Prix de la critique lors du dernier Festival International du Film Policier de Beaune, The Guilty est un film atypique. 75 minutes haletantes, surprenantes durant lesquelles le spectateur se prend au jeu de l'enquête en huis clos. J'ai eu le privilège de le découvrir lors d'une avant-première organisée par Allociné, il vous faudra par contre attendre jusqu'au 11 juillet 2018 pour le voir sur grand écran.

Il est tard, Asger termine sa journée au centre d'appels de la police de Copenhague. Selon les urgences sur lesquelles il tombe, il semble exaspéré ou amusé par la situation. Vient un appel différent qui éveille tous ses sens de policier. On le découvre tout à coup inquiet et déterminé à sauver cette femme paniquée qui vient de se faire enlever. Son seul outil sera son téléphone et il ne devra compter que sur son instinct pour résoudre cette affaire.

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Découvert au Festival de Sundance, salué par la critique à Beaune, ce premier long-métrage du danois Gustav Möller ne va pas laisser indifférent. Là où le thriller nous a habitué à être sur le terrain et suivre un enquêteur à l'affut du moindre indice, The Guilty nous enferme dans un centre d'appel, au plus près de l'agent Asger et de son téléphone. Ne comptez même pas voir un bout de Copenhague, tout ce passe là. Si Möller avait pu filmer l'intérieur du cerveau de son acteur, pour voir tout le cheminement de la pensée de son personnage, il s'en serait donné à cœur joie !

On pourrait appréhender ce huis clos, se lasser des plans serrés, avoir peur de tomber dans la répétition et l'ennui. Rien de tout cela. C'est notre ouïe qu'on va stimuler. Comme Asger, on va tendre l'oreille à chaque appel pour tenter de déceler le moindre indice, de deviner la situation. Même un silence au bout du fil va devenir intense et lourd de sens. Gustav Möller va faire appel à l'imagination du spectateur pour se figurer les personnes qui appellent, qui est la victime, qui est le coupable. Entre un scénario fournis en rebondissements, le montage bien ficelé et le son travaillé à l'extrême, il est impossible de s'ennuyer. Mieux, le suspense est à son comble jusqu'à la dernière minute.

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On suit l'histoire quasiment en temps réel. On a l'impression d'être assis à côté de l'agent Asger, d'être aussi anxieux que lui. L'acteur Jakob Cedergren est d'ailleurs extraordinaire, sa performance est primordiale pour emporter le spectateur dans ce récit mouvementé. Les plans séquences sont nombreux, et il est presque dans la même situation qu'un one-man-show. Le moindre défaut de jeu est interdit vu que la caméra est sans cesse sur lui à scruter chacun de ses mouvements, de ses réactions qui semblent incontestablement vraies. Cette proximité fait adopter au spectateur son point de vue assez facilement, on comprend les mêmes choses que lui, par la même déduction. On va aussi devenir curieux petit à petit, car en parallèle de l'enquête, on découvre sa personnalité complexe.

Cette approche sonore offre une nouvelle perception du polar scandinave ou même du polar tout court. Alors qu'on a un visuel extrêmement minimaliste, celui de cette salle du centre d'appel sans âme, l'imagination stimulée par les bruits, les sons, les quelques phrases entendues au téléphone semble donner des images extrêmement précises et riches de la situation. Après la projection, c'est étrange de penser se souvenir de lieux, de véhicules et même de personnages qui n'ont pas été filmés, mais simplement représentés par des sons et des descriptions. L'expérience fonctionne, la tension est bien présente, le suspense est à son comble, The Guilty impressionne !