Nath va au cinéma

15 février 2019

La Favorite ★★★★

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Quel début d'année fantastique ! Beaucoup de films de qualités (ou bien je les choisis mieux qu'avant), beaucoup de grandes histoires, belles, tristes, inspirantes, amusantes, piquantes, et La Favorite n'y fait pas défaut. Un peu plus d'un an après La mise à mort du cerf sacré, Yorgos Lánthimos livre un chef d'œuvre, tout en évoluant dans sa mise en scène de plus en plus précise et libérant ses acteurs de la diction étrange imposée sur ses précédents films.

Le réalisateur s'attaque à l'une des monarques les moins remarquables d'Angleterre et la rend fascinante. Anne est la dernière de la lignée des Stuart. Si vous ne connaissez pas son histoire, c'est encore mieux. Car dans les grandes lignes, tout ce que vous verrez est vrai : le contexte historique tendu, l'état de santé déplorable de cette reine peu sûre d'elle et si influençable, sa cours prête à tout pour grimper au sommet de l'échelle de la noblesse. Les dernières années de son règne sont éprouvantes et c'est bien ce qui plaît à Lánthimos, la douleur de l'âme, les manipulateurs et leurs victimes, la perfidie. 

Construit comme une pièce de théâtre en huit actes en clin d'oeil aux spectacles de l'époque, on peut déceler l'influence de Kubrick et ici, évidemment Barry Lyndon. Il signe son film d'époque sans rien avoir à envier à son maître. Tout est très précis, il ose intégrer des éléments très contemporains comme cette fabuleuse scène de bal, sans en jouer à outrance comme Sofia Coppola dans Marie-Antoinette qui, elle, a créé une sorte d'univers parallèle. 

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Dans La Favorite, tout est traité de manière subtile. Les décors et costumes sont fidèles au début du XVIIIème siècle, avec un jeu très graphique d'utilisation de magnifiques étoffes en noir et blanc chez ses dames, et un peu plus de couleurs chez ses messieurs pour repérer leur penchant politique. La fantaisie s'invite dans le maquillage avec des mouches en forme d'étoiles ou autres, détail que Kubrick s'était d'ailleurs amusé à exploiter sur Barry Lyndon d'une autre façon. Tout cela est magnifié par l'utilisation exclusive de la lumière naturelle, des cadrages jouant avec la position de ses personnages au sens propre comme au figuré, et cette lentille fish eye qui vient de temps en temps rappeler au spectateur son plaisir à épier ses dames voraces.

Lánthimos retrouve le malaise qu'il adore installer dès la première minute de ses films. Cette fois-ci exit la diction détachée, la reine a le droit de crier, ses sujets d'exulter, ce qui est indispensable pour montrer la manipulation des sentiments, de la détresse à l'euphorie. Sa caméra saura amener le vertige, la musique de Johnnie Burn tétaniser au son de ses violons grinçants. On ressort de la séance ébloui par tant de beauté et en même temps dévasté par cette folie autour du pouvoir. 

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Évidemment, les actrices et acteurs sont extraordinaires, quel trio puissant que forment Olivia Colman, Rachel Weisz et Emma Stone ! Les femmes ont le pouvoir et s'en délectent. Les hommes sont à leur merci, tentant aussi d'obtenir leurs faveurs, en cela Nicholas Hoult et Joe Alwyn sont épatants, affublés de leurs perruques et maquillages. Les rôles qu'on nous a habitués à voir depuis la nuit des temps sont balayés, les femmes tiennent les rênes, les hommes leur sont soumis. L'évolution des personnages de Sarah et Abigail est vraiment fascinante à la manière dont elles se jouent du pouvoir monarchique dans leur confrontation permanente. 

Largement récompensé aux BAFTA, La Favorite est en course pour les Oscars et devrait ramener quelques statuettes. Gagnant ou pas, le film est superbe et est l'un de mes gros coups de cœur en ce début d'année. Courez-y si vous aimez les films historiques, les manipulations du pouvoir, les coulisses de la royauté et surtout pour le talent de ces trois grandes actrices !


