonne humeur malgré une fin du monde imminente (et on pense évidemment à son alter ego du Cinquième Élément, Ruby Rhod).
 
Cette fable écologique met en parallèle l'épuisement des ressources de la planète avec une fraternité irritée par la mort d'une mère durant leur jeunesse et par un père trop ambitieux avide de perfection. Ces derniers points font l'objet de nombreux flash back qui amènent une douceur et un aspect touchant à l'histoire, mais trop nombreux flash back ! C'est bien le principal reproche qu'on peut faire à Romain Quirot. Il aurait pu raccourcir son introduction ainsi qu'éviter de rabacher les souvenirs incessants de Paul. On comprend que ça le hante, plus de mystère aurait été bienvenu, au moins jusqu'à ce qu'il dévoile ses intentions à sa jeune acolyte. Le scénario aurait mérité à la place quelques rebondissements supplémentaires. La mise en avant des émotions et des tourments du héros est ainsi un parti pris assumé, ou un manque d'imagination...

2413524

Au niveau du visuel, c'est très convaincant, on est directement plongé dans un univers singulier. On découvre Paul dans une sorte de désert post-apocalyptique, savant mélange de Tatouine, Mad Max et Le Dernier combat, dont on comprend qu'il s'agit de Paris lorsqu'on aperçoit la Tour Eiffel parmi les épaves. Le tournage s'est déroulé en octobre 2019 au Maroc, dans le désert de Ouarzazate, où l'équipe a pu notamment investir un décor de station service, vestige d'un tournage américain. Du côté des effets spéciaux, Digital District a perfectionné cet univers déjà bien desservi par les décors, en créant évidemment cette magnifique et menaçante lune rouge, ainsi que des voitures volantes et une impressionnante tempête de sable (qui m'a rappelé à quel point j'ai hâte de découvrir Dune de Denis Villeneuve, mais ça c'est une autre histoire). Beaucoup de détails constituent la richesse visuelle de cet univers : des éléments indispensables aux années 80 comme un Walkman ou des badges, d'autres correspondant aux codes futuristes d'une SF vintage avec des robots-policiers et robots-gadgets, une fusée hommage au film des années 50 Destination Moon, et puis cette immonde gelée qui éveille les papilles de tous ceux qui la voit !
 
Le Dernier Voyage est une nouvelle preuve qu'on peut produire des films visuellement ambitieux en France. Sans prétention et respirant l'amour du Cinéma de genre, Romain Quirot offre un premier long-métrage prometteur, à l'histoire finalement assez simple et aux enjeux bien plus profonds que "sauver la planète". On peut reprocher une faiblesse dans l'écriture de cette fable écolo-sensible, mais l'univers riche et poussiéreux dans lequel il nous amène laisse percer une pointe de poésie bienvenue.

Le Dernier Voyage, sortie au cinéma le 19 mai 2021 - 1h27

20 mai 2021

Sorcière – Cinq jours en Enfer ★

cover-sorciere-nathvaaucinema_HD

La chasse aux sorcières est un sujet de nouveau très abordé, notamment en ce qui concerne les causes féministes ou le parallèle pouvant être fait avec les encore trop nombreux féminicides. Mona Chollet, dans son excellent livre "Sorcières", en fait d'ailleurs un rappel historique précis, rappellant que cette désignation est rapidement utilisée pour toute femme qui dérange et qui ne répond pas aux règles établies. Bien que Neil Marshall situe son nouveau film Sorcière - Cinq jours en Enfer en plein dans cette période, ses intentions sont plutôt d'effrayer son spectateur que de lui proposer une vision féministe du propos.

Si la chasse aux sorcières est déjà bien assez répugnante dans ses méthodes de torture, le scénario ajoute un autre fait historique infect : la Grande Peste ! Dans un comté d'Angleterre en 1665, une jeune mère vivant loin de la ville, Evelyn Haverstock, se retrouve veuve après le suicide de son mari, Joseph. Pendleton, à qui elle doit payer son loyer, pense alors lui faire du chantage pour obtenir de la belle ses grâces. Cette dernière ne compte pas se laisser faire et refusera violemment les avances du goujat. Il n'en faudra pas plus pour l'accuser de sorcellerie.

