Nath va au cinéma

16 avril 2018

Dans la brume ★★

Ne vous fiez pas à ce petit "2 étoiles", Dans la brume vaut le coup d'œil ! Parce que Daniel Roby ose faire de la SF en France et qu'il le fait de manière bien maîtrisée. Même si on pouvait en attendre un peu plus du scénario, le réalisateur canadien signe ici un film catastrophe à la personnalité marquée, visuellement impeccable.

Paris, un ciel bleu qui inciterait à la promenade et à l'insouciance... Le temps d'une minute un tremblement de terre vient tout bouleverser et un épais brouillard sort du sous-sol pour rester et stagner sur toute la ville. Plus d'électricité et donc de communication ou de source d'information, c'est le black out total. Heureusement, Mathieu a le réflexe d'amener Anna au dernier étage chez leurs voisins pour échapper à cette brume qui semble mortelle. Pas d'inquiétude pour le moment pour leur fille Sarah atteinte d'une mystérieuse maladie rare qui la contraint à vivre dans une bulle hermétique, elle est protégée dans leur appartement. Mais les parents sont vite angoissés par l'idée que la réserve de batterie lâche et vont tout faire pour la sortir de là.

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Le pitch simple mais incroyablement efficace est réalisé avec beaucoup de rigueur. L'ambiance visuelle très réaliste, et donc très réussie, permet aux spectateurs d'avoir rapidement de l'empathie pour Mathieu et Anna, extrêmement courageux face à cette situation bien mystérieuse. On se retrouve en quelque sorte dans un huis clos, bien que l'espace soit plus vaste qu'une demeure, les rues de Paris ainsi dans le brouillard deviennent des dédales où l'on avance à tâtons, sans plus aucun repère. Le nombre de personnages est aussi fortement réduit. Pour tempérer avec les parents fébriles, le couple de voisins âgés sympathiques, merveilleusement joué par Anna Gaylor et Michel Robin, vient apporter un peu d'insouciance et de bonne humeur bienvenue.

Romain Duris se montre plus physique par rapport aux rôles qu'on a l'habitude de lui donner, toujours aussi charismatique, on le découvre ici crédible pour de l'action, il tient le film de bout en bout, énergique, déterminé, grave. Quant à Olga Kurylenko, plus habituée aux productions internationales d'action, surprend ici en étant si à l'aise avec le français comme en étant une mère poule tout aussi déterminée à tout faire pour son enfant. Finalement, la seule qui m'aura le moins convaincue sera justement Fantine Harduin qui joue Sarah, que je trouve un peu trop confiante dans sa bulle ou trop peu paniquée.

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Mais ça, c'est peut-être du côté du scénario que ça pèche, la fille est finalement mise de côté car elle est passive, on préfère se concentrer sur ceux qui sont dans l'action. Et autant le fait de ne pas comprendre d'où vient cette brume, ni d'avoir plus d'information sur la maladie de Sarah, ce n'est pas grave, on est sur un instant T face à des personnages qui veulent survivre. On serait à leur place, on n'en saurait pas plus. C'est plutôt du côté des détails que ça coince, car à force de vouloir épurer le scénario il reste peu de surprises. En tant que spectateur, pour ce genre de film,  on aimerait suffoquer plus, être plus stressé par la situation. Sans spoiler, certaines décisions des personnages paraissent stupides, c'est aussi énervant que lorsque dans un film d'horreur on voit ce personnage se réfugier dans un recoin alors qu'il aurait mille fois le temps de s'enfuir. C'est assez étrange d'ailleurs de devoir reprocher des faiblesses au scénario dans ses détails alors que sa structure générale est plutôt bonne.

Daniel Roby amène un vent nouveau dans le cinéma français avec cette production franco-québécoise et sa manière de filmer bien à lui, sans être dans le plan contemplatif des européens ni dans l'hyperactivité américaine. Ce qui est certain, malgré les faiblesses du scénario, Dans la brume a du caractère et de la personnalité. Comme quoi, la SF peut être exploitée en France, à bon entendeur...


11 avril 2018

Madame Hyde ★

Quand on n'accroche pas, on n'accroche pas ! Serge Bozon a un univers très particulier, trop particulier, difficilement préhensible pour un public non averti. Il revisite avec Madame Hyde le célèbre roman de Robert Louis Stevenson, L'Etrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde dans une vision plus contemporaine où il retrouve cinq ans après Tip Top Isabelle Huppert, totalement dévouée à son réalisateur.

La transposition de cette histoire dans un univers scolaire, pourquoi pas. Choisir une Madame Géquil pour le Docteur Jekyll, aucun problème, surtout quand on remarque le goût d'Isabelle Huppert dans le choix de rôles assez atypiques. Mais il ne faut pas oublier d'écrire un scénario captivant ! Ce scénario, co-signé avec Axelle Ropert, manque de peps. On se retrouve face à un film de seulement 1h35 qui semble durer une éternité et où l'ennui et la lenteur prennent le dessus sur la curiosité.

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Ici le Docteur Jekyll devient Madame Géquil, interprétée par Isabelle Huppert qui semble hypnotisée, professeur de physique intimidée par des élèves turbulents, mal dans sa peau, trop timide pour se rebeller. Au cours d'une expérience, elle est foudroyée et cela change quelque chose en elle. Là, on aurait aimé un double maléfique plus franc, la frontière entre Madame Hyde et Madame Géquil est bien trop fine ou alors trop subtile pour que cela m'interpelle. Le seul moment où cela est évident, ça en est grotesque visuellement bien que j'ai compris ce parti pris. Ces effets spéciaux luminescents ont un aspect presque amateur ou d'un temps révolu, en montrant le négatif littéral de la personne, en écho au générique d'ouverture.

Après s'être habitué à la diction récitée des acteurs, vraisemblablement voulue et surjouée, on se perd un peu dans l'histoire. Un élève se démarque, Malik, plutôt bien joué par Adda Senani. Il captive sa prof qui est certaine d'en tirer quelque chose. Là où la chose aurait pu être impertinente ou surprenante, on tombe dans un discours entendu sur les études, on anticipe même assez bien ce qui vient, la surprise manque attrocement.

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On continue à s'embrouiller en découvrant Romain Duris en proviseur à mèche folle, au potentiel comique avéré, chacune de ses apparitions est une sorte de bon courant d'air qui rafraîchit la scène, grâce à des dialogues absurdes plutôt amusants. Et puis on a José Garcia, en mari aimant, homme au foyer, dont la bonté et la bonne humeur paraît irréelle et disproportionnée par rapport au contexte. Même si chacun apporte une importance et une identité au film, on appréhende mal leur cohérence. On assiste aussi à une séquence rap, tel un clip inséré dans le film, qui a du mal à s'intégrer aisément dans sa scène, bien que la prestation soit de qualité.

Vous l'aurez compris, je n'ai pas été emballée par Madame Hyde. Dommage, j'aimais bien l'idée d'un film fantastique, qui ne l'est finalement pas, ni en genre, ni en surprise.

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07 avril 2018

L'Île aux chiens ★★★★

Wes  Anderson, quel génie ! L'Île aux chiens, quelle perfection ! C'est avec émerveillement que j'ai pu découvrir ce nouveau chef d'œuvre en avant-première, et j'ai même envie de le revoir car je suis sûre que j'ai loupé de nombreux détails tellement ce film foisonne d'idées, et pourquoi pas cette fois en version française, puisque le réalisateur a attaché beaucoup d'importance sur le choix de son casting voix, autant en anglais qu'en français.

