Nath va au cinéma

12 novembre 2017

Mise à mort du cerf sacré ☄

Prix du scénario lors du dernier Festival de Cannes, Mise à mort du cerf sacré offre une histoire torturée, loin d'être simple et mettant le spectateur dans une position éprouvante. Quand certains vont subir le film, d'autres vont comprendre qu'il s'agit ici plus d'une expérience aux allures surnaturelles que de cinéma à l'état pur. On ne sait pas trop ce qu'on doit comprendre, Yórgos Lánthimos joue avec les nerfs de ses personnages et de ses spectateurs dans cette œuvre horrifique, tragique et dont on se délecte des pointes d'ironie parsemées de-ci de-là.

Là où je reprochais à Ruben Östlund de ne pas être allé au bout de sa folie dans The Square, bien que le jury lui ait décerné la Palme, je ne peux qu'applaudir Yórgos Lánthimos qui a lui su assumer son univers étrange du début à la fin de son film sans jamais en perdre la tension. Le malaise est présent dès la scène d'ouverture, sur cet écran noir au simple son des violons stridents de la musique de Bernard Herrmann, qui n'est nul autre que le compositeur attitré d'Hitchcock, jusqu'à la scène finale, devant cette brochette de personnages dont l'histoire est dure à digérer et toujours cette musique obsédante. 

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Mise à mort du cerf sacré est un ovni, une œuvre à part, un film qui sort des sentiers battus et qui pourtant est un hymne visuel au cinéma de Kubrick, un hommage aux ambiances du cinéma d'Hitchcock et même de Lynch par sa nature métaphysique. Même son affiche française perturbe, on verrait bien un monolithe se dessiner dans cette pièce au plafond trop haut pour être vrai. Kubrick semble être une grande source d'inspiration, des décors épurés irréels, une Nicole Kidman faisant écho à elle-même dans Eyes Wide Shut, des plans centrés rappelant les couloirs angoissants de Shining...

Quand le scénario fascine, le jeu des acteurs et cette lenteur imposée peuvent perturber. On se rend compte petit à petit que leurs dialogues sont toujours dits sur le même ton monocorde et posé, cette maîtrise n'est pas naturelle ou mal joué mais bien voulue pour accentuer l'ambiance torturée, transformant ce drame familial en film fantastique tordu à l'ambiance surnaturelle. On retrouve le duo Nicole Kidman / Collin Farrell après les avoir vu ensemble à l'écran dans Les Proies cet été. Ici ils forment une famille parfaite avec leur deux enfants Kim et Bob. Cette perfection n'est qu'une façade, puisque Martin vient jouer les trouble-fête. 

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Ce perturbateur n'a pu être campé que par un acteur aimant les rôles torturés, malades, perturbés. Avec seulement quatre ans de carrière à son actif et une bonne dizaine de films et séries, Barry Keoghan semble se plaire dans ce genre de rôle et multiplie les expériences. Après le gamin inconscient du danger dans Dunkerque, il est ici Martin, il horrifie à la fois la famille Murphy mais aussi le spectateur qui angoisse à chacune de ces apparitions. On ne sait pas ce dont il est capable, mais semble être une réelle menace. Face à lui, Farrell et Kidman paraissent bien faibles et l'évolution de leur famille, telle une lente descente aux enfers met très mal à l'aise. Leurs enfants, joués par Raffey Cassidy et Sunny Suljic font appel au pouvoir d'empathie du public et ça fonctionne. De plus, Bob a un semblant d'air du jeune Danny dans Shining, ce qui renforce inconsciemment le côté perturbant de certaines scènes.

La force de ce film repose dans son fort pouvoir de suggestion. Une menace est bien présente, on ne la comprend pas, la famille semble l'accepter mais l'appréhende sans la comprendre. On craint en permanence une violence invisible, l'ambiance devient glaçante et l'issue de ce drame nous laisse pantois. Yórgos Lánthimos a osé aller au bout de son idée folle, il n'avait pas le droit d'en faire autrement, mais il nous impose une souffrance psychologique puisqu'on veut savoir où on nous amène, on accepte de s'immicer dans cette attente folle, on est fasciné, on se laisse surprendre à rire de certaines situations. On se demande si on a le droit d'en rire, le malaise s'installe, le scénario est parfait, Lánthimos a gagné.