5011105

Sorcière - Cinq jours en Enfer se veut horrifique, le film, qu'on pourrait classer parmi les séries B du genre, est pourtant plus dégoûtant qu'effrayant. Les effets d'horreur ne fonctionnent pas très bien, parfois risibles (la figure du diable qui envoûte sexuellement sa victime), parfois écœurant (parmi les techniques de torture, la dernière est particulièrement atroce). Charlotte Kirk, qui incarne l'héroïne, mais est aussi la compagne du réalisateur et a coécrit le scénario, ressemble à une princesse Disney. Elle vit à la campagne et est aussi bien apprêtée qu'une Miss Normandie, jolies boucles blondes et maquillage parfait. Pourquoi pas, on n'est pas forcément obligé de chercher une véracité visuelle historique. Pourtant, ce besoin d'avoir une héroïne physiquement parfaite, même après plusieurs jours de bagne et de torture, affaiblit la narration et rend l'histoire bancale.

Le personnage d'Evelyn a beau faire preuve d'une force incroyable, son avenir est extrêmement trouble et semble sans issue. Prête à tout endurer afin de sauver son bébé et son honneur, elle a face à elle un homme bien trop orgueilleux pour arrêter les tortures physique et mentale qu'il a enclenchées en l'accusant d'être une sorcière. Tout est une caricature abominable, le chasseur de sorcière et son assistante, Pendleton, les amis de feu Joseph, et cette peste qui court les rues... L'environnement d'Evelyn est un véritable enfer, tellement qu'on a du mal à voir comment elle pourrait s'en sortir. Il est rare de percevoir si peu d'optimisme dans l'avenir d'un personnage. Pourtant les vingt dernières minutes vont offrir plus de rebondissements et d'action que tout le reste du film, trop empêtré dans des allers-retours entre passé et présent ainsi que des visions de rêves à l'allure érotico-kitsch.

2491665

Ce film de Neil Marshall est assez inégal dans la manière d'aborder sa thématique comme dans sa mise en scène. Il ne parvient pas à faire peur comme le fait un bon film d'horreur, il arrive par contre à faire ressentir beaucoup de dégoût. Même si on ressent énormément d'empathie pour son héroïne, elle peine à convaincre à cause d'une écriture qui lui inflige beaucoup de supplices sans en subir les conséquences logiques. Le film, maintenant disponible en VOD, DVD et Blu-ray, peut cependant satisfaire les amateurs du genre. Par contre, le Blu-ray n'offre aucun bonus mis à part une bande-annonce de Hellboy en introduction. La qualité du son et de l'image reste impeccable.

Sorcière – Cinq jours en Enfer recèle dans son scénario des éléments de film d'horreur. Pourront-ils le faire trouver sa place parmi les films les plus effrayants de tous les temps ?


Retrouvez Sorcière – Cinq jours en Enfer en DVD, Blu-Ray, et VOD le 20 mai. Édité par Metropolitan Films Vidéo dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur son site Internetsa page Facebook et sa page Twitter.


Posté par nath-graphiste à 14:30 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,

05 mai 2021

Ip Man – Kung Fu Master : les Origines ★

cover-ipman-nathvaaucinema_HD

N'étant pas une adepte des films de kung fu, je me suis tout de même laissée tenter par l'esthétique de l'affiche et de la bande-annonce de Ip Man – Kung Fu Master : les Origines. Ce film de Li Liming est un préquel de la célèbre saga de Wilson Yip, faisant découvrir les origines de la légende du maître de Bruce Lee. Le texte promotionnel au dos du coffret Blu-ray nous promet "un déluge de combats aux chorégraphies impressionnantes, dont la scène d'ouverture à 1 contre 100 qui restera comme l'un des sommets du film d'arts martiaux." La promesse est plutôt alléchante.

En effet, les chorégraphies des scènes d'action sont dignes d'un spectacle, joliment mises en scène et plutôt bien rythmées. Le nombre de figurants participant aux combats est assez impressionnant, et souvent le héros se retrouve seul contre tous. La photographie du film et l'esthétique générale sont très soignées, soutenues par la qualité du visionnage en Blu-ray. Le film est visuellement agréable à regarder, les décors et costumes sont beaux, la composition des images est élégante. L'esthétique est indéniablement le point fort de Ip Man – Kung Fu Master : les Origines.

