Nath va au cinéma

21 février 2018

Mon Garçon ★★★


DVD et Bluray disponibles (sortie le 23 janvier 2018) - Diaphana Distribution


Je regrettais de ne pas avoir pu trouver le temps d'aller voir Mon Garçon à sa sortie en salle, ce ne pouvait être meilleure surprise que de le découvrir en DVD. Christian Carion réussit ce thriller haletant en offrant un rôle unique à Guillaume Canet, magistral.

Au visionnage du film, je ne me serais jamais douté de la manière dont il a été construit. On découvre le personnage de Julien (Guillaume Canet) qui rejoint son ex-femme (Mélanie Laurent) en montagne lorsqu'il apprend que leur fils a disparu. Ce sera alors pour lui une rapide descente aux enfers, il fera tout pour le retrouver. Dans l'esprit, on se rapproche de Prisoners avec un Hugh Jackman enragé par une situation similaire. 

En soi, c'est un bon thriller, malgré le peu de surprises. Là où le concept du tournage gagne en ambiance fébrile, le scénario perd forcément en surprises et reste attendu, bien que proprement réalisé. Les scènes se succèdent dans une tension qui monte petit à petit, filmées par une caméra à l'épaule bien pensée et bien maîtrisée. 

018934Là où un film américain ferait de la surenchère en accompagnement musical pour bien souligner la tension d'une scène, Mon Garçon préfère mettre en avant le silence qui permet d'isoler avec encore plus de force le personnage de Julien. Peu de musique donc, lorsqu'il y en a, elle est utilisée avec subtilité et sens.

Les acteurs sont géniaux. Aucun surjeu, tout paraît très vrai et habité. Mélanie Laurent est en détresse et Canet est simplement bluffant. C'est en regardant le making off en bonus du DVD qu'on peut se rendre compte à quel point le pari de Christian Carion est fou et pour le réussir il était indispensable d'avoir un casting à la hauteur.

Le réalisateur a demandé un exercice peu commun à ses acteurs. Au-delà de s'obliger à filmer quasi en temps réel (6 jours de tournage à équipe très réduite), il a convaincu Guillaume Canet de venir sur le tournage sans en connaître le script, il savait simplement que son fils avait disparu et qu'il n'était plus avec la mère. Il a découvert le reste de l'histoire en même temps que son personnage. Pour que cela fonctionne, les autres acteurs et toute l'équipe technique doivent tout faire pour guider et obtenir les réactions recherchées, tout en s'adaptant à l'attitude souvent inattendue de Canet.

016434Tout est donc spontané et vrai. On sent Canet à vif, ses réactions ont apparemment dépassé les attentes du réalisateur tout en apportant de meilleures choses aux scènes. L'acteur a du être manipulé en permanence par toute l'équipe et cela a fait ressortir un talent inné d'improvisation de sa part. En sachant cela, et les anecdotes du making off sont vraiment enrichissantes, le résultat est bluffant.

Mon garçon est un thriller efficace, sans artifice, offrant la tension nécessaire au genre. Canet y est épatant (sera t-il récompensé par un César ? Ce serait bien Rock'n Roll cela). L'expérience cinématographique audacieuse avec ses contraintes de tournage surprenantes est réussie. 


18 février 2018

3 Billboards, les panneaux de la vengeance ★★

Le cinéma des frères Coen manque t-il à Hollywood ? L'intrigue aurait pu se dérouler à Fargo, dont on pense forcément puisqu'on retrouve Frances McDormand à la tête du casting. Martin McDonagh dépeint une histoire sombre teintée à l'humour noir dans l'Amérique profonde, en écho à l'ère Trump, où justice est affaire personnelle, tel un western moderne.

L'intrigue a tout pour plaire : un terrible crime à résoudre, une mère rageuse, une police impuissante, un policier extrémiste, et tout son lot de personnages de loosers comme on les aime pour justifier les situations les plus cocasses. Et pourtant je reste sur ma faim. Est-ce trop caricatural ? Trop extrême ? Je pense surtout ne pas m'être suffisamment attchée aux personnages.