09 février 2019

The Wife ★★★

Glenn Close fraîchement couronnée du Golden Globe de la meilleure actrice dans un drame porte en effet le film de Björn Runge sur ses épaules. Sa prestation dans The Wife est parfaite, très en retenue, en épouse dévouée dans l'ombre de son écrivain de mari venant d'apprendre que le Nobel de littérature va lui être remis. Le voyage à Stockholm va lui servir de thérapie éclair, à ressasser ses souvenirs, à voir son fils frustré du manque de reconnaissance de son père, à voir son mari un peu trop fier de son œuvre...

On a l'impression de voir une cocotte minute chauffer, oubliée sur le feu, l'eau bout de plus en plus allant jusqu'à l'explosion. Joe et Joan Castleman forment un couple attendrissant lorsqu'on les découvre à l'écran. Leur complicité fait part d'un passé soudé, de beaucoup d'amour et de patience entre eux. L'appel annonçant le prix Nobel est l'appotéose, on décèle alors leur âme d'enfant dans la joie qu'ils expriment spontanément. Évidemment cette introduction est trop joyeuse, Joan a enfoui des fêlures en elle qui vont ressurgir lors de leur excursion dans la capitale suédoise, où elle ressent tout à coup le besoin de fuir la gloire de son époux.

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Avec sa narration simple, le scénario de Jane Anderson, adapté du roman de Meg Wolitzer, exploite tout de même différents aspects, maintes fois traités au cinéma, mais subtilement amenés. C'est l'écriture du couple qui fait la force du film, à la fois dans les confrontations silencieuses comme dans les disputes, le reste manque par contre de surprises et la réalisation demeure assez fade. Son sujet principal est la femme de l'ombre, celle qui donne inspiration et confiance à son mari. Joan est bien plus qu'un pilier, elle est la fondation de la gloire de Joe et le film sèmera de tout son long des indices pour comprendre à quel point elle est importante pour lui. Puis il y a la difficile relation entre un fils et son père, le premier admiratif du talent de l'autre, s'essayant aussi à l'écriture mais souffrant du manque de reconnaissance de son géniteur.

The Wife est aussi le grand écart entre deux époques. L'utilisation de flash-back n'a rien d'inovant mais permet de comprendre l'origine de la relation du couple, et mettent en avant un contexte dans lequel les femmes ne pouvaient pas être reconnues, devant renoncer à toute ambition. Le couple est héritier de cette époque et très vite on reconnaît le sourire poli de Joan en toutes circonstances, tel un masque rassurant et indispensable. Mais il ne faut pas se fier aux apparences, évidemment. Le spectateur ne sera pas dupe longtemps et prendra un vilain plaisir à déceler chaque indice dans le jeu subtile de Glenn Close et quelques répliques bien placées jusqu'à ce que le personnage fouineur joué par Christian Slater entre en jeu et tape où cela fait mal.

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On peut se douter qu'une part du mal être qui se cache derrière ce parfait sourire de "desperate housewife" est du à un époux un peu trop frivole. Glenn Close est merveilleuse mais elle est face à un acteur tout aussi charismatique, Jonathan Pryce, vu l'an dernier dans L'homme qui tua Don Quichote. Le regard qu'il lui renvoie va de la défiance au regret, de la fierté au mensonge. Il incarne parfaitement ce personnage pris à son propre piège dans cette sorte de huit clos.

Sorti directement en e-cinéma en France, The Wife n'est ni un grand film, ni époustouflant, mais se laisse agréablement regarder pour une nouvelle prestation parfaite de Glenn Close qui mérite ses deux prix pour ce rôle et en course pour les Oscars, statuette qu'elle n'a encore jamais remportée ! 


The Wife est à découvrir en VOD depuis le 24 janvier. Édité par TF1 Studio dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur son site et sa page Facebook.


