Ruppert Everett s'offre le premier rôle dans ce premier long-métrage écrit et réalisé par lui-même, The Happy Prince. Et pas n'importe quel rôle puisqu'il se glisse dans la peau du célèbre écrivain Oscar Wilde, personnage haut en couleurs qu'il avait déjà incarné avec brio au théâtre dans The Judas Kiss. Il s'intéresse aux dernières années de l'auteur exilé, entre tourments, sentiments, questionnements et dernières frasques d'une vie fort mouvementée.

Le film s'ouvre sur un Wilde âgée, presque miséreux. Il a peut-être perdu de sa superbe mais il est toujours aussi provocant et fascinant que par son passé. Il n'est pas évident d'entrer dans cette histoire tout d'abord confuse, quelque peu chaotique, partant dans tous les sens, à l'image de son personnage principal. Puis, lorsqu'il se laisse envahir par ses souvenirs après une belle frayeur, le récit se construit, revenant en arrière, quelques années plus tôt. Dès ce moment, la narration redevient fluide et permet de mieux appréhender Oscar Wilde, ses états et ses folies.

45_BetaCinema_Happy_Prince_The_copyright_Wilhelm_Moser© Wilhelm Moser

Si on ne connaît pas bien l'auteur du XIXème siècle, on comprend rapidement le scandale qu'a pu provoquer ses moeurs. Autrefois adulé à Londres, il s'est vu dénigré jusqu'à être mis en prison à cause de son homosexualité. Il s'exilera en France mais s'enfermera dans un tourment qu'il essaie de renier par l'alcool, les drogues et le libertinage. Ses sentiments sont partagés entre ses amants et son épouse qu'il aime aussi profondément, mais qu'il ne saura pas récupérer.

Un casting inspirant entoure Ruppert Everett. On retrouve ainsi les talentueux Colin Firth, Emily Watson, Colin Morgan, Tom Wilkinson, Edwin Thomas et même Béatrice Dalle à ses côtés. Et pourtant, c'est bien l'acteur-réalisateur qui crève l'écran. Il est omniprésent, il bouffe complètement le reste du casting qui amène malgré tout un peu d'air frais ou de piquant, selon les rôles. Même s'il est le personnage principal, il laisse peu de place à ses partenaires, cela devient presque fatigant de le voir dans la majorité des plans, de l'entendre en permanence via son lot de monologues aussi. Même lorsqu'il n'est pas seul son personnage a tendance à "faire le spectacle" et est le centre d'attention en permanance. 

08_BetaCinema_Happy_Prince_The_copyright_maze_pictures_Entre_Chien_et_Loup© Maze Pictures Entre Chien et Loup

The Happy Prince est visuellement très beau. Les décors naturels ont été privilégiés pour mettre en valeur les différentes villes traversées par Wilde. On ressent bien les différentes ambiances de Paris, la côte normande et Naples notamment. De plus, Brian Morris et son équipe ont su reconstituer des décors élégants et vivants qui servent avec pertinence l'image léchée du film. En effet, les plans sont construits tels des oeuvres de Renoir ou Toulouse-Lautrec, la collaboration entre Ruppert Everett réalisateur et son directeur de la photographie John Conroy fonctionne à merveille sur ce point. Le travail sur les costumes est d'ailleurs tout aussi salutaire. 

Soutenu par une production européenne, Ruppert Everett réalise un premier long-métrage complet et riche visuellement. Il aura un peu trop concentré son écriture sur son personnage, le rendant omniprésent à l'excès. The Happy Prince est à découvrir dès le 19 décembre au cinéma.