Nath va au cinéma

18 septembre 2017

120 battements par minute ★★★★

Récompensé par le Grand Prix du jury de Cannes en mai dernier, encensé par la presse, puis Prix du Public à Cabourb, 120 battements par minute semble faire l'unanimité depuis qu'il tourne dans les festivals. J'ai eu la chance de le découvrir en avant-première, vous pouvez maintenant le voir en salles (depuis quelques semaines même, je suis un peu en retard, oups).

Le troisième film réalisé par Robin Campillo, aussi scénariste et monteur, se penche sur le combat d'Act Up Paris au début des années 90. A cette époque, le sida fait des ravages et l'Etat semble fermer les yeux sur la gravité de la situation. Le groupe militant multiplie les actions pour que le sujet soit traité par les médias, pour ouvrir les mentalités et sensibiliser les jeunes, entre autre. Alors qu'on a la hantise de se retrouver devant un faux documentaire, Robin Campillo offre un film vivant, puissant et bouleversant.

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Le film s'ouvre sur une première action d'Act Up suivie d'une réunion des militants, on explique aux petits nouveaux leurs principes de fonctionnement. Le spectateur est prêt à les suivre, leur combat est clair, le ton est donné. Ils sont investis, chacun pour de bonnes raisons, certains plus extrémistes que d'autres, mais ils sont tous touchés de près ou de loin par le sida. On ressent leur fébrilité, leur colère, leur souffrance, mais une chose ressort c'est cette envie de vivre au maximum, de tout faire pour continuer à faire passer le message, à trouver des solutions. C'est un combat pour la vie, ça ressemble à la vie, on rit, on pleure, on souffre, on s'aime, tout ça savamment mélangé.

C'est rare que je n'ai absolument rien à reprocher à un film. Le jeu de chaque acteur est parfait, jamais surjoué. Ils sont tous crédibles et semblent investis réellement dans la cause. En plus, ils viennent d'horizons différents, pas seulement du cinéma, aussi du théâtre, du cirque ou de la danse. Cette troupe hétéroclite fonctionne pour un film choral crédible. Le montage est rythmé et assez intelligent pour rendre aussi passionnant chaque action d'Act up que la relation qu'entretient un duo de personnage. On navigue ainsi entre des moments intimes et les actions du groupe, mais aussi des tensions qui en ressortent de manière très naturelle, car au fond tout est lié. 

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Deux personnages, par l'évolution de leur relation et la confrontation de leur investissement (le petit nouveau vs l'extravertit hyper-investi) crèvent l'écran. Celui qui débarque chez Act up c'est Nathan joué par Arnaud Valois. Il se porte immédiatement volontaire pour suivre le groupe. Celui qui est une sorte de figure emblématique du collectif c'est Sean, parfaitement interprété par Nahuel Perez Biscayart. C'est deux là c'est la glace qui rencontre le feu. Leur nature respective semble les opposer et pourtant tout les attire, leur histoire se construit tout au long du film de manière émouvante, subtile. Ils sont bouleversants de vérité lorsqu'ils se confient l'un l'autre, que ce soit sur une histoire personnelle comme leur avis sur Act up. Leurs regards aussi sont très expressifs, ils sont sublimes.

120 battements par minute fait aussi écho à la musique. Le réalisateur a choisi d'illustrer son film en particulier de House music qui, pour lui, symbolise cette époque par son côté à la fois festif et tourmenté, même si tout le monde ne s'y retrouvait pas dedans. La House music est à 124 battements par minutes. Il utilise ce rythme souvent dans le film pour cadencer certaines séquences. On peut aussi imaginer que cela répond au rythme cardiaque qui s'emballe lors des actions ou des moments d'émotion.

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J'ai envie de rapprocher ce film à Polisse de Maïwenn. Les deux sont un film choral dont le groupe est investi dans un cause pas facile, en essayant de faire passer un message à des gens qui ne veulent pas ouvrir les yeux sur la gravité du problème. Chez Act up, on ne veut pas confiner le problème du sida aux seuls homosexuels, même si ici ce sont eux qu'on voient le plus, cela concerne tout le monde, mais les plus touchés sont aussi les prostitués, les drogués, les prisonniers... Ce qui rapproche les deux films c'est aussi la facilité de passer d'un instant joyeux, limite euphorique, à une situation extrêmement tendue voire dramatique.

