Comment un film d'animation indépendant français se retrouve t-il nommé aux Oscars ? Tout simplement parce qu'il est admirable. J'ai perdu mon corps est poétique, sensible et d'une beauté visuelle remarquable. Adapté du roman 'Happy Hand' de Guillaume Laurant, scénariste de Jean-Pierre Jeunet, Jérémy Clapin s'est approprié cette histoire fantastique de manière originale, autant dans son écriture que dans son approche visuelle. Le dessin animé est tout approprié pour donner vie à cette main en quête de son corps perdu. 

Le film s'ouvre sur un accident, on découvre avec effroi un corps étendu sur le sol, du sang... Puis, dans un hôpital, ce n'est pas l'homme qu'on voit se réveiller, groggy, mais bien cette main qui va s'échapper à la recherche de son corps. S'ensuit alors un double récit, celui du périple de la main au cœur de Paris, et celui de Naoufel, son corps, lorsqu'il était encore entier. Entier, pas vraiment. Le jeune homme est blessé intérieurement depuis son enfance, il cherche lui-même à se reconstruire. Sa rencontre touchante avec Gabrielle sera une étape importante pour reprendre sa vie en main, si l'on peut dire.

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Visuellement le film est riche, les plans sont cinématographiques dans leur profondeur de champs, leur composition à la perspective remarquée donne un rendu parfois assez réaliste, c'est réfléchi comme si c'était tourné avec une caméra face à de vrais acteurs dans des décors réels. La mise en couleur et la délicatesse du trait apportent quand à elles la poésie qui rend ce film sensible. Le dessin doux met en valeur les matières grâce auxquelles on ressent les différentes ambiances selon les lieux.

L'immersion devient totale par le traitement du son. D'abord les dialogues, de qualité dans leur écriture et leur interprétation, emmènent encore plus de vie et de réalisme. Le doublage est habité, les voix, notamment de Hakim Faris, Victoire Du Bois et Patrick d'Assumçao, ont un grain qui fait écho à la beauté des images. La main ne parlant évidemment pas, c'est la musique de Dan Levy, du groupe The Dø, qui accompagne son périple en le rendant encore plus émouvant. La musique est un atout important au film, l'histoire montre l'importance du son, Naoufel est d'ailleurs attaché à des enregistrements sonores grâce auxquels il retrouve les sensations perdues de son enfance. L'aspect sensoriel est ainsi exacerbé, la main est portée par ses souvenirs tactiles dont la musique en traduit bien l'émotion. 

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D'une mélancolie profonde, J'ai perdu mon corps est désespérément beau par sa quête de retrouver quelque chose de perdu, un corps, des souvenirs, des sensations... Cette fable fantastique est touchante, la course poursuite menée par la main est pleine de rebondissements aux émotions variées, les flash back amènent une poésie tendre en découvrant qui est Naoufel, un jeune homme sensible et fragile. On met peu de temps à ressentir de l'empathie et ainsi une furieuse curiosité de savoir quand et comment il a perdu sa main, jusqu'au moment fatal où l'on voit l'accident se dessiner, le ventre noué... Jérémy Clapin signe un premier long métrage bouleversant et plein d'humanisme, réalisateur à suivre !