Nath va au cinéma

27 mai 2020

Adoration ★★★

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Adoration, le dernier film de Fabrice du Welz ne peut pas mieux porter son nom. Cette fable mélancolique nous transporte avec fascination au fil de l'eau aux côtés de ces deux jeunes amoureux dans leur désir insaisissable. Sorti en janvier 2020 au cinéma, le film est dès à présent disponible en VOD.

C'est étrange, on peut avoir l'impression qu'il ne se passe pas beaucoup de choses dans Adoration, et pourtant les moments d'actions sont forts et envoûtants et leur répétition désoriente quelque peu. Paul, jeune garçon passionné par les oiseaux, se prend de passion pour Gloria, une adolescente qui vient d'être internée dans l'hôpital psychiatrique dans lequel travaille sa mère. Gloria a t-elle une grave pathologie psychologique ou est-elle prise au piège suite à une sombre histoire d'héritage ? Rien n'est sûr, mais tout comme Paul, on est hypnotisé par la surprenante jeune fille et on les accompagne aisément dans leur troublante fugue.

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Pas d'artifice, le naturel sublime les images au grain d'une chaleur moite. Fantine Harduin crève l'écran par cette étrange dualité qu'elle exprime avec tant de facilité, mêlant toute la douceur et la violence de son personnage. Face à elle, Thomas Gioria est extrêmement touchant dans le regard qu'il lui porte, mi-passionné, mi-terrifié. Toute la complexité de son amour fou passe avec tant de simplicité que cela en est déconcertant. L'arrivée de Benoît Poelvoorde, un peu tardive, dont le jeu est tout aussi en retenu et extrêmement sensible, vient raviver leur périple.

La confrontation entre les adolescents et les quelques adultes du film est d'ailleurs intéressante. Leur fuite semble être celle du sérieux qui imprègne le monde des adultes, et pourtant ils auront des comportements auxquels on ne s'attend pas chez de jeunes personnes. Quand ils nous donnent l'impression que la menace vient des adultes, ils s'avèrent être bien plus effrayants, brouillant la frontière entre le bien et le mal. Gloria, avec sa robe rouge, semble s'opposer à Paul, si sage dans sa tenue bleue, telle Eve qui attire Adam dans le péché. Elle éveille un désir pur chez lui, alors que le doute règne sur ses intensions à elle.

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Adoration laisse plus de sensations que de réponses à son spectateur. On a la même impression qu'après la lecture d'un poème, qu'on se répète, qu'on ressent, à la recherche d'un sens caché. Fabrice du Welz signe ici un conte contemplatif et poétique, à la fois doux et cruel, qui ne laissera pas son spectateur indifférent.

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02 mai 2020

Un ticket pour Elephant Man

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Elephant Man est aujourd'hui un film à part dans la filmographie de David Lynch, seule œuvre humaniste avec Une histoire vraie (1999), et pourtant l'une de ses plus belles réalisations. À la fin des années 70, David Lynch est un jeune artiste sans un sou, mais toujours enthousiaste et investi dans chaque projet qu'il entreprend. Il n'a jusqu'alors réalisé que quelques courts-métrages. Quand on lui propose d'intégrer l'AFI (American Film Institute) à Los Angeles, il quitte Philadelphie pour la Californie et en profite pour réaliser son premier long-métrage, Eraserhead. Auto-produit, fabriqué "à la débrouille" avec une équipe d'une dizaine de personnes, un tournage étalé sur plusieurs années entrecoupé de pauses forcées, Lynch est finalement arrivé au bout de ce film atypique et inclassable qui contient les prémices de ce qui définira son univers. Eraserhead est une fable glauque, un voyage dans l'esprit de son personnage principal. On y décèle déjà son goût pour le détail dans le décor et le travail du son, l'exploration de l'esprit humain à travers les rêves et les cauchemars, son attirance pour les êtres difformes et la violence des relations humaines, tout en gardant un certain onirisme. Le film trouvera son public et sera un vrai coup de cœur pour Stuart Cornfield, alors étudiant en production cinématographique, qui finira par ouvrir une porte d'Hollywood au jeune réalisateur.

Pressentant en Lynch un immense talent, Stuart Cornfield est enthousiaste à l'idée de monter son prochain projet, Ronnie Rocket, l'histoire d'un petit homme aux cheveux rouges coiffés en Pompadour se nourrissant d'électricité, dans une ville industrielle surréaliste de laquelle il est impossible de sortir... Ce pitch trop complexe et difficilement résumable demande en plus des effets visuels trop complexes pour l'époque et aucun studio ne souhaite le financer. La fin des années 70 voit le cinéma d'auteur enchaîner les échecs, Scorcese avec New York New York, de Palma avec Blow Out, Friedkin avec Le Convoi de la Peur, face à des films plus commerciaux qui ont fait la gloire d'Hollywood et des Spielberg/Lucas dans la décénie suivante avec E.T., Les Dents de la Mer et évidemment la saga Star Wars. Le jeune réalisateur ne se laisse pas abattre et demande à Cornfield s'il peut lui proposer à la place un scénario qu'il aurait déjà en sa possession. Transporté par cette histoire, Lynch choisit instantanément Elephant Man

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De fil en aiguille arrive sur le projet d'Elephant Man, Mel Brooks qui vient de monter sa propre société de production, Brooksfilm, avec laquelle il voudrait s'éloigner de la comédie. D'abord réticent à l'idée d'embarquer dans ce projet un réalisateur avec si peu d'expérience, il change radicalement d'avis après un visionnage d'Eraserhead. Il fait entièrement confiance à Lynch et le soutiendra dans tous ses choix. Même dans le risque de le laisser développer lui-même la prothèse du visage de l'homme éléphant que devra porter John Hurt. Sur Eraserhead, Lynch a quasiment réalisé tout les éléments de décor et prothèses lui-même, il en va de soi qu'il se sent le devoir de réaliser le "masque" d'Elephant Man. Il est allé prendre lui-même le moulage du corps de John Hurt et a travaillé durant des mois pour créer ce qui ressemblera en effet à un simple masque qui s'avère en plus importable. Désemparé par cet échec qui met en retard la production, il est prêt à jeter l'éponge, mais Mel Brooks le remotive en lui réitérant sa confiance et en lui rappelant son conseil initial, celui de ne pas vouloir à tout pris tout gérer, et confie ainsi le maquillage à un professionnel réputé, Christopher Tucker. Le planning est remanié pour tourner en priorité les scènes dans lesquelles n'apparait pas John Hurt, et Lynch a tout de même réalisé quelques éléments présents dans le décor avec la complicité du directeur artistique Bob Cartwright, comme un instrument de musique imaginaire visible dans la scène du début à la foire, une Lyra Box, sorte d'orgue de barbarie affublé d'une vessie.

