Faire une suite à Blade Runner, voilà une idée qui peut effrayer, surprendre ou même ennuyer. On touche de plus en plus à une époque qui a vu naître des chefs d'œuvres du Cinéma. Les productions se disent certainement que le remake ou la suite pourra les faire revivre, mais surtout en utilisant leur base solide, il y a peut-être moins d'effort à faire pour encaisser de l'argent rapidement. On le voit avec la grosse machine Star Wars relancée, ne faisant pas l'unanimité chez les fans mais ayant trouvé son public chez les jeunes, et qui ressemble plus à du marketing qu'à du cinéma. Parfois on se retrouve face à de bonnes surprises comme la trilogie de La Planète des Singes qui sait respecter son prédécesseur tout en trouvant son propre univers. Quand Ridley Scott s'est replongé dans l'univers d'Alien, on a peut-être pensé inconsciemment ce qu'il pourrait offrir comme suite à son autre grand film de l'époque. Et puis, on se souvient que Blade Runner existe en plusieurs versions, de la sortie en 1982 à la director's cut de 2007. Il en a peut-être fait le tour. Et voilà qu'on nous laisse entendre qu'une suite se prépare, que monsieur Scott laisse sa place à un jeune réalisateur ambitieux et au talent déjà affirmé, nul autre que Denis Villeneuve. L'idée nous plaît bien finalement.

J'ai un rapport très particulier avec Blade Runner. Je me souviens avoir essayé de le regarder adolescente, mais l'histoire me dépassait, je n'arrivais pas à entrer dans le film. Je sentais que je passais à côté d'un monument mais ça ne fonctionnait pas. Et puis j'ai eu la chance de faire partie d'une aventure extraordinaire, d'être présente à la présentation de la director's cut de 2007, dans la ville du cinéma, voir le film sur grand écran (même pas en entier mais assez pour être enfin frappé en plein visage) puis entrer dans le fameux Bradburry Building rhabillé pour l'occasion et y croiser quelques membres du casting dont une Sean Young quasi identique à celle de 1992, inoubliable et unique.

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Voir Denis Villeneuve aux commandes m'aura rassuré un moment, ayant adoré son entrée réussie dans l'univers impitoyable de la science fiction avec Premier Contact. Et puis j'ai pensé à J.J. Abrams que je pensais parfait pour faire revivre Star Wars comme il se doit et qui n'en a fait qu'une copie modernisée et édulcorée. Et s'il était écrasé par la pression des studios ? Sur ce genre de suite, on peut tomber dans deux pièges : soit la production prend possession du projet et l'aspect artistique est balayé au profit du tape à l'œil et des gros effets marketing telle la liste d'un casting alléchant, soit le réalisateur en fait trop et s'éloigne de l'univers original en voulant absolument mettre sa patte. 

Non, on ne relance pas une franchise ou quoi que ce soit, Blade Runner 2049 est bien le film de Denis Villeneuve et une suite convaincante et fidèle au premier. Certainement aussi grâce au scénariste Hampton Fancher qui a travaillé sur les deux, une bonne base solide. L'univers de la ville semble l'évolution logique, au niveau technologique et climatologique, entre le temps humide, les publicités géantes sur les buildings, et les voitures volantes. Il n'y a aucune surenchère, le film est tout simplement sublime et parfait visuellement. La version Imax permet une meilleure immersion, le film ayant été tourné avec cette technologie. Il est dommage que peu de salles soient équipées en France, l'expérience est vraiment convaincante (et pas que sur Blade Runner).

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Aujourd'hui, les "critiques" n'ont plus d'avis mitigés, soit c'est le chef d'œuvre de l'année, soit c'est une bouse. C'est aussi ce qu'on voit sur ce film. Pour ma part, Blade Runner 2049 est sacrément réussi, sans pour autant surpasser l'original. Et il soulève aussi un problème, le point de vue sur la fin de l'original, sur l'entité même du personnage d'Harrison Ford, les gens ne sont pas tous d'accord, et donc ils ne seront pas tous d'accord sur l'évolution ici présentée. Et il y a ceux qui seront déçus de ne pas voir Ford plus longtemps. Là, je lève les yeux aux ciel... Ce n'est plus son histoire même s'il en est une pièce importante.

L'histoire est centrée sur le personnage de Ryan Gosling, l'officier K, pour ceux qui en doutent encore. Oui, on ne voit presque que lui, donc, message à ceux qui ont du mal avec sa face peu expressive (et non inexpressive) ça peut être long. Surtout qu'il ne marche pas vite. Je pense sincèrement qu'il aurait pu marcher un poil plus vite on aurait facilement gagné 20 minutes, et c'est sûrement la seule chose négative que j'ai à dire. Oui, parlons de Gosling, il est l'incarnation parfaite pour un réplicant. Et pas n'importe quel réplicant ! Cette création de l'Homme évolue, en prenant en compte les erreurs du passé. Aujourd'hui, la série de réplicants dont fait partie l'officier K a été créée dans le but d'être docile, obéissant, bref le parfait fayot de la classe ! Sa chef l'adore, il fait tout ce qu'elle lui demande sans rien remettre en question, alors que ses collègues semblent le détester. La quête dans laquelle il se lance va pourtant le titiller un peu.

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La grosse question que je me posais était le sujet qui serait abordé. Dans le film de 1992/2007, Scott faisait une critique politique de la société, et poussait à la réflexion sur ce qui fait l'humain avec le jeu de questions pour repérer les réplicants. Dans 2049, on nous retourne encore une fois le cerveau en nous surprenant avec la nature même des réplicants, soulevant des questions sur ce qui rend l'Homme humain ("more humans than humans" résonne). Quand on pense comprendre, on n'y est pas vraiment, Gosling nous aidant à mener l'enquête, mais restant aussi perplexe que lui. Et en même temps on évolue dans cet univers post-apocalytique, amenant en arrière plan de manière quasi permanente la question de la destruction de la planète et de ses ressources. Ça rend les paysages encore plus beaux, Las Vegas est juste magnifique dans son atmosphère orange, mais quand on y pense, on n'aimerait pas tellement y mettre les pieds. 

Le film est plus contemplatif qu'actif, et demande de la réflexion au spectateur. Il y a peut-être moins de scènes d'actions que ce dont on pourrait s'attendre, mais ça ne m'a pas dérangé. Au contraire, j'ai vraiment apprécié ces phases de réflexion vers lesquelles on nous amène, entre le personnage mystérieux joué par Jared Leto ou l'hologramme Joy, interprété par Ana de Armas, et tous les petits indices semés tout au long du film. Certes, il est préférable d'avoir le cerveau alerte au moment de la séance, sans quoi on peut vite fatiguer et se perdre. Quoi qu'il en soit la séance en Imax m'aura émerveillée (je l'ai vu une première fois dans une salle classique, au Max Linder,cependant le son est vraiment plus plaisant en Imax et l'immersion est totale), mais je garde une place trop spéciale dans mon cœur à la director's cut de 2007 pour placer celui-ci au-dessus. Je salue tout de même le travail de toute l'équipe, parfait en tout point, et remercie Denis Villeneuve pour avoir gardé l'esprit intact et avoir su faire des hommages visuels de manière subtile.