Alfonso  Cuarón revient à ses racines avec Roma, qui ne fait pas allusion à la capitale italienne mais bien à un quartier de Mexico, au début des années 70. Il rend hommage à l'employée de maison de son enfance, au travers du personnage de Cleo, parmi une famille bourgeoise au bord de l'implosion. Cette fresque d'un peu plus de deux heures m'aura laissé perplexe sur plusieurs points qui se partagent entre positif et négatif.

Quand on jette un œil à la filmographie de Cuarón, on peut noter une certaine disparité de ses films sur les sujets traités, les styles et les types de production. Y tu Mama también, Harry Potter, Le Labyrinthe de Pan, Le Fils de l'Homme, jusqu'à l'oscarisé Gravity, les films se suivent et ne se ressemblent pas, même si le drame et le fantastique restent récurrents. Avec Roma, il revient au pur réel, à l'observation de la vie, en se nourrissant de ses souvenirs. Il livre une œuvre intime sans la rendre intimiste.

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En signant le scénario, la réalisation et la photographie, Cuarón s'offre une parfaite maîtrise de son film. Les images sont magnifiques, il a travaillé un noir et blanc bien contrasté mettant en valeur le moindre détail. Ses cadres sont en grande majorité larges, laissant de l'espace au décor et aux arrières plans qu'on ne se lasse pas de décortiquer. Côté mise en scène, il aura abusé de travellings latéraux, de panoramiques et autres plans séquences comme s'il était en pure démonstration. Voici le premier paradoxe, la beauté des images qu'il a méticuleusement construites se voient bafouées par des effets de mise en scène redondants trop remarqués et longs, dès sa scène d'ouverture, un plan fixe sur un sol savonné, c'est beau mais interminable.

Cette fois-ci pas de tête d'affiche, pas de George Clooney ou Gael García Bernal, le casting nous est inconnu pour mieux se focaliser sur les personnages. Les dialogues naviguent naturellement entre l'espagnol et un dialecte mexicain. On nous présente une famille complète, des quatre enfants à la grand-mère, de la mère dépassée au père trop souvent absent et évidemment leurs employées de maison, dont Cleo, qui font office de nounou, femme de ménage, cuisinière, standardiste... Elles courent partout, de l'animation il y en a et pourtant on nous garde loin de toute empathie. Deuxième paradoxe. On est spectateur d'un an de leur quotidien, de leurs joies, de leurs peines, de leur galères et pourtant cela ne touche pas vraiment ou alors trop brièvement. Au delà du quotidien de toute cette clique, on découvre aussi un fond politique qui embrase Mexico et certainement d'une manière leur vie. Mais quoi qu'il arrive, la réalisation impose une distance entre le spectateur et l'écran, faute peut-être à trop de plans larges, on n'entre rarement dans l'émotion par trop de contemplation.

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Le troisième paradoxe touche son choix de supports de diffusion. J'ai eu la chance d'assister à une avant-première avec projection en salle de cinéma ce qui m'a permis de profiter de la pleine qualité de l'image et surtout du son. Cuarón a pris le parti de ne pas habiller ses images d'une composition musicale mais simplement des sons du quotidien. Si on entend de la musique c'est qu'elle est jouée au moment de la scène ou qu'elle sort d'une radio. Cela impacte peut-être le manque d'empathie mais participe grandement à l'invitation à l'observation permanente, comme on s'imprègnerait de la vie d'une place assis à la terrasse d'un café.

En effet, Roma va sortir directement sur Netflix. Il aura été diffusé en salle lors de quelques avant-premières ou de festivals et a d'ailleurs remporté le prestigieux Lion d'Or à la Mostra de Venise. Les spectateurs américains pourront néanmoins le découvrir brièvement sur grand écran afin de laisser une chance de sélection aux Oscars. Pour nous européens, il faudra se contenter de la qualité de la plateforme sur laquelle il devrait sortir le 14 décembre prochain, ou bien attendre une sortie DVD ou blu ray pour profiter de la meilleure qualité de visionnage tant bien qu'on soit équipé d'un bon écran et d'une excellente installation son, indispensable pour apprécier l'ambiance sonore enrobante.

Roma est d'une beauté indéniable mais manque cruellement d'émotion, un peu long aussi malgré la richesse des personnages. La contemplation imposée par une réalisation trop maîtrisée finit par ennuyer. A voir ce que peut donner un visionnage sur Netflix alors que le film mériterait un grand écran et un bel équipement son telles les salles Dolby Atmos.