Grâce au culot de Lynch qui s'est rendu au Collège de Médecine de Londres où est conservé le squelette de Joseph Merrick (de son vrai nom, rebaptisé John dans les notes du Docteur Treves), Tucker a eu accès au moulage original du corps de l'homme éléphant. Constitué de plusieurs éléments, le maquillage qu'il met en place est très complexe. Les pièces qu'il produit ne sont utilisables qu'une seule fois, il doit donc les reproduire pour chaque journée de tournage. John Hurt se rendait sur le plateau dès 5h du matin pour se faire maquiller jusqu'à midi, puis le tournage durait jusque vers 22h. Ce rythme le contraint de ne tourner qu'un jour sur deux, les prothèses l'empéchant en plus de manger correctement, ne laissant que peu accès à sa bouche. Il se contentait en général que d'un œuf cru mélangé à du jus de fruit, mais ne s'est jamais plein de ces conditions assez difficiles, au contraire il était très impliqué dans son rôle.

Vidéo de Christopher Tucker et John Hurt parlant d'Elephant Man :

Bien que Lynch se sente très à l'aise et inspiré par ce projet, il a été accueilli avec beaucoup de méfiance par la plupart du casting et des techniciens dès la période de pré-production. Mais très vite les doutes se sont dissipés, Lynch présente à l'ensemble de l'équipe sa vision des choses qui sonne juste pour tout le monde et acquiert ainsi leur confiance. Le seul qui restera en conflit avec le réalisateur jusqu'à la fin du tournage sera Anthony Hopkins. L'acteur voit d'un mauvais œil ce jeune réalisateur originaire du Montana et ne comprends pas comment il peut avoir une vision juste de l'Angleterre victorienne. Il arrivera même à faire sortir Lynch de ses gonds, alors déjà remarqué pour son calme et sa sérénité, lui reprochant de ne pas exprimer clairement ce qu'il recherche chez l'acteur. Pourtant son interprétation est magnifique, on retient en particulier le plan où il voit pour la première fois Merrick, les yeux humides et cette larme qui coule le long de sa joue.

Quand on découvre le film, son atmosphère particulière imprègne le spectateur dès la scène d'ouverture. Le Londres de l'ère victorienne voit apparaître des innovations industrielles, la fumée du charbon, les machines à vapeur. Les œuvres littéraires de l'époque en sont d'ailleurs empreintes comme les Sherlock Holmes de Conan Doyle ou Oliver Twist de Dickens. Lynch se sent à l'aise pour retranscrire cet environnement, qui lui rappelle en quelque sorte Philadelphie, ses usines et son ambiance sombre, qu'il a déjà exploité d'une autre manière dans Eraserhead. Lynch opte pour le format cinémascope jusque là plutôt réservé aux westerns et grandes épopées. Il préfère un noir et blanc un peu texturé et contrasté à la couleur, rappelant les gravures à l'eau-forte, mais qui est en même temps très doux comme les premières photographies, qui ne fait que magnifier cette ambiance dramatique. La combinaison de ces choix de format et de colorimétrie a laissé tout loisir au chef opérateur Freddie Francis, déjà oscarisé deux fois et dont le travail a été capital dans le façonnage de l'image des films de la nouvelle vague en Angleterre, de s'amuser avec l'ombre et la lumière.

La mise en scène introduit doucement la rencontre avec John Merrick. Elephant Man étant inspiré d'une histoire vraie retranscrite dans les romans The Elephant man and Other Reminiscences de Frederick Treves et The Elephant Man: a study in human dignity d'Ashley Montagu, Lynch est aussi intervenu dans le scénario pour en modifier surtout le début et la fin en y ajoutant un peu plus d'onirisme et d'émotions afin de s'éloigner du simple fait divers. Mel Brooks est aussi intervenu dans la réécriture de la version originale écrite par Chris de Vore et Eric Bergen, qu'il a fallu couper car elle était trop longue, et en a profité pour apporter une dimension plus dramatique.

Alors que le commun des mortels est effrayé à la simple mention de cet homme difforme, le spectateur va vite s'identifier au Dr Treves et ressentir la même fascination et empathie pour Merrick. On le découvre petit à petit, d'abord par le regard d'un public effrayé à la foire, puis par la vive émotion du docteur qui le découvre lors d'un spectacle privé. On découvre ensuite sa silhouette un peu plus précisément, sous un pardessus recouvert d'une cagoule, puis l'ombre de son corps derrière le rideau lors d'un conseil en médecine accompagné d'une description précise et médicale de son anatomie. C'est à ce moment là que le nom d'Elephant Man est officiellement prononcé. Jusque là, on ne l'a toujours pas bien discerné, ce n'est que lorsque une infirmière lui apporte son repas dans sa chambre d'hopital avec beaucoup de réticence qu'on le découvrira enfin, entre les cris de terreur de la jeune femme et la bienveillance du Dr Treves qui va rassurer tout le monde de l'innoncence et la gentillesse de Merrick.

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On découvre un être extrêmement délicat, intelligent, aux bonnes manières dignes de la bourgeoisie de l'époque. Il attire d'ailleurs l'attention d'une comédienne avec qui il établie un lien amical sincère, ainsi que de la cour royale. On touche un aspect de la complexité humaine que Lynch continuera à décliner dans son œuvre. Il sait retranscrire les différents sentiments, assez candides de Merrick, face à la cruauté humaine. D'un côté il y a le docteur et ceux qu'il arrive à convaincre de la bonté de Merrick qui sont protecteurs, et de l'autre on a toute la bassesse des hommes entre son "propriétaire" qui a noué une relation malsaine avec sa créature, il tient à lui mais l'exploite, et le gardien de l'hopital qui profite de le faiblesse de Merrick pour en faire sa bête de foire, ce qui donne lieu à des scènes assez malaisantes.

Après la scène d'ouverture qui met en image la légende sur l'origine des difformités de Merrick, Lynch met en images l'origine de ses souffrances et sa peur des Hommes dans un cauchemar. On y retrouve tous les éléments visuels qui instaurent une atmosphère anxiogène, un lieu sombre et clôt, des tuyaux, de la vapeur, la violence des coups et une série d'effets visuels purement liés aux rêves lynchéens. Le sommet dramatique sera atteint alors que Merrick pourra prendre la fuite grâce à d'autres bêtes de foire qui sont exploitées et moquées comme lui et qui ont en eux la qualité qu'on qualifie d'humaine bien plus que ceux qu'on considère comme humains. Viendra alors clore cette séquence la réplique qui reste culte aujourd'hui.

Elephant Man sera un succès auprès du public et des critiques mais partira bredouille des Oscars malgré ses huit nominations, éclipsé par le très en vogue Robert Redford qui raffle tout avec son film Des gens comme les autres. Lynch reste émerveillé par cette soirée où il est assis juste devant Martin Scorcese présent pour Raging Bull. Mel Brooks déclarera au lendemain de la cérémonie "Dans dix ans, Des gens comme les autres ne sera plus qu'une simple question de quiz, Elephant Man au contraire sera un film que les gens regarderont encore". Son flair était en effet indéniable.

Lynch est désormais en vogue à Hollywood, sa carrière est enfin lancée. Alors qu'il refuse de réaliser Le Retour du Jedi, il s'embarque dans Dune auprès de Dino de Laurentiis, où il rencontre Kyle MacLachlan qui deviendra par la suite son alter égo à l'écran, sans rencontrer le même succès qu'Elephant Man. Avec le recul, cet échec est un mal pour un bien car c'est après ce film qu'il peut réaliser Blue Velvet et poursuivre sa carrière telle qu'on la connaît aujourd'hui, avec des films très mystérieux dans son style très personnel, dont Sailor et Lula qui lui a valu une Palme d'Or en 1990, l'iconique Mulholland Drive ou encore la série désormais culte Twin Peaks.


Elephant Man est disponible à la location et à l'achat sur les plateformes de VOD, ainsi qu'en DVD et Blu-ray édités par Studio Canal

Et pour percer le mystère David Lynch :
- Un documentaire : David Lynch: The Art Life, de Jon Nguyen, Rick Barnes et Olivia Neergaard-Holm
- Un livre (passionnant) : L'Espace du Rêve, par David Lynch et Kristine McKenna, aux éditions JC Lattès

 

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15 avril 2020

Un ticket pour Parasite

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Je l'attendais avec impatience, le coffret collector de Parasite est arrivé ! The Jokers ne s'est pas moqué des fans de Bong Joon Ho puisque la belle boîte au design créé par Marie Bergeron contient le SteelBook avec le film en DVD, Blu-ray et Blu-ray 4K HDR, un autre Blu-ray rempli de bonus merveilleux ainsi qu'une reproduction du storyboard dessiné et annoté par le réalisateur. Pour vous parler de Parasite que je considère tout simplement comme le meilleur film sorti en 2019, je vais m'appuyer sur le bonus le plus complet de ce coffret, le documentaire Le Cercle de confiance dans lequel quasiment toute l'équipe de Parasite intervient. Et évidemment, il est conseillé d'avoir vu le film avant de continuer la lecture de cet article, afin d'en garder toute la surprise et les émotions qu'il peut procurer.

Bong Joon Ho est un réalisateur minutieux. Chacun de ses films vient d'un process de réflexion et de création très long, lorsqu'il commence à dévoiler son projet à ses collaborateurs il reste encore quelques années avant le début du tournage. Il évoque ainsi Parasite pour la première fois durant la post-production de Snowpiercer, mais présente le projet plus abouti à son acteur fétiche, Song Kang-Ho, seulement deux ans plus tard. Dès le départ, la confrontation entre la famille pauvre et la famille riche est présente, tout comme les différents caractères de leurs membres. La première partie du film est rapidement claire sur papier malgré une écriture qui dure environ quatre ans, puis son co-scénariste Jin Won Han l'a étoffée en réalisme et humour grâce à une recherche très documentée. Mais la perle de cette histoire, Bong Joon Ho la trouve dans les quatre derniers mois d'écriture. C'est ainsi qu'apparaît le sous-sol et son mystérieux occupant. Sans cela, Parasite aurait seulement été un film social mêlant intelligemment drame et humour et n'aurait peut-être pas autant brillé dans le monde.

En parallèle du scénario, Bong Joon Ho réalise un storyboard extrêmement détaillé. Tout ce travail en amont permet un tournage sans mauvaises surprises. Tout est déjà prévu, chaque placement de caméra, chaque mouvement d'acteur et même l'architecture des lieux. "L'espace est au service du récit", ce sont ses mots. Selon ses indications, l'équipe des décors a dû à la fois faire un laborieux travail de repérages ainsi que la reconstruction de certains lieux d'après ce qui a été mis sur papier. La maison des Park aura été un certain casse-tête pour Lee Ha-Jun, directeur artistique, mais il était indispensable de respecter les indications données par Bong Joon Ho car le script se déroule près de 60% dans ce lieu. La manière dont les personnages s'y déplacent est cruciale, les espaces ouverts/cachés servent au récit, il faut par exemple pouvoir entendre une conversation qui a lieu dans la cuisine depuis l'escalier situé derrière un pan de mur. Rien n'est placé ni au hasard ni pour faire joli, chaque élément a un sens. 

