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Quel début d'année fantastique ! Beaucoup de films de qualités (ou bien je les choisis mieux qu'avant), beaucoup de grandes histoires, belles, tristes, inspirantes, amusantes, piquantes, et La Favorite n'y fait pas défaut. Un peu plus d'un an après La mise à mort du cerf sacré, Yorgos Lánthimos livre un chef d'œuvre, tout en évoluant dans sa mise en scène de plus en plus précise et libérant ses acteurs de la diction étrange imposée sur ses précédents films.

Le réalisateur s'attaque à l'une des monarques les moins remarquables d'Angleterre et la rend fascinante. Anne est la dernière de la lignée des Stuart. Si vous ne connaissez pas son histoire, c'est encore mieux. Car dans les grandes lignes, tout ce que vous verrez est vrai : le contexte historique tendu, l'état de santé déplorable de cette reine peu sûre d'elle et si influençable, sa cours prête à tout pour grimper au sommet de l'échelle de la noblesse. Les dernières années de son règne sont éprouvantes et c'est bien ce qui plaît à Lánthimos, la douleur de l'âme, les manipulateurs et leurs victimes, la perfidie. 

Construit comme une pièce de théâtre en huit actes en clin d'oeil aux spectacles de l'époque, on peut déceler l'influence de Kubrick et ici, évidemment Barry Lyndon. Il signe son film d'époque sans rien avoir à envier à son maître. Tout est très précis, il ose intégrer des éléments très contemporains comme cette fabuleuse scène de bal, sans en jouer à outrance comme Sofia Coppola dans Marie-Antoinette qui, elle, a créé une sorte d'univers parallèle. 

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Dans La Favorite, tout est traité de manière subtile. Les décors et costumes sont fidèles au début du XVIIIème siècle, avec un jeu très graphique d'utilisation de magnifiques étoffes en noir et blanc chez ses dames, et un peu plus de couleurs chez ses messieurs pour repérer leur penchant politique. La fantaisie s'invite dans le maquillage avec des mouches en forme d'étoiles ou autres, détail que Kubrick s'était d'ailleurs amusé à exploiter sur Barry Lyndon d'une autre façon. Tout cela est magnifié par l'utilisation exclusive de la lumière naturelle, des cadrages jouant avec la position de ses personnages au sens propre comme au figuré, et cette lentille fish eye qui vient de temps en temps rappeler au spectateur son plaisir à épier ses dames voraces.

Lánthimos retrouve le malaise qu'il adore installer dès la première minute de ses films. Cette fois-ci exit la diction détachée, la reine a le droit de crier, ses sujets d'exulter, ce qui est indispensable pour montrer la manipulation des sentiments, de la détresse à l'euphorie. Sa caméra saura amener le vertige, la musique de Johnnie Burn tétaniser au son de ses violons grinçants. On ressort de la séance ébloui par tant de beauté et en même temps dévasté par cette folie autour du pouvoir. 

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Évidemment, les actrices et acteurs sont extraordinaires, quel trio puissant que forment Olivia Colman, Rachel Weisz et Emma Stone ! Les femmes ont le pouvoir et s'en délectent. Les hommes sont à leur merci, tentant aussi d'obtenir leurs faveurs, en cela Nicholas Hoult et Joe Alwyn sont épatants, affublés de leurs perruques et maquillages. Les rôles qu'on nous a habitués à voir depuis la nuit des temps sont balayés, les femmes tiennent les rênes, les hommes leur sont soumis. L'évolution des personnages de Sarah et Abigail est vraiment fascinante à la manière dont elles se jouent du pouvoir monarchique dans leur confrontation permanente. 

Largement récompensé aux BAFTA, La Favorite est en course pour les Oscars et devrait ramener quelques statuettes. Gagnant ou pas, le film est superbe et est l'un de mes gros coups de cœur en ce début d'année. Courez-y si vous aimez les films historiques, les manipulations du pouvoir, les coulisses de la royauté et surtout pour le talent de ces trois grandes actrices !