Quand je suis allée voir Au Poste ! au cinéma, j'ai beaucoup ri. C'est un film de Quentin Dupieux, c'est pour ça. Ceux qui auront vu le film comprendront cette première phrase, les autres je vous recommande chaudement d'y aller. Attention, ce n'est pas une comédie française comme on nous en sert régulièrement. Dupieux a un traitement de l'humour bien à lui, un univers personnel très surréaliste, subtil, épuré, qu'il exploite avec grand talent depuis Steak, son premier long métrage en 2007. 

Après une introduction peu banale, qui impose un ton décalé mais à la composition de l'image ultra-maîtrisée (j'ai trouvé cette ouverture d'une esthétique folle), on plonge sans retenue dans Au Poste ! pour 1h13 de folie pure. Huis clos passionnant s'offrant des bouffées d'air frais via l'utilisation de souvenirs, l'enquête que mène le commissaire Buron, campé par Benoît Poelvoorde toujours aussi incisif, semble pourtant évidente. Face à lui, Grégoire Ludig est parfait en témoin crucial, Fugain, qui semble pendant un long moment être le seul personnage à l'esprit sain. Tout mène à l'innocenter mais Buron doute, il veut le cuisiner, il est persuadé qu'il en sait plus que ce qu'il ne raconte, il est peut-être même le coupable parfait !

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Cette farce amuse par son énergie et ses rebondissements inattendus. L'histoire est très bien écrite et très bien traitée. Le peu d'espace qu'on nous offre dans ce bureau étouffant pourrait nous rebuter rapidement, et pourtant les situations surréalistes rendent chaque détail captivant. Les dialogues sont incongrus, offrent des jeux de mots et des discussions improbables. La narration des souvenirs est bien vue, ce n'est pas du simple flash back, c'est le récit filmé tel que s'en souvient le personnage, simplement génial.

Le pouvoir des mots avait été mis de côté par Quentin Dupieux dans ses précédents films. Basé à Los Angeles, il s'était forgé un cinéma où presque tout venait du visuel, de la splendeur de ses compositions à ses effets comiques. Il revient en France et exploite de nouveau la langue de Molière, rendant son œuvre un peu plus accessible par la même occasion. Il fait revivre l'esprit de la comédie française comme on ne la connaissait plus, en s'amusant avec ses flics et son témoin, jouant avec les mots sur des répliques savoureuses.

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Et puis il y a toute cette ribambelle de personnages secondaires dont chacun apporte un petit quelque chose indispensable comme la liste des ingrédients d'une recette de cuisine. A chacun sa saveur, à chacun son piquant. Mention spéciale à Marc Fraize qui obtient le rôle le plus loufoque et le plus stupide du casting pour une scène assez mémorable face à Ludig incrédule. 

Forcément, on se prend au jeu de l'enquête. Très vite, nous aussi on se met à douter sur l'innoncence de Fugain. On observe chacun de ses souvenirs, essayant de trouver l'erreur, la fourberie. Sans avoir hâte de mettre fin à cette histoire, on a envie de faire durer le plaisir, de se délecter de chaque détail. Le temps passe, trop vite, et on arrive au dénouement de l'enquête. Qui aurait pu deviner une telle issue ? C'est très malin, très très malin de la part de Dupieux qui prend tout le monde au piège. On en reste pantois, se refaisant tout le film pour comprendre comment on a pu en arriver là sans n'avoir rien deviné, c'est pour ça.