La situation sociale de la famille Park et celle de la famille de Ki-Taek est marquée par le contraste extrême de leur habitation et de leur emplacement. La maison ultra moderne des Park située au sommet d'une colline de la ville symbolise leur puissance sociale, métaphoriquement, ils sont en haut de l'échelle. À l'opposé, les Kim vivent dans un appartement en entresol, bordélique et nauséabond, tout en bas de la ville, au ras des égoûts. L'ambition de Ki-Woo, opportuniste avec son plan à l'issue incertaine, de trouver sa place dans la maison des Park et d'y infiltrer chaque membre de sa famille grâce à d'ingénieux mensonges représente littéralement l'ascension sociale. Il monte des escaliers, des rues pentues jusqu'à l'entrée de leur demeure. Lorsque l'élément perturbateur viendra mettre à mal son objectif qu'il pensait quasi atteint, on assistera alors à une scène marquant le sommet dramatique de Parasite, d'une beauté tragique intense. Soudain Ki-Woo, son père et sa sœur reprendront leur place minuscule qui est la leur, telle une dégringolade brutale, sous une douche froide de pluie dévalant les innombrables escaliers de la ville avant d'atteindre leur quartier qu'ils découvrent inondé. 

Avant le retour impromptu de l'ancienne gouvernante dans la maison, on ne se doutait pas d'y trouver un endroit plus sombre que les bas-fonds de la ville. La découverte de l'homme caché dans le sous-sol est un choc, à la fois pour le spectateur que pour les Kim. L'explication qu'elle apporte montre à quel point la société est fragmentée et égoïste. "Entre gens pauvres" dit-elle à Chung-Sook, implorant son aide. Mais celle qui lui a volé sa place refuse de se mettre au même niveau social que ce couple à l'allure monstrueuse. Ce sous-sol représente tout ce que veut cacher la société, la honte de l'échec et ceux considérés comme des moins que rien. La violence de sa mise à jour sera le point culminant de ce film, à partir du moment où cette partie de la maison est dévoilée, tout est possible dans le scénario. 

Comment s'imaginer une telle surface dissimulée sous cette maison faite de lumière, si blanche, si ouverte. Le sous-sol a été inspiré par un fait-divers autrichien, un homme séquestrait sa fille dans le bunker situé sous sa maison. Bong Joon Ho ayant imaginé cette maison comme étant l'œuvre d'un célèbre architecte, il s'est permis toutes les fantaisies comme cet escalier interminable et étroit et a fait de ce sous-sol la clé de l'histoire. La comédie dramatique devient tout à coup un film d'horreur, le plan-séquence filmé en Steady Cam est mis en scène de telle sorte qu'on descend précipitamment l'escalier avec les personnages ahuris. On est frappé de terreur en découvrant cette nouvelle ambiance étrange. La profondeur, la lumière au néon verdâtre et surtout le choc de la révélation de cette zone cachée sont des éléments primordiaux qui font basculer le film dans un nouveau registre angoissant.

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Parasite c'est aussi la folie de ses personnages à différents degrés. Chaque membre de la famille Kim semble un peu cinglé, dont le fils qui entraîne sa sœur et ses parents dans une arnaque qui semble pourtant bien ficelée, et sans trop de scrupules apparents. Chez les Park ce n'est pas mieux, la mère semble sous antidépresseur, elle dort tout le temps, se met beaucoup de pression dans les quelques tâches qu'elle se donne alors que son époux paraît pourtant comme un homme bienveillant et aimant. Le summum de la folie sera atteint évidement lors de la scène de l'anniversaire du garçon des Park (présenté jusque-là comme le plus bizarre de tous). Telle une avalanche, la violence se déchaîne. L'homme du sous-sol sort au grand jour et fait éclater toute sa haine en criant "respect" quand Ki-Taek ne supporte plus qu'on lui rappelle son odeur et donc son bas niveau social. Ce qui aurait du être une fête n'est que massacre et effusion de sang.

L'audace de Bong Joon Ho est remarquable. Parasite est à ce jour son film le plus abouti, alors que son deuxième, Memories of Murder, présentait déjà beaucoup de réflexion et de méticulosité. Il sait surprendre le spectateur là où ce dernier ne s'y attend pas. Chaque élément du récit, chaque détail visuel prend de l'importance, rien n'est superflu. Un exemple avec la pierre offerte par l'ami de Ki-Woo en guise de porte-bonheur refait son apparition à la fin du film, alors qu'on avait oublié son existence suite à la dingue succession des événements. Son plan ayant plus que foiré, le jeune Kim s'imagine la transformer en arme mais tel un éternel recommencement la pierre se retournera contre lui. On dirait une punition divine, à trop provoquer sa chance c'est le malheur qui s'abat sur lui. La suite en sera encore plus surprenante avec un épilogue ouvert à interprétation.

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Malgré tous les prix remportés avec Parasite, Bong Joon Ho reste modeste et ne semble toujours pas comprendre cet engouement mondial autour de son film. Il s'est penché sur un problème de société coréen qui s'avère universel. À part son tout premier film, Barking Dogs Never Bite, j'ai vu tous ces autres longs métrages. Quels que soient les moyens qu'il avait en main, pour chacun d'entre eux, on admire la qualité de son écriture et de sa réalisation méticuleuse. Il a le talent de mêler toujours un peu d'humour aux drames que vivent ses personnages, il écrit ses histoires comme de merveilleuses satires sociales, mais cette fois-ci il s'est permis un inattendu mélange des genres faisant de Parasite un film unique, imprévisible et audacieux.


C'est par ici si le coffret collector Parasite vous fait de l'œil >> https://thejokers-shop.com/
Le film est disponible en DVD, Blu-ray, édition Collector boîtier SteelBook 4K Ultra HD et VOD.


 

19 mars 2020

Un ticket pour Fenêtre sur cour

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Être enfermé chez soi et chercher à s'occuper comme on peut, ça vous rappelle quelque chose ? Fenêtre sur cour d'Alfred Hitchcock évidemment ! L.B. Jefferies, dit Jeff, se voit immobilisé suite à une fracture de la jambe. Reporter-photographe toujours avide d'action, il n'a plus que pour distraction l'arrière cour de son immeuble avec vue sur les fenêtres de ses voisins. Très vite il soupçonne Lars Thorwald d'avoir assassiné sa femme. Il en parle à sa fiancée, Lisa Fremont qui ne veut pas prendre au sérieux ses divagations d'homme qui s'ennuie avant de rejoindre l'avis de Stella, l'infirmière, qui trouve qu'il se passe quelque chose de louche. Jeff finit par demander de l'aide à son ami détective, que l'enquête commence...