Avant de réaliser cette petite merveille en stop motion, il a réuni Roman Coppola, Jason Schwartzman et Konishi Nomura pour écrire le scénario plein de rebondissements et d'aventures. De même, niveau technique, il s'est entouré des meilleurs pour donner vie à cet univers si personnel, nottamment avec Tristan Oliver, chef opérateur spécialiste de stop motion avec qui il a déjà collaboré. La musique n'est pas non plus prise à la légère, il rappelle une nouvelle fois Alexandre Desplat qui avait obtenu un Oscar pour The Grand Budapest Hotel, encore une fois très inspiré, qui a su mélanger les sons des tambours japonais à des cuivres modernes très enjoués. La qualité du boulot fourni est visible, tout est absolument parfait, le moindre détail est impeccablement maîtrisé (voir la petite vidéo de making of à la fin du post pour les plus curieux). Au moins, si par hasard on ne serait pas passionné par l'histoire, on ne peut que saluer le travail titanesque effectué sans aucun défaut. Une gourmandise pour les yeux, et les oreilles.

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Ne voyez pas ce film comme un dessin animé à la Pixar et compagnie, on est devant un film unique qui réunit d'ailleurs un casting exceptionnel (Bryan Cranston, Edward Norton, Frances McDormand en VO ou encore Vincent Lindon, Roman Duris et Isabelle Huppert en VF). D'ailleurs, les dialogues sont trop complexes pour les plus petits. En prise de vue réelle, seulement le côté "humain" aurait pu être correctement traité, mais les chiens étant de réels personnages, doté de parole et d'émotions, la solution parfaite est le stop motion pour allier tout cela. Wes Anderson avait déjà utilisé cette technique pour Fantastic Mr. Fox, ici il excelle de nouveau en réussissant à humaniser les toutous de manière extraordinaire et en jouant avec leur regard de manière intense (ces yeux, tellement vivants !). 

Anderson étant un perfectionniste, un amoureux des plans centrés, symétriques, c'est de manière naturelle qu'il se tourne vers l'esthétique du Japon. On ressent une profonde recherche pour rendre hommage à la fois au cinéma japonnais (dans la construction des plans, l'ambiance...) mais aussi à la culture et à l'Art japonnais, entre légendes, estampes et traditions. Au final, on prend plaisir à découvrir cette ville fictive, dans un futur proche et pourtant qui semble hors du temps, et qui nous transporte intensément dans ce conte moderne et politique.

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Le maire de Megasaki décide d'isoler tous les chiens de la ville sur une île poubelle afin de protéger la population d'une grippe canine. Derrière ce qui semble être une décision d'urgence sanitaire se cache un complot bien plus perfide. En donnant la parole aux chiens, d'ailleurs c'est assez drôle de les voir parler un anglais parfait, en leur donnant une conscience, il les humanise totalement. On n'est plus face à l'Homme versus l'Animal, mais face à deux ethnies différentes, dont l'une prend le dessus sur l'autre et la pousse à l'exil, à l'oubli, jusqu'à la remplacer par un modèle mécanique soumis. Heureusement, Atari, un jeune garçon intrépide n'accepte pas d'oublier son chien et part à sa recherche sur l'île interdite, quel que soit le danger, il sera prêt à tout...

Je n'en dirai pas plus pour vous laisser découvrir ce film assez surprenant et, je ne le répèterai pas assez, d'une perfection incroyable. Le stop motion n'est pourtant pas nouveau, mais Wes Anderson s'est lancé un défi de taille pour arriver à ce résultat, l'animation complexe est à la hauteur de l'énergie du scénario. Jamais on ne s'ennuie, impatient de découvrir comment la fine équipe autour d'Atari va s'en sortir, à l'affut des subtiles traits d'humour de ces drôles de toutous. Quant au cinéphile, il se délectera aussi de nombreuses références, de Kurosawa à Kubrick. A découvrir impérativement en salle dès ce mercredi 11 avril !

 Petit making-of :

Bande annonce :

25 mars 2018

The Disaster Artist ★★★★

C'est étrange d'avoir très envie de voir The Room, apparemment l'un des pires films de l'histoire du Cinéma, grâce à ce gros délire made by James Franco qui s'amuse à en reconstituer les coulisses. Qu'est-ce qui rend ce nanar si intéressant pour se voir offrir un long métrage à la gloire de son créateur ? Peut-être une vision plus réaliste d'Hollywood, peut-être aussi la curiosité qu'amène le personnage excentrique qu'est Tommy Wiseau, peut-être encore le seul fait d'être arrivé au bout de la production chaotique de ce film insensé.