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31 janvier 2019

La Mule ★★★

Cela fait dix ans que Clint Eastwood ne s'était pas donné un rôle dans un de ses films, c'est-à-dire depuis Grand Torino. Pourtant depuis il n'a pas chaumé et a réalisé un long métrage presque chaque année. Et c'est avec grand plaisir qu'on le retrouve dans The Mule, un road-movie étonnamment touchant, en papy dégourdi à la langue bien pendue, aux côtés de Bradley Cooper à qui il avait offert un très beau rôle dans American Sniper. Il continue dans sa lancée en adaptant une histoire vraie, cette fois-ci moins patriotique que les précédentes, en confrontant un retraité qui se laisse entraîner dans un plan sacrément illégal et un agent des stup déterminé à démanteler un des plus gros réseaux de drogues du pays. 

La Mule parle de famille, du regret qu'a Earl Stone d'avoir été si absent. En cause, la passion qu'il a pour son métier d'horticulteur que le développement d'internet va petit à petit tuer. Mais cet homme ne se laisse pas abattre, à l'âge où il devrait prendre un peu de temps pour lui, il se laisse tenter par l'argent facile en faisant la mule pour un puissant cartel. Il aurait pu s'arrêter à sa première course, mais la tentation est trop grande. Sans être cupide, il agit avant tout pour ses proches, et c'est bien ce qui le rend exceptionnel et attachant.

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On retrouve le Clint Eastwood qu'on aime, devant comme derrière la caméra. Autant il pouvait être grincheux dans Gran Torino, autant il est adorable et drôle dans The Mule. Sa franchise est déconcertante, il ne mâche pas ses mots, qu'il soit devant sa femme ou les trafiquants mexicains. Son personnage est avant tout un bon vivant, qui a la culture d'une autre époque. Il s'adapte à la technologie mais en fait une analyse pertinente, tel un vrai message qu'il fait sûrement passer : levez le nez de votre téléphone et vivez l'instant présent ! De même à propos des rapports qu'Earl entretient avec sa famille, Eastwood semble s'excuser de sa passion pour le cinéma, de continuer à vouloir tourner. Il offre d'ailleurs le rôle d'Iris, la fille de Earl, à sa propre fille, Alison Eastwood.

Au delà de cet homme, il parle aussi d'un système administratif, du rôle de la police et de la pression face aux résultats que peuvent avoir les agents, ici la DEA. Quand des agents enquêtent, il ont la quasi obligation de résultats chiffrés pour justifier les moyens mis en œuvre. Ici ce sont des centaines de kilos de cocaïne qui circulent à travers les États-Unis, en trouver quelques grammes est forcément un échec. Le film navigue entre Earl et son optimisme, même s'il met sa vie en danger, et l'agent Colin Bates, plus pragmatique, décidé à arrêter cette mule. En découle la vision que peuvent avoir les gens sur la police, dont une homme arrêté par erreur qui panique. Sans trop en dévoiler, cette scène à l'effet comique incontesté montre pourtant une réalité bien triste, celle des personnes d'origine mexicaine, persécutées et assimilées à des dealers et autres sans papiers.

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Le sujet est traité avec légèreté alors que les messages passés sont forts et nombreux. En résulte un film prenant, raconté de manière simple avec une intrigue qui fourmille d'une multitude de sujets, à la fois intimes et sociétals. Clint Eastwood semble se livrer personnellement sur sa propre vie, mais évoque aussi l'ambiance politique de son pays face aux Mexicains et l'image que projette les forces policières. À 88 ans, ce grand monsieur ne cesse de nous étonner et sait rebondir après quelques films secondaires en signant avec La Mule l'une de ses meilleures réalisations.