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Frances McDormand joue bien, c'est indéniable, mais son personnage est tout de même rapidement insupportable. Elle n'évolue pas suffisamment pour qu'on prenne un réel parti pour Mildred malgré sa situation qui demanderait plus d'empathie.

Tout le monde semble aussi adorer Woody Harrelson en bon chef de police. L'américain modèle, le mari parfait, l'attachant père de famille. Lui est certainement la plus belle caricature du film, le genre de héros américain qu'affectionne particulièrement Clint Eastwood ces derniers temps. Son destin est tellement prévisible qu'on finit par ne pas s'attacher à lui non plus, bien que son rôle de mentor soit primordial !

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Le seul que je retiens vraiment c'est l'intolérable agent Dixon, merveilleusement interprété par Sam Rockwell. Il a droit au personnage le mieux écrit du film. Il a une vraie évolution et on finit par s'intéresser plus à ce looser raciste qu'à la mère éplorée. Bon, son évolution est tellement extrême qu'elle parait bien utopique avec du recul, mais il n'y a pas à dire, c'est bien le personnage le plus captivant du film de Martin McDonagh.

Et l'histoire dans tout ça ? Quelques longueurs font parfois perdre le film alors qu'on nous sert pas mal de rebondissements inattendus. Dès le début on se met dans la tête qu'il faut retrouver l'assassin de la fille de Mildred et puis ça part un peu dans tous les sens jusqu'à un final pas si convaincant.

Pour moi, 3 Billboards, les panneaux de la vengeance n'est pas le succès annoncé. Malgré de l'humour noir bien placé à la sauce des frères Coen, le scénario peine à convaincre. Le seul qui sort son épingle du jeu est Sam Rockwell, qui vole ainsi la vedette à Frances McDormand pourtant parfaite.

11 février 2018

Call me by your name ★★★

Adapté du roman d'André Aciman, Call me by your name ressemble à une parenthèse estivale bienvenue qui apporte du soleil et des couleurs dans nos salles de cinéma en ce début d'année grise et morose. Le film semble rester suspendu dans le temps, comme un joli souvenir de vacances. De beaux (et bons) acteurs, la dolce vita, le début des années 80, Luca Guadagnino à la réalisation et James Ivory au scénario mélangent tout cela pour nous offrir un instant de cinéma touchant : le temps d'un été, une histoire inoubliable, pleine de sensibilité.

Revenons en 1983, quand l'été d'un ado n'était pas centré sur l'écran de son téléphone, quand on prenait le temps de ne rien faire, de lire, d'écouter les derniers tubes sur son Walkman, d'explorer des sentiers à vélo pour trouver de petits jardins secrets, ou tout simplement de parler aux gens. L'Italie est le décor parfait pour cette histoire centrée sur Elio, impeccable Timothée Chalamet, touchant, impertinent, perdu, amoureux. Le jeune homme de 17 ans a la chance de grandir au sein d'une famille d'intellectuels, ce qui lui a donné une certaine assurance et beaucoup de culture et d'ouverture d'esprit. Et pourtant, comme tout adolescent, encore maladroit en ce qui concerne la question de l'Amour, il lui reste tout à découvrir et à comprendre de ses sentiments.

Tout bascule à l'arrivée d'Oliver qui vient préparer son doctorat auprès du père d'Elio, spécialiste de la culture Gréco-romaine. Oliver est l'archétype de l'Américain au physique parfait, au sourire tombeur, à la voix virile et aux manières un peu rustres. Tout le monde est sous son charme et Elio semble à la fois méfiant, fasciné et irrépréssiblement attiré par le jeune homme. 

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Le processus est fastidieux et l'entrée en la matière peut paraître longue pour le spectateur. Mais Luca Guadagnino nous réapprend à prendre le temps. L'adolescent se pose beaucoup de questions et ce temps de réflexion est nécessaire avant de faire exploser ses sentiments. Forcément, l'intensité est à son maximum sur le dernier tiers du film, passionnant, poignant, troublant. Les sentiments d'Elio, et les nôtres, jouent aux montagnes russes et on a envie de retenir l'issue fatale et attendue de cet amour d'été le plus longtemps possible.

Lorsqu'on croit voir le générique de fin arriver, quelques scènes inattendues viennent s'ajouter et proposent une conclusion construite qui laisse le temps de digérer toutes nos récentes émotions. On se sera attaché à Timothée Chalamet qui porte vaillamment ce film sur ses jeunes épaules. Il crève l'écran et sa confrontation à Armie Hammer lui donne beaucoup de force et de présence. Quand on pensait que l'Américain s'imposerait facilement, c'est finalement avec beaucoup de justesse et de finesse que leur duo est dosé : deux physiques différents, deux personnalités fortes et pourtant une harmonie évidente.

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Les années 80, ses shorts trop courts, ses chemises trop larges, ses musiques au synthé, tout cela vient donner une identité visuelle et musicale au film. Forcément, la bande son est encrée dans les tubes de l'époque, à la fois internationaux comme italiens ou français. Telle la mixité des origines des personnages comme de leurs acteurs, les styles se mélangent avec de grands classiques de Liszt ou Bach et la chanson originale plus contemporaine et planante écrite par Sufian Stevens. Même si ce n'est pas le sujet du film, toutes ces mixités de langues et de culture en font sa singularité et il est primordial de le voir en V.O. pour en apprécier toutes ses nuances.

Call me by your name laissera comme une sensation de nostalgie. Après ce jeu d'émotions, on restera attendri par cet éveil de désirs, par la découverte de la sensualité et par la belle histoire, cette "belle amitié" entre Elio et Oliver. Peut-être qu'il charmera l'Académie des Oscars puisque le film est nommé notamment dans les catégories "Meilleur film", "Meilleur acteur" pour Timothée Chalamet et "Meilleur scénario adapté". 

16 janvier 2018

Les heures sombres ★★★

Churchill au cinéma ou à la télévision, c'est toute une histoire. Combien d'acteurs se sont amusés (ou pas) à camper ce personnage bedonnant haut en couleurs ? John Lithgow s'est fait remarquer dans la première saison de The Crown pour sa prestation très crédible. C'est au tour de Gary Oldman qui se voit offrir le rôle par Joe Wright dans Les heures sombres, sorti le 3 janvier au cinéma. Au premier abord, quand on ne s'arrête que sur le physique, ce choix semble bien surprenant, voire inadéquat. Puis on se rappelle le potentiel de cet acteur britannique, véritable caméléon, jamais effrayé par un changement de look improbable et au jeu toujours impeccable.

Juillet 2017. Dunkerque de Christopher Nolan inonde les écrans. Le film de guerre par excellence vendu comme un chef d'œuvre jouant avec les nerfs de ses spectateurs ne fait finalement pas l'unanimité mais propose une vision innovante de l'opératin Dynamo. Janvier 2018, le réalisateur d'Anna Karenine met en scène le scénario d'Anthony McCarten (qui s'est déjà illustré en écrivant sur un autre homme célèbre, Stephen Hawking, pour Une merveilleuse histoire du temps) qui met en avant ce même événement historique, mais côté Londres. Loin de moi l'idée de comparer les deux films. C'est simplement amusant de découvrir la même histoire au cinéma, selon deux points de vue totalement différents, en quelques mois d'écart.

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Les heures sombres est assez bien écrit et monté pour donner une sensation de suspense et de tension palpable. Si on s'est un minimum intéressé à cet épisode de la Seconde Guerre Mondiale, ou si on a simplement correctement suivi ses cours d'Histoire, on en connaît les grandes lignes, et donc on devine la trame du film. Pourtant ça ne gêne pas, c'est très plaisant de redécouvrir tout ceci d'après ce point de vue qui s'invite dans la vie intime de Churchill. 

Le film débute lors de la nomination de Winston Churchill au poste de Premier Ministre. La situation semble périlleuse, les allemands sont au sommet de leur puissance, et le vieil homme est loin de faire l'unanimité. Là où l'attente du soutient anglais sur la côte normande semblait interminable pour ses soldats, Les heures sombres montre un envers du décors tout aussi tendu. Les jours passent comme une horloge dont on scrute l'aiguille, appréhendant une issue fatale difficilement inévitable. 

