Glenn Close fraîchement couronnée du Golden Globe de la meilleure actrice dans un drame porte en effet le film de Björn Runge sur ses épaules. Sa prestation dans The Wife est parfaite, très en retenue, en épouse dévouée dans l'ombre de son écrivain de mari venant d'apprendre que le Nobel de littérature va lui être remis. Le voyage à Stockholm va lui servir de thérapie éclair, à ressasser ses souvenirs, à voir son fils frustré du manque de reconnaissance de son père, à voir son mari un peu trop fier de son œuvre...

On a l'impression de voir une cocotte minute chauffer, oubliée sur le feu, l'eau bout de plus en plus allant jusqu'à l'explosion. Joe et Joan Castleman forment un couple attendrissant lorsqu'on les découvre à l'écran. Leur complicité fait part d'un passé soudé, de beaucoup d'amour et de patience entre eux. L'appel annonçant le prix Nobel est apothéose, on décèle alors leur âme d'enfant dans la joie qu'ils expriment spontanément. Évidemment cette introduction est trop joyeuse, Joan a enfoui des fêlures en elle qui vont ressurgir lors de leur excursion dans la capitale suédoise, où elle ressent tout à coup le besoin de fuir la gloire de son époux.

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Avec sa narration simple, le scénario de Jane Anderson, adapté du roman de Meg Wolitzer, exploite tout de même différents aspects, maintes fois traités au cinéma, mais subtilement amenés. C'est l'écriture du couple qui fait la force du film, à la fois dans les confrontations silencieuses comme dans les disputes, le reste manque par contre de surprises et la réalisation demeure assez fade. Son sujet principal est la femme de l'ombre, celle qui donne inspiration et confiance à son mari. Joan est bien plus qu'un pilier, elle est la fondation de la gloire de Joe et le film sèmera de tout son long des indices pour comprendre à quel point elle est importante pour lui. Puis il y a la difficile relation entre un fils et son père, le premier admiratif du talent de l'autre, s'essayant aussi à l'écriture mais souffrant du manque de reconnaissance de son géniteur.

The Wife est aussi le grand écart entre deux époques. L'utilisation de flash-back n'a rien d'inovant mais permet de comprendre l'origine de la relation du couple, et mettent en avant un contexte dans lequel les femmes ne pouvaient pas être reconnues, devant renoncer à toute ambition. Le couple est héritier de cette époque et très vite on reconnaît le sourire poli de Joan en toutes circonstances, tel un masque rassurant et indispensable. Mais il ne faut pas se fier aux apparences, évidemment. Le spectateur ne sera pas dupe longtemps et prendra un vilain plaisir à déceler chaque indice dans le jeu subtile de Glenn Close et quelques répliques bien placées jusqu'à ce que le personnage fouineur joué par Christian Slater entre en jeu et tape où cela fait mal.

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On peut se douter qu'une part du mal être qui se cache derrière ce parfait sourire de "desperate housewife" est du à un époux un peu trop frivole. Glenn Close est merveilleuse mais elle est face à un acteur tout aussi charismatique, Jonathan Pryce, vu l'an dernier dans L'homme qui tua Don Quichote. Le regard qu'il lui renvoie va de la défiance au regret, de la fierté au mensonge. Il incarne parfaitement ce personnage pris à son propre piège dans cette sorte de huit clos.

Sorti directement en e-cinéma en France, The Wife n'est ni un grand film, ni époustouflant, mais se laisse agréablement regarder pour une nouvelle prestation parfaite de Glenn Close qui mérite ses deux prix pour ce rôle et en course pour les Oscars, statuette qu'elle n'a encore jamais remportée ! 


The Wife est à découvrir en VOD depuis le 24 janvier. Édité par TF1 Studio dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur son site et sa page Facebook.


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