2749104

L'histoire se déroule durant les années 40, les Japonais ont la mainmise sur le trafic d'opium et corrompent sans vergogne la police locale. Ip Man, jeune officier idéaliste, est contraint de quitter son poste lorsqu'il est accusé à tort de la mort d'un chef de gang. Il devra convaincre la fille de ce dernier, alors prête à venger son père avec fureur, de son innocence afin de rétablir l'ordre et rendre justice au peuple chinois.

Je ne sais pas si c'est à cause de mon manque de culture à propos des films d'arts martiaux, du fait de ne pas en maîtriser les codes, mais j'ai trouvé la narration très laborieuse. Bien que le film ne dure que 107 minutes, j'ai subi la durée du visionnage. L'introduction pose les principaux personnages et leurs problématiques assez rapidement, on doit intégrer beaucoup d'informations en peu de temps, pourtant ça ne semble pas plus insurmontable que d'autres productions. En tout cas j'ai eu du mal à suivre facilement l'histoire. Est-ce que cela vient du montage, de sous-entendus que je n'aurais pas compris, du fait que j'ai bloqué trop longtemps sur un bébé qui venait de naître et qui avait l'air d'avoir plus d'un an, d'un scénario qui manque de clarté ? Pourtant le but d'Ip Man est simple, il refuse la corruption et veut se servir du kung fu pour faire le bien.

2800585

Il est dommage de ne pas avoir prévu de bonus dans le Blu-ray montrant la préparation des combats par exemple, ce sont réellement les points forts du film, et ils ont dû demander une organisation extrêmement minutieuse. Il n'est proposé qu'une série de bandes annonces. Par ailleurs, on peut profiter d'un son de qualité grâce aux versions françaises et VO sous-titrée en DTS 5.1.

Sorti tout récemment, Ip Man – Kung Fu Master : les Origines pourra-t-il se hisser parmi les plus grands films d'action ou même les meilleurs films selon les spectateurs cinéphiles tout court ?


Découvrez Ip Man – Kung Fu Master : les Origines en DVD, Blu-Ray, et VOD dès le 5 mai. Édité par Program Store/M6 Vidéo dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur son site InternetFacebook et Twitter.


 

28 avril 2021

Amours irlandaises ★★

cover-amoursirlandaises-nathvaaucinema_HD

Au temps où l'on ne peut pas voyager, certains films offrent des paysages qui permettent de s'évader un court instant. C'est le cas avec Amours irlandaises et ses étendues vertes infinies. Certes, il pleut en Irlande, il pleut beaucoup même, mais on a immédiatement envie d'enfiler un imperméable et des bottes en caoutchouc pour courir sur ces collines et respirer l'air frais aux côtés d'Emily Blunt et Jamie Dorman qui forment un duo sympathique teinté de fantaisie. Sorti en décembre dernier aux États-Unis, ce troisième long métrage de John Patrick Shanley arrive chez nous directement en VOD et DVD.

Amours irlandaises ressemble à un conte dans lequel ses deux principaux protagonistes, Rosemary et Anthony, portent un peu de magie et de fantaisie en eux. Ces deux là se connaissent depuis leur enfance, habitent toujours dans leurs fermes voisines, ont pris le relais de leurs parents pour s'occuper des champs et des troupeaux. Les deux familles entretiennent une gentille guerre à cause d'un bout de terrain jusqu'à ce que le décès du père de Rosemary vienne bouleverser leur routine. Le père d'Anthony a pour projet de revendre sa ferme à un cousin d'Amérique, estimant que son fils ne mérite pas d'hériter du domaine à cause de son célibat. De son côté, Rosemary, amoureuse de son voisin depuis son enfance, attend désespérément qu'il lui déclare sa flamme...

4923766

Le réalisateur John Patrick Shanley a adapté sa propre pièce de théâtre pour le cinéma. Le peu de personnages, la récurrence des lieux et l'intonation dans les dialogues font ressentir cette influence théâtrale. Personnellement c'est quelque chose qui me dérange souvent dans les films adaptés de pièces, surtout lorsque le jeu des acteurs ressemble plus à une prestation adaptée pour les planches que pour un plateau de tournage, dans le sens où sur scène il faut souvent être plus expressif et avoir une diction particulière, ce qui donne un effet caricatural devant une caméra.