120 battements par minute offre ainsi un concentré de vie mêlant drame et joie de manière naturelle. On est emporté, touché, par cette "joyeuse" troupe qui nous rappelle qu'à une époque, il n'y avait pas internet ou les téléphones portables et qu'on pouvait être créatifs pour se faire entendre des médias dominés par la télévision.


Le Mystère Jérôme Bosch ★★★

José Luis López-Linares tente de percer le mystère autour du fameux peintre du XVème siècle, Jérôme Bosch. Dans son documentaire, il invite des personnalités variées du monde de la culture à témoigner autour de l'œuvre "Le Jardin des Délices". Aussi, le DVD offre son lot de bonus pour explorer un peu plus l'univers du peintre néerlandais.

Contrairement à ce que pourrait faire penser le titre, le mystère autour de la vie et de l'œuvre de Jérôme Bosch n'est pas percé dans ce film. Il est plutôt bien entretenu, chacun va de son analyse, de son hypothèse et de son ressenti face au "Jardin des Délices", un triptyque foisonnant de détails et de scénettes qu'on pourrait passer des heures à l'observer. Le réalisateur a fait intervenir un grand nombre de personnalités du monde de la culture. De l'écrivain Salman Rushdie, au musicien William Christie, en passant par le philosophe Michel Onfray ou encore l'artiste Miquel Barceló, chacun observe le triptyque et partage sa vision de l'œuvre avec enthousiasme.

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Quelques intervenants connaissent mieux son univers, on découvre notamment la restauratrice d'œuvres d'art du Musée du Prado, Herlinda Cabrero, qui connaît la peinture de Bosch au delà de ce que nous pouvons voir. Bien au delà des détails microscopiques assez bluffants, on nous montre au rayon X  les sous-couches recouvertes qui montrent que quelques parties du tableau ont été autre chose durant sa conception, notamment la tête du Christ sur la partie gauche. Cela ajoute tout un tas de déductions sur le pourquoi le peintre aurait changé son idée de départ, est-ce un message sur la signification même de ce que le triptique représente ou bien une raison esthétique ? Évidemment, toutes les réponses apportées ne seront que supposition.

Ce moment privilégié face à une telle œuvre, qui donne le temps de la regarder en détail, petit bout par petit bout, donne envie de prendre un billet pour Madrid et de courir au Musée du Prado pour la voir en vraie. On se plaît à croire que justement l'un des plus grands artistes espagnol, Dalí, a été subjugué par Bosch puisque ce dernier offre déjà une vision assez surréaliste dans "Le Jardin des Délices". Une partie du documentaire le présente d'ailleurs très bien.

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Le vrai plus du DVD sont ses bonus. Des scènes supplémentaires de certains intervenants sont visibles une par une, chacune s'intéressant à un aspect différent de l'œuvre, à un sujet précis. Puis on peut se promener dans le tableau, encore, pour en trouver des analyses précises de certains détails.

Le mystère est loin d'être résolu, mais la vision du réalisateur sur Jérôme Bosch éclaire tout de même sur la complexité et la richesse de son œuvre. On lui reprochera peut-être de ne pas être allé plus en profondeur, de ne pas avoir analysé d'autres œuvres, tellement le sujet abordé est riche mais on apprécie l'immersion dans ce tableau qu'il faut maintenant aller voir de ses propres yeux.

Retrouvez Le Mystère Jérôme Bosch en DVD (sorti le 6 juin 2017), édité par Epicentre films.

 

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01 août 2017

Valérian et la cité des mille planètes ★★★

En 1997, choc pour le cinéma français : Luc Besson réalise un film de science-fiction à l'américaine. Je m'en souviens encore. J'étais au collège. Avec une copine, on connaissait tous les dialogues par cœur du Cinquième élément. A l'époque, j'adorais tout ce que faisait Besson. Après Jeanne d'Arc, côté réalisation, il m'a un peu perdu, par contre côté production on ne peut qu'honorer sa réussite pour avoir créé ses propres studios de tournage et faire vivre une grande partie de techniciens du cinéma français. Et voilà l'annonce qui tombe il y a quelques mois, Luc Besson va donner vie à la BD "Valérian et Laureline", son rêve depuis presque toujours. Forcément, cela a grandement éveillé ma curiosité.

Avant de voir le film, je tombe inévitablement sur des critiques assassines, forcément j'ai peur. J'ai lu quelques albums aussi, pour mieux comprendre l'univers, découvrir que beaucoup de films SF américains ont allègrement pompé sur toutes ces bonnes idées de personnages ou univers, dont Star Wars qui compte beaucoup de similarités avec l'œuvre de Christin et Mézières. Je me demande d'ailleurs comment Besson s'en sortira pour offrir des nouveautés visuelles sans avoir l'impression que ça ressemble à ce qui a déjà été fait.

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Et voilà ! Il l'a fait ! Heureuse de voir autant de noms français dans un générique de film de science-fiction (instant patriotique) je me dis que tout de même les journalistes sont durs ou bien quoi que fasse Besson ce sera qualifié de pire que mauvais et puis c'est tout. Non, non, ce n'est pas mauvais, c'est plutôt bon, certes loin d'être parfait. Visuellement, en tout cas, il n'y a pas grands chose à dire. Les effets visuels sont bien gérés, les univers sont riches et variés, plus qu'un Star Wars justement. On balade son regard agréablement pour essayer de découvrir des détails, pas mal de références au Cinquième élément sont là, mais je trouve ça plutôt sympa (avez-vous repéré la boutique Korben dans le grand marché ?). Le design des différentes créatures sont fidèles à la BD et les costumiers se sont bien amusés ! J'ai juste eu un petit soucis de 3D sur les plans larges dans l'espace, mais est-ce la salle dans laquelle j'étais ou un vrai soucis à dire, difficile à dire.

Après l'agréable surprise de la découverte de cet univers riche créativement tout au long du film, on peut en effet être déçu par le scénario. Le dénouement est prévisible, et la narration manque de surprise. Mais en soi, la recette n'est pas mauvaise, elle est juste déjà vue. Encore une fois, on retrouve pas mal de similarités avec le Cinquième élément, alors qu'on aurait aimé avoir un scénario vraiment plus original. Besson aurait peut-être du tenter de faire équipe avec d'autres scénaristes pour essayer de trouver un peu plus de fraîcheur, facile à dire... 

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Qu'en est-il du casting ? De même, je m'attendais à pire. Cara Delevingne a peu tourné et n'avait pas fait grand effet dans Suicide Squad. Et bien, elle correspond plutôt bien à Laureline, elle incarne bien la femme belle, à l'intinct sauvage et indépendante. Il suffit de lire le premier album de Christin et Mézières pour comprendre d'où elle vient et qui elle est. Je suis un peu moins convaincue par Dane DeHann quand on cherche à vraiment le comparer au Valérian de la bande dessinée. Je l'imagine plus virile, un peu plus vieux et au physique plus "carré" que ce que représente l'acteur. On ne peut tout de même pas dire qu'il joue mal. En tout cas leur duo fonctionne plutôt bien, on retrouve les taquineries et les jeux de séductions de la BD.

Je ne peux pas passer à côté de la présence de miss Rihanna. Sérieusement, j'ai du mal à comprendre la haine contre elle. Vous avez le choix entre une actrice qui doit prendre des semaines de cours pour jouer la danseuse de cabaret, et une chanteuse qui sait déjà très bien faire ça et, il faut le rappeler, elle joue déjà dans ses clips ! Donc, non, Rihanna ne dénote pas, elle est présente seulement pour une scène précise qui est l'une des plus marquantes et réuissie du film en plus ! Pour le coup, je trouve Clive Owen en commandant Filitt moins convaincant. Lui aussi manque de charisme et n'est pas assez menaçant. Puis il y a de petites surprises comme de petits rôles assez sympathiques pour Alain Chabat, Benoît Jacquot, Mathieu Kassovitz et Ethan Hawk.