11 novembre 2017

Au revoir là-haut ★★★★

Albert Dupontel s'est lancé dans une sacrée aventure en voulant adapter le livre de Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013, Au revoir là-haut. A la découverte du premier teaser (voir à la fin du message), ce fut un émerveillement de découvrir ces bribes d'images, de folie, de couleurs. N'ayant pas encore lu le livre, je ne comprenais pas tellement ce que je voyais, mais j'étais captivée, hapée par cet univers si riche en tout point. L'histoire s'annonçait plus sombre que ce que ces images laissaient paraître. Et puis, sur les seuls mots prononcés par la petite fille "Pour avoir déclenché la guerre, pour ne pas l'avoir empéché, pour avoir aimé la faire, vous êtes tous condamnés à mort ! Exécution !", oui, j'avais hâte de découvrir Au revoir là-haut

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En plus de devoir recréer l'époque de l'après Première Guerre mondiale, il a du s'attaquer à un gros travail d'écriture pour obtenir une histoire plus cinématographique que littéraire. Et puis trouver le casting idéal. Ce film est une réussite sur tous les plans, même l'affiche est magnifique. Dupontel a beaucoup travaillé, peaufiné son scénario jusqu'à la version finale, la treizième, dont il a fait valider la fin par Pierre Lemaitre, car différente de l'œuvre originale. En effet, il a choisi de remanier l'histoire en en gardant l'essence, et en tirer une narration plus captivante pour un spectateur de film quand un lecteur appréhende l'histoire différemment. Ainsi ce film restera une surprise, devenant à la fois une enquête policière, un drame familial et une sorte d'allégorie de la société de l'après guerre.

Côté décors, costumes et accessoires, il n'a rien laissé au hasard non plus, en s'alliant à une équipe créative qui offre du pur bonheur à nos yeux. De l'ambiance des tranchés froides et poussiéreuses aux intérieurs de palaces parisiens, tout est travaillé dans le moindre détail, ça fait vrai, en partie grâce au talent de Cédric Fayolle, qui s'est occupé des VFX. Associé à la photographie de Vincent Mathias c'est un délice. L'autre belle surprise est la panoplie de masques créée pour le personnage d'Edouard Péricourt, par la créatrice Cécile Kretschemar. Ils ont une fonction narrative importante, faisant échos aux émotions ressenties par le personnage qui le porte, tout en faisant quelques clins d'œil à l'art émergeant à l'époque, dont une magnifique pièce en hommage à Picasso.

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Et puis, ce casting incroyable réunissant autour de Dupontel lui-même (Bouli Lanners devait au départ jouer le rôle d'Albert Maillard, mais son emploi du temps ne le permettant pas,  Dupontel l'a finalement remplacé) Laurent Laffite, Niels Arestrup, Mélanie Thierry, Emilie Dequenne et surtout Nahuel Perez Biscayart, qui est pour moi la révélation de l'année. On l'a découvert il y a quelques mois interprétant un rôle extrêmement fort dans 120 battements par minutes. Dans Au revoir là-haut, il a encore un rôle à caractère, Péricourt étant un homme abîmé qui a besoin de s'exprimer et de crier au monde quelle arnaque a été cette guerre et bien plus encore, dans lequel il est parfait, en partie grâce à ses yeux si expressifs et une gestuelle efficace. Dupontel a même dit de lui qu'il "a fini par condenser tout son personnage dans son regard". Le duo qu'il forme avec la jeune Héloïse Balster, l'incroyable petite Louise, est attendrissant autant par leur malice que par la manière dont ils se comprennent.

L'acteur qu'on ne voit pas au premier abord jouer un méchant, que dis-je, une ordure de la pire espèce, c'est Laurent Laffite. Et pourtant, on détestera le Lieutenant Pradelle de bout en bout. Dupontel a su le filmer de manière à le rendre inquiétant. La manière dont le personnage est d'ailleurs amené à l'écran fait écho à des films d'espionnage tel un grand méchant de James Bond avec son regard maléfique laissant percevoir son immense perfidie. Albert Dupontel démontre tout son talent de mise en scène, mais aussi dans l'écriture des dialogues et de l'histoire en elle-même. Tout comme les décors, rien ne sonne faux, rien n'est surjoué, les mots sont tous bien placés. Il nous fait profiter de moments vraiment drôles et d'autres plus touchants, tout en cultivant l'art du suspense pour un dénouement impossible à deviner.

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Les personnages secondaires sont tous aussi géniaux que les principaux, car chaque détail a son importance et c'est bien cela qui fait la qualité de ce film. Je retiendrai surtout le personnage du maire joué par Gilles Gaston-Dreysfus, si amusant lors de ses entrevues avec l'imposant Marcel Péricourt, parfait Niels Arestrup, amenant à chaque fois des situations burlesques extrêmement drôles. C'est bien cela qui fonctionne, la façon dont on peut passer du comique au tragique, de manière si naturelle, par un mot bien trouvé ou un retournement de situation inattendu.

Au revoir là-haut surprend, émerveille, amuse, joue avec nos émotions, est spectaculaire. Avec cette aventure épique, Dupontel confirme tout son talent autant dans sa mise en scène que dans son écriture et a su s'approprier l'œuvre de Pierre Lemaitre pour en faire du grand cinéma. 