28 janvier 2019

My Beautiful Boy ★★★

C'est le genre de film tragique qu'il faut prendre le temps de digérer mais c'est aussi un hommage émouvant à l'amour paternel, du simple bonheur à l'ultime douleur. My Beautiful Boy est particulièrement déchirant parce qu'il aborde un sujet très dur et surtout parce qu'il est adapté d'une histoire vraie récente, d'après les mémoires de David Sheff, Beautiful Boy: A Father's Journey Through His Son's Addiction et celles de son fils Nic, Tweak: Growing up on Methamphetamines. Le père et le fils sont interprétés avec une justesse poignante par Steve Carrell, toujours plus parfait dans des rôles dramatiques minutieusement choisis, et le désormais incontournable Thimothée Chalamet.

Le film va au-delà de la fiction sans toutefois emprunter au style documentaire. L'histoire racontée devient indispensable pour témoigner sur les ravages de la drogue, autant du côté du toxicomane que celui de ses proches. Souvent, on s'imagine qu'un jeune drogué est forcément issu d'un milieu défavorisé, qu'il a des problèmes sociaux, financiers et relationnels. Felix Van Groeningen prouve le contraire grâce à l'adaptation des mémoires des principaux intéressés, qui mettent le doigt sur un problème finalement universel, celui de l'addiction, qui peut toucher n'importe qui. En effet Nic a grandi dans une famille plutôt aisée, il est bon élève, sa famille l'aime, il a tout pour s'en sortir dans la vie et pourtant il sombre.

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Le premier tiers du film installe justement ce constat. C'est assez long et on a l'impression de tourner en rond. La narration navigue entre les recherches du père pour comprendre son fils, pour le retrouver, et les souvenirs d'enfance afin de faire comprendre que la situation est justement incompréhensible. David Sheff se demande en boucle ce qui incite son fils à se droguer si durement, cherche ce qu'il a pu rater dans son éducation. Et puis le films prend des tournants enfin inattendus, mais toujours de plus en plus durs, comme l'effet de la si destructrice methamphétamine. Telle une courbe boursière qui s'effondre avec de temps en temps des soubresauts laissant entrevoir une once d'espoir, le films entraîne le spectateur dans le désespoir de ce père qui ne sait plus comment aider son fils.

Ce thème a rarement été traité sous cet angle bienveillant, celui qui montre la présence de proches, d'un réel soutient apporté au jeune drogué. En général, le point de vue est du côté auto-destructeur, le réalisateur belge, qui réalise ici son premier film produit aux États-Unis, a compris l'importance d'inverser les choses et de se concentrer du côté du père, qui lui aussi est détruit par ce qui arrive à son fils, mais surtout par le fait qu'il existe un lien très fort entre eux. La photographie de Ruben Impens, fidèle de Groeningen depuis La merditude des choses en 2009, apporte ce sentiment protecteur, par des couleurs douces et rassurantes.

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La complicité du père et du fils est très touchante. L'un des liens qui les unit est la musique. Felix Van Groeningen s'était déjà fait remarqué par la sélection musicale pointue effectuée sur Belgica. Pour My Beautifull Boy, il a choisi de n'intégrer que des morceaux existants qui ont un réel sens pour Nic et David, dont Heart of gold de Neil Young, Territorial pissings de Nirvana, Protection de Massive Attack et bien entendu Beautiful boy de John Lennon. 

Même si le rôle du père semble primordial d'après l'approche du scénario, Steve Carrell partage équitablement l'écran avec Thimothée Chalamet dont la performance est bluffante par sa recherche de sensibilité toujours très juste. Leur duo est magnifique, très tendre et forcément parfois d'une violence psychologique déchirante. Les larmes sont prêtes à couler autant à l'écran que chez le spectateur. Le constat est désarmant sur ce que l'amour paternel peut pousser à faire, Steve Carrell est bien plus que parfait pour le rôle. 

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Sans être parfait et sans atteindre la profonde émotion d'Alabama MonroeMy Beautiful Boy est l'un des films les plus remarquables de ce début d'année, certainement le plus triste, qui ne fait que confirmer le talent de son réalisateur et son duo d'acteurs. Felix Van Groeningen sait définitivement aborder des sujets forts sur la dureté des relations familiales après la perte d'un être cher.