Pour des histoires de droits, on a failli ne jamais revoir ce film qui a pourtant été un succès à sa sortie aux États-Unis en 1954, puis en France l'année suivante, tout comme La Corde, Sueurs froides, L'Homme qui en savait trop et Mais qui a tué Harry. James C. Katz, alors président d'Universal Picture Classic, les a restaurés pour une rediffusion dès 1984. Sans lui, nous n'aurions jamais vu ces films qui sont devenus des classiques du maître du suspense. Il a ainsi exaucé le souhait d'Hitchcock qui disait lui-même « je veux qu’on se souvienne de moi comme de l’homme qui a diverti des millions de gens à travers la technique du cinéma ».

Adapté de la nouvelle de Cornell Woolrich publiée sous le pseudonyme de William Irish, It Had to Be Murder, Alfred Hitchcock n'hésite pas comme à son habitude à retoucher le scénario écrit par John Michael Hayes. Il donne au héros campé par James Stewart un métier, celui de reporter-photographe, et ajoute donc de l'envergure à son personnage en lui offrant une qualité de fin observateur mais aussi du matériel justifiant un voyeurisme professionnel grâce à son téléobjectif. D'autres voisins viennent animer la vie de l'immeuble comme la sculptrice, la danseuse Miss Torso et le musicien chez qui Hitchcock fera son traditionnel cameo à la 25ème minute, tous artistes pour confirmer le style du quartier. Mais c'est surtout la création du personnage de Lisa, interprété par Grace Kelly, alors muse du réalisateur, qui apporte une réelle ampleur à l'histoire en étant la fiancée toujours bien apprêtée venant rendre régulièrement visite à son amoureux.

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Le tournage se déroulera sans accrocs car le metteur en scène a tout prévu dès le stade du scénario. Pourtant, la pré-production aura donné du fil à retordre puisqu'il aura fallu créer le décor en studio, soit une cour entourée de 31 appartements dont 12 sont entièrement meublés et équipés d'un éclairage ardu à mettre en place. L'inspiration vient d'immeubles se situant dans le quartier New Yorkais de Greenwish Village, connu pour sa richesse culturelle. Pour permettre à la caméra de se déplacer au-dessus de la cour afin de respecter le point de vue de Jeff, une perche spéciale a été créée.

Avant de n'investir que la vision subjective de Jeff en utilisant surtout le champ-contrechamp, mais pas entre deux personnages mais bien entre le décor et le regard que le personnage porte sur ce décor, le film s'ouvre sur un plan d'ensemble de la cour, montrant aux spectateurs tous les éléments permettant de savoir où, quand et avec qui cela se passe. Sur une musique jazz dynamique reflétant l'ambiance dynamique du Greenwich Village dans les années 50, des rideaux s'ouvrent lentement tels des rideaux de théâtre dévoilant la scène. On découvre alors la vie qui s'anime dehors, comme une énorme décor de théâtre vu depuis une loge. On découvre alors les différents voisins qui se réveillent, se préparent, c'est le matin et il fait déjà très chaud. Puis la caméra revient dans l'appartement, on aperçoit d'abord la jambe plâtrée, puis un appareil photo cassé, la photographie qui a valu toute cette casse et enfin une série de photographies prestigieuses. C'est ainsi qu'on comprends en quelques minutes tous les éléments de base de l'histoire, le film peut commencer.

Grace Kelly s'impose comme star hollywoodienne grâce à Hitchcock et notamment à son apparition dans Fenêtre sur cour où elle fait figure d'icône de la femme moderne et glamour. Son style vestimentaire est d'ailleurs mis à l'honneur dans ce film où elle porte cinq tenues plus sublimes les unes que les autres, quatre robes marquant quatre entrées en scène puis une élégante chemise de nuit. Comme évoqué précédemment, le personnage de Lisa a été créé pour les besoins du film, et Hitchcock a demandé à Hayes de l'écrire en fonction de la personnalité de l'actrice, femme très élégante. Quand le personnage de Jeff en parle, elle est présentée comme parfaite et inaccessible, alors que Stella la voit comme l'épouse parfaite. Le point de vue du metteur en scène lui donne une aura supplémentaire, en l'introduisant telle une image de rêve, lumineuse. Elle est aussi le reflet des différentes femmes aux fenêtres voisines. Elle est celle qu'on désire comme Miss Torso, mais rêve de son grand amour comme Miss Lonelyhearts avant de pénétrer dans l'univers de Mrs Thorwald à la recherche de son sac à main et glisser son alliance au doigt...

Au début, les vies que mènent Lisa et Jeff sont un peu déconnectées, on découvre différents aspect de leur couple. Elle croira alors à des divagations dues à la chaleur et à la douleur lorsqu'il évoque un soupçon de meurtre chez l'un de ses voisins, jusqu'à ce qu'elle observe à son tour les fenêtres de Thorwald (Raymond Burr) et s'inquiète à son tour de la disparition de son épouse. Elle passe de divertissement à femme d'action en devenant les jambes de Jeff, allant à la pèche aux indices, mais noue un lien plus fort avec lui également au fil de l'intrigue. On verra à quel point ils tiennent l'un à l'autre.

Lisa sera la pièce maîtresse d'une partie de cache-cache marquant le point le plus angoissant du film, faisant d'elle un personnage d'action alors qu'elle était du côté des observateurs jusqu'à présent. Alors que Jeff a rassemblé bien trop d'éléments culpabilisant le voisin antipathique, Lisa décide donc de s'introduire dans son appartement pour résoudre l'énigme, à ses risques et périls. Le suspense est total, le spectateur est placé au même niveau d'anxiété que Jeff et Stella, les yeux rivés plus que sur les seules fenêtres qui les intéressent, réduisant ainsi le champ visuel et augmentant donc le sentiment d'opression.

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Fenêtre sur cour est un film faisant la part belle à la technique du cinéma. D'abord en installant un décor permettant de multiples saynètes, Hitchcock fait directement référence au cinéma muet qu'il affectionne particulièrement. Il raconte plusieurs petites histoires sans son sous l'oeil de son personnage-spectateur actif Jeff, qui n'est pas un voyeur maladif. Il semble découvrir son environnement pour la première fois tout comme le spectateur qui voit également ce qu'il observe, n'en sait donc ni plus ni moins que lui. L'utilisation d'un espace volontairement réduit pourrait faire trop référence au théâtre. Hors, Hitchcock amène la dimension cinématographique en l'animant grâce aux fondus enchaînés typiquement cinématographiques et l'utilisation de la lumière. 