Cependant, cet univers très verdoyant (et humide, la pluie ressemble à un running gag, mais permet aussi quelques moments poétiques) semble isolé et protégé du monde, hors du temps, et rend l'histoire poétique en préservant les personnages dans une bulle de conte de fée. Il y a un peu de drame, un peu d'humour et beaucoup de romantisme candide dans Amours irlandaises. C'est simple mais aussi plaisant qu'un roman de Jane Austen dans lequel deux personnages n'osent pas s'avouer qu'ils sont amoureux l'un de l'autre, où tout peut se passer, le pire comme le meilleur, même si on a tendance à facilement imaginer le dénouement d'une telle histoire.

wild-mountain-thyme-20208138

Le casting est très plaisant. Emily Blunt montre toute sa fantaisie avec un petit côté espiègle teinté de folie telle qu'on a pu la découvrir en Mary Poppins. Jamie Dornan est un peu pataud dans ses bottes de fermier et campe plutôt bien cet homme candide, rêveur et timide. Le cousin américain est incarné par Jon Hamm décidément parfait en requin riche et arrogant. Enfin, Dearbhla Mollov et Christopher Walken offrent de belles prestations en parents soucieux de l'avenir de leurs domaines et de leurs enfants. Christopher Walken est d'ailleur particulièrement touchant. 

Production récente, Amours irlandaises se place parmi les films d'amour, et peut égaler à ce titre parfaitement certains représentants de ce genre présents parmi les meilleurs films Netflix sortis depuis 2015 comme Marriage Story, Malcolm & Marie ou L'ultimo paradiso.


Retrouvez Amours irlandaises en DVD et VOD depuis le 15 avril. Édité par Metropolitan Films Vidéo dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur son site InternetFacebook et Twitter.


23 avril 2021

Shadow in the Cloud ★★

cover-shadowinthecloud-nathvaaucinema_HD

Depuis que les cinémas sont fermés, on a instauré une sorte de routine chez moi : le film du jeudi soir. Le principe est simple, on choisit un film d'action qui se veut divertissant sans trop pousser à la réflexion, devant lequel on prend du plaisir, parfois coupable, comme si on mangeait une énorme glace avec chantilly et autres toppings. Shadow in the Cloud était le candidat parfait pour cette séance à la maison. Cette production indépendante néo-zélandaise dont le personnage central est joué par Chloë Grace Moretz a plutôt bien rempli sa mission.

Qui dit film indépendant, dit faible budget. En général, ce type de production s'en sort bien pour un drame social. Qu'en est-il pour un film de genre incluant divers effets spéciaux ? Shadow in the Cloud est une véritable série B combinant film de guerre, créature horrifique et huis clos claustrophobique. Le scénario aurait même pu convenir à un épisode de La Quatrième Dimension. L'agent Garrett monte à bord d'un bombardier B-17 avec un sac mystérieux contenant des documents top secrets, seule femme parmi un équipage d'hommes balourds, très machos, très racistes. Ces derniers se méfient immédiatement, est-elle une espionne ou remplit-elle réellement une mission secrète ? Ils ne tarderont pas à douter de plus en plus de leur passagère lorsqu'elle évoquera la présence d'une créature à bord, alors qu'une attaque japonaise semble imminente...

4277067

Visualisé en Blu-Ray, j'ai pu profiter d'une qualité de son et d'image parfaite. La musique électronique donne un côté anachronique mais rythme bien le film, en lui donnant une dimension un peu plus fantastique, rappelant les bandes originales de Drive et Stranger Things. Mais à trop de perfection, on peut justement percevoir quelques imperfections ! Rien à dire à propos de la photographie qui évoque par sa colorimétrie sépia le jour et bleu-gris la nuit les ambiances spécifiques à la Seconde Guerre mondiale tout en intégrant une mise en scène moderne comme le plan d'ouverture avec ses lumières verte et rouge en arrière plan ou encore les images mentales minimalistes de Garrett (cela aussi rappelle le cinéma de Refn, ainsi que Under The Skin). Par contre, le rendu des effets spéciaux est assez inégal. L'une des scènes les moins convaincantes visuellement est celle où l'héroïne se retrouve suspendue au-dessus du vide, on perçoit trop facilement le fond vert, ce qui rend la scène moins haletante, malgré les efforts de suspense et les nombreux rebondissements du scénario.

Quant à la créature, elle a été créée et animée par WETA, cette société néo-zélandaise spécialisée dans les effets spéciaux et reconnue mondialement depuis ses prouesses sur Le Seigneur des Anneaux. Le résultat est plutôt convaincant si on n'est pas regardant sur les détails, même si le producteur admet dans le making off qu'ils ont fait ce qu'ils ont pu avec le peu de budget qu'ils avaient. J'en reviens donc au budget. Lorsqu'on est habitué aux grosses productions style Marvel par exemple, ce genre de film peut vite paraître "cheap", pourtant je trouve que la réalisatrice Roseanne Liang s'en sort vraiment bien, comme le choix de faire un film court, seulement 83 minutes, qui permet d'aller à l'essentiel. Aussi, elle enferme son héroïne durant quasiment les trois quarts du film dans la capsule de tir située sous l'avion. On peut mieux apercevoir l'envers du décors dans les bonus du Blu-Ray et les commentaires de Chloë Grace Moretz insistent sur l'inconfort de ce tournage, ce qui a nourri son jeu en tension.

MV5BZmIxYzYxMzMtN2VkMi00ZWFjLTlmOTQtODgzZmY4NzY5OTVjXkEyXkFqcGdeQXVyMTQyMjEzODI@

Chloë Grace Moretz, à peine vingt deux ans lors du tournage, et elle est de tous les plans du film ! Son interprétation est convaincante, surtout qu'elle doit rapidement embarquer le spectateur à ses côtés durant un long huis clos, dont la mise en scène est un parti-pris assumé et réussi afin de respecter encore une fois un budget limité, ne pouvant dialoguer avec ses comparses masculins que via la radio. Elle incarne une héroïne bad-ass, telle qu'on a pu la découvrir dans Kick-Ass, qui met en lumière une partie des femmes qui ont officié durant la Seconde Guerre mondiale et dont on voit peu de représentation au cinéma, les WASP (Women Airforce Service Pilots). Cependant, son rôle est gonflé à bloc car elle a beaucoup de compétences alors qu'en général ces femmes n'avaient qu'une seule spécialité. Elle devient une sorte d'héroïne imaginaire comme on en trouve dans les comics, donnant encore plus de sens à la pastille animée introduisant le film, aucun des autres personnages ne lui arrivant à la cheville.

J'en viens, pour terminer, aux propos féministes du film. Car, en plus d'un film d'action, situé en période de guerre (il ne faut pas trop s'attendre à un film de guerre par contre), dans lequel on ajoute une créature fantastique pour pimenter le tout, le scénario suit avant tout une démarche féministe. Alors que le film met rapidement en avant la lourdeur des hommes dans cet avion dès qu'ils aperçoivent Garrett monter à bord, avec tous les préjugés et propos déplacés qui conviennent, la production a du se séparer du scénariste initial, Max Landis, ce dernier ayant été accusé d'harcèlement sexuel, un comble. Roseanne Liang s'est ensuite emparée du scénario et l'a remanié afin d'offrir à Chloë Grace Moretz un personnage de femme entier, dont l'enchaînement d'actions à la fin est assez osé. En tout cas, j'ai été agréablement surprise par Shadow in the Cloud, malgré des effets spéciaux inégaux, l'histoire est riche en rebondissements et se regarde comme une agréable série B.

Shadow in the Cloud vient de se placer en bonne position dans le top des meilleurs films fantastiques de 2021. Trônera-t-il au final avec Gremlins parmi les films fantastiques préférés des spectateurs cinéphiles ?


Retrouvez Shadow in the Cloud en DVD, Blu-Ray, et VOD depuis le 15 avril. Édité par Metropolitan Films Vidéo dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur leur site InternetFacebook et Twitter


Posté par nath-graphiste à 19:53 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , ,

12 avril 2021

Unorthodox ★★★

cover-unorthodox-nathvaaucinema_HD

Mini-série disponible depuis mars 2020 sur Netflix, Unorthodox est l'adaptation de l'autobiographie de Deborah Feldman, Unorthodox : Comment j'ai fait scandale en rejetant mes origines hassidiques. En seulement quatre épisodes, on découvre une communauté juive ultra-orthodoxe à Williamsburg, dans le quartier de Brooklyn à New York, à laquelle la jeune Esty tente d'échapper. 

