C'est le genre de film tragique qu'il faut prendre le temps de digérer mais c'est aussi un hommage émouvant à l'amour paternel, du simple bonheur à l'ultime douleur. My Beautiful Boy est particulièrement déchirant parce qu'il aborde un sujet très dur et surtout parce qu'il est adapté d'une histoire vraie récente, d'après les mémoires de David Sheff, Beautiful Boy: A Father's Journey Through His Son's Addiction et celles de son fils Nic, Tweak: Growing up on Methamphetamines. Le père et le fils sont interprétés avec une justesse poignante par Steve Carrell, toujours plus parfait dans des rôles dramatiques minutieusement choisis, et le désormais incontournable Thimothée Chalamet.

Le film va au-delà de la fiction sans toutefois emprunter au style documentaire. L'histoire racontée devient indispensable pour témoigner sur les ravages de la drogue, autant du côté du toxicomane que celui de ses proches. Souvent, on s'imagine qu'un jeune drogué est forcément issu d'un milieu défavorisé, qu'il a des problèmes sociaux, financiers et relationnels. Felix Van Groeningen prouve le contraire grâce à l'adaptation des mémoires des principaux intéressés, qui mettent le doigt sur un problème finalement universel, celui de l'addiction, qui peut toucher n'importe qui. En effet Nic a grandi dans une famille plutôt aisée, il est bon élève, sa famille l'aime, il a tout pour s'en sortir dans la vie et pourtant il sombre.

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Le premier tiers du film installe justement ce constat. C'est assez long et on a l'impression de tourner en rond. La narration navigue entre les recherches du père pour comprendre son fils, pour le retrouver, et les souvenirs d'enfance afin de faire comprendre que la situation est justement incompréhensible. David Sheff se demande en boucle ce qui incite son fils à se droguer si durement, cherche ce qu'il a pu rater dans son éducation. Et puis le films prend des tournants enfin inattendus, mais toujours de plus en plus durs, comme l'effet de la si destructrice methamphétamine. Telle une courbe boursière qui s'effondre avec de temps en temps des soubresauts laissant entrevoir une once d'espoir, le films entraîne le spectateur dans le désespoir de ce père qui ne sait plus comment aider son fils.

Ce thème a rarement été traité sous cet angle bienveillant, celui qui montre la présence de proches, d'un réel soutient apporté au jeune drogué. En général, le point de vue est du côté auto-destructeur, le réalisateur belge, qui réalise ici son premier film produit aux États-Unis, a compris l'importance d'inverser les choses et de se concentrer du côté du père, qui lui aussi est détruit par ce qui arrive à son fils, mais surtout par le fait qu'il existe un lien très fort entre eux. La photographie de Ruben Impens, fidèle de Groeningen depuis La merditude des choses en 2009, apporte ce sentiment protecteur, par des couleurs douces et rassurantes.

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La complicité du père et du fils est très touchante. L'un des liens qui les unit est la musique. Felix Van Groeningen s'était déjà fait remarqué par la sélection musicale pointue effectuée sur Belgica. Pour My Beautifull Boy, il a choisi de n'intégrer que des morceaux existants qui ont un réel sens pour Nic et David, dont Heart of gold de Neil Young, Territorial pissings de Nirvana, Protection de Massive Attack et bien entendu Beautiful boy de John Lennon. 

Même si le rôle du père semble primordial d'après l'approche du scénario, Steve Carrell partage équitablement l'écran avec Thimothée Chalamet dont la performance est bluffante par sa recherche de sensibilité toujours très juste. Leur duo est magnifique, très tendre et forcément parfois d'une violence psychologique déchirante. Les larmes sont prêtes à couler autant à l'écran que chez le spectateur. Le constat est désarmant sur ce que l'amour paternel peut pousser à faire, Steve Carrell est bien plus que parfait pour le rôle. 

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Sans être parfait et sans atteindre la profonde émotion d'Alabama MonroeMy Beautiful Boy est l'un des films les plus remarquables de ce début d'année, certainement le plus triste, qui ne fait que confirmer le talent de son réalisateur et son duo d'acteurs. Felix Van Groeningen sait définitivement aborder des sujets forts sur la dureté des relations familiales après la perte d'un être cher.