Le décor est un personnage. Il paraît d'abord immense et lointain, comme la scène d'un théâtre ou l'écran d'un cinéma avec lequel on garde toujours la même distance. On ne descendra jamais dans la cour avec Lisa et Stella qui vont vérifier les plates-bandes, on restera avec Jeff à attendre leur retour. Puis, il fait écho à ce qu'il se passe dans l'appartement de Jeff, comme par exemple lorsqu'il trinque avec Miss Lonelyhearts qui boit seule chez elle, ou lors de ses échanges avec Stella sur l'idée d'un mariage avec Lisa alors que de jeunes mariés emménagent à côté. Jusqu'à la fin où le metteur en scène décide de bousculer tous ces repères en faisant débarquer chez Jeff celui qui aura été l'objet de ce voyeurisme, comme si le décor intervenait dans l'action, suite à l'introduction de Lisa chez l'observé qui découvrira alors pour la première fois Jeff, les rôles s'inversent, c'est l'arroseur arrosé. D'un point de vue unique, l'action ne s'arrête pourtant jamais et l'attention du spectateur est continuellement sollicitée.

Les femmes sont plus perspicaces et plus actives que les hommes dans Fenêtre sur cour. Jeff, lui qui aime l'action, se voit contraint de rester cloué à son fauteuil, la jambe plâtrée. Sa virilité est mise de côté, rarement montré à son avantage, la manière dont il se gratte la jambe est d'ailleurs assez ridicule, ce sont surtout les différentes expressions de regard qu'expriment James Stewart qui intéressent ici Hitchcock. L'introduction de son ami Doyle (Wendell Corey) est d'abord excitante, car on attend qu'il confirme les suspicions de crime. Mais selon lui, un homme ne commettrait pas un meurtre à la vue d'autant de voisins. Les deux femmes entrent alors en action, celles de Lisa ont déjà été évoquées plus haut. Stella (Thelma Ritter) exprime ses pensées sans filtre et fait preuve d'intuition féminine qui s'avère souvent juste, contrairement au pragmatisme du détective. Elle aussi sortira de l'appartement pour intervenir dans le décor. Les habituelles figures masculines, personnages d'action et protecteurs, sont inversées avec les figures féminines généralement vulnérables et en second plan (Jeff est incapable de retenir Lisa qui décide de s'introduire chez Thorwald).

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L'année suivant la sortie de Fenêtre sur cour, Hitchcock allant de succès en succès, il prendra la nationalité américaine et lancera la fameuse série télévisée Alfred Hitchcock présente. Même s'il ne réalise pas tous les épisodes, il popularise l'amour du public pour les histoires de meurtre, de mystère et évidemment de suspense dont il est lui-même aujourd'hui l'indissociable maître du genre. Toujours présent sur grand écran, il réalise par la suite d'autres chefs-d'œuvre, mettant en scène ses éternelles héroïnes blondes : Vertigo, Les Oiseaux, Psychose...


Fenêtre sur cour est disponible en VOD sur FilmoTV et MyTF1VOD.


 

12 mars 2020

Retour à Zombieland ★★

 

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On prend les mêmes et on recommence ! Dix ans après le très fun Bienvenue à Zombieland on a plaisir à retrouver Colombus, Tallahassee, Wichita et Little Rock, cette fois-ci installés dans une très humble demeure, la Maison Blanche, rien que ça ! Ruben Fleischer, pour qui s'était le premier long métrage, s'est depuis affirmé avec Gangster Squad et le discutable Venom, et a aussi réalisé quelques épisodes de séries. Alors, quoi de neuf au pays des zombies ?

À part une évolution plus résistante et plus féroce des horribles créatures, pas grand chose. Le premier film plaisait par ses délires et les personnalités si extrêmes des quatre survivants qui créaient des situations hilarantes. L'horreur devient un gag, ça dézingue du zombie à tout va. Plus c'est crade, plus on se marre. On s'amuse des fameuses règles de survie de Colombus et leurs démonstrations à l'écran, c'est dynamique, ludique. Ce numéro deux, judicieusement intitulé Double Tap en VO, est un énorme clin d'oeil au premier film. L'histoire est presque identique, on croisera quelques autres survivants tous aussi déjantés que notre petite famille recomposée. Mis à part ça, la surprise n'étant plus tellement là, on continue seulement à rire aux gags pas très fins, mais avec un peu moins d'engouement.

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Finalement, ces zombies mutants n'effraient pas plus que les autres. Peut-être parce qu'on ne nous offre pas assez de confrontations avec nos tueurs professionnels ? Ou peut-être que les zombies ne sont qu'un prétexte à cette comédie pour exploser des cervelles ! L'histoire se concentre plus sur les états d'âme de Little Rock qui a bien grandi et commence à se sentir seule à la Maison Blanche, malgré l'enthousiasme toujours intact de Tallahassee. Alors on repart sur les routes, encore les mêmes quêtes de véhicules parfaits en running gag avec encore plus de surenchères que dans le premier film (on sent qu'il y a plus de budget), encore plus de conversations existentielles et un peu plus de "vivants" sur le chemin.

Même si on reste un peu sur notre faim par le manque d'originalité, le film satisfait car on retrouve tout ce qu'on a aimé dans le premier. C'est un peu comme ces séries qui offrent plus ou moins le même scénario à chaque épisode, on connaît les ficelles, mais on continue de regarder avec toujours autant de plaisir. Retour à Zombieland fonctionne si on a aimé le premier car il ne se prend toujours pas au sérieux. Après le délire avec Bill Murray, cette fois-ci Tallahassee se lache à la Maison Blanche avant d'avoir l'opportunité de découvrir le domaine du King Elvis Presley. Quand à Little Rock, elle qui rêvait d'aller au parc d'attraction Pacific Playland dans le premier volet, elle cherche cette fois-ci la compagnie de jeunes de son âge ce qui va la conduire dans un autre lieu encore plus incongru...

