À sa sortie au cinéma en février dernier, j'ai plutôt été sceptique en découvrant La forme de l'eau, ne sachant pas vraiment me faire d'avis. À la fois émerveillée par l'univers visuel et déroutée par le ton du film, un nouveau visionnage en DVD cette fois-ci s'est imposé. Ainsi mieux préparée, j'ai pu re-découvrir le film de Guillermo del Toro, dont je connais étrangement peu la filmographie, pour mieux l'apprécier. Les bonus du DVD donnent d'ailleurs quelques clés sur la préparation du film.

Je m'attendais à voir un film fantastique plutôt sombre et j'ai découvert un conte léger, à l'image de son héroïne généreuse, optimiste et un peu candide. Forcément, les couleurs, la musique et pas mal de détails de mise en scène font extrêmement penser à l'univers de Jean-Pierre Jeunet : une héroïne habillée de rouge dans des décors plutôt verts, une musique joyeuse et poétique, des petites manies du quotidien, ou encore ce style de transition d'un plan à l'autre avec un effet de fondu dans l'eau. Il y a justement eu polémique à la sortie du film, Jeunet s'est exprimé et a trouvé beaucoup de points communs avec Delicatessen et Amélie Poulain. Je suis plutôt de son avis et cela explique aussi mon opinion mitigée. J'ai eu une impression de déjà vu qui m'a empêché de ressentir les émotions que cette histoire pourrait provoquer.

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Grâce aux bonus du DVD, j'ai compris que les couleurs du film et beaucoup de détails dans les décors ont un sens profond. Ainsi l'appartement d'Elisa par exemple est dans des teintes très aquatiques et présente même des salissures d'eau infiltrée qui forment sur un mur la vague d'Hokusai (je ne l'avais pas du tout perçu dans le film, c'est dire à quel point on peut s'amuser à scruter les détails du décor pour trouver ce genre de référence cachée). Chaque lieu a sa propre teinte et évoque un sentiment, une atmosphère bien spéciale. En fait, tout a un sens, de la musique d'Alexandre Desplat, décidément très inspiré par divers styles musicaux et cinématographiques dernièrement, aux costumes et bien évidemment la créature.

Derrière le monstre se cache Doug Jones, surtout connu pour son rôle du Surfer d'argent dans Les 4 fantastiques. Il a le physique parfait pour enfiler le costume de la bête sous marine, très grand, très mince. Il a étudié avec attention ses postures et la manière de se mouvoir car c'est son seul moyen d'expression. Le travail de métamorphose est extraordinaire. Aujourd'hui, pour ce genre de créature, on ferait plutôt appel au Motion Capture, à l'image d'un Gollum ou d'un singe humanisé. Mais Guillermo del Toro est attaché au costume, au vrai décor, et il a raison, l'acteur enfile une nouvelle peau pour se fondre avec son personnage. Les effets spéciaux viendront dans un second temps pour perfectionner ce qui n'est possible ni en maquillage, ni en trucage.

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La forme de l'eau est une histoire humaniste, le film met en valeur des minorités qui se révèlent, qui expriment du courage et de la générosité. Et puis les personnages sont assez extrêmes dans leurs genres. On a une muette, Elisa, l'héroïne jouée par Sally Hawkins, qui forme un duo avec la très bavarde Zelda, brillamment interprétée comme toujours par l'énergique Octavia Spencer. Jamais l'une sans l'autre à astiquer chaque recoin du centre de recherche, elles sont une sorte de Laurel et Hardy, tout semble les opposer et pourtant on ne peut pas les imaginer autrement qu'ensemble. Toutes deux sont mises à l'écart par la société, la première aillant un handicap qui l'isole socialement, la seconde est noire et au début des années 60 le racisme est omniprésent. Elisa a un ami, son voisin, lui aussi isolé par son homosexualité qu'il doit refouler. Ils vont alors s'unir pour tenter de sauver la créature, emportés par l'élan amoureux d'Elisa. Cet être aquatique est aussi seul, rejeté, marginalisé et imcompris par ceux qui donne le ton...

Ainsi la romance prend le dessus, de manière très mignonne, une sorte de La Belle et La Bête aquatique, dont le ton si surprenant de légèreté se voit bousculer par le grand méchant du film. Michael Shannon aime décidément les rôles bizarres, grognons et malsains. Il devient la pire caricature de l'homme américain de cette époque, macho, avide de pouvoir, devant se sentir maître avec la soumission qu'il inflige à sa femme comme à chacun de ses employés ou collaborateurs. Il est détestable et donc certainement le meilleur personnage de ce film. Il incarne le pire de l'Amérique, c'est lui le monstre finalement.

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Là où je pensais trouver de la noirceur et de la complexité, j'ai découvert un film simple, poétique et à l'esthétique très maîtrisée. Peut-être trop maîtrisée pour que La forme de l'eau soit parfait. Le monde du début des années 60 dans une Amérique en pleine conquête spatiale et compétition avec les Russes est reconstituée de manière qui semble fantasmée et surréaliste par del Torro. Ce conte fantastique reste un réel plaisir pour les yeux et les oreilles, sa fantaisie divertie tout en abordant de manière métaphorique et subtile le sujet de l'intolérance.


Découvrez dès à présent La forme de l'eau en DVD et Blu-ray, en vente depuis le 30 juin, édité par 20th Century Fox. Les actualité de l'éditeur son à suivre sur son site et sa page Facebook

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