01 novembre 2017

Battle of the sexes ★★★

On peut dire que le duo de réalisateur Valerie Faris et Jonathan Dayton sait prendre son temps ! En 2006 j'ai eu l'immense plaisir de découvrir Little Miss Sunshine que je ne me lasse pas de voir et revoir. Puis en 2012 c'est au tour de Elle s'appelle Ruby, un peu moins enthousiasment mais le film reste bien dans leur univers mis en place six ans plus tôt. Le temps d'attente aura été un poil moins long pour leur troisième long métrage. J'ai eu la chance de le découvrir en en connaissant le minimum lors d'une avant-première en présence des réalisateurs. Vous pourrez découvrir dès le 22 novembre prochain Battle of the sexes abordant le sujet du féminisme sous un angle assez inattendu.

Alors que les réalisateurs se voyaient faire une projection spéciale à la Maison Blanche, le tournage à peine achevé courant 2016, fier de présenter un film mettant en avant les femmes à la première présidente des États-Unis, ça a été pour eux la douche froide à l'annonce du résultat des élections. Pas grave, le film est en boîte et a même sa chance de se voir devenir un petit acte de résistance. Ironie du sort, l'affaire Weinstein fait des ravages à Hollywood et au delà, sur plus ou moins la même période que sa date de sortie dans certains pays comme en Grande-Bretagne. Voilà un bon coup de pouce bienvenu. 

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A l'affiche l'oscarisée Emma Stone tout sourire et l'oncle inoubliable de leur premier film Steve Carell. Du jaune, du bleu, tous les codes du parfait film indépendant sont là. Mais ça raconte quoi au juste Battle of the sexes ? Un fait pas très connu qui n'a pas été pris au sérieux en 1972 sert de base au scénario. Dans le milieu du tennis professionnel, une jeune championne fait des siennes et tente de faire reconnaître la valeur des femmes dans un milieu machiste où les hommes récoltent l'argent quand les femmes se contentent des miettes.

Cette joueuse c'est Billie Jean King campée par une Emma Stone plus déterminée que jamais. Même si elle est doublée sur le terrain, elle a fait un gros effort pour avoir une allure sportive. Alors que le film essaie de donner autant d'importance aux deux personnages, elle dévore petit à petit l'écran et fascine en permanence. Steve Carell quand à lui est Bobby Riggs, l'archétique du macho, un brin looser, ancienne star du tennis. Intriguée par ces joueuses qui se battent pour l'égalité entre hommes et femmes dans leur milieu professionnel, il a la même opinion que tous les hommes s'étant exprimé à ce sujet : les femmes jouent moins vite, n'ont pas la capacité de tenir plus de trois sets et surtout ont moins de puissance. Alors, pourquoi ne pas faire moitié moitié du gain d'un tournoi ? Réponse de Billy Jean : les sièges sont tous vendus pour la finale homme comme pour la finale femme, l'intérêt du public semble donc assez paritaire.

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Tout s'embale lorsque Riggs la provoque et lui offre une grosse somme d'argent si elle arrive à le battre. Le duel s'annonce comme une mascarade. Riggs est devenu un rigolo qui amuse la galerie en se donnant en spectacle, jouant avec des poêles ou sur des moutons. King se doit de garder la tête haute, l'avenir des joueuses de tennis est entre ses mains. Tout l'intérêt du film n'est pas vraiment ce match en soit, mais plus ce qui se passe en off, dans leurs vies privées respectives. King est une championne née, elle se dédie entièrement à sa passion. Mais elle va être perturbée par sa rencontre avec Marylin, une coiffeuse qui lui fait prendre conscience qu'elle aime les femmes. Ainsi, au moment où elle se lance dans une action féministe, elle va aussi devoir gérer son homosexualité qui serait un scandale aux yeux du grand public. Et on sait combien la pression peut perturber le jeu des sportifs.

De son côté, Riggs semble perdu dans sa petite vie dorée. On le découvre joueur maladif et compulsif. Le parallèle entre ces deux personnages est vraiment le point fort du film. Les découvrir dans leurs moments intimes permet de mieux déceler leurs forces et leurs points faibles. Justement, c'est bien là qu'ont voulu aller les réalisateurs, explorer et imaginer ce qu'a pu être cet instant de vie qui avait un sens qu'on peut mieux comprendre à notre époque. Pourtant, Le Times a osé offrir une de ses unes à Riggs, ce qui prouve en quelque sorte l'importance de l'événement, mais il se tournait tellement en ridicule qu'il a certainement réussi à étouffer l'ampleur féministe qui s'en dégageait. 

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Ainsi, le tennis est moins important que les vrais sujets abordés : la place de la femme, ici dans le sport mais on peut l'étendre dans tous les domaines, et l'homosexualité. L'acte sportif devient presque une fantaisie. On nous montre quelques bouts de matchs décisifs, mais les réalisateurs ont choisi de les reconstituer de manière réaliste et même d'utiliser des images d'archives pour les montrer tels qu'on pouvait les voir à l'époque. Ainsi, quand on bascule dans la vie publique des personnages, la caméra devient celle des télévisions et on voit les matches comme à l'époque. Jamais on entre dans le terrain, on regarde tout à coup un poste de télévision et on entend la voix des commentateurs enflammés. 

Valerie Faris et Jonathan Dayton retrouvent le niveau narratif de Little Miss Sunshine avec ce film incisif, vivant et qui met de bonne humeur, grâce à son beau casting et au choix d'une bande son entraînante. Il est plaisant de retrouver leur manière de savoir si bien mêler l'intime, la remise en question et le dépassement de soi. J'ai en plus été agréablement surprise par le sujet abordé qui nous est inconnu à moins d'être féru de l'histoire du tennis mondial.

30 octobre 2017

The Square ★★★

Ruben Östlund a été surpris de se voir remettre la Palme d'Or en mai dernier et depuis il ne cesse d'exprimer sa joie et sa fierté grâce à son petit coup de maître. Mêlant drame et satire, il invite le spectateur à découvrir un bout de la vie de Christian, conservateur d'un musée d'art contemporain suédois, qui va se voir quelque peu bousculé après s'être fait voler son téléphone portable. Un malheur en appelant un autre...

Christian (Claes Bang) est reconnu dans son domaine, il a même quelques admirateurs. Au moment où il prépare une nouvelle exposition dont l'œuvre phare est The Square, une installation invitant ses visiteurs à l'écoute et au partage, valeurs qu'il semble défendre quand il argumente sur cette œuvre, il se fait voler son téléphone portable. On découvre ainsi sa vraie personnalité se dessiner assez rapidement, Christian est en fait un homme prétentieux qui ne pense qu'à son propre bien être. 

 

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Le film aborde plusieurs thèmes. Le plus amusant est l'envers du décor d'un musée d'art contemporain. Entre l'absurdité d'une œuvre, le regard qu'on porte sur elle, ou la tentative de lui donner un sens, l'amateur d'art en prend pour son grade. On s'amuse lors d'une situation cocasse d'apprendre qu'une œuvre a été dégradée, mais la réaction de Christian s'avère encore plus drôle. Au delà du simple objet d'art, le musée est le point convergent de toute l'histoire, tel un miroir de la vie et de ses pires inclinations. Ainsi, on se délecte de la folle campagne de communication vendue par de jeunes créatifs qui expliquent qu'il faut créer la controverse pour faire parler de l'exposition, et l'idée qu'ils pondent est assez magique.

The Square, l'œuvre dans le film et le film lui-même, évoque l'égalité entre les gens, la solidarité, la responsabilité et la confiance. Quand l'œuvre appelle à cela, le film, lui, montre que dans la vraie vie, même si on pense défendre ces valeurs cela ne va pas de soi, loin de là. Christian en est l'exemple type. Il fait partie d'une classe sociale aisée, à l'abri du besoin, mais quand des gens démunis lui demandent une pièce ou un peu d'attention, il les ignore ou a une réaction absurde et inappropriée. Il devient ainsi de plus en plus détestable, on rit aisément de ses décisions, on se délecte de toute la satire que le réalisateur déverse sur nous. Jusqu'à un point de rupture d'abord amené par l'arrivée des filles de Christian, on ignorait d'ailleurs jusque là qu'il pouvait être père et lui semblait l'avoir oublié. Tout à coup, le film perd un peu en intensité, comme un retour brutal à la réalité.

 

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Puis, le film implose lors d'une scène à la fois surréaliste mettant petit à petit très mal à l'aise. Grâce au talent de l'acteur Terry Notary connu pour ses prestations en motion capture, dernièrement dans La Planète des Singes - Suprématie ou encore dans Kong, The Square va au bout de ce que peut proposer l'art contemporain avec un happening inattendu pour montrer l'humain dans son état le plus primitif. C'est la première fois que l'acteur se montre sans masque virtuel, presque nu, transformé en artiste extrémiste dans la métamorphose corporelle qu'il propose et dont la performance est quelque peu embarrassante. Alors qu'on se sent plutôt amusé au début, la scène commence à devenir longue et angoissante jusqu'à ce que plus rien ne soit maîtrisé. En une scène, le réalisateur s'en prend aux principaux thèmes de son film : jusqu'où peut-on aller dans l'Art et qu'est-ce que la nature humaine ? On peut retourner la question dans tous les sens, tout fonctionne, tout s'entremêle aisément : jusqu'où peut-on définir la nature humaine et qu'est-ce que l'Art ?

Après ça, il est difficile d'esquisser à nouveau un sourire. Le film tombe dans le drame total quand je me plaisais bien dans la satire. Christian est toujours empêtré dans des situations difficiles, mais la manière dont il s'en sort est presque trop consensuelle, moins risible, j'aurais aimé que le réalisateur assume sa folie jusqu'au bout et offre une issue chaotique à son personnage plutôt qu'une sorte de happy end. Il a certainement préféré ce type de dénouement pour pouvoir s'offrir quelques plans esthétiques dont une fouille de poubelles, métaphore visuelle entre la vie du riche et celle des sans-abri, dont justement la récurrence visuelle tout au long du film rappelle au spectateur l'individualisme de la société et l'ignorence dont elle fait preuve avec les plus démunis, même dans un pays vu comme l'un des plus égalitaire en Europe. 