26 janvier 2019

Peppermint ★★

En termes d'action, Pierre Morel en connaît un rayon après avoir longtemps travaillé dans les équipes techniques de Luc Besson. Il réalise Banlieue 13 son premier long-métrage en 2004. Il a ensuite frappé fort avec le désormais culte Taken en 2008 qui embarquera Liam Neeson pour quelques années dans son rôle. Il enchaînera d'autres films de séries B comme From Paris with Love en 2010, jusqu'au récent Peppermint qui vient de sortir en DVD marquant le retour de Jennifer Garner dans un rôle musclé, rappelant ses débuts dans Alias.

Peppermint est un pur film d'action, avec une trame narrative prévisible et son lot de personnages assez caricaturaux. En se laissant porter par cette histoire de vengeance, on passe un bon moment divertissant, avec tout de même quelques surprises, comme la découverte de cette héroïne intrépide. Pierre Morel a l'atout de savoir parfaitement composer des scènes d'action dynamiques en insufflant de l'adrénaline. Sa réalisation maîtrisée sert positivement un scénario facile. 

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Le film est entièrement portée par Jennifer Garner. C'est très plaisant de la retrouver dans ce genre de rôle, après l'avoir surtout vu dans des comédies romantiques ces dernières années. Elle est Riley North, une mère qui perd sa famille en quelques minutes, assassinée par un gang. Dégoûtée par une justice corrompue, elle décide de venger seule son mari et sa fille. Son personnage rappelle celui de Liam Neeson dans Taken, père prêt à tout pour sauver sa fille, ou même John Wick, dans le traitement de la vengeance et la traque permanente sans foi ni loi.

Forcément, on peut se demander comment une gentille mère de famille devient un terrible assassin encore mieux préparé qu'un GI surentraîné. À vrai dire, pourquoi pas, si on bloque là-dessus on passe à côté du film. Le sujet du comment elle en arrive là est volontairement éludé, on se penche plutôt sur sa manière d'éliminer méthodiquement et violemment chacune de ses cibles. Face à cette héroïne téméraire les policiers semblent largués par la tournure des événements, et les membres du gang déstabilisés mais prêts à l'arrêter. Riley North est en effet devenue un être à part, tel Batman en justicier masqué. La différence est qu'elle ne se cache pas derrière un costume, elle agit à visage découvert et assume chacun de ses actes.

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La seule fantaisie du film est de transformer une femme sans histoire en vengeresse. L'évolution du personnage est extrême, elle passe d'une épouse et mère effondrée à une tueuse déterminée, faisant sa propre justice. Elle agit comme un super-héros, mais garde une humanité qui peut devenir sa faille. Elle se bat pour l'amour qu'elle a perdu, rien ne peut l'arrêter mais rien ne pourra lui rendre non plus.

La fin reste ouverte mais Pierre Morel n'a pas l'intention de faire de suite comme il l'explique dans un entretien en bonus du DVD. Il y expose sa vision sur les films d'actions, son travail et plus précisément la fabrication de Peppermint. Le film est en tout cas un pur divertissement d'action peu surprenant mais qui fonctionne parfaitement grâce à des scènes nerveuses et la fougue de son actrice.


Peppermint est à découvrir en DVD et Blu-Ray depuis le 19 janvier, et également en VOD. Édité par Metropolitan Filmexport dont vous pouvez suivre l'actualité sur son site et sa page Facebook.


Rendez-vous sur Cinetrafic pour une sélection d'autres films de vengeance côté féminin  et un aperçu de tous les blockbusters qui arrivent.


20 janvier 2019

Shéhérazade ★★★

Cette Shéhérazade est loin du conte des Milles et Une Nuits. C'est dans les plus sombres rues de Marseille que l'adolescente survit en vendant son corps sur le trottoir. Elle y rencontre Zachary qui sort tout juste de prison, dévasté par la décision de sa mère de le laisser entre les mains des éducateurs d'un foyer de réinsertion. Jean-Bernard Marlin réalise son premier long-métrage et ne fait que prolonger son travail sur ces jeunes, l'âpreté des rues phocéennes, le rôle des éducateurs, la confrontation à la justice, les prisons, après des documentaires et des courts-métrages, dont La Fugue présent en bonus du DVD.

