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Je l'attendais avec impatience, le coffret collector de Parasite est arrivé ! The Jokers ne s'est pas moqué des fans de Bong Joon Ho puisque la belle boîte au design créé par Marie Bergeron contient le SteelBook avec le film en DVD, Blu-ray et Blu-ray 4K HDR, un autre Blu-ray rempli de bonus merveilleux ainsi qu'une reproduction du storyboard dessiné et annoté par le réalisateur. Pour vous parler de Parasite que je considère tout simplement comme le meilleur film sorti en 2019, je vais m'appuyer sur le bonus le plus complet de ce coffret, le documentaire Le Cercle de confiance dans lequel quasiment toute l'équipe de Parasite intervient. Et évidemment, il est conseillé d'avoir vu le film avant de continuer la lecture de cet article, afin d'en garder toute la surprise et les émotions qu'il peut procurer.

Bong Joon Ho est un réalisateur minutieux. Chacun de ses films vient d'un process de réflexion et de création très long, lorsqu'il commence à dévoiler son projet à ses collaborateurs il reste encore quelques années avant le début du tournage. Il évoque ainsi Parasite pour la première fois durant la post-production de Snowpiercer, mais présente le projet plus abouti à son acteur fétiche, Song Kang-Ho, seulement deux ans plus tard. Dès le départ, la confrontation entre la famille pauvre et la famille riche est présente, tout comme les différents caractères de leurs membres. La première partie du film est rapidement claire sur papier malgré une écriture qui dure environ quatre ans, puis son co-scénariste Jin Won Han l'a étoffée en réalisme et humour grâce à une recherche très documentée. Mais la perle de cette histoire, Bong Joon Ho la trouve dans les quatre derniers mois d'écriture. C'est ainsi qu'apparaît le sous-sol et son mystérieux occupant. Sans cela, Parasite aurait seulement été un film social mêlant intelligemment drame et humour et n'aurait peut-être pas autant brillé dans le monde.

En parallèle du scénario, Bong Joon Ho réalise un storyboard extrêmement détaillé. Tout ce travail en amont permet un tournage sans mauvaises surprises. Tout est déjà prévu, chaque placement de caméra, chaque mouvement d'acteur et même l'architecture des lieux. "L'espace est au service du récit", ce sont ses mots. Selon ses indications, l'équipe des décors a dû à la fois faire un laborieux travail de repérages ainsi que la reconstruction de certains lieux d'après ce qui a été mis sur papier. La maison des Park aura été un certain casse-tête pour Lee Ha-Jun, directeur artistique, mais il était indispensable de respecter les indications données par Bong Joon Ho car le script se déroule près de 60% dans ce lieu. La manière dont les personnages s'y déplacent est cruciale, les espaces ouverts/cachés servent au récit, il faut par exemple pouvoir entendre une conversation qui a lieu dans la cuisine depuis l'escalier situé derrière un pan de mur. Rien n'est placé ni au hasard ni pour faire joli, chaque élément a un sens. 

La situation sociale de la famille Park et celle de la famille de Ki-Taek est marquée par le contraste extrême de leur habitation et de leur emplacement. La maison ultra moderne des Park située au sommet d'une colline de la ville symbolise leur puissance sociale, métaphoriquement, ils sont en haut de l'échelle. À l'opposé, les Kim vivent dans un appartement en entresol, bordélique et nauséabond, tout en bas de la ville, au ras des égoûts. L'ambition de Ki-Woo, opportuniste avec son plan à l'issue incertaine, de trouver sa place dans la maison des Park et d'y infiltrer chaque membre de sa famille grâce à d'ingénieux mensonges représente littéralement l'ascension sociale. Il monte des escaliers, des rues pentues jusqu'à l'entrée de leur demeure. Lorsque l'élément perturbateur viendra mettre à mal son objectif qu'il pensait quasi atteint, on assistera alors à une scène marquant le sommet dramatique de Parasite, d'une beauté tragique intense. Soudain Ki-Woo, son père et sa sœur reprendront leur place minuscule qui est la leur, telle une dégringolade brutale, sous une douche froide de pluie dévalant les innombrables escaliers de la ville avant d'atteindre leur quartier qu'ils découvrent inondé. 