28 octobre 2017

Logan Lucky ★★★

Je n'avais pas vu venir ce film. C'est en vacances à Stockholm en août dernier que j'ai découvert l'affiche dans le métro, réunissant Channing Tatum, Adam Driver, Daniel Craig, Riley Keough et Katie Hommes, entre autre. Intriguée par l'aspect clinquant en mode Fast and Furious avec cette grosse voiture qui dénote quelque peu avec la liste du casting, je cherche le nom du réalisateur : Steven Soderbergh, soit monsieur Ocean's Eleven et Magic Mike. Ça se tente, surtout qu'on dirait un mélange des deux. Le film est maintenant en salles chez nous, depuis le 25 octobre.

Channing Tatum est actuellement à l'affiche de deux films dans nos cinémas, le nouveau Kingsman et Logan Lucky. Étrangement, la même chanson y joue dans chacun un petit rôle dans l'intrigue, "Take me home, Country roads" de John Denver. On avait même entendu cet air musical dans Alien Covenant en début d'année. A croire qu'Hollywood s'est donné un défi de la placer au maximum cette année. Bref, Logan Lucky, c'est l'histoire de Jimmy et Clide, deux frères loosers, empêtrés dans leur petite bourgade de Virginie Occidentale, qui ont l'idée du casse du siècle pour remplir leur compte en banque bien trop vide.

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Instantanément, on a du mal à croire qu'ils arrivent à quoi que ce soit. Jimmy (Channing Tatum) a vu une carrière prometteuse dans le football américain s'évanouir après une blessure irréversible, il est maintenant pas grand chose, mais ferait tout pour le bonheur de sa fille. Son jeune frère Clide (Adam Driver) a lui perdu un bras à la guerre, il tient alors un petit bar mais semble assez pessimiste sur tout sujet qu'il aborde. Le décor est posé, tout cela semble bien ringard, mais cette entrée dans l'Amérique profonde est assez amusante.

Jimmy propose alors de faire un casse qui semble assez impossible lors d'une compétition de Nascar, une des plus grosses institutions sportives aux USA. L'idée est alléchante, vu le montant probable du jackpot, mais lorsqu'on voit ces deux là, puis les acolytes qu'ils vont se chercher, sous les conseils de leur spécialiste qui n'est nulle part ailleurs qu'en prison (Daniel Craig qui semble s'être beaucoup amusé) on a l'impression de se retrouver en plein dans un film des frères Coen à l'époque de O'Brothers. Quand on découvre les personnages de Fish et Sam Bang (Jack Quaid et Brian Gleeson) en pleine compétition de lancer de lunettes de toilettes lors d'une fête locale, on sent que l'aspect plouc débile va bien se fondre avec l'univers visuel coloré qui est une ode au mauvais goût. Tout y passe, on se demande si tout est si cliché que ça ou si on est plus proche de la réalité, mais on en rit aisément : les grosses voitures, les compétitions de mini miss, et même le directeur de la prison...

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La prison, parlons-en. Soderbergh a choisi de la rendre terne pour bien trancher avec l'extérieur, tout y est gris, la nourriture semble insipide, les tenues noires et blanches des détenus la transpose presque dans une dimension cartoonesque. Au delà du personnage improbable qu'est Joe Bang, le directeur de la prison est lui haut en couleur ! Il a quasiment sa petite histoire parallèle à celle du casse, bien que tout soit en effet lié. Chacune de ses décisions devient comme un gag à répétition qui fonctionnera jusqu'au bout. Je pourrai encore parler de chaque personnage, mais mon texte deviendrait trop long, bien que chacun soit une petite pépite dans son genre.

Mais au delà de tous ces personnages loufoques, il y a celle qui les a créés, la scénariste Rebecca Blunt. Honnêtement, je pensais apercevoir les noms d'Ethan et Joel Coen dans le générique tellement les personnages et les situations dans lesquelles ils s'empètrent pourraient fonctionner chez eux. Ils n'apparaissent pas non plus dans la production, le film étant en plus indépendant et produit en partie par une société créée par Soderbergh lui-même. La version officielle est que Rebecca Blunt, une amie de l'épouse du réalisateur, a simplement demandé à Soderbergh son avis sur une ébauche de ce scénario puisqu'il s'y connaît en film de casses, bien qu'ici on soit aux antipodes de l'univers ultra équipé et quasi pro de la série des Ocean's. Mais quand on cherche un peu, une rumeur court comme quoi le nom de Rebecca Blunt soit un pseudonyme. Elle n'a en effet que ce film à son actif. Est-ce sa femme, Jules Asner, ou bien lui-même qui se cache derrière ce nom ? On le saura peut-être un jour, car le scénario est vraiment bien ficelé, et associé à la vision colorée du réalisateur, on se surprend à passer un très bon moment devant une comédie décalée cachée derrière un film d'action déjanté.