Imaginez être une femme qui a grandi coupée du monde extérieur, de tout plaisir, de tout divertissement, où votre principal objectif est d'accepter un mariage avec un inconnu, telle la princesse d'un conte de fée, et lui donner rapidement des enfants. Le tout, sans rien connaître de la sexualité ni de comment sont constitués un corps mâle et un corps femelle, histoire de rendre la chose encore plus répugnante. Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants ? Pas tellement... Alors à vos 18 ans, soit près d'un an après ce mariage et plusieurs tentatives douloureuses de procréation, vous décidez de tout plaquer pour vous retrouver en plein milieu de Berlin. Cela fait certainement un sacré choc, constitué d'un mélange de peur et de soulagement, puis il faut apprendre à s'adapter à une nouvelle société et commencer à vivre, pour de bon. Voici le topo d'Unorthodox.

unorthodox03-vogue-2apr20-Anika Molna-Netflix

Même si Esty semble haïr sa mère d'avoir fui sa communauté, l'abandonnant à ses grands-parents et à son père alcoolique, elle étouffe et veut elle aussi s'enfuir pour la retrouver en Allemagne. D'un point de vue extérieur, le mode de vie de la communauté hassidique est très dur. Malgré leur situation géographique avantageuse, ils vivent quasiment en autarcie et franchissent très rarement les limites de leur quartier, parlent exclusivement le yiddish car utiliser l'anglais est mal vu. La structure patriarcale impose aux femmes le seul rôle de mère, figure tout de même puissante car elles ont une influence importante dans l'éducation de leurs enfants, dans le respect et la perduration des traditions.

Esty n'est encore qu'une adolescente lorsque son mariage avec Yanky est arrangé. La manière dont les familles se rencontrent comme la façon dont les deux jeunes gens font connaissance sont effrayantes. Chaque épisode navigue entre le présent, la fuite d'Esty vers l'Allemagne, et son proche passé évoquant ce qui l'a poussé à fuir. Sa manière de vivre, ses loisirs interdits, le poids de la religion, la cérémonie ultra-codifiée du mariage, tout semble venir d'une époque révolue, et pourtant cela existe encore. Tout ce qu'elle découvre sur le mode de vie des occidentaux, leur liberté, leurs relations, est mis en parallèle avec les codes stricts auxquels elle était soumise. En ce sens, sa décision de fuir est encore plus vertigineuse tellement elle semble ignorante du monde dans lequel elle vit, autant au niveau des sentiments que matériel.

2380477

J'ai regardé cette série après avoir vu le documentaire #Female Pleasure que je vous recommande chaudement. Sa réalisatrice, Barbara Miller, suit cinq jeunes femmes issues de communautés culturelles et religieuses différentes, dont Deborah Feldman. J'avais donc déjà un aperçu assez complet de ce qu'elle a vécu dans sa jeunesse, du fait que la sexualité soit un tabou, et les connaissances sur la sexualité féminine quasi inexistantes. Dans la série, la trame principale est similaire à ce que cette dernière a vécu, mais l'histoire est adaptée pour faire d'Esty un personnage unique et attachant, à l'apparence fragile mais dont la détermination lui donne un impressionnant courage. La traque dont elle est victime ne la rend que plus forte.

La manière dont Maria Shrader, la réalisatrice allemande, a décidé de mettre en scène cette histoire, dont Deborah Feldman a participé au scénario, est optimiste. Les comparaisons entre le passé et le présent servent à mieux comprendre les intentions d'Esty, qui se décrit comme différente des autres jeunes femmes. Elle ne blâme pas sa communauté et continue de la respecter malgré son mal-être et sa fuite. D'ailleurs, sa relation avec Yanky est très touchante, lui-même victime de l'ignorance dans laquelle il est baigné depuis son enfance. Leur dernière confrontation est surprenante, et permet malgré tout de garder un jugement positif de la communauté qu'il représente, en tant que stéréotype ultra-religieux et ultra-respectueux des traditions. 