J'ai vu des articles passer ironisant sur James Franco, vu comme un piètre acteur, qui ne serait finalement pas mauvais pour incarner un mégalo, l'étant lui-même... Je ne me permettrai pas de juger cet homme, je ne l'ai jamais rencontré pour pouvoir dire ça. Ce que j'ai vu ici est une très belle interprétation, il est captivant et accroît la curiosité autour du mystérieux Tommy Wiseau. En offrant le rôle de Greg Sestero à son frère Dave, il s'aide peut-être de leur complicité naturelle pour mieux faire passer à l'écran ce sentiment d'amitié fraternelle.

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L'amitié est le point de départ de cette histoire et aussi son fil conducteur, on peut même appeler cela une "bromance". Sans cette rencontre entre Tommy et Greg, The Room n'aurait jamais vu le jour. En effet, Wiseau a nourri son scénario de sa vie et donc de sa rencontre avec Greg. Surtout, ils se sont auto-motivé pour se lancer dans l'aventure à Hollywood. L'un n'aurait jamais sauté le pas sans l'autre et ça fonctionne dans les deux sens. 

Puis il y a la passion du Cinéma. The Disaster Artist est un réel hommage à tous ceux qui tentent de percer à Hollywood, à tous ceux qu'on ne voit pas mais sans qui aucunes productions ne seraient possible. Greg rêve d'être acteur, Tommy le convainc de son talent. Tommy, lui, est un personnage captivant car complètement mégalo et mystérieux (on ne sait pas d'où il vient, quel âge il a et semble avoir une fortune colossale — je le soupçonne d'être un vampire...). Il est obsédé par le rêve américain et lorsqu'il prend conscience qu'il peut s'offrir lui-même un film, il se donne les moyens d'aller au bout de sa folie, quitte à ce que ça en devienne surréaliste (mais le voit-il seulement ?).

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La production de The Room est effarante. D'un côté, une équipe technique se monte dans la minute mais les techniciens semblent tout de même sceptiques. Ils ne sont pas bien convaincus pas ce qu'ils vont tourner, mais le cachet alléchant met fin à leur doute (Wiseau joue à l'américain tel qu'il l'imagine, on obtient ce qu'on veut avec de l'argent et c'est exactement le principe de sa production). Le casting a l'air d'une blague type caméra cachée, pourtant les acteurs vont au bout et voient en cela toujours une opportunité à se retrouver à l'affiche d'un long métrage. C'est juste délirant lorsqu'on les voit discuter lors d'un déjeuner à se demander quel est le sens du scénario alors que le tournage est déjà bien avancé. Aussi, il est impossible de ne pas être hilare face à la médiocrité du jeu du personnage de Wiseau qui laisse toute l'équipe désarmée face à lui, mais c'est le boss, alors on tourne, même si rien n'a de sens...

Le fabuleux scénario de The Disaster Artist est signé Scott Neusadter et Michael H. Weber, adapté du livre éponyme de Tom Bissel et Greg Sestero. Associé à la réalisation de James Franco, on se retrouve avec un film extrêmement drôle, mais n'oubliant pas le brin de sensibilité nécessaire pour ne pas tomber dans la simple parodie scabreuse. On est face à une comédie fine, hilarante, presque improbable du fait qu'elle dépeint une histoire vraie.

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Le spectateur vit une mise en abîme assez déstabilisante à un moment précis, celui de la projection de The Room en avant première, durant laquelle la salle est hilare d'un rire moqueur face à la médiocrité de l'œuvre projetée. Et forcément, on rit pour la même chose. Mais on se sent mal car on comprend que Wiseau a mis toute son âme et toute sa passion à monter The Room, il est sincère dans sa maladresse et se voit humilié. On vient de l'apprécier, de comprendre sa personnalité, même de s'attacher à ce personnage louffoque,pour finir par se moquer de lui sans retenu. Cela fait apparaître une grande part d'humanité et fait éclater toute l'amitié si sincère et profonde entre lui et Greg, la scène en devient émouvante.