Avant le retour impromptu de l'ancienne gouvernante dans la maison, on ne se doutait pas d'y trouver un endroit plus sombre que les bas-fonds de la ville. La découverte de l'homme caché dans le sous-sol est un choc, à la fois pour le spectateur que pour les Kim. L'explication qu'elle apporte montre à quel point la société est fragmentée et égoïste. "Entre gens pauvres" dit-elle à Chung-Sook, implorant son aide. Mais celle qui lui a volé sa place refuse de se mettre au même niveau social que ce couple à l'allure monstrueuse. Ce sous-sol représente tout ce que veut cacher la société, la honte de l'échec et ceux considérés comme des moins que rien. La violence de sa mise à jour sera le point culminant de ce film, à partir du moment où cette partie de la maison est dévoilée, tout est possible dans le scénario. 

Comment s'imaginer une telle surface dissimulée sous cette maison faite de lumière, si blanche, si ouverte. Le sous-sol a été inspiré par un fait-divers autrichien, un homme séquestrait sa fille dans le bunker situé sous sa maison. Bong Joon Ho ayant imaginé cette maison comme étant l'œuvre d'un célèbre architecte, il s'est permis toutes les fantaisies comme cet escalier interminable et étroit et a fait de ce sous-sol la clé de l'histoire. La comédie dramatique devient tout à coup un film d'horreur, le plan-séquence filmé en Steady Cam est mis en scène de telle sorte qu'on descend précipitamment l'escalier avec les personnages ahuris. On est frappé de terreur en découvrant cette nouvelle ambiance étrange. La profondeur, la lumière au néon verdâtre et surtout le choc de la révélation de cette zone cachée sont des éléments primordiaux qui font basculer le film dans un nouveau registre angoissant.

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Parasite c'est aussi la folie de ses personnages à différents degrés. Chaque membre de la famille Kim semble un peu cinglé, dont le fils qui entraîne sa sœur et ses parents dans une arnaque qui semble pourtant bien ficelée, et sans trop de scrupules apparents. Chez les Park ce n'est pas mieux, la mère semble sous antidépresseur, elle dort tout le temps, se met beaucoup de pression dans les quelques tâches qu'elle se donne alors que son époux paraît pourtant comme un homme bienveillant et aimant. Le summum de la folie sera atteint évidement lors de la scène de l'anniversaire du garçon des Park (présenté jusque-là comme le plus bizarre de tous). Telle une avalanche, la violence se déchaîne. L'homme du sous-sol sort au grand jour et fait éclater toute sa haine en criant "respect" quand Ki-Taek ne supporte plus qu'on lui rappelle son odeur et donc son bas niveau social. Ce qui aurait du être une fête n'est que massacre et effusion de sang.

L'audace de Bong Joon Ho est remarquable. Parasite est à ce jour son film le plus abouti, alors que son deuxième, Memories of Murder, présentait déjà beaucoup de réflexion et de méticulosité. Il sait surprendre le spectateur là où ce dernier ne s'y attend pas. Chaque élément du récit, chaque détail visuel prend de l'importance, rien n'est superflu. Un exemple avec la pierre offerte par l'ami de Ki-Woo en guise de porte-bonheur refait son apparition à la fin du film, alors qu'on avait oublié son existence suite à la dingue succession des événements. Son plan ayant plus que foiré, le jeune Kim s'imagine la transformer en arme mais tel un éternel recommencement la pierre se retournera contre lui. On dirait une punition divine, à trop provoquer sa chance c'est le malheur qui s'abat sur lui. La suite en sera encore plus surprenante avec un épilogue ouvert à interprétation.

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Malgré tous les prix remportés avec Parasite, Bong Joon Ho reste modeste et ne semble toujours pas comprendre cet engouement mondial autour de son film. Il s'est penché sur un problème de société coréen qui s'avère universel. À part son tout premier film, Barking Dogs Never Bite, j'ai vu tous ces autres longs métrages. Quels que soient les moyens qu'il avait en main, pour chacun d'entre eux, on admire la qualité de son écriture et de sa réalisation méticuleuse. Il a le talent de mêler toujours un peu d'humour aux drames que vivent ses personnages, il écrit ses histoires comme de merveilleuses satires sociales, mais cette fois-ci il s'est permis un inattendu mélange des genres faisant de Parasite un film unique, imprévisible et audacieux.


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Le film est disponible en DVD, Blu-ray, édition Collector boîtier SteelBook 4K Ultra HD et VOD.