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Malgré ses lacunes scénaristiques je soutiens ce film et espère voir une suite un de ces jours, meilleure bien évidemment, car un tel univers peut être exploité presque à l'infini. Pour les réfractaires à Besson (car beaucoup n'aiment pas ce film juste parce que c'est du Besson, sans objectivité donc), il faudrait au moins lire quelques albums de la BD pour mieux apréhender le monde infini de "Valérian et Lauréline". Je ne me remets pas d'avoir lu que ce film était creux et le pire de l'année. Qu'on me parle du scénario de Wonder Woman ou de La Momie, car on touche au vide intersidéral dans une bonne grosse partie des productions actuelles. Parfois, ça fait du bien de se divertir, et au moins, on n'est pas devant un film formaté de studio, mais devant un film de monsieur Besson, avec ses propres codes visuels et son amour pour un style années 80-90 que lui seul sait aussi bien mettre en valeur. Je salue sa persévérance et son ambition, on manque de réalisateurs/trices comme lui dans notre beau pays !

23 juillet 2017

Dunkerque ★★★

Avec Dunkerque sorti mercredi dernier, Christopher Nolan change de registre. Après ses films plus teintés de SF et plus psychologiques, il sort de sa zone de confort en explorant un thème historique et plus particulièrement l'opération Dynamo vouée à évacuer un grand nombre de soldats britanniques et français depuis la plage du Pas-de-Calais. Cependant Dunkerque s'apparente moins à une reconstitution historique ni même à un film de guerre mais plus à une expérience sensorielle et au film de survie.

Nolan l'avait d'ailleurs annoncé lui-même, il n'a pas fait un film de guerre. Il a pris le parti de se diriger vers un survival et un film à suspense à forte intensité. Le survival, oui c'est tout à fait ça. Par contre, la forte intensité est un peu plus décevante. Alors qu'il est connu pour des films complexes comme Inception ou Interstellar, dans lesquels il aime embrouiller le spectateur et soulever tout un tas de question, dans Dunkerque le chemin vers lequel il nous mène est assez clair. La seule question qu'on se pose est "vont-ils s'en sortir ?". Le reste on s'en fout, même de qui sont ses soldats, qu'ils soient héroïques ou froussards, on espèrent qu'ils vont survivre. On en oublie presque qu'il s'agit d'un épisode assez spécial de la Seconde Guerre mondiale.

Le scénario joue avec la notion du temps. On suit trois groupes : ceux qui sont sur la plage et qui doivent attendre plusieurs jours pour espérer monter sur un navire, ceux qui font une traversée de la Manche en une journée dans de petits bateaux pour une mission de sauvetage surprenante commandité par l'armée britannique et enfin les pilotes de chasse qui n'ont besoin que d'une heure pour rejoindre la plage de Dunkerque. Chacun d'eux aura un ressenti différent selon le temps passé face à l'ennemi. Pour le pilote d'avion l'action est finalement très courte alors que le temps ne passe décidément pas très vite pour le petit soldat qui attend sur la jetée, subissant des bombardements aléatoires.

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Le film devient enfin intéressant à partir du moment où ces trois groupes commencent à se croiser. Une même action ne sera pas vécue de la même manière entre eux et les différents points de vue animent le film. L'intensité commence à monter. L'opération Dynamo n'est pas la plus populaire de cette guerre mais sa finalité est connue, ce seront plus de 300000 soldats qui seront sauvés. Beaucoup sont morts, et le sort des héros de ce film ne peut être deviné jusqu'à la fin. Aussi, on ne voit jamais physiquement l'ennemi, les Allemands ne sont représentés que par leurs armes : l'attaque des avions, les torpilles, les bombes... Cela est encore plus inquiétant car ils ne sont présents que par les bruits d'explosions ou de moteurs d'avion. Comme dans un film d'épouvante, on appréhende beaucoup plus la menace que l'on ne voit pas.

Et pourtant, cette pression qui monte petit à petit semble parasitée par la musique un peu trop présente de Hans Zimmer, dont c'est la sixième collaboration avec le cinéaste. Ce choix qui semble tout d'abord intéressant devient vite agaçant. On est loin de sa parfaite partition écrite pour The Dark Knight. Le compositeur mêle violons stridents à des sons plus électroniques qui amplifient l'inquitude et l'anxiété. Mais il ajoute un "tic tac" quasi permanent qui vient hurler "le temps vous est compté", et ça, merci on l'a bien compris. De temps en temps ce "tic tac" s'apparente bien au rythme cardiaque qui monte face à la panique, mais quand il y a quelques moments d'accalmie, le son reste en fond, certes plus lent, mais on peut vite bloquer dessus... Ainsi, la musique devient souvent plus forte que l'image.

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Pourtant l'image est belle. On sait l'amour pour le format 70mm porté par Nolan. Il a d'ailleurs tourné son film en Imax 70mm. Il s'obstine à faire ses films avec ce genre de format et pourtant peu de spectateurs pourront en profiter en projection. Que ce soit de l'Imax 70mm ou en digital, ou même de la projection pellicule 70mm, ce sont des équipements peu présent en salle, du à leur coût ou à leur entretien. J'ai la chance d'être à Paris et d'avoir accès aux deux, alors j'ai tenté l'expérience. Voici mon ressenti.
-- Rendez-vous tout en bas de ce post pour voir la différence entre tous les formats de projection de Dunkerque --

Première séance en 70mm (pour ceux que ça intéresse, ça se passe au Gaumont des Champs Elysées dont la salle est bien équipée). Ce format a un certain charme, personnellement j'aime le grain et la couleur si particulière de la pellicule, les petites poussières, ce côté un peu imparfait. Le son était par contre très (trop) amplifié et on se laissait souvent surprendre à sursauter en entendant les coups en rafale. Au final, le survival a accompli sa mission, on en ressort un peu fébrile et stressé mais il manquait quelque chose pour être aussi ébahi et fasciné que toutes les critiques élogieuses qui sortent depuis des jours. 

Second visionnage en Imax. Ce format est-il la solution pour vivre l'expérience parfaite ? J'adore l'Imax, l'image est claire, on plonge dans l'écran immense, le son nous entoure, en effet on est complètement dans Dunkerque durant cette séance. Les images sont toujours aussi belles et les couleurs un peu plus relevées, le son est bien mieux géré, fait moins sursauter (mais il n'y avait plus l'effet de surprise cette fois-ci) pour mieux nous entourer et nous plonger au cœur de l'action. Il faut noter que certaines scènes sont assez spectaculaires et ce format est parfait pour les vivre pleinement. Notamment lorsqu'un des bateaux coule, la caméra reste dans le même axe que si elle était posée au sol et l'eau s'engouffre donc dans le bateau de gauche à droite, ce point de vue est innovant et déstabilisant pour mieux faire ressentir la panique (visible un court instant dans la bande-annonce ci-dessous).

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Donc oui, Dunkerque est une expérience sensorielle, l'Imax est certainement le meilleur format de projection pour la vivre. Mais non, il n'est pas le chef d'œuvre ultime annoncé, Nolan a été bien meilleur sur ces autres films. Il se sera fait plaisir ici et aura tenté un nouveau style de narration. D'ailleurs, cette narration qui passe d'un espace temps à l'autre n'est vraiment intense que lors d'un moment spécial. Je suis un peu restée sur ma faim, même si je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé. J'attends peut-être de la part de ce réalisateur un contenu plus complexe et profond mais tout aussi spectaculaire visuellement. 

Image explicative sur les différents formats de projection de Dunkerque (source : page facebook de Christopher Nolan) :

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17 juillet 2017

Baby Driver ★★★★

Voici sûrement le film le plus cool de l'été ! Le britannique Edgar Wright vient ajouter à sa déjà fameuse filmographie un petit bijou d'action au montage précis : Baby Driver. 

Dès la scène d'ouverture le film nous scotche et c'est parti pour près de deux heures d'action. Edgar Wright nous laisse à peine le temps de souffler mais on ne lui en voudra pas, on en voudrait presque encore, tellement le montage est parfait, tellement la musique nous donne envie de danser. Pourtant, des films à braquages, course-poursuite et autre gentil garçon qui voudrait revenir dans le droit chemin pour sa belle blonde, on en a déjà vu. Le premier, encore chaud, qui vient en tête c'est Drive. Puis il y a les classiques avec Clint Eastwood ou Steve McQueen.