Juste pour cela, j'ai maintenant extrêmement envie de voir The Room. Pour voir à quel point on peut être borné et passionné pour faire un film sans trop rien y connaître mais en étant trop têtu et fier pour ne pas écouter les conseils qui auraient pu l'améliorer un tant soit peu. Et aussi pour l'une des plus fortes amitiés portées à l'écran jusqu'à présent. 

13 mars 2018

The Rider ★★

Grand Prix du dernier Festival de Deauville, The Rider nous plonge dans une Amérique rurale peu commune. L'œil de Chloé Zhao, dont c'est seulement le deuxième long métrage, a su capter avec beaucoup de sensibilité l'histoire de Brady, un jeune cowboy qui voit son univers s'effondrer après un accident de rodéo.

Lorsque j'ai découvert ce film, j'ai été un peu déroutée. J'avais l'impression de regarder un documentaire et pourtant les plans étaient vraiment cinématographiques dans leur composition, invitant plutôt à la fiction. L'ouverture sur Brady, en gros plan, sur sa cicatrice pas tout à fait guérie, est difficilement envisageable dans un documentaire. On nous confronte directement à la souffrance de cet homme, tout d'abord physique, mais surtout psychologique. Puis les scènes avec les chevaux sont plus brutes, ramènent à une réalité palpable, difficilement réalisable dans une pure fiction sur un film indépendant à petit budget. Le lien entre les hommes et les chevaux ne peuvent être que réels.

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Un documentaire ? Une fiction ? Un docu-fiction à l'esthétique léchée et minimaliste. Tout s'explique : Chloé Zhao a construit son film autour de Brady, qui n'est pas un personnage fictif. Justement, la plupart des personnages du film sont joués par eux-mêmes, très peu d'acteurs se retrouvent au casting. Leur amateurisme ne se ressent aucunement, tout paraît sincère et naturel.

La démarche de la réalisatrice est alors très intéressante. Elle a rencontré les cowboys Lakota, qui ont la particularité d'être un étrange mélange entre le cowboy et l'indien, lors du tournage de son premier long-métrage à Pine Ridge. Puis elle y est retournée quelques années plus tard et a rencontré Brady. L'idée d'un film sur son rapport avec les chevaux en a émergé mais son projet s'est vu bousculé par l'accident de rodéo qu'il subira vraiment. Elle ne l'abandonne pas, au contraire, et continue de s'entretenir avec Brady pour comprendre ses motivations.

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Il est évident que Brady a un lien particulier avec les chevaux. Alors quand en comprend dès le début du film qu'il lui est quasi impossible de reprendre sa vie d'avant, tant comme éleveur que comme star du rodéo, on se doute que tout le cheminement vers la fin sera porté par cette question : remontera t-il ou ne remontera t-il pas ? Et ce cheminement peut paraître bien long, pourtant rythmé par les confrontations avec son entourage, de sa sœur aimante à son père aigri, de ses admirateurs qui l'encouragent à son meilleur ami paralysé par un accident de rodéo lui aussi.

J'ai bien vu les intentions de la réalisatrice, son travail délicat sur la personnalité de Brady, son approche psychologique intelligente, ses plans contemplatifs à la photographie poétique, son histoire immersive sans être intrusive. Et pourtant je n'ai pas été pleinement convaincue ni touchée par The Rider. Peut-être que le sujet ne m'intéressait pas car je n'ai pas ressentie d'empathie pour Brady, je n'ai fait que constater la malheureuse situation dans laquelle il se trouve, au milieu de cette campagne américaine tout aussi triste, la seule qu'il ait connue. Par contre, j'ai trouvé remarquable la manière dont Zhao a capté le lien entre l'homme et l'animal. Cela m'a rappelé l'exposition "Like a horse" que j'ai pu visiter cet été à Fotografiska à Stockholm, notamment les travaux d'Erika Larsen (People oh the horses à voir ici). 