Le ton est rapidement donné, l'agent carcéral dit "à bientôt" à Zachary le jour de sa libération, il en rigole mais au fond on sait bien que ce gamin s'est embarqué dans une vie compliquée. C'est encore un adolescent. A l'âge où il devrait jouer au foot et aux jeux vidéos avec sa bande de copains, lui sort de prison pour des vols aggravés et ne pense qu'à retrouver ses "collègues" à qui il réclame du travail. Le seul moyen de gagner sa vie passe par la délinquance, une arme à portée de main, son enfance est loin. Bien qu'on lui offre un suivi pour sa réinsertion, il a trop de colère en lui pour se laisser amadouer, à cause d'une mère résignée notament. En rencontrant Shérérazade, il découvre les coulisses de la prostitution d'où découle d'autres guerres des rues et des clans pour l'argent facile, mais surtout l'amour. Un amour protecteur qu'il a perdu, un amour nouveau aussi.

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La base de cette histoire est un fait divers bien réel. Jean-Bernard Marlin a choisi de travailler avec des acteurs non professionnels issus d'un casting sauvage. Dylan Robert qui joue Zachary sortait aussi de prison lorsqu'il a passé l'audition, on peut d'ailleurs en voir une partie en bonus du DVD ainsi que celle de Kenza Forta. La juge est une avocate dans la vraie vie, d'autres interprètent vraiment leurs propres rôles comme des éducateurs. Le travail a fonctionné dans les deux sens, on en retire une véracité, surtout dans le parlé. Le réalisateur a su faire sortir des sentiments sincères et extrêmement forts tout en puisant dans leur vécu.

C'est très dur mais à la fois très beau. Shéhérazade et Zachary ont un coup de foudre, et pourtant ils vont chacun le nier, se confronter violemment l'un à l'autre. Jamais ils ne sauront se l'avouer et pourtant ils sont aimantés l'un à l'autre. Ils ont besoin l'un de l'autre pour retrouver une confiance, une protection. Leurs étreintes sont douces et pleines de bons sentiments qui feraient presque oublier ce qu'ils vivent dehors. La réalité les rattrape pourtant sans cesse, prouvant que la vie qu'ils mènent n'est pas supportable. Malgré leur résilience, ils sont confrontés trop souvent à des situations inacceptables, les emportant dans le cercle vicieux de la violence.

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L'aspect documentaire est forcément présent, mais les genres se mélangent pour faire émerger la fiction dramatique et surtout vivante. Le scénario fait ressortir une tendresse inattendue entre les deux jeunes, sans se limiter dans la violence, qu'elle soit verbale ou physique. On est sans cesse surpris par la tournure de ces destins, jusqu'à un dénouement poignant. La photographie réussit aussi à créer une ambiance particulière, Jonathan Ricquebourg a choisi d'utiliser les couleurs chaudes de Marseille, mettant en valeur cette vivacité, cette fougue permanente. 

Shéhérazade fait parti des films coups de poing de 2018, rejoignant La fête est finie pour la mise en valeur de jeunes qui n'arrivent pas à trouver leur place dans la société, et surtout le déchirant Capharnaüm pour lequel Nadine Labaki a aussi eu recourt au casting sauvage pour le meilleur des résultats, captant un instant de vie dans ses aspects les plus sombres mais en gardant une petite flemme d'espoir allumée. 


Shéhérazade est à découvrir depuis le 8 janvier en DVD et VOD. Edité par Ad Vitam dont vous pouvez suivre l'actualité sur son site et sa page Facebook.