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Le film de Refn se fait pourtant vite oublier, même si on a aussi un chauffeur peu bavard, le meilleur qui soit, et qui conduit pour des braquages. Baby Driver a sa propre identité avec un rythme bien pensé. Ce qui fait le succès de ce film est bien une particularité technique assez complexe. En général, les séquences sont montées sur le rythme des musiques choisies pour les illustrer. Ici, on prend la chose à l'inverse car la musique fait partie du personnage principal. Baby écoute sa playlist quasi en permanence, l'adapte selon son humeur, ses besoins. En résulte un travail millimétré entre Edgar Wright et son monteur Paul Machliss, intégré au projet depuis quasiment le début. Les scènes ont été tournées de manière à coller avec la musique. Autant dire que ce n'est pas banal que le monteur, qui intervient en général seulement en post-production, soit si important déjà au niveau de la prise de vue.

On a une sensation de fluidité de comédie musicale, la chorégraphie est moderne et bien rythmée. Il n'y a pas de temps mort. Même si on ne voit pas littéralement les personnages chanter ou danser, une grande partie de leurs mouvements ou de ceux de la caméra est chorégraphiée. Outre les courses-poursuites en voitures bluffantes, un plan séquence illustre très bien cela. Baby marche dans la rue, toujours au son de son iPod, et vie sa chanson. Le spectateur est plongé dans ce que ressent le personnage en permanence, on suit le rythme qu'il impose.

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Dans la filmographie du réalisateur, on remarque une certaine fidélité avec des acteurs comme Simon Pegg, Nick Frost ou encore Rafe Spall. Ici, il s'offre un nouveau casting, plus américain. Bien évidemment, le jeune Ansel Elgort fait sensation en Baby. Une belle carrière s'offre à lui s'il campe ses prochains personnages avec autant d'aisance. Mais celui qui est le plus saisissant est Jon Hamm en braqueur bad-ass fou de sa Darling. Il s'offre ici certainement son meilleur rôle depuis Mad Men. Il retrouve le charisme de Don Drapper mais en version plus trash et sans pitié. Il a d'ailleurs un instant "George Clooney" déconcertant le temps d'une scène, ceux qui verront le film comprendront.

Le reste du casting apporte aussi ses petites touches. Kevin Spacey, imperturbable, a droit à de bonnes répliques cinglantes. Jamie Foxx est plus fou que jamais. Eiza Gonzalez est la parfaite moitié ultra sexy de Buddy et tout aussi imprévisible que lui alors que Lily James apporte la fraîcheur nécessaire pour respirer un peu dans cette folle histoire tout en faisant basculer le cœur de Baby. 

Baby Driver est à voir sur l'écran le plus grand possible pour profiter au mieux du spectacle, et dans la salle la mieux équipée en son pour vivre à fond la musique. Cette playlist justement, elle risque d'entrer aisément dans vos lecteurs mp3. A peine sortie de la salle vous voudrez l'écouter de nouveau. En tout cas, ça fait plaisir d'avoir un si bon film en plein été. Le 19 juillet semble béni, Dunkerque de Christopher Nolan s'invite aussi à l'affiche. Belle semaine cinéma en perspective !

15 juillet 2017

Song to Song ★

Terrence Malick a définitivement abandonné les films avec des trames narratives classiques. Il s'enfonce dans le contemplatif, le mystique, l'introspection, le philosophique. Cela doit bien plaire à certains s'il continue, mais pour moi, même avec ce casting de rêve je n'y arrive définitivement pas.

On nous vend un univers rock'n'roll, une histoire d'amour complexe. En réalité, on a droit à deux heures de voix off des personnages dont on ne connaît même pas le nom, sauf pour celui de Rooney Mara dont le prénom est bien prononcé une seule fois. Les vrais dialogues sont inexistants. On a l'impression d'assister à un montage de souvenirs, chacun se posant des questions sur la médiocrité de sa vie, sur ce qu'il a raté, sur ses doutes et ses envies. L'amour est bien le sujet principal puisque chaque personnage en est à sa recherche et ne sait pas forcément le garder quand il l'a trouvé.

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Le rock'n'roll par contre est une belle arnaque. Ce n'est pas parce qu'on nous pose là une Patti Smith aux belles paroles et un Iggy Pop fidèle à lui-même qu'on est dans du rock'n'roll. Ce n'est pas parce que c'est l'histoire d'un musicien, d'une chanteuse dont on n'entend pas un brin de voix et d'un producteur impétueux qu'on est rock'n'roll. Ce n'est pas parce qu'on ouvre le film sur la pelouse d'un festival en plein pogo qu'on est rock'n'roll. Ça, ce n'est que cinq pour cent du film, le reste sont des gros plans pour aller au plus profond des personnages, alternés avec des plans de paysages, des voix off monocordes entre ton parfait pour la méditation et la confession à un psy. Pourtant il y aurait eu de quoi ressentir la rugosité de ses relations, la souffrance et la folie, mais le choix de cette narration minimaliste de Malick n'est pas faite pour cela.

Le pire c'est qu'il n'y a rien à reprocher aux acteurs, Michael Fassbender, Rooney Mara, Ryan Gosling, Natalie Portman, Cate Blanchett, Holly Hunter et même Val Kilmer relégué au presque figurant (très certainement du à des coupures au montage). Ils sont tous dans leurs personnages, et pourtant je n'ai ressenti aucune émotion, aucune empathie à leurs histoires. Malick prend le parti de présenter une mini intrigue qui pousse le spectateur à rester contemplatif et à qui on ne permet jamais d'intégrer l'histoire. Et là, heureusement qu'il y a Emmanuel Lubezki à la photographie, c'est bien la seule chose qui vaille le coup derrière cette grande fenêtre-écran.

Song to Song c'est bien ça, d'une chanson à l'autre, une playlist en mode aléatoire habillée d'un clip de deux heures au casting de luxe. Pour ne pas perdre ces deux longues heures, la bande annonce suffira, pour moi en tout cas. Le film en est simplement une version longue et n'offre rien de plus.

07 juillet 2017

Visages Villages ★★★★

La date de sortie de Visages Villages ne pouvait pas mieux tomber. Alors que le début de l'été donne envie de voyage et d'évasion, ce documentaire nous invite aux côtés de JR et d'Agnès Varda, duo surprenant et plein de complicité, à la découverte de villages français et leurs habitants. Tout en simplicité.

Voilà un duo surprenant. JR, 33 ans au moment du tournage, et Agnès Varda, 88 printemps, collaborent sur un projet rempli d'humanité avec Visages Villages. Comment ces deux-là ont croisé le même chemin, on l'apprend dans une intro rigolote. C'est bien l'amour de la photographie, de l'image et comment la montrer qui les rassemble. JR est connu pour ses collages très grand format dans les villes, des yeux géants sur des façades ou des containers, des portraits dans le Panthéon... Agnès Varda est aussi une artiste partagée entre la photographie et le cinéma. Elle a amené JR loin des villes, son grand terrain de jeu, pour des lieux plus reculés, plus petits, mais plein d'histoires.

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Ils vont à la rencontre des gens et en font ressortir beaucoup d'humilité, d'humanité et de générosité. Ils échangent avec eux sur leur vie, leur histoire et de là, une idée de collage grand format naît. Ainsi on découvre avec émotion un projet en hommage aux anciens mineurs dans le Nord, les employés d'une usine plus unis que jamais le temps d'une photo, la cause d'une éleveuse de chèvres, une jeune femme gênée en se découvrant géante sur un mur pourtant si belle et poétique, et tout un tas d'autres rencontres uniques et pleines de vie. Il en ressort une présence féminine en grande partie, de la simplicité qui met en valeur les meilleures qualités humaines. Les deux artistes ne jugent pas, ils écoutent et offrent leur vision des lieux et des personnes en créant une oeuvre parfois éphémère.

