Le réalisateur de Sicario et Prisonner se lance dans la science-fiction avec Premier Contact. Ce film au scénario intense et délicat, à l'esthétisme très épuré, revisite le grand thème de la rencontre extra-terrestre.
 
Inspiré de la nouvelle de Ted Chiang "L'Histoire de ta vie", Denis Villeneuve se lance dans un nouveau genre cinématographique avec Premier Contact, après avoir fait ses preuves en traitant le drame (Incendies) et le thriller (Sicario). Bien souvent, ce thème se traduit en guerre, l'extra-terrestre étant perçu comme une menace pour l'Humanité. On se souvient de Rencontres du troisième type de Steven Spielberg qui présentait une vision plus pacifique et rêveuse. Puis plus récemment, District 9, de Neill Blomkamp, montrait la nature humaine qui a peur de ce qu'il ne connaît pas en isolant ces êtres venus de l'espace, sans trop chercher à les comprendre.

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Premier Contact a pour base une sorte de mélange de l'esprit de ces deux films, tout en proposant une approche nouvelle, comme a pu le faire Midnight Special en début d'année, mais de manière plus aboutie. En effet, la Terre est bouleversée par l'arrivée soudaine de douze vaisseaux inconnus, positionnés sans trop de logique aux quatre coins du monde. Chaque pays concerné tente d'établir un contact avec eux, mais l'expérience est vite troublée par le manque de compréhension entre les extra-terrestres et les Humains. Aux Etats-Unis, un des vaisseaux s'est stationné dans le Montana et l'armée fait appel à Louise Banks, une linguiste, et au physicien Ian Donnelly pour communiquer avec ces êtres venus d'ailleurs dans le but de comprendre leurs intentions.
 
Pour de la science-fiction, ce film dégage quelque chose d'incroyablement paisible, avec tout de même une pointe de tension permanente. Le spectateur se sent presque comme le personnage interprété avec beaucoup de justesse par Amy Adams. On ressent à la fois une appréhension, un peu de peur à découvrir l'inconnu, et puis elle a une sacrée pression sur les épaules. C'est elle qui a l'honneur de tenter de parler avec les extra-terrestres, sous le contrôle de l'armée et donc du gouvernement, et un simple faux pas pourrait être fatal. Tout le film repose sur la communication : comment l'établir, comment interpréter un nouveau langage.

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Quand on y pense, pendant presque deux heures, on regarde cette femme, épaulée par Jeremy Renner en scientifique réalisant son rêve d'enfant, un peu surexcité et trop impatient au début, tenter d'établir un mode de communication avec des extra-terrestres. Et on ne s'ennuie jamais, malgré le fait qu'on se retrouve dans un décor très restreint. Chaque avancée est excitante, tel un énorme puzzle dont on découvre le motif petit à petit. Le duo fonctionne parfaitement, les deux acteurs ont établi une complicité visible. En parallèle, la tension monte due à la nature humaine, quand on ne comprend pas, la peur prend le dessus et on sort les armes...
 
Sans grands effets spéciaux, ni destruction massive, ce film offre une esthétique très épurée et efficace. Certains plans rappèlent l'aspect épuré d'un 2001 : l'odyssée de l'espace, d'ailleurs les vaisseaux ont une simplicité semblable à celle du monolithe, et la première approche de l'équipe d'exploration fait échos à la scène sur la Lune du film de Kubrick. Musicalement, c'est tout aussi simple et fort, le compositeur Jóhann Jóhannsson a su créer une ambiance sonore unique qui colle parfaitement à l'image.

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La présence extra-terrestre n'est presque qu'un prétexte afin de se poser de nouvelles questions sur la logique humaine, sa situation présente et donc son avenir, et surtout d'explorer l'intime et le rapport à la mort, ce qui apporte une dimension émotionnelle inattendue et bienvenue dans cette histoire aussi palpitante qu'une partie d'échecs. Denis Villeneuve surprend dans ce nouveau registre SF, on l'attend donc au tournant en octobre 2017 pour soa suite de Blade Runner.