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13 janvier 2019

Border ☄

Cela faisait plus d'un an que je n'avais pas vu un film "ovni", un film à part, un film si hypnotisant qu'il est impossible de lui donner une note, il est au-dessus, inclassable. Border, d'Ali Abbasi, a justement reçu le prix Un certain regard lors du dernier Festival de Cannes. Bien qu'originaire d'Iran, le réalisateur a su s'imprégner de l'ambiance si particulière des pays nordiques, et transforme le policier scandinave en œuvre atypique semi-réaliste semi-fantastique, questionnant sur l'identité, l'humanité, en explorant tous les extrêmes possibles.

Border aurait pu être un classique thriller scandinave, mais il est adapté du roman de John Ajvide Lindqvist qui a livré le scénario du tout aussi surprenant Morse. Même s'il en exploite les bases, le film se penche plutôt sur son héroïne Tina, au physique si ingrat qu'elle est un être différent dans le regard des autres, à la limite de la créature ou même de l'animal. Elle sera confrontée à un homme physiquement semblable à elle, de là surgissent beaucoup de questions. C'est alors que l'histoire devient imprévisible, jusqu'à s'enrichir du genre fantastique, pourtant on pensait jusque-là regarder un film policier. On est à la fois imprégné par l'ambiance froide et mystérieuse typique des thrillers suédois et par l'esprit des contes et légendes nordiques, c'est très surprenant.

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Tina est incroyablement interprétée par Eva Melander qui a pris une vingtaine de kilos pour se sculpter un physique en adéquation avec le visage qu'on lui a créé en prothèses. Un visage hideux qui rend son personnage différent, rejeté de la société, mais aussi un masque contraignant pour son jeu avec lequel elle arrive pourtant à exprimer beaucoup de sentiments en un regard ou un mouvement de lèvre. Les seules personnes qui lui montrent du respect sont ses collègues douaniers qui admirent sûrement sans comprendre cette étrange faculté qu'elle a à détecter la culpabilité, la honte ou le mensonge. Tel un chien policier, elle renifle littéralement les suspects et ne se trompe quasiment jamais. Lorsqu'elle est confrontée à Vore, elle n'arrive par contre pas à déceler ce qu'il cache, l'histoire prend à cet instant un tournant singulier et démarre réellement.

L'acteur finlandais Eero Milonoff a lui aussi subit l'épreuve de la prothèse pour se transformer en Vore. Son personnage est plus mystérieux que Tina. Il est étranger et pourtant présente d'étranges similitudes avec elle. Elle ressent une répulsion en le voyant, comme celle que les autres peuvent ressentir pour elle. Cela la met dans une situation particulière, faisant surgir un tas de questions sur son identité, sa personnalité et son humanité. Le film interroge sur tous ces points. Qu'est-ce qui définie un monstre ? La diformité du visage de cette femme ou cet homme ? La malsanité enfouie dans chaque être humain ? 

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Le comportement animal est de suite visible chez Tina et Vore. Ils ont un lien particulier avec la nature, Tina vit d'ailleurs en pleine forêt et semble avoir une connexion avec les animaux. Mais l'Homme n'est-il pas aussi un animal qui aurait évolué différemment ? Qu'est-ce qui définit la frontière entre l'animalité et l'humanité ? Border est le mot anglais pour frontière, pour limite. Le film en exploite tous les sens, propres comme figurés, et souvent une frontière délimite deux côtés distincts. Pour une fois, ce n'est pas le spectateur qui choisira le côté auquel appartient les personnages, mais Tina et Vore eux-mêmes.

Ali Abbasi ose surprendre, troubler. Son scénario emprunte des sentiers sinueux dont chaque virage dévoile un aspect inattendu jusqu'au dénouement. Il va jusqu'à réinventer l'inévitable scène de sexe en un instant bizarre, très curieux, bien plus que simplement bestial ou passionné. Border est un film fascinant qui touche à beaucoup de sentiments en explorant toutes les facettes de l'humanité et son contraire.

