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Primé lors du dernier Festival de Cannes pour sa mise en scène, Cold War du réalisateur polonais Pawel Pawlikowski est sorti ce mois-ci en DVD, Blu-ray et VOD. L'occasion pour moi d'enfin découvrir cette petite perle minimaliste, d'un noir et blanc sublime et jouant avec finesse de cette histoire d'amour passionnée au temps de la Guerre Froide.

Nous sommes en Pologne dans les années 50, le pays est encore meurtri par la Seconde Guerre. Viktor et Irena parcourent les villages pour se construire un répertoire de chansons populaires rurales afin de monter une troupe qui les chantera et les dansera. Forcément, un si joli projet ne peut être que récupéré par le gouvernement qui y voit un moyen efficace pour diffuser en masse la doctrine communiste. Ceci est la toile de fond qui rendra l'amour entre Viktor et la jeune artiste Zula impossible.

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La musique est au cœur du film. Elle est d'abord le prétexte à toute cette histoire puisqu'on parle de monter un spectacle musical. Elle habite les personnages, Viktor est compositeur et musicien, Zula vaudra à son impertinence sa carrière de chanteuse. Le film s'ouvre sur un son de cornemuse traditionnelle et une série de chants authentiques pour petit à petit évoluer et toujours définir l'époque et le lieu où l'action se déroule. Ainsi, à Paris le jazz s'invite à l'écran, la vie y est libre, alors qu'en parallèle un chant partisan mettant en valeur Staline montre l'ambiance beaucoup plus glaciale du côté Est. Le rythme de la musique suit la vie de ce couple, dans sa douleur comme dans sa passion. Une chanson, dont la plus belle interprétation habille la bande-annonce, vient ponctuer différents moment du film, à chaque fois dans un style différent pour encore une fois marquer l'évolution des personnages et leurs sentiments.

Cold War n'est pas une romance, c'est plutôt un drame passionnel. On en retient de la mélancolie avant tout. Viktor et Zula ne sont presque jamais heureux, leur relation est affectée par la distance qui s'est immiscée entre eux alors que leurs sentiments semblent magnétiques. Quand Viktor se retrouve à Paris, une nouvelle vie s'offre à lui et pourtant il semble toujours prisonnier de cet amour impossible. Zula devient une vedette de son côté, mais reviendra toujours à lui, se détruisant peu à peu. C'est un peu "je t'aime, moi non plus", tout en retenue et finesse.

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Lorsque Joanna Kulig (Zula) et Tomasz Cot (Viktor) sont réunis à l'écran, on se retrouve dans leur bulle, plus rien ni plus personne n'existent à côté d'eux. La scène de la répétition de gamme est d'une intensité rare. On ressent tous les sentiments qu'ils n'osent encore dévoiler. Puis tout leur jeu est dans la subtilité, la retenue, leur regard laissant entrevoir leurs sentiments. A l'écran, le noir et blanc sublime encore plus ces sentiments, comme s'il les rendait immortels. Le format presque carré semble étriquer encore plus leur monde, comme pour mieux les enfermer et leur enlever encore un peu plus de liberté de mouvement.

Cold War fait parti des plus beaux films sortis en 2018, on lui reprochera seulement de ne pas assez surprendre pour le rendre exceptionnel. La mise en scène est en effet très maîtrisée, faisant démarrer l'histoire sur les mêmes plans qui viendront mettre en place sa conclusion. Quatre vingt huit minutes pour une dizaine d'années de vie tourmentée, pour une tragédie si poétique qu'on en ressent une certaine nostalgie.


Cold War est à découvrir en DVD, Blu-ray et VOD depuis le 5 mars. Édité par Diaphana Edition Video dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur son site et sa page Facebook.


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Cold War entre-t-il dans la catégorie des films à voir à tout prix ?