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Sans tomber dans le biopic plan-plan, Joe Wright a réussi un film très bien rythmé dans lequel l'adrénaline monte petit à petit. C'est tendu, on angoisse quand Churchill est seul contre tous, on exulte quand il obtient du soutien et fait avancer les choses. L'homme ne lâche jamais le morceau, il est passionnant et c'est compréhensible d'avoir envie de le transformer en personnage de cinéma. Ici, on se cantonne intelligemment aux quelques jours qui auront été un sacré tournant de sa vie et de celle de milliers de britanniques et bien plus encore. Évidemment, ce choix est primordial pour avoir un film intéressant de bout en bout et tenir son spectateur en haleine. 

L'autre choix primordial est celui de l'acteur. Il faut quelqu'un qui n'interprête pas Churchill mais qui le devienne. Gary Oldman a parfaitement rempli sa mission. Même si on l'a souvent retrouvé méconnaissable tout au long de son impressionnante carrière, pour ressembler à Winston Churchill, il n'avait pas qu'une perruque à porter ! C'est tout un attirail de prothèses qu'il aura fallu pour entrer littéralement dans la peau du personnage. Il aura d'ailleurs accepté le rôle après quelques refus compréhensibles lorsqu'il a su que Kazuhiro Tsuji s'occuperait de sa transformation. Le japonais spécialiste des prothèses est une valeur sûre. Son travail est incroyable, associé à un maquillage minutieux, on n'y voit que du feu. Sur les gros plans du visage, le grain de peau semble réel.

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Gary Oldman ne s'efface pourtant pas derrière son personnage. Il le fait revivre. En travaillant ses postures, ses manières de se mouvoir, de s'exprimer, en jouant avec ses quelques accessoires mythiques (chapeau - cigare - montre - lunettes - boite d'allumettes et toujours un verre à la main) on a envie de croire qu'il est identique au vrai. Oldman est pourtant toujours là, son regard si expressif se confond bien avec son personnage malicieux et ses répliques piquantes. On pourrait d'ailleurs penser que McCarten a eu le travail pré-maché par Churchill lui-même tellement il avait le mot vif. Certaines expressions connues se retrouvent dans le film, le contexte certainement idéalisé, mais de manière satisfaisante pour leur donner vie. 

Les heures sombres offre l'un des rôles les plus inattendus qu'ait pu interpréter dans sa carrière Gary Oldman. Il devient sûrement l'un des meilleurs interprètes de Churchill à ce jour. Cet épisode de la Seconde Guerre est définitivement inspirant, le film en garde l'intensité et surprend par son suspense. Peut-être qu'il faudra penser à le revoir en enchaînant avec Dunkerque pour une expérience complète.

05 janvier 2018

Solange et les vivants ★


Retrouvez Solange et les vivants en DVD (sorti le 17 octobre 2017), édité par Blaq Out. Voir toute l'actualité de Blak Out sur son site et sa page Facebook.

- l'année 2018 côté films
Pays : France


Bien étrange film qu'est Solange et les vivants. Je l'ai découvert en DVD sans rien en connaître, à part les quelques lignes d'un synopsis intrigant.

Solange vit seule et se plaît à rester enfermée chez elle. Un jour un livreur sonne à son interphone, mais elle n'a rien commandé, elle est formelle. Alors qu'elle s'apprête à bien vouloir descendre, elle s'effondre sur son palier. Son médecin demande à ce qu'on la veille en permanence. Son propriétaire se dévoue puis c'est une chaîne humaine qui va se mettre en place, la thérapie improvisée semble fonctionner...

La solitude de Solange donne bizarrement envie de l'observer, de chercher à la comprendre. On a envie de savoir d'où peuvent venir ses angoisses. La sociopathe attire malgré elle la curiosité. J'ai d'abord été amusée puis je me suis rapidement lassée. En effet, le film est monté en une successions de parties bien distinctes, chapitrées par des panneaux dont l'esthétique se déconnecte de l'ambiance visuelle du film. Ils seraient plus approprié comme jingle d'une émission tv plutôt que dans un long métrage qui n'avait pas besoin de ces pauses saccadant son rythme.

