Alain Chabat nous fait souvent rire, mais on a tendance à oublier à quel point il peut être tendre et attachant. Il suffit de le voir dans #Jesuislà pour s'en rendre compte. Quatorze ans après Prête-moi ta main, Eric Lartigau lui offre un nouveau rôle, celui d'un restaurateur basque un peu paumé et voilà monsieur Chabat transformé en homme amoureux d'une femme qu'il ne connaît que par leurs échanges sur Instagram, au point de partir sur un coup de tête à Séoul pour la rencontrer en pleine saison de floraison des cerisiers. Romantique ? Pas très adroit plutôt...

Le personnage se nomme Stéphane, il a deux fils dont il connaît si peu de choses, une ex-femme avec qui il s'entend bien, du monde autour de lui. Parmi les membres de son personnel, il y a Suzanne, interprétée par Blanche Gardin qui a adopté un bel accent du Sud Ouest pour l'occasion, très bavarde et très dévouée. Elle est au four et au moulin et ne s'inquiète pas lorsque son patron l'assure qu'il va bien. Il a aussi ses clients fidèles avec qui il n'hésite pas à partager la table à la fin de son service. Et pourtant Stéphane semble si seul, absent même. 

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Il est sans arrêt les yeux rivés sur son téléphone. Son seul plaisir est de recevoir des nouvelles de Soo via Instagram, une sud-coréenne curieuse et artiste. Il ne maîtrise pas toutes les subtilités de l'application mais cela lui suffit pour partager avec elle son quotidien. Jusqu'au jour où il décide sur un coup de tête de prendre l'avion et de la rejoindre à Séoul. Il la prévient in extremis avant le décollage, elle lui répond qu'elle viendra le chercher à l'aéroport. A son arrivé, il décide d'attendre Soo en lui envoyant des #Jesuislà sur Instagram, devenant tout à coup le roi du hashtag et des photos populaires.

C'est ici que commence une sorte de Lost in translation plus léger que celui de Sofia Coppola, et teinté d'humour. Jusqu'à présent Stéphane faisait plutôt de la peine, dès son arrivé à Séoul, il revit, redécouvre les choses. Mais il est surtout d'une naïveté touchante ! Évidemment il ne parle pas coréen et se débrouille dans un anglais approximatif. Son enthousiasme va amuser les personnes qu'il rencontre, d'autres se demandent ce que leur veut cet européen un peu trop avenant. Et son utilisation d'Instagram ne fait que traduire sa maladresse...

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On découvre alors un bon vivant, curieux, heureux, tout le contraire de ce qu'il était dans son restaurant. Eric Lartigau et Thomas Bidegain se sont amusé à écrire cette histoire légère et tendre comme une fausse comédie romantique. #Jesuislà est avant tout l'histoire d'un homme qui est passé à côté de sa vie et fait une petite crise de la cinquantaine, il a surtout besoin de se retrouver lui-même, la femme qu'il souhaite rencontrer est un déclencheur. Ils abordent aussi le pouvoir des réseaux sociaux, ce qu'ils véhiculent entre la réalité déformée, la popularité éclair, l'addiction qu'ils provoquent. Mais l'on comprend vite ce qu'il se passe et ça tourne en rond.

#Jesuislà n'est pas qu'une comédie romantique réconfortante, mais plutôt un film sur la quête de soi. Alain Chabat joue ici l'un de ses plus beaux rôles, dont le personnage qu'il rend tendre et touchant est empreint d'une douce mélancolie. On passe un bon moment mais malheureusement le scénario manque de surprise et s'épuise sur la fin, un film charmant mais futile.