On voit aussi la réaction des gens qui se prètent au jeu des photos sans trop savoir ce que cela va donner. A chaque fois, cela surprend, dans le bon sens du terme. On ressent à la fois un peu de fierté, de tendresse et de surprise par rapport au rendu final et à l'exploitation du lieu. Tant que la fresque n'est pas finie, il est difficile d'imaginer ce que JR a vraiment en tête. Mais quand l'œuvre est terminée, cela semble évident, une histoire se raconte par la confrontation de l'image et du lieu choisi. Tout a un sens. L'un deux dira très justement "C'est surprenant ! Mais l'Art c'est fait aussi pour surprendre, non ?". On ne peut pas dire mieux. 

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La mise en scène voulue et quelque peu surjouée donne un ton joyeux au film. La musique de Matthieu Cheddid invite au voyage et à la rêverie. JR aime taquiner Agnès Varda, elle-même friande d'humour et de jeux de mots. Elle ne le lâchera pas d'une semelle pour tenter de lui faire enlever ses mythiques lunettes. Ces deux là expriment la joie de vivre, l'envie de création et une soif de découverte insatiable. Des scènes plus intimes viennent rythmer le film apportant de vives émotions aux spectateurs comme aux protagonistes, rendant leur duo encore plus attendrissant.

Visages Villages est comme un road trip qu'on ne voudrait jamais arrêter. On a envie de monter dans la camionnette magique de JR, écouter encore plus de confidences d'Agnès Varda, et coller ces immenses affiches avec eux dans les endroits les plus insolites du monde ! On en ressort avec le sourire. 

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23 juin 2017

Le Vénérable W. ★★★

Présenté en séance spéciale au Festival de Cannes, le documentaire de Barbet Schroeder est actuellement dans les salles françaises. Le réalisateur clôt ici sa "Trilogie du Mal" après Général Idi Amin Dada : autoprotrait (1974) et L'Avocat de la terreur (2007) sur Jacques Vergès. Il livre un documentaire aux images et témoignages insoutenables mais essentiels sur le génocide éthnico-religieux en Birmanie.

Le "mal" dans ce dernier film est un moine bouddhiste, Wirathu, qui, au fur et à mesure d'assister à son entretien, fait changer l'idée qu'on se fait de cette religion. Le Bouddhisme est une religion athée. On ne prie pas de Dieu, mais on médite. La méditation amène à un état de réflexion sur les choses, sur la nature, sur soi. On en a une vision pacifique et tolérante. Dans Le Vénérable W. c'est une tout autre version du bouddhisme qu'on découvre. On pense aux extrémistes religieux dont on entend bien trop parler en ce moment. 

La Birmanie compte près de 90% de bouddhistes dans sa population, la proportion de moines est bien supérieure à la moyenne par rapport à d'autres pays adoptant. Leur parole est sacrée. Dans le film, on a l'impression de voir des sermons de pasteurs possédés face à une assemblée conquise d'avance. Tout ce que le moine dit est intégré comme vérité, aucunes de ses paroles ne sera remise en question. On assiste à une démonstration d'endoctrinement. Le calme et la persuasion de son meneur met sacrément mal à l'aise.

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Wirathu n'aime pas les musulmans, il en parle comme une menace pour son pays et même l'humanité. Les mots qu'il emploie, sans jamais être agressif, et cela en est encore plus dérangeant, sont d'une extrême violence. D'un engagement personnel il transforme sa haine en véritable lutte nationale. Il a un sens incroyable de la communication, sait manipuler aussi bien qu'un dictateur et n'a pas de peine à convaincre ses fidèles à rejeter les musulmans. D'un événement mineur il crée le scandale et la population n'a pas de mal à se soulever jusqu'à mettre des villes à feu et massacrer de pauvres innocents.

A l'aide d'images d'archives, de recherches personnelles et d'intervenants bien informés dont des journalistes et des activistes pour les Droits de l'Homme, on a l'horreur de découvrir une guerre injuste en Birmanie. Barbet Schroeder offre un film intelligemment monté et bien équilibré. La seule difficulté est d'en supporter le message, on a hâte d'en finir, les images sont de plus en plus dures à ingérer mais pourtant nécessaires et on déteste incontestablement ce Vénérable moine.

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