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Bien que chaque nouveau personnage aide à découvrir une nouvelle facette de Solange, je me suis rapidement ennuyée. Ce n'est qu'après avoir vu le film que j'ai appris que la jeune femme est un personnage déjà existant sur Youtube. Ina Mihalache s'est lancé dans ce long métrage pour montrer comment Solange est devenue son personnage internet. Mais ce format est beaucoup moins léger et amusant que ses pastilles "Solange te parle". En plus du chapitrage lourd, il reste des maladresses dans l'écriture des dialogues ou de certaines situations, comme un manque de fantaisie dans la mise en scène. Certes le budget était faible mais parfois cela aide à plus de créativité. Ici je suis restée sur ma faim.

Cependant les acteurs sont plaisants et ont un jeu sincère. Ils font penser à toutes les rencontres d'Amélie Poulain à la fois par leur côté inattendu et la variété de leurs profils.

Solange amuse certainement plus dans un format court. Le long métrage aura été un essai moyennement convainquant mais doté d'une jolie note poétique et gentiment drôle.

01 janvier 2018

A Ghost Story ★★★

Dernier film vu en 2017 pour première chronique en 2018 ! Bonne année à tous !

David Lowery navigue aisément entre film à gros budget (Peter et Elliott le dragon en 2016) et production indépendante. Il réunit à nouveau son duo Rooney Mara et Casey Affleck (5 ans après Les Amants du Texas) dans ce nouveau long-métrage intimiste, anti-académique, qui n'est pas passé inaperçu lors du dernier Festival du film américain de Deauville. 

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Une histoire de fantôme, en effet, ce film ne peut pas avoir trouvé meilleur titre. Casey Affleck se voit affublé d'un énorme drap blanc pour incarner ce fantôme, enfermé dans sa maison, témoin impuissant de la vie de sa femme en plein deuil de lui-même. A Ghost Story montre tout en retenu la "vie" d'un fantôme au moyen d'un montage simple et efficace, alternant longs plans fixes (fascinante scène de la tarte qui semble ne jamais venir à s'arrêter), gros plans de Ronney Mara à l'émotion palpable et encore d'autres plans séquences. Cette anti-intrigue fait écho au cinéma asiatique et même européen. Certains trouveront ces 1h32 interminables quand d'autres se laisseront porter par la stupeur, l'émotion et toutes les questions qui peuvent surgir de cette histoire, comme le long monologue inattendu de Will Oldham qui vient bousculer une routine imposée.

Le format de l'image ne m'a pas frappé immédiatement bien qu'il soit devenu tellement atypique, le dernier ayant fait sensation dans ce style est sans doute Gus Van Sant avec Elephant. Ce n'est qu'au bout de quelques minutes, alors que les mots laissent place à l'image que je remarque le format 4/3 aux bords adoucis. Ce choix du réalisateur semble pourtant contradictoire avec ses plans larges et contemplatifs. Et pourtant, ce format enferme encore mieux le fantôme dans son univers étriqué et la musique étrange et fascinante de Daniel Hart accentue la poésie qu'il s'en dégage.

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Le fantôme est partout. On en oublie Casey Affleck qui s'efface sous son drap. Le drap, ce costume qui semble si simple en apparence, devient le personnage. Les trous des yeux lui donne un regard éternellement triste de cocker. On a l'impression de ressentir des expressions, on comprend tant de choses dans son silence et son statisme, tout est dans le détail et la subtilité. Il ne bouge pas beaucoup, mais quand cela arrive, il semble évident qu'un simple mouvement de tête ou un pas en avant devait être un casse-tête technique pour obtenir un drapé parfait sans faux-pli qui donnera tout le sens à la scène.

A Ghost Story arrête le temps, l'étire et joue avec, pour le transformer en errance poétique d'un fantôme attachant, spectateur de la vie des autres.

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17 décembre 2017

Star Wars - Les Derniers Jedi ★★★

A chaque nouvel épisode, nouveau débat. Le défaut est d'attendre un film en rapport avec ceux qu'on a aimés, il faut apprendre à accepter que chaque trilogie appartient à une époque différente et intègre un nouveau public. Avis aux nostalgiques, arrêtez d'attendre ce qui n'arrivera plus (ou presque, car Rogue One s'en sortait très bien de ce côté là). Les Derniers Jedi propose autre chose, essaie de renouveler le genre sans balayer l'essence de cette saga universelle.

Là où Le réveil de la force avait déçu, Les Derniers Jedi se reprend en copiant beaucoup moins ce qu'on a déjà vu et en proposant de nouvelles idées. Cependant, on ne pourra jamais éviter de voir des similitudes avec les anciens tant que la trame "les Rebelles contre l'Empire" en sera la base. On peut appréhender les 2h30 qui en font le film le plus long de la saga, pourtant le scénario est assez fourni pour ne pas en sentir de longueur. On retrouve enfin l'impression de grande menace venant de l'Empire et la fragilité des Rebelles toujours aussi déterminés pour se battre. On apprécie évidemment la grande diversité ethnique et physique du casting (côté êtres humains il en va de soi), point que je trouve très important dans cette saga.

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Si Star Wars doit encore vivre de longues années en proposant pléthore de suites, il est indispensable d'accepter les propositions faites par les équipes de nouveaux réalisateurs et scénaristes pour faire évoluer cet univers aux possibilités infinies. Il est difficile, je trouve, de dire que ce film repose sur les seules épaules de Rian Johnson, il en est un des artisans mais pas le seul responsable, et le dernier décisionnaire est évidemment la machine Disney. Car, avouons-le, on n'a pas envie que l'histoire se répète indéfiniment, c'était bien le principal reproche de l'épisode VII. J'ai vraiment apprécié toutes les surprises du scénario avec des renversements de situation inattendus, comme l'intégration d'un nouvel aspect de la Force qu'on ne connaissait pas jusqu'à présent et que je trouve assez intrigant pour avoir envie d'en savoir plus. Dans cet épisode VIII, on retrouve aussi un discours politique qui critique ouvertement notre propre système, rôle de tout film de science-fiction, avec le commerce des armes. Cela offre même un des meilleurs rôles secondaires du film à Benicio Del Toro.

Là où j'ai été beaucoup moins convaincue, c'est dans cette forte présence de l'humour. Oui, c'est sympa de rire de temps en temps quand la situation s'y prête. Mais ici, je trouve que trop de moments intenses et sérieux ont été gâchés par des gags lourds et parfois stupides. Trop de scènes ont souvent perdu en intensité comme si la gravité de la situation n'était finalement pas assumée. Certes, on s'adresse aussi à des enfants et c'est peut-être un moyen de ne pas perdre leur attention. Mais on raconte tout de même une histoire de guerre ayant des enjeux politiques. Et je ne parle même pas de ce pauvre C3PO réduit au rôle de bouc émissaire qui, quoi qu'il dise, se fait salement fermer le clapet, comme un mauvais gag à répétition. 

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Côté personnages, le relais est maintenant passé. Nos nouveaux héros sont bel et bien Rey, Finn et Poe. On s'attache aussi aux personnages secondaires qui les accompagnent, bien sûr l'éternel Chewbacca, mais on a plaisir de découvrir Rose, une jeune femme qui en veut et qui en a dans la tête. Il est difficile de ne pas parler de Leia avec la récente disparition de Carrie Fisher. Ce film à peine sorti, le débat est déjà de spéculer sur ce qu'elle va devenir dans le prochain épisode. Laissons les scénaristes faire leur boulot, plus on essaie d'imaginer le film suivant, plus on a de chance d'être déçu... En tout cas, chacune de ses apparitions provoque un sentiment particulier, on éprouve de la tendresse pour elle. Et bien évidemment, le grand retour de Luke Skywalker, pilier du film, a été floué par un humour qui ne lui correspondait pas (la scène du brin d'herbe m'aura fait rire mais cela aura cassé l'intensité qui en émanait).