Pour aller plus loin :

• #Female Pleasure de Barbara Miller, DVD en prévente dans la boutique de Juste Doc ici.

• Unorthodox : le making-of sur Netflix

• Le livre Unorthodox : Comment j'ai fait scandale en rejetant mes origines hassidiquesde Deborah Feldman. Edité par Hachette, 2021.


Posté par nath-graphiste à 15:54 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

01 octobre 2020

L'Ordre Moral : l'histoire d'une femme libre ★★★

cover-lordremoral-nathvaaucinema_HD

Ce mercredi est sorti en salle L'Ordre Moral, du réalisateur portugais Mário Barroso qui a offert un rôle lumineux à Maria de Medeiros. Inspiré d'une histoire vraie, dans une société affaiblie par la Première Guerre mondiale et la grippe espagnole, une dame de haut statut décide de fuir son mari infidèle et mal intentionné pour vivre une passion amoureuse avec son jeune chauffeur.

Il y a comme un air de Downton Abbey dans ce film : l'époque, la confrontation entre les différentes classes de la société et la place qu'y occupe les femmes, la musique enjouée de Mário Laginha. Nous sommes en 1918, dans une grande maison avec des domestiques, où Maria Adelaide Coelho da Cunha, héritière d'un grand journal, voit son mari allégrement la tromper et manigancer des projets dans son dos. Cette femme, pourtant aimante, joyeuse, cultivée, intelligente, se voit délaissée par sa famille. Après avoir organisé une représentation théâtrale au lourd sens, elle décide de s'enfuir avec son ancien chauffeur. Car Maria Adelaide est avant tout une femme libre, en avance sur son temps. Alors qu'il est inconcevable qu'une femme de son rang ait un amant, qui plus est si jeune, l'inverse paraît pourtant anodin, presque normal.

4629605

Le point de vue met en avant une femme forte, qui ne se laisse pas abattre malgré tout ce qu'elle a perdu et l'indignité dans laquelle on l'a placée. Ce qui aurait pu être un banal drame passionnel introduit des notions féministes notamment par rapport à la critique du traitement des femmes par le corps médical issu d'une éducation bien trop patriarcale (les effets de la ménaupose pourrait provoquer des maladies psychiatriques) et à la place de la femme en général qui doit se soumettre aux choix des hommes, même si leur statut devrait leur donner plus de pouvoir. 

Ce rôle a été écrit pour Maria de Medeiros dans lequel elle s'est glissé à merveille. L'actrice est au centre du film, elle illumine chacun de ses plans avec un mélange subtil de force et de fragilité. Bien qu'elle ne lui ressemble pas physiquement, elle offre un émouvant hommage à la rebelle qu'était Maria Adelaide Coelho da Cunha, avec un brin de malice et de mélancolie. Autour d'elle, Marcello Urgeghe joue son insupportable mari, et João Pedro Mamede son innocent amant. Seul le personnage de Cícero, interprété par Albano Jerónimo, qui est une pure invention du scénario, est assez ambigu, il n'est pas évident de comprendre ses réelles motivations dans cette affaire, argent, jalousie ou les deux ?

4579683

Avant d'être metteur en scène, Mário Barroso est avant tout directeur de la photographie. Il a apporté un soin particulier dans la composition de ses images, certains plans ressemblent à des tableaux de maître. Pourtant, la lumière aurait mérité un traitement plus raffiné dans certaines scènes, dont une nuit américaine vraiment très visible et peu crédible. Cependant, le rendu des décors est absolument magnifique et met bien en avant le style de l'époque. On notera certaines lenteurs, mais le propos est tellement fort qu'on se laisse facilement porter par cette incroyable histoire, surtout grâce à l'incarnation si habitée de Maria de Medeiros.

Alors que les faits ont près de cent ans, L'Ordre Moral fait écho à la société actuelle dans laquelle la femme n'est toujours pas entièrement prise au sérieux à cause d'un machisme omniprésent. Le destin de cette femme forte et déterminée à ne pas se laisser piétiner par un mari irrespectueux et des médecins incompétents est très inspirant.


L'Ordre Moral au cinéma le 20 septembre 2020