Voici un réalisateur qui sait se démarquer de la grande majorité des productions américaines. Après Take Shelter et Mud, Jeff Nichols se lance dans la science-fiction avec son quatrième film, Midnight Special, toujours accompagné de son acteur favori Michael Shannon.

 

Petit résumé :
Le nom et la photo de Roy (Michael Shannon) sont diffusés sur tous les médias du pays. Il est recherché par les forces de l'ordre pour avoir enlevé un enfant. Durant sa fuite, aidé par son ami Lucas (Joel Edgerton), on comprend vite qu'il essaie plutôt de récupérer son fils Alton (Jaeden Lieberher) qui a l'air d'avoir des capacités incompréhensibles et hors du commun. Alors qu'il tente de rejoindre sa femme Sarah (Kirsten Dunst), en plus d'essayer de semer le FBI, il est poursuivi par des membres d'une secte fanatique qui voient l'enfant comme un prophète. Roy fera tout son possible pour protéger Alton, l'aider à comprendre ce qui lui arrive et accomplir ce qui semble être son destin.

midnight-special-image01

Pour son premier film de studio, puisque c'est la Warner qui produit Midnight Special, il a tout de même réussi à garder les rênes et faire le film qu'il avait en tête. A l'heure des remakes, des suites et autres films qui ne prennent pas trop de risques, Jeff Nichols nous offre ici un scénario tout droit sorti de son imagination. Entre l'inspiration que lui apporte son propre fils et les références aux films de sa jeunesse comme Rencontre du Troisième Type et Starman, le réalisateur embarque le spectateur aux côté de ses personnages en fuite vers l'inconnu.

 

La route est presque un personnage du film. Les personnages suivent un itinéraire dont la destination est aussi mystérieuse que ce qui arrive à Alton. Ainsi, le spectateur est embarqué dans la voiture aux côtés du père et son ami. Il est au même niveau que les personnages en étant fasciné par cet enfant prodigue, mais sans trop savoir ce qu'il va lui arriver, vers quoi il doit aller, pourtant on a envie de les suivre vers cette quête inconnue.

midnight-special-image02

Le jeune Jaeden Lieberher est assez impressionnant. Son rôle est central et sa nature mystérieuse. Ce ne doit pas être simple pour un enfant de cet âge de se projeter de manière si convaincante vers l'inconnu. Pourtant, il semble incarner son personnage avec une grande maturité. Il ne dégage pas l'insouciance qu'un enfant de son âge devrait avoir, mais une sorte de détermination sereine et de réconfort.

 

Le monde adulte reflète quant à lui quelque chose de plus grave. D'abord, les parents et l'ami fidèle qui se dévouent pleinement au destin de l'enfant, quelles que soient les conséquences pour eux, tout ce qui les importe c'est qu'Alton aille bien et soit heureux. Puis, la secte qui voit l'enfant comme un prophète qui les sauvera du jugement dernier, inquiète par ce fanatisme qui semble banal et bien trop calme en apparence. Ils sont sûrement la pire menace pour cet enfant. Et enfin le FBI sortant toute son artillerie pour retrouver Alton évoque le gouvernement qui préfère détruire ce qu'il ne connaît pas plutôt que d'essayer de le comprendre. Alors que l'enfant est vu comme une menace pour le pays par l'armée, l'agent Sevier de la NSA (Adam Driver) est plus curieux et va montrer un certain respect pour l'inconnu sur lequel il enquête.

midnight-special-image03

Bien que ce soit de la science-fiction, le drame l'emporte sur la magie que dégage l'enfant. La quête des parents attise le côté émotionnel et on a facilement de l'empatie pour eux. La relation père-fils est une évidence dans cette histoire. Que l'enfant ait une sorte de pouvoir ou pas, ce qui compte pour son père c'est de le sauver, simplement parce que c'est son fils. Et ainsi, Michael Shannon est encore une fois charismatique. Cet homme a une capacité assez incroyable à exprimer des émotions fortes avec son seul visage.

 

Sur une des affiches promo du film, on peut lire en gros "On tient enfin l'héritier de Spielberg". Il y a en effet un soupçon du père de E.T. dans ce film, mais justement il manque l'insouciance de l'enfance, comme dans Super 8 par exemple, pour vraiment l'intégrer à cet univers. Mais il est indéniable que Jeff Nichols trace son propre chemin dans le cinéma américain.

 

Midnight Special est un road-trip dont le compte à rebours va intriguer le spectateur jusqu'au bout. On peut se sentir déçu à la fin car on n'a pas forcément toutes les réponses aux questions qui s'amoncèlent tout au long de l'histoire, mais on aura vécu l'action au plus près des personnages qui n'en savent pas plus que nous.