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Côté DVD, les bonus sont assez variés et font la part belle aux nouveautés du deuxième opus. Outre l'habituel commentaire du réalisateur qui permet d'en savoir plus sur la construction de son film et les anecdotes durant le tournage, on peut voir de courts sujets sur l'évolution des zombies, les choix des nouvelles voitures, la construction des décors et l'introduction des nouveaux personnages entre autre. 

C'est donc avec un certain plaisir qu'on appréciera Retour à Zombieland, parce qu'on s'est attaché aux quatre héros et leurs états d'âme, parce qu'on ne se lasse pas de les voir dégommer du zombie, et parce que l'humour gore et un poil ironique fonctionne toujours aussi bien. Côté réalisation, Ruben Fleischer s'est appliqué à mettre en avant le budget plus conséquent, avec des plans plus ambitieux comme celui d'ouverture où l'on découvre la Maison Blanche envahie par la végétation et entourée de zombies menaçants, mais au scénario pas très surprenant. En plus, une petite surprise bien plaisante nous attend dans le générique de fin, pour un hommage supplémentaire au meilleur moment du premier film !


Retour à Zombieland en DVD, Blu-Ray, Blu-Ray 4K UHD, Steelbook, coffret Zombieland 1&2 et VOD depuis le 11 mars. Édité par Sony Pictures France dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur son site et sa page Facebook.


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24 février 2020

Maléfique : le Pouvoir du mal ★★

 

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Suite plutôt réussie du Maléfique sorti en 2014, Le Pouvoir du mal est construit sur un scénario simple et grand public (attention cependant, certaines créatures peuvent effrayer les plus jeunes) amenant en arrière plan une idée de l'importance de la protection de la nature et du respect du vivant. Aux commandes, on retrouve Joachim Rønning, un habitué des univers fantastiques, qui a déjà collaboré avec Disney en réalisant Pirates des Caraïbes 5 : La vengeance de Salazar.

Évidemment, Angelina Jolie renfile son costume à cornes qui lui va si bien, montrant de nouvelles panoplies de superbes costumes. Elle Fanning aussi est de retour, en parfaite princesse un peu candide mais courageuse, tout aussi bien gâtée avec ses jolies robes féeriques qui feront rêver les petites filles. La princesse et sa marraine vont cette fois-ci rencontrer la famille du prince Philipp (Harris Dickinson) en vu de leur mariage. Mais la mère de ce dernier, impeccablement interprétée avec la froideur et la vanité nécessaire par Michelle Pfeiffer, voit les choses bien autrement et fera preuve d'une fourberie détestable.

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Ceux qui me suivent connaissent mon aversion pour les remakes des grands classiques Disney en films live, quasi copié collé de dessins animés atemporels. En ce sens, Maléfique sort du lot, l'univers étendu de La Belle au Bois Dormant est plutôt bien pensé, et cette suite montre qu'il reste encore de l'imagination à revendre chez Disney. Certes, le film n'est pas très compliqué, le scénario reste assez linéaire, sans trop de surprises dans le déroulement de l'action. On prend cependant plaisir à découvrir la faille sensible de celle qui n'est plus la "grande méchante" d'un dessin animé culte, mais bien la protectrice de la nature contre les humains si destructeurs. Ce personnage ténébreux incarne finalement des valeurs positives et se montre bien plus bienveillant et sensible que la plupart des Hommes, en partie grâce à la princesse Aurore qui ne souhaite que la paix entre les deux royaumes.

Encore une fois, les costumes et décors sont splendides, chaque détail est à admirer durant le visionnage, et la qualité du blu-ray ne fait que les mettre en valeur. Côté effets spéciaux, on a un petit aperçu dans les bonus malheureusement peu approfondis, mais suffisant pour voir le travail colossal accompli. On aimerait voir plus de making of qui traite de la préparation physique des acteurs pour incarner des créatures volantes par exemple, il y a bien un sujet à ce propos mais qui reste abordé en surface.

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Maléfique : le Pouvoir du mal est à regarder en famille. Un peu long pour les plus jeunes, presque deux heures, on ne voit cependant pas trop le temps passer, la scène de guerre étant bien amenée et riche en actions. On en retient la beauté de cet univers féerique ainsi que la mise en garde écologique dénonçant l'Homme qui a tendance à détruire la nature, par méconnaissance et par peur. Elles sont pourtant si mignonnes les petites fées de la forêt !


Maléfique : le Pouvoir du mal en DVD, Blu-Ray, Blu-Ray 3D, Blu-Ray 4K UHD, et coffret Maléfique 1 et 2 depuis le 21 février, ainsi qu'en VOD. Édité par Disney DVD dont vous pouvez suivre l'actualité sur son site et sa page Facebook.


Découvrez le meilleur du cinéma en 2020 et autre style : les meilleurs films français 2020.


18 février 2020

Jojo Rabbit ★★★★

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Taika Waititi est en train de s'imposer comme l'un des réalisateurs les plus créatifs et les plus fun du moment ! Après avoir dépoussiéré le personnage un peu trop sérieux de Thor chez Marvel, le voilà qu'il aborde de manière déconcertante un thème qui ne prête pourtant pas à rire. En adaptant le roman de Christine Leunens, Le ciel en cage, dépeignant le quotidien d'un enfant endoctriné en pleine Allemagne nazie, il offre une vision singulière de ce qu'a pu être cette époque à travers le regard innocent de Jojo, un petit garçon de dix ans, tout en injectant son humour si particulier. Derrière sa bonne dose d'humour noir, Jojo Rabbit n'oublie pas la dure réalité de son sujet pour être plus touchant qu'il n'y parait.

L'ouverture du film donne le ton. Jojo est stressé par son besoin de bien faire et se donne du courage avec une série de "Heil Hitler" en guise de répétition en compagnie de son ami imaginaire Adolf avant de partir pour une nouvelle journée d'école. Le spectateur en rit forcément, parce que c'est un enfant et qu'on ressent immédiatement son innocence. On retrouve un traitement par l'humour similaire a ce qu'a pu faire Chaplin sur Le Dictateur. Et pour bien désinhiber ceux qui seraient encore retissent à rire, quoi de mieux qu'un générique de début mettant en scène des images de propagande sur un air joyeux des Beatles.