L'Empire se montre plus puissant et menaçant que ce qu'on tentait de nous raconter dans l'épisode précédent. Leur flotte semble en effet énorme. On rencontre enfin le fameux Snoke, mais ce n'est pas vraiment sur lui qu'on a l'œil. J'avais été difficilement convaincue par Kylo Ren dans l'épisode VII, dans ce film ce personnage est un peu mieux construit et sa folie est mieux perçue comme un réel danger. Il reste mystérieux, on a du mal à le cerner, mais il est tout de même moins ridicule que la dernière fois. Là où Dark Vador était le pire dictateur qu'on puisse imaginer, lui semble moins réfléchi et est capable de n'importe quoi, aussi imprévisible qu'un Kim Jong-Un. 

Même si j'ai passé un moment très plaisant, même si ce Star Wars remplit sa mission de grand divertissement intergalactique, même si je ne me suis pas ennuyée une seconde et que j'ai apprécié tous les rebondissement de ce scénario, je ne sais pas très bien où on nous emmène. Les Rebelles doivent renverser l'Empire, encore une fois. Et après ? Encore un éternel recommencement ?

16 décembre 2017

Coco ★★★★

Disney et Pixar s'associent une nouvelle fois pour nous offrir un grand moment d'émotion, faisant retrouver à chaque adulte son cœur tendre d'enfant. Direction le Mexique et sa fameuse fête des morts. J'imagine déjà cette ambiance follement colorée pour animer les prochaines fêtes d'Halloween à Disneyland !

Miguel ne rêve que d'une chose, jouer encore et encore de la musique. Pas de chance pour lui, il est né dans la seule famille mexicaine ayant banni le moindre son d'un instrument de la vie, à jamais. Alors que se prépare la fête des morts, il se sent prêt à s'affirmer et montrer au monde entier le talent qu'il ressent en lui. Mais il sera victime d'une sorte de malédiction l'expédiant tout droit dans le royaume des morts...

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Ma réaction à la sortie de la salle : ils sont vraiment forts chez Pixar ! Alors que je pense le film un peu facile (normal tout de même, on s'adresse aussi à des enfants) parce que je devine aisément un des éléments primordiaux du scénario, voilà qu'on me prend par les sentiments. Mais surtout, je me rends compte au fur et à mesure que l'histoire avance à quel point ce scénario est riche. Visuellement le travail effectué est encore une fois époustouflant et le "dessin" est plaisant.

On nous présente un aspect culturel typique du Mexique avec l'immersion dans la fête des morts, son importance pour chaque famille et sa signification. Puis c'est le petit Miguel qui va apporter tout un tas d'autres aspects importants impliquant beaucoup de questionnements par rapport à ses sentiments, ses envies, ses valeurs. Aussi, même si c'est cliché, pas mal d'autres éléments typique au Mexique sont présents de manière très secondaire comme le catch et ses costumes emblématiques.

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Coco est un film attendrissant, bien rythmé, divertissant et drôle. Les créateurs de ces studios n'oubient jamais le petit personnage secondaire un peu loufoque. Ici ce sera le chien errant, fidèle compagnon de Miguel qui ne cessera de nous surprendre. Puis il y a les histoires parallèles venant alimenter la fantaisie de ce film. Les amateurs d'Art se délecteront devant la scène où on rencontre la fameuse Frida Kahlo, artiste très expressive à la personnalité unique. Puis on s'émeut devant d'autres moments plus intimistes et on passe du rire aux larmes, au sourire, à l'émerveillement. On ne cesse de jouer avec nos sentiments !

La musique a bien évidemment une part très importante puisqu'elle fait partie intégrante de l'histoire. Michael Giacchino, fidèle à Pixar, supervise encore une fois une bande originale entraînante aux sonorités sud américaines alléchantes. 

Coco fera le bonheur des familles en cette fin d'année en leur offrant une séance émouvante et donnant du baume au cœur. Les plus petits s'émerveilleront devant toutes ces couleurs et se passionneront pour Miguel quand les plus grands n'auront pas de mal à retrouver leur âme d'enfant et se laisseront porter dans ce nouvel univers plein de magie.

Posté par nath-graphiste à 19:25 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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