22 octobre 2017

Blade Runner 2049 ★★★★

Faire une suite à Blade Runner, voilà une idée qui peut effrayer, surprendre ou même ennuyer. On touche de plus en plus à une époque qui a vu naître des chefs d'œuvres du Cinéma. Les productions se disent certainement que le remake ou la suite pourra les faire revivre, mais surtout en utilisant leur base solide, il y a peut-être moins d'effort à faire pour encaisser de l'argent rapidement. On le voit avec la grosse machine Star Wars relancée, ne faisant pas l'unanimité chez les fans mais ayant trouvé son public chez les jeunes, et qui ressemble plus à du marketing qu'à du cinéma. Parfois on se retrouve face à de bonnes surprises comme la trilogie de La Planète des Singes qui sait respecter son prédécesseur tout en trouvant son propre univers. Quand Ridley Scott s'est replongé dans l'univers d'Alien, on a peut-être pensé inconsciemment ce qu'il pourrait offrir comme suite à son autre grand film de l'époque. Et puis, on se souvient que Blade Runner existe en plusieurs versions, de la sortie en 1982 à la director's cut de 2007. Il en a peut-être fait le tour. Et voilà qu'on nous laisse entendre qu'une suite se prépare, que monsieur Scott laisse sa place à un jeune réalisateur ambitieux et au talent déjà affirmé, nul autre que Denis Villeneuve. L'idée nous plaît bien finalement.

J'ai un rapport très particulier avec Blade Runner. Je me souviens avoir essayé de le regarder adolescente, mais l'histoire me dépassait, je n'arrivais pas à entrer dans le film. Je sentais que je passais à côté d'un monument mais ça ne fonctionnait pas. Et puis j'ai eu la chance de faire partie d'une aventure extraordinaire, d'être présente à la présentation de la director's cut de 2007, dans la ville du cinéma, voir le film sur grand écran (même pas en entier mais assez pour être enfin frappé en plein visage) puis entrer dans le fameux Bradburry Building rhabillé pour l'occasion et y croiser quelques membres du casting dont une Sean Young quasi identique à celle de 1992, inoubliable et unique.

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Voir Denis Villeneuve aux commandes m'aura rassuré un moment, ayant adoré son entrée réussie dans l'univers impitoyable de la science fiction avec Premier Contact. Et puis j'ai pensé à J.J. Abrams que je pensais parfait pour faire revivre Star Wars comme il se doit et qui n'en a fait qu'une copie modernisée et édulcorée. Et s'il était écrasé par la pression des studios ? Sur ce genre de suite, on peut tomber dans deux pièges : soit la production prend possession du projet et l'aspect artistique est balayé au profit du tape à l'œil et des gros effets marketing telle la liste d'un casting alléchant, soit le réalisateur en fait trop et s'éloigne de l'univers original en voulant absolument mettre sa patte. 

Non, on ne relance pas une franchise ou quoi que ce soit, Blade Runner 2049 est bien le film de Denis Villeneuve et une suite convaincante et fidèle au premier. Certainement aussi grâce au scénariste Hampton Fancher qui a travaillé sur les deux, une bonne base solide. L'univers de la ville semble l'évolution logique, au niveau technologique et climatologique, entre le temps humide, les publicités géantes sur les buildings, et les voitures volantes. Il n'y a aucune surenchère, le film est tout simplement sublime et parfait visuellement. La version Imax permet une meilleure immersion, le film ayant été tourné avec cette technologie. Il est dommage que peu de salles soient équipées en France, l'expérience est vraiment convaincante (et pas que sur Blade Runner).

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Aujourd'hui, les "critiques" n'ont plus d'avis mitigés, soit c'est le chef d'œuvre de l'année, soit c'est une bouse. C'est aussi ce qu'on voit sur ce film. Pour ma part, Blade Runner 2049 est sacrément réussi, sans pour autant surpasser l'original. Et il soulève aussi un problème, le point de vue sur la fin de l'original, sur l'entité même du personnage d'Harrison Ford, les gens ne sont pas tous d'accord, et donc ils ne seront pas tous d'accord sur l'évolution ici présentée. Et il y a ceux qui seront déçus de ne pas voir Ford plus longtemps. Là, je lève les yeux aux ciel... Ce n'est plus son histoire même s'il en est une pièce importante.

L'histoire est centrée sur le personnage de Ryan Gosling, l'officier K, pour ceux qui en doutent encore. Oui, on ne voit presque que lui, donc, message à ceux qui ont du mal avec sa face peu expressive (et non inexpressive) ça peut être long. Surtout qu'il ne marche pas vite. Je pense sincèrement qu'il aurait pu marcher un poil plus vite on aurait facilement gagné 20 minutes, et c'est sûrement la seule chose négative que j'ai à dire. Oui, parlons de Gosling, il est l'incarnation parfaite pour un réplicant. Et pas n'importe quel réplicant ! Cette création de l'Homme évolue, en prenant en compte les erreurs du passé. Aujourd'hui, la série de réplicants dont fait partie l'officier K a été créée dans le but d'être docile, obéissant, bref le parfait fayot de la classe ! Sa chef l'adore, il fait tout ce qu'elle lui demande sans rien remettre en question, alors que ses collègues semblent le détester. La quête dans laquelle il se lance va pourtant le titiller un peu.