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Chez Taika Waititi, une école nazie a de folles allures de colonies de vacances. Le petit Jojo ne quitte pas son costume, il a l'impression de faire parti d'un club et son plus profond désir est d'intégrer la garde rapprochée d'Hitler. Le Capitaine Klenzendorf en impose avec son allure de héros, virile, un oeil en moins, à apprendre aux garçons à devenir des hommes et aux filles à devenir mères. Lui est moins fier de ce malheureux incident, c'est beaucoup moins valorisant d'être instructeur qu'un vrai héros sur le front. C'est Sam Rockwell qu'on a plaisir à retrouver dans la peau de ce personnage bien plus nuancé que ce dont il en a l'air. 

Jojo est incarné par l'adoble Roman Griffin Davis pour qui c'est un premier rôle. L'enfant est tout simplement extraordinaire, il joue juste sans jamais en faire trop. A seulement onze ans, il semble avoir compris toute la portée de son rôle et l'embarrat que pouvait avoir un enfant de son âge à cette époque en découvrant une jeune juive cachée chez lui, partagé entre une humanité naturelle et la haine qu'on lui enseigne à l'école. A ses côtés, il a la chance d'avoir pour maman Scarlett Johansson. Elle fait tout pour préserver l'innocence de son fils, consciente des ravages de l'endoctrinement. Aimante, courageuse et protectrice, l'actrice illumine par son dynamisme et sa sensibilité.

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Aucun acteur n'ayant eu l'audace de jouer ce pseudo Hitler, c'est Taika Waititi qui s'y colle. Issu de l'imagination de Jojo, celui qu'il appelle Adolf devient la voix de l'endoctrinement et ne fait que répéter avec des mots d'enfants ce qu'ils apprennent à l'école. Cet ami imaginaire est la parfaite incarnation du lavage de cerveau que les enfants peuvent subir, ce qui tourne le nazisme en ridicule et en montre un concentré de bêtises. Alors qu'on connaît la gravité de bruler des livres dans un tel contexte, ici cet acte est tourné en dérision comme une fête autour d'un feu de camp. Le scénario joue ainsi avec ce qu'on sait de l'Histoire pour nous montrer avec un humour noir délectable toutes les déviances du nazisme.

Satire joliment exécutée, Jojo Rabbit est une nouvelle preuve du talent de Taika Waititi. Avec ses trois casquettes de réalisateur, scénariste et acteur, il a su garder le juste équilibre entre l'humour, la poésie et le drame. Sa manière de montrer la folie nazie est tout à fait singulière dans le choix de rester à hauteur d'enfant et ainsi d'en extraire l'humanité et le sérieux nécessaire pour être bien plus qu'une sacrée farce.

12 février 2020

#Jesuislà ★★

Alain Chabat nous fait souvent rire, mais on a tendance à oublier à quel point il peut être tendre et attachant. Il suffit de le voir dans #Jesuislà pour s'en rendre compte. Quatorze ans après Prête-moi ta main, Eric Lartigau lui offre un nouveau rôle, celui d'un restaurateur basque un peu paumé et voilà monsieur Chabat transformé en homme amoureux d'une femme qu'il ne connaît que par leurs échanges sur Instagram, au point de partir sur un coup de tête à Séoul pour la rencontrer en pleine saison de floraison des cerisiers. Romantique ? Pas très adroit plutôt...

Le personnage se nomme Stéphane, il a deux fils dont il connaît si peu de choses, une ex-femme avec qui il s'entend bien, du monde autour de lui. Parmi les membres de son personnel, il y a Suzanne, interprétée par Blanche Gardin qui a adopté un bel accent du Sud Ouest pour l'occasion, très bavarde et très dévouée. Elle est au four et au moulin et ne s'inquiète pas lorsque son patron l'assure qu'il va bien. Il a aussi ses clients fidèles avec qui il n'hésite pas à partager la table à la fin de son service. Et pourtant Stéphane semble si seul, absent même. 

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Il est sans arrêt les yeux rivés sur son téléphone. Son seul plaisir est de recevoir des nouvelles de Soo via Instagram, une sud-coréenne curieuse et artiste. Il ne maîtrise pas toutes les subtilités de l'application mais cela lui suffit pour partager avec elle son quotidien. Jusqu'au jour où il décide sur un coup de tête de prendre l'avion et de la rejoindre à Séoul. Il la prévient in extremis avant le décollage, elle lui répond qu'elle viendra le chercher à l'aéroport. A son arrivé, il décide d'attendre Soo en lui envoyant des #Jesuislà sur Instagram, devenant tout à coup le roi du hashtag et des photos populaires.

C'est ici que commence une sorte de Lost in translation plus léger que celui de Sofia Coppola, et teinté d'humour. Jusqu'à présent Stéphane faisait plutôt de la peine, dès son arrivé à Séoul, il revit, redécouvre les choses. Mais il est surtout d'une naïveté touchante ! Évidemment il ne parle pas coréen et se débrouille dans un anglais approximatif. Son enthousiasme va amuser les personnes qu'il rencontre, d'autres se demandent ce que leur veut cet européen un peu trop avenant. Et son utilisation d'Instagram ne fait que traduire sa maladresse...

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On découvre alors un bon vivant, curieux, heureux, tout le contraire de ce qu'il était dans son restaurant. Eric Lartigau et Thomas Bidegain se sont amusé à écrire cette histoire légère et tendre comme une fausse comédie romantique. #Jesuislà est avant tout l'histoire d'un homme qui est passé à côté de sa vie et fait une petite crise de la cinquantaine, il a surtout besoin de se retrouver lui-même, la femme qu'il souhaite rencontrer est un déclencheur. Ils abordent aussi le pouvoir des réseaux sociaux, ce qu'ils véhiculent entre la réalité déformée, la popularité éclair, l'addiction qu'ils provoquent. Mais l'on comprend vite ce qu'il se passe et ça tourne en rond.

#Jesuislà n'est pas qu'une comédie romantique réconfortante, mais plutôt un film sur la quête de soi. Alain Chabat joue ici l'un de ses plus beaux rôles, dont le personnage qu'il rend tendre et touchant est empreint d'une douce mélancolie. On passe un bon moment mais malheureusement le scénario manque de surprise et s'épuise sur la fin, un film charmant mais futile.