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03 mars 2018

Black Panther ★★★

Marvel ne cesse de me divertir et de me surprendre. Après Thor en mode space opera comique à l'univers ultra-kitch assumé, voici Black Panther, surprenant à sa manière, qui est un peu plus sérieux et grave stylé. Troisième long métrage de Ryan Coogler, troisième fois qu'il aborde intelligemment son sujet, troisième collaboration avec Michael B. Jordan (après Creed et Fruitvale Station). Le monsieur a du talent, il va falloir garder un œil sur lui.

Black Panther nous a été introduit dans Captain America Civil War tel un teasing alléchant. Ici on fait connaissance avec le personnage, son origine, ses valeurs, sa destinée. Comme je ne lis pas les comics, c'est une découverte totale pour moi. Je découvre avec émerveillement Wakanda, la contrée de T'Challa, un royaume africain futuriste. Les influences visuelles de différentes ethnies existantes ont influencé les costumes et les décors avec respect et goût. C'est une merveille visuelle. Le seul bémol visuel sera dans certains traitements de re-création 3D du personnage de Black Panther en action, au mouvement parfois trop lisse, les effets spéciaux en sont perceptibles.

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L'aspect très positif du film réside dans son message à la fois politique, tolérant et féministe. J'ai encore plus envie de rigoler aujourd'hui quand on dit que Wonder Woman est un film féministe. Mettre des femmes qui se battent ne justifie pas tout. Ici, toute la société de Wakanda est paritaire, homme ou femme, cela est égal tant que chacun rempli ses devoirs. Autre aspect marquant, dans la plupart des productions hollywoodiennes, on a tout de même un peu trop l'habitude de stigmatiser les Afro-américains, il y en a même comme Girls Trip, récente comédie, qui ciblent de manière assumée son public. Dans Black Panther, cela fait du bien de retrouver sur le même niveau Africains, Occidentaux et Asiatiques, le racisme est balayé et même oublié pour se concentrer sur le destin de T'Challa dans un discours universel.

Côté casting, ça envoie encore une fois du lourd et les acteurs semblent prendre au plaisir chez Marvel. Chadwick Boseman mérite le costume de super-héros, il dégage quelque chose de humble et respectueux à l'image de son personnage. Autour de lui, chaque second rôle se fait remarquer. Lupita Nyong'o, la belle qui fait de l'œil à T'Challa, loin d'être niaise, est l'une des femmes fortes du film. A ses côtés, il y a entre autre Danai Gurira en chef de garde fidèle et déterminée (elle me fait penser à Ver Gris dans Game of Thrones mais en beaucoup plus expressif) et Letitia Wright, la petite sœur malicieuse, génie euphorique, un vrai rayon de soleil. Voici trois personnages féminins qui ne sont pas là pour faire joli ou mettre en valeur le héros, mais elles sont bien des pièces maîtresses indispensables pour agir à ses côtés, trois rôles écrits pour avoir du sens. 

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Et puis, Daniel Kaluuya qui s'était fait remarquer dans Get Out sait trouver sa place dans ce casting faramineux. On retrouve Martin Freeman, son personnage ne me convainquait déjà pas dans Civil War, ça n'est guerre mieux ici. Soit c'est l'acteur qui a cette tendance à ne jamais se sentir à sa place, soit on lui demande de transmettre ce sentiment, mais pour moi ça ne colle pas avec cet agent de la CIA.

Côté "méchants", c'est toujours un plaisir de voir œuvrer Andy Serkis à l'écran, surtout qu'il n'est pas caché derrière un costume de motion capture. Il ne fait que prouver son génie, cet acteur est définitivement incroyable. J'en aurais même aimé un peu plus. Et bien sûr, je garde le meilleur pour la fin (sans pouvoir tous les citer, tellement ils ont tous leur place), Michael B. Jordan, le parfait adversaire pour Black Panther, qui garde sa fougue et son audace de Creed. Ryan Coogler et lui se sont bien trouvés, on leur souhaite encore beaucoup de grands films ensemble. 

