Attention ovni ! Certains ont peut-être vu la mini-série Le p'tit Quinquin en 2014 sur Arte, Bruno Dumont revient cette année avec une deuxième saison dans laquelle Quinquin a grandi et se fait maintenant appeler Coincoin. Durant un bel été, une mystérieuse substance tombe du ciel et inquiète la gendarmerie sur son origine. Serait-ce une invasion extraterrestre ? Les officiers Van der Weyden et Carpentier mènent l'enquête.

Je n'ai pas vu la première saison et je découvre ici les personnages créés par Bruno Dumont avec beaucoup de curiosité et d'amusement. L'histoire de Coincoin semble se situer dans un univers parallèle. Le parti pris est l'absurde, à la limite du surréalisme. Le premier degré est malvenu, il faut accepter l'incompréhension et la bêtise des personnages pour entrer dans l'histoire. Pour cela je n'ai eu aucun problème et j'ai même pris plaisir à ce visionnage bien perché. J'ai rarement autant ri devant une production télévisée.

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L'humour vient par l'absurde, les dialogues surréalistes et le comique de situation et de répétition. Les personnages sont assez loufoques pour faire rire, en les confrontant à une situation incontrôlable, cette histoire devient rapidement burlesque où tout est permis. Van der Weyden (Bernard Pruvost) et Carpentier (Philippe Jore) incarnent la série à eux seul. Leur duo rappelle celui de Laurel et Hardy. Van der Weyden parle beaucoup pour finir par dire des phrases sans queue ni tête, Carpentier essaie parfois de le reprendre, quand il n'est pas abasourdi par ce qu'il vient d'entendre, mais s'enfonce dans la calamité de ses explications. Le premier est aussi plein de tics qui peuvent un peu fatiguer sur la longueur, pourtant si caractéristiques du personnages. Le second voue une passion pour les cascades en voiture semble t-il. Il sillonne les petites routes de la Côte d'Opale sur deux roues, à leur risque et péril.

Alors Coincoin (Alane Delhaye) dans tout ça ? Il est devenu ado, matte les filles, milite au Bloc, parti politique qui n'aime pas trop les étrangers, avec son copain L'Gros (Julien Bodard). Ils traînent entre la campagne et le camping municipal, tout aussi surpris et dégoûtés par ces flaques noires qui tombent du ciel. En plus, certains habitants commencent à devenir étranges, et même se dédoublent. Là où tout être sensé aurait donné l'alerte qui entraîneraient une réaction en chaîne avec l'armée bouclant le territoire telle une zone dangereuse face à l'inconnu, chez Coincoin la vie continue. Les migrants sont dans leur camp de fortune, le politicien fait ses meetings, le prêtre s'occupe de son église, le procