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Taika Waititi est en train de s'imposer comme l'un des réalisateurs les plus créatifs et les plus fun du moment ! Après avoir dépoussiéré le personnage un peu trop sérieux de Thor chez Marvel, le voilà qu'il aborde de manière déconcertante un thème qui ne prête pourtant pas à rire. En adaptant le roman de Christine Leunens, Le ciel en cage, dépeignant le quotidien d'un enfant endoctriné en pleine Allemagne nazie, il offre une vision singulière de ce qu'a pu être cette époque à travers le regard innocent de Jojo, un petit garçon de dix ans, tout en injectant son humour si particulier. Derrière sa bonne dose d'humour noir, Jojo Rabbit n'oublie pas la dure réalité de son sujet pour être plus touchant qu'il n'y parait.

L'ouverture du film donne le ton. Jojo est stressé par son besoin de bien faire et se donne du courage avec une série de "Heil Hitler" en guise de répétition en compagnie de son ami imaginaire Adolf avant de partir pour une nouvelle journée d'école. Le spectateur en rit forcément, parce que c'est un enfant et qu'on ressent immédiatement son innocence. On retrouve un traitement par l'humour similaire a ce qu'a pu faire Chaplin sur Le Dictateur. Et pour bien désinhiber ceux qui seraient encore retissent à rire, quoi de mieux qu'un générique de début mettant en scène des images de propagande sur un air joyeux des Beatles.

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Chez Taika Waititi, une école nazie a de folles allures de colonies de vacances. Le petit Jojo ne quitte pas son costume, il a l'impression de faire parti d'un club et son plus profond désir est d'intégrer la garde rapprochée d'Hitler. Le Capitaine Klenzendorf en impose avec son allure de héros, virile, un oeil en moins, à apprendre aux garçons à devenir des hommes et aux filles à devenir mères. Lui est moins fier de ce malheureux incident, c'est beaucoup moins valorisant d'être instructeur qu'un vrai héros sur le front. C'est Sam Rockwell qu'on a plaisir à retrouver dans la peau de ce personnage bien plus nuancé que ce dont il en a l'air. 

Jojo est incarné par l'adoble Roman Griffin Davis pour qui c'est un premier rôle. L'enfant est tout simplement extraordinaire, il joue juste sans jamais en faire trop. A seulement onze ans, il semble avoir compris toute la portée de son rôle et l'embarrat que pouvait avoir un enfant de son âge à cette époque en découvrant une jeune juive cachée chez lui, partagé entre une humanité naturelle et la haine qu'on lui enseigne à l'école. A ses côtés, il a la chance d'avoir pour maman Scarlett Johansson. Elle fait tout pour préserver l'innocence de son fils, consciente des ravages de l'endoctrinement. Aimante, courageuse et protectrice, l'actrice illumine par son dynamisme et sa sensibilité.

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Aucun acteur n'ayant eu l'audace de jouer ce pseudo Hitler, c'est Taika Waititi qui s'y colle. Issu de l'imagination de Jojo, celui qu'il appelle Adolf devient la voix de l'endoctrinement et ne fait que répéter avec des mots d'enfants ce qu'ils apprennent à l'école. Cet ami imaginaire est la parfaite incarnation du lavage de cerveau que les enfants peuvent subir, ce qui tourne le nazisme en ridicule et en montre un concentré de bêtises. Alors qu'on connaît la gravité de bruler des livres dans un tel contexte, ici cet acte est tourné en dérision comme une fête autour d'un feu de camp. Le scénario joue ainsi avec ce qu'on sait de l'Histoire pour nous montrer avec un humour noir délectable toutes les déviances du nazisme.

Satire joliment exécutée, Jojo Rabbit est une nouvelle preuve du talent de Taika Waititi. Avec ses trois casquettes de réalisateur, scénariste et acteur, il a su garder le juste équilibre entre l'humour, la poésie et le drame. Sa manière de montrer la folie nazie est tout à fait singulière dans le choix de rester à hauteur d'enfant et ainsi d'en extraire l'humanité et le sérieux nécessaire pour être bien plus qu'une sacrée farce.