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Je pourrais aussi parler de la musique qui colle parfaitement au thème mais là mon texte deviendrait bien trop long pour un blockbuster qui n'a tout de même pas la carrure d'un chef d'œuvre. C'est une production maîtrisée, qui sait faire fonctionner sa recette d'un film à l'autre tout en laissant un son réalisateur exprimer son univers. Bref, j'ai passé un très bon moment devant Black Panther qui m'a offert un divertissement intelligent avec juste ce qu'il faut d'humour pour garder la ligne définie par Marvel sans tomber dans le délire de Thor Ragnarok (ce qui ne serait pas justifié ici). Prochain rendez-vous avec Avengers Infinity War ? Je me laisserai facilement tenter finalement !

24 février 2018

Lady Bird ★★★

Lady Bird entre directement dans la liste de mes films favoris qui savent traiter du complexe sujet de l'adolescence. Ni conte de fée, ni comédie à l'américaine, ni esclusivement dramatique, Greta Gerwig a capté avec justesse et humanité les derniers mois de Christine au College à un âge où tout est contradiction. Autant dire que ce premier long métrage seule derrière la caméra est très réussi, dans la lignée de Little Miss Sunshine ou Juno.

Cette fin de mois de février est marquée par la question adolescente, avec comme principal visage Timothée Chalamet qui semble se dessiner comme le nouvel acteur chouchou de la jeunesse en vogue. Il va faire sensation dans Call me by your name, en salle aussi le 28 février, et campe ici le rôle secondaire du camarade de classe mi-séducteur mi-complotiste. Dans un tout autre genre il y a aussi Les Tuche 3 qui effleure le sujet avec le cadet de la famille, mais ça c'est une tout autre histoire bien insignifiante à côté de ces deux sublimes films indépendants (je pensais rire un peu en allant le voir, mais c'est bien loupé, Olivier Baroux a oublié d'écrire un scénario dans la précipitation des présidentielles).

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Lady Bird c'est le pseudonyme auquel s'accroche Christine. La jeune fille est pleine de contradictions, comme tout être normalement constitué de son âge. Elle est persuadée d'être une artiste, elle vise des universités de la côte Est pour fuir sa petite ville californienne qu'elle déteste, elle a des rêves plein la tête qu'elle partage avec sa meilleure amie Julie (fantastique Beanie Feldstein). Mais ce dont elle semble sûre, c'est que sa mère la déteste. Et toute l'intelligence du film se met en place dans ce jonglage entre les petits tracas, les drames familiaux et les questions existentielles parfaitement maîtrisé. 

A 23 ans, Saoirse Ronan a déjà une vingtaine de films à son actif, et a notamment tourné pour Wes Anderson (The Grand Budapest Hotel), Ryan Gosling (Lost River) ou Peter Jackson (Lovely Bones). Avec Timothée Chalamet, ils reflètent une nouvelle génération d'acteurs qui semble avoir une carrière prometteuse à leur portée. Elle illumine Lady Bird avec une apparente facilité, beaucoup de fraîcheur et une impertinence indissociable de son personnage. Voici une actrice à suivre en commençant par l'admirer ici.

Le sujet mère-fille est le point central de ce film. On retrouve dans le rôle de la maman Laurie Metcalf, pilier d'une famille fragile mais aimante. Attention, on n'oublie pas le papa qu'on apprend à connaître au fur et à mesure, joué avec tendresse par Tracy Letts. Cette petite famille a ses qualités et ses défauts, et on s'attache aux personnages très vite, surtout grâce à la vivacité de Lady Bird.

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Ce film n'a pourtant rien d'extravagant mais chaque détail apporte un petit quelque chose qui rend cette histoire banale follement intéressante. Un exemple : Lady Bird rêve de poursuivre ses études sur la côte Est, il en est hors de question pour sa mère, trop loin, hors budget, et elle n'a pas le niveau scolaire adéquat. Et pourtant, l'argument de la jeune fille qui ne se démonte jamais est grandiose : il y a moins de demandes dans ces universités suite aux attentats du 11 septembre, donc ces chances sont augmentées. Je ne me souviens pas avoir déjà vu cet événement sous cet aspect là. Tout est comme ça, toute chose insignifiante car routinière ou semblant sans intérêt prend une autre dimension dans l'univers de Lady Bird. C'est un enchantement.

