Cela fait dix ans que Clint Eastwood ne s'était pas donné un rôle dans un de ses films, c'est-à-dire depuis Grand Torino. Pourtant depuis il n'a pas chaumé et a réalisé un long métrage presque chaque année. Et c'est avec grand plaisir qu'on le retrouve dans The Mule, un road-movie étonnamment touchant, en papy dégourdi à la langue bien pendue, aux côtés de Bradley Cooper à qui il avait offert un très beau rôle dans American Sniper. Il continue dans sa lancée en adaptant une histoire vraie, cette fois-ci moins patriotique que les précédentes, en confrontant un retraité qui se laisse entraîner dans un plan sacrément illégal et un agent des stup déterminé à démanteler un des plus gros réseaux de drogues du pays. 

La Mule parle de famille, du regret qu'a Earl Stone d'avoir été si absent. En cause, la passion qu'il a pour son métier d'horticulteur que le développement d'internet va petit à petit tuer. Mais cet homme ne se laisse pas abattre, à l'âge où il devrait prendre un peu de temps pour lui, il se laisse tenter par l'argent facile en faisant la mule pour un puissant cartel. Il aurait pu s'arrêter à sa première course, mais la tentation est trop grande. Sans être cupide, il agit avant tout pour ses proches, et c'est bien ce qui le rend exceptionnel et attachant.

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On retrouve le Clint Eastwood qu'on aime, devant comme derrière la caméra. Autant il pouvait être grincheux dans Gran Torino, autant il est adorable et drôle dans The Mule. Sa franchise est déconcertante, il ne mâche pas ses mots, qu'il soit devant sa femme ou les trafiquants mexicains. Son personnage est avant tout un bon vivant, qui a la culture d'une autre époque. Il s'adapte à la technologie mais en fait une analyse pertinente, tel un vrai message qu'il fait sûrement passer : levez le nez de votre téléphone et vivez l'instant présent ! De même à propos des rapports qu'Earl entretient avec sa famille, Eastwood semble s'excuser de sa passion pour le cinéma, de continuer à vouloir tourner. Il offre d'ailleurs le rôle d'Iris, la fille de Earl, à sa propre fille, Alison Eastwood.

Au delà de cet homme, il parle aussi d'un système administratif, du rôle de la police et de la pression face aux résultats que peuvent avoir les agents, ici la DEA. Quand des agents enquêtent, il ont la quasi obligation de résultats chiffrés pour justifier les moyens mis en œuvre. Ici ce sont des centaines de kilos de cocaïne qui circulent à travers les États-Unis, en trouver quelques grammes est forcément un échec. Le film navigue entre Earl et son optimisme, même s'il met sa vie en danger, et l'agent Colin Bates, plus pragmatique, décidé à arrêter cette mule. En découle la vision que peuvent avoir les gens sur la police, dont une homme arrêté par erreur qui panique. Sans trop en dévoiler, cette scène à l'effet comique incontesté montre pourtant une réalité bien triste, celle des personnes d'origine mexicaine, persécutées et assimilées à des dealers et autres sans papiers.

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Le sujet est traité avec légèreté alors que les messages passés sont forts et nombreux. En résulte un film prenant, raconté de manière simple avec une intrigue qui fourmille d'une multitude de sujets, à la fois intimes et sociétals. Clint Eastwood semble se livrer personnellement sur sa propre vie, mais évoque aussi l'ambiance politique de son pays face aux Mexicains et l'image que projette les forces policières. À 88 ans, ce grand monsieur ne cesse de nous étonner et sait rebondir après quelques films secondaires en signant avec La Mule l'une de ses meilleures réalisations.