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La grosse question que je me posais était le sujet qui serait abordé. Dans le film de 1992/2007, Scott faisait une critique politique de la société, et poussait à la réflexion sur ce qui fait l'humain avec le jeu de questions pour repérer les réplicants. Dans 2049, on nous retourne encore une fois le cerveau en nous surprenant avec la nature même des réplicants, soulevant des questions sur ce qui rend l'Homme humain ("more humans than humans" résonne). Quand on pense comprendre, on n'y est pas vraiment, Gosling nous aidant à mener l'enquête, mais restant aussi perplexe que lui. Et en même temps on évolue dans cet univers post-apocalytique, amenant en arrière plan de manière quasi permanente la question de la destruction de la planète et de ses ressources. Ça rend les paysages encore plus beaux, Las Vegas est juste magnifique dans son atmosphère orange, mais quand on y pense, on n'aimerait pas tellement y mettre les pieds. 

Le film est plus contemplatif qu'actif, et demande de la réflexion au spectateur. Il y a peut-être moins de scènes d'actions que ce dont on pourrait s'attendre, mais ça ne m'a pas dérangé. Au contraire, j'ai vraiment apprécié ces phases de réflexion vers lesquelles on nous amène, entre le personnage mystérieux joué par Jared Leto ou l'hologramme Joy, interprété par Ana de Armas, et tous les petits indices semés tout au long du film. Certes, il est préférable d'avoir le cerveau alerte au moment de la séance, sans quoi on peut vite fatiguer et se perdre. Quoi qu'il en soit la séance en Imax m'aura émerveillée (je l'ai vu une première fois dans une salle classique, au Max Linder,cependant le son est vraiment plus plaisant en Imax et l'immersion est totale), mais je garde une place trop spéciale dans mon cœur à la director's cut de 2007 pour placer celui-ci au-dessus. Je salue tout de même le travail de toute l'équipe, parfait en tout point, et remercie Denis Villeneuve pour avoir gardé l'esprit intact et avoir su faire des hommages visuels de manière subtile.

09 octobre 2017

Traque à Boston ★★

Une part du cinéma américain aime traiter d'événements dramatiques encore tout chauds et les transformer en thrillers plus ou moins haletants. Peter Berg se prête au jeu en se plongeant au cœur du terrible attentat lors du marathon de Boston, avec en tête d'affiche Mark Wahlberg en sergent tourmenté de la police locale.

Traque à Boston replonge le spectateur lors de l'attentat qui a eu lieu en 2013vdans la capitale du Massachusetts en plein marathon. Sous forme de thriller le film met en avant une en course poursuite stressante. Porté par un casting de luxe, le film n'a pourtant rien d'original. Cependant, le scénario reste efficace et offre un divertissement sombre et haletant, sans surenchère. Mark Wahlberg surprend presque par la sobriété de son jeu. Il est entouré de Michele Monnaghan, Kevin Bacon, John Goodman et J.K. Simmons, tout aussi impeccables.

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Le casting est bon, l'histoire tient la route, on est captivé par la traque des terroristes, mais pourtant rien ne surprend vraiment. Est-ce la faute d'un scénario voulant être trop fidèle à la réalité ou bien ce besoin indéniable de patriotisme sur ce genre d'histoire ? Chacun se fera son idée. Pour ma part, je pense que rejouer si vite un fait si tragique n'apporte pas grand chose car il ne faut froisser personne tout en rendant hommage aux victimes et aux héros. Jamais on n'osera égratigner un policier et il ne faut créer aucune empathie avec le méchant de l'histoire. Tout doit être bien séparé, les gentils américains d'un côté et les méchants terroristes de l'autre...

On pense forcément au cinéma actuel de Clint Eastwood qui semble se passionner pour le fait réel mettant en lumière le héros ordinaire. Il prépare par ailleurs une reconstitution de l'attaque du Thalys. Au delà de la reconstitution façon caméra de surveillance et prise de vue par téléphone, toujours surlignée de lourdeurs patriotiques, le vrai bon moment de Traque à Boston reste justement la traque des terroristes. Leur fuite est assez chaotique et le paralèlle fait entre leur conviction qui leur donne une force surprenante et l'organisation très structurée des forces de l'ordre rend l'action captivante tout en offrant un peu de suspense.

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Au fond, tout cela est un beau prétexte pour offrir du spectacle. Un attentat ce sont des explosions et puis il y ici a cette fuite assez cinématographique. On n'échappe pas aux photos des victimes à la fin. L'américain sera content et fier, le spectateur lambda aura vu un thriller tout à fait correct qui l'aura divertit. Mais tout a arrière goût de fait réel trop récent qui ne permet pas de prendre trop de recul.