Comment choisir ce mercredi 28 février entre Lady Bird et Call me by your name ? Faut-il choisir ? Et pourquoi ne pas aller les voir tous les deux, pour une journée thématique auto-organisée et auto-intitulée "Instant d'adolescence au cœur chamboulé" ! Si la belle gueule de Chalamet ne vous fait pas chavirer, l'impertience de Lady Bird devrait au moins vous séduire. 

21 février 2018

Mon Garçon ★★★


Retrouvez Mon Garçon en DVD et Bluray (sortie le 23 janvier 2018), édité par Diaphana Distribution. Voir toute l'actualité de Diaphana sur son site et sa page Facebook.

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Je regrettais de ne pas avoir pu trouver le temps d'aller voir Mon Garçon à sa sortie en salle, ce ne pouvait être meilleure surprise que de le découvrir en DVD. Christian Carion réussit ce thriller haletant en offrant un rôle unique à Guillaume Canet, magistral.

Au visionnage du film, je ne me serais jamais douté de la manière dont il a été construit. On découvre le personnage de Julien (Guillaume Canet) qui rejoint son ex-femme (Mélanie Laurent) en montagne lorsqu'il apprend que leur fils a disparu. Ce sera alors pour lui une rapide descente aux enfers, il fera tout pour le retrouver. Dans l'esprit, on se rapproche de Prisoners avec un Hugh Jackman enragé par une situation similaire. 

En soi, c'est un bon thriller, malgré le peu de surprises. Là où le concept du tournage gagne en ambiance fébrile, le scénario perd forcément en surprises et reste attendu, bien que proprement réalisé. Les scènes se succèdent dans une tension qui monte petit à petit, filmées par une caméra à l'épaule bien pensée et bien maîtrisée. 

018934Là où un film américain ferait de la surenchère en accompagnement musical pour bien souligner la tension d'une scène, Mon Garçon préfère mettre en avant le silence qui permet d'isoler avec encore plus de force le personnage de Julien. Peu de musique donc, lorsqu'il y en a, elle est utilisée avec subtilité et sens.

Les acteurs sont géniaux. Aucun surjeu, tout paraît très vrai et habité. Mélanie Laurent est en détresse et Canet est simplement bluffant. C'est en regardant le making off en bonus du DVD qu'on peut se rendre compte à quel point le pari de Christian Carion est fou et pour le réussir il était indispensable d'avoir un casting à la hauteur.

Le réalisateur a demandé un exercice peu commun à ses acteurs. Au-delà de s'obliger à filmer quasi en temps réel (6 jours de tournage à équipe très réduite), il a convaincu Guillaume Canet de venir sur le tournage sans en connaître le script, il savait simplement que son fils avait disparu et qu'il n'était plus avec la mère. Il a découvert le reste de l'histoire en même temps que son personnage. Pour que cela fonctionne, les autres acteurs et toute l'équipe technique doivent tout faire pour guider et obtenir les réactions recherchées, tout en s'adaptant à l'attitude souvent inattendue de Canet.

016434Tout est donc spontané et vrai. On sent Canet à vif, ses réactions ont apparemment dépassé les attentes du réalisateur tout en apportant de meilleures choses aux scènes. L'acteur a du être manipulé en permanence par toute l'équipe et cela a fait ressortir un talent inné d'improvisation de sa part. En sachant cela, et les anecdotes du making off sont vraiment enrichissantes, le résultat est bluffant.

Mon garçon est un thriller efficace, sans artifice, offrant la tension nécessaire au genre. Canet y est épatant (sera t-il récompensé par un César ? Ce serait bien Rock'n Roll cela). L'expérience cinématographique audacieuse avec ses contraintes de tournage surprenantes est réussie.