En 1977, un projet énorme a été enterré par tous les studios hollywoodien malgré l'énorme travail de préparation accompli pendant deux ans. Un projet qui aurait sans doute changé l'histoire de la SF, à se demander comment aurait évolué les films jusqu'à aujourd'hui. Ce projet, c'est Dune, celui d'Alejandro Jodorowsky jusque là connu pour des films surréalistes.

 

Après les succès de El Topo et La Montagne sacrée, oeuvres cinématographiques métaphysiques, le producteur français Michel Seydoux propose à Jodorowsky de s'attaquer à l'adaptation du roman de SF "Dune". Le réalisateur accepte alors qu'il n'a pas lu le livre de Herbert. Il voit le cinéma avant tout comme un art et veut s'entourer de ceux qu'il nomme ses "guerriers spirituels" pour transposer sur grand écran ce rêve psychédélique. L'histoire se prête bien à l'esprit de l'époque et à l'univers de Jodorowsky. Dune est une planète sur laquelle on trouve "l'Epice", puissant stimulant psychique et dont le héros en a acquis des pouvoirs.

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Le réalisateur approche tout d'abord Moebius, illustrateur de génie avec qui il va faire naître un énorme story-board. Puis, il embarque dans sa folle aventure Dan O'Bannon, Hans-Ruedi Giger et Chris Foss qui vont aussi mettre en images les différents mondes du film. Leur talent est incontesté, les concept-arts qu'ils réalisent sont extraordinaires. On sent que ces deux années passées aux côtés de Jodorowsky a stimulé leur imagination pour créer ce qui sera par la suite exploité dans des films devenus cultes.

 

Jodorowsky ne s'arrête pas là, il veut aussi rassembler un casting extravagant puisqu'il réussit à convaincre, soit disant, Mick Jagger, David Carradine et Orson Welles. Il donnera aussi un rôle à Amanda Lear qui lui permettra d'approcher Salvador Dali dont elle est la muse à l'époque. Ce dernier ajoute encore plus d'extravagance au projet avec ses conditions surprenantes.

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Pendant 1h30, le réalisateur et ses producteurs expliquent avec passion le déroulement de ce projet, comment ils ont réussi à réunir tout ces gens, à les passionner, puis le choc lors de la présentation aux studios pour terminer le financement du film. Au fond, Dune était impossible à produire et pourtant, comment arrêter une telle ferveur artistique ? C'est sûrement l'un des projets les plus aboutis qui aura circulé à Hollywood sans être réalisé, trop visionnaire, trop novateur.

 

La musique de Kurt Stenzel qui illustre le documentaire se pose parfaitement sur les images du projet. Les sons de synthé reflètent exactement l'état d'esprit de Dune et les envies de Jodorowsky de faire participer à sa bande son Pink Floyd ou encore Magma.

 

Franck Pavich, le réalisateur de ce documentaire, a su montrer l'influence de Dune sur son époque et le nouveau regard du cinéma sur la science-fiction. Encore aujourd'hui Dune nourrit les productions SF et les nombreux intervenants interviewés le confirment. Cette énorme aventure a finalement su perdurer à sa manière et se renouveler, transformant le pire échec de Jodorowsky en rêve infini.