Retrouvez Traque à Boston en DVD ou blu-ray (sorti le 8 juillet 2017), édité par Metropolitan Filmexport.

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18 septembre 2017

120 battements par minute ★★★★

Récompensé par le Grand Prix du jury de Cannes en mai dernier, encensé par la presse, puis Prix du Public à Cabourb, 120 battements par minute semble faire l'unanimité depuis qu'il tourne dans les festivals. J'ai eu la chance de le découvrir en avant-première, vous pouvez maintenant le voir en salles (depuis quelques semaines même, je suis un peu en retard, oups).

Le troisième film réalisé par Robin Campillo, aussi scénariste et monteur, se penche sur le combat d'Act Up Paris au début des années 90. A cette époque, le sida fait des ravages et l'Etat semble fermer les yeux sur la gravité de la situation. Le groupe militant multiplie les actions pour que le sujet soit traité par les médias, pour ouvrir les mentalités et sensibiliser les jeunes, entre autre. Alors qu'on a la hantise de se retrouver devant un faux documentaire, Robin Campillo offre un film vivant, puissant et bouleversant.

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Le film s'ouvre sur une première action d'Act Up suivie d'une réunion des militants, on explique aux petits nouveaux leurs principes de fonctionnement. Le spectateur est prêt à les suivre, leur combat est clair, le ton est donné. Ils sont investis, chacun pour de bonnes raisons, certains plus extrémistes que d'autres, mais ils sont tous touchés de près ou de loin par le sida. On ressent leur fébrilité, leur colère, leur souffrance, mais une chose ressort c'est cette envie de vivre au maximum, de tout faire pour continuer à faire passer le message, à trouver des solutions. C'est un combat pour la vie, ça ressemble à la vie, on rit, on pleure, on souffre, on s'aime, tout ça savamment mélangé.

C'est rare que je n'ai absolument rien à reprocher à un film. Le jeu de chaque acteur est parfait, jamais surjoué. Ils sont tous crédibles et semblent investis réellement dans la cause. En plus, ils viennent d'horizons différents, pas seulement du cinéma, aussi du théâtre, du cirque ou de la danse. Cette troupe hétéroclite fonctionne pour un film choral crédible. Le montage est rythmé et assez intelligent pour rendre aussi passionnant chaque action d'Act up que la relation qu'entretient un duo de personnage. On navigue ainsi entre des moments intimes et les actions du groupe, mais aussi des tensions qui en ressortent de manière très naturelle, car au fond tout est lié. 

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Deux personnages, par l'évolution de leur relation et la confrontation de leur investissement (le petit nouveau vs l'extravertit hyper-investi) crèvent l'écran. Celui qui débarque chez Act up c'est Nathan joué par Arnaud Valois. Il se porte immédiatement volontaire pour suivre le groupe. Celui qui est une sorte de figure emblématique du collectif c'est Sean, parfaitement interprété par Nahuel Perez Biscayart. C'est deux là c'est la glace qui rencontre le feu. Leur nature respective semble les opposer et pourtant tout les attire, leur histoire se construit tout au long du film de manière émouvante, subtile. Ils sont bouleversants de vérité lorsqu'ils se confient l'un l'autre, que ce soit sur une histoire personnelle comme leur avis sur Act up. Leurs regards aussi sont très expressifs, ils sont sublimes.

120 battements par minute fait aussi écho à la musique. Le réalisateur a choisi d'illustrer son film en particulier de House music qui, pour lui, symbolise cette époque par son côté à la fois festif et tourmenté, même si tout le monde ne s'y retrouvait pas dedans. La House music est à 124 battements par minutes. Il utilise ce rythme souvent dans le film pour cadencer certaines séquences. On peut aussi imaginer que cela répond au rythme cardiaque qui s'emballe lors des actions ou des moments d'émotion.

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J'ai envie de rapprocher ce film à Polisse de Maïwenn. Les deux sont un film choral dont le groupe est investi dans un cause pas facile, en essayant de faire passer un message à des gens qui ne veulent pas ouvrir les yeux sur la gravité du problème. Chez Act up, on ne veut pas confiner le problème du sida aux seuls homosexuels, même si ici ce sont eux qu'on voient le plus, cela concerne tout le monde, mais les plus touchés sont aussi les prostitués, les drogués, les prisonniers... Ce qui rapproche les deux films c'est aussi la facilité de passer d'un instant joyeux, limite euphorique, à une situation extrêmement tendue voire dramatique.

120 battements par minute offre ainsi un concentré de vie mêlant drame et joie de manière naturelle. On est emporté, touché, par cette "joyeuse" troupe qui nous rappelle qu'à une époque, il n'y avait pas internet ou les téléphones portables et qu'on pouvait être créatifs pour se faire entendre des médias dominés par la télévision.