08 janvier 2019

Green Book : Sur les Routes du Sud ★★★

 

Les Golden Globes ont été attribués, et Green Book s'est vu couronné trois fois ! Meilleure comédie ou comédie musicale, meilleur scénario signé Nick Vallelonga, Brian Hayes Currie et Peter Farrelly ainsi que meilleur acteur dans un second rôle pour Mahershala Ali. La catégorie comédie est par contre très discutable, Green Book est plutôt une comédie dramatique teintée d'humour naturel bien placé, et pour cette subtilité le scénario mérite pleinement sa récompense ! 

Peter Farrelly est connu pour des comédies potaches comme Dumb et Dumber, Marie à tout prix, Fous d'Irène ou encore Bon à tirer. Dans Green Book, il aborde un sujet plus sérieux mais avec la légèreté nécessaire pour ne pas tomber dans le drame pur. Le scénario approche la perfection grâce à ses fabuleux dialogues et au traitement de ses deux personnages, inspiré d'une étonnante histoire vraie datant du début des années 60 confrontant deux mondes opposés tel un clash des cultures.

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Tony, un videur italo-américain, accepte de devenir le chauffeur d'un talentueux pianiste le temps d'une tournée dans le sud du pays. Le plan serait une partie de plaisir si cet artiste, Don Shirley, n'était pas noir à l'époque de la ségrégation. Tony devra s'accommoder du "Green Book" pour éviter à son patron toutes formes d'humiliations durant leur long trajet. On découvre le pouvoir de la bienveillance et de la tolérance face à ses deux hommes que tout oppose, pourtant à l'écoute l'un de l'autre, curieux aussi. La haine raciale que doit malgré tout subir l'artiste se voit balayée par la force de leurs caractères respectifs.

Le duo Viggo Mortensen / Mahershala Ali est simplement parfait. Le premier pourrait paraître grossier en surjouant le côté italien de son personnage mais les dialogues sont extrêmement bien écrits et font passer chacune de ses expressions de manière naturelle. Mortensen rend son personnage touchant et charmant par son côté bon vivant, même s'il est très avenant, culotté et surtout très bavard. Le second s'impose par son élégance et un charisme indispensable à son personnage. Mahershala Ali joue aussi de beaucoup de mystère prenant le temps de faire découvrir les différentes facettes de son personnage. Il est très plaisant de les écouter débattre de clichés sur leurs communautés et voir leurs opinions évoluer tout au long de ce voyage.

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Évidemment, il est question de racisme. Mais on découvre différents regards au sein de cette société américaine si différente d'un État à l'autre. On navigue entre ouverture et étroitesse d'esprit. Don Shirley vit à New York tel un prince, il fait partie d'une élite intellectuelle au sein de laquelle toutes les portes lui sont ouvertes. Pour Tony, il est un au premier abord un portefeuille généreux, la couleur de sa peau lui vaut quelques clichés telles de mauvaises blagues bon enfant. Ça, c'est la partie qui fait sourire, car dans le sud c'est une tout autre histoire qui se présente et la réalité sur la condition des Noirs est bien plus dure à digérer comme le montre certaines scènes bouleversantes.

Évidemment, l'aspect road-movie pousse les personnages à la confession. L'histoire étant adaptée de faits réels et de souvenirs des vrais Tony et Don Shirley, elle est certainement nourrie d'anecdotes réelles. Peter Farrelly en a gardé l'humour et le bon mot comme il a toujours su traiter l'humour mais avec beaucoup plus de subtilités qu'à ce que ses précédents films nous avaient habitués. Ce film sonne constamment juste et est plaisant à découvrir. On en sort le sourire aux lèvres devant tant de bonté.

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Green Book reste un film très joyeux et vivant malgré quelques scènes poignantes à la dureté indispensable pour ne pas oublier le cruauté de cette époque. Le thème abordé est tout de même complexe mais le scénario le traite très intelligemment pour n'en retenir qu'un discours positif. On appréciera la musique de Kristopher Bowers et surtout la qualité des dialogues. Le film est à découvrir au cinéma dès le 23 janvier.