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Le collectif Kourtrajmé ne cesse de s'affirmer au Cinéma ces dernières années, offrant une nouvelle vision de celui-ci, moins calibrée, où chacun sait y mettre sa touche personnelle dans un style affirmé et maîtrisé. On se souvient de l'excellent Le Monde est à toi de Romain Gavras et du poétique Visages Villages d'Agnès Varda et JR qui ont marqué ces deux dernières années. C'est au tour de Ladj Ly de débarquer sur grand écran de manière fracassante avec son prix du Jury à Cannes en mai dernier, pour ce premier long métrage de fiction qui poursuit la logique de sa production documentaire jusqu'à présent, en traitant de la complexe relation entre la police et les habitants de banlieue. Loin des clichés habituels, Les Misérables, d'une réalité saisissante, risque de marquer les esprits comme a pu le faire La Haine vingt cinq ans plus tôt.
 
Présenté en avant-première au Club 300 Allociné, Ladj Ly accompagné de ses comédiens Djebril Didier Zonga et Almamy Kanouté sont venus parler du film après la projection tant attendue, devant un public largement conquis. On apprend que le CNC n'a pas soutenu la production des Misérables qui sera finalement récompensé à Cannes et représentera la France lors de la prochaine cérémonie des Oscars. Surtout, faisant suite au court-métrage du même nom réalisé deux ans plus tôt, le scénario s'inspire de faits réels dont Ladj Ly a été témoin. Il s'est nourri de son vécu et a fait participer ses proches pour mettre en place ce long métrage, sans jamais avoir l'illusion de voir ni du "reconstitué", ni du documentaire. On ressent la sincérité, la douleur comme la liesse, la solitude et haine toujours ambiante. La carrière de Ladj Ly est dorénavant bien lancée au cinéma et il compte bien en faire une trilogie. 
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Loin du Cinéma de divertissement, le réalisateur qui a grandi à Montfermeil impose son talent narratif, indéniablement. Il a choisi de ne pas suivre une trame classique et surprend en prenant le temps d'instaurer son histoire qui se déroule en trois temps. L'introduction est plutôt bon enfant, l'équipe de France vient de gagner la coupe du monde de football, le peuple se rassemble sur les Champs Elysées, l'atmosphère est à la fois détendue par l'immense joie générale et moite par la température estivale. En deuxième temps, on rentre dans le vif du sujet, en banlieue, accueillir une nouvelle recrue dans la Brigade Anti-Criminalité et suivre la patrouille durant quasi 24h. Jusque là le film est déjà très bon, animé par divers incidents plus ou moins révoltants. 
 
Là où Ladj Ly frappe fort, c'est qu'il vient nous surprendre une dernière fois en envoyant un dernier uppercut quand on vient de se prendre plusieurs bonnes claques pendant un peu plus d'une heure. Sans spoiler, la scène de conclusion frappe très fort, par sa longueur, son intensité, sa violence, sa véracité désarmante. Cette seule scène, quasi inattendue, transforme le film, affirme son identité unique, vient déstabiliser le spectateur qui pensait avoir tout vu. La force des acteurs associée à la justesse du rythme imposé en font la pièce maîtresse du film.

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La vision qu'apporte Les Misérables sur les banlieues témoigne à quel point elles sont complexes. Il n'y a ni gentils, ni méchants, ceux qui continuent à voir cela sont clairement passés à côté du film. Que ce soit côté flics ou habitants, on ne les stigmatise pas, on ne fait que voir à quel points ils sont tous humains et souvent désemparés, essayant en général de trouver un compromis en premier lieu dans les situations difficiles, même si on a tendance à avoir un peu plus de compassion pour certains personnages que d'autres. Oui, dans les banlieues il y a des clans entre les jeunes et autres patriarches, il y a la police, mais ce système évolue tout de même ensemble dans toute sa complexité. Chaque spectateur pourra peut-être s'identifier à un personnage différent mais le constat général devrait être le même pour tout le monde, ce film est politique et humaniste, il n'y a pas de gentils ou de méchants, seulement des victimes d'une société qui les laisse de côté.

Les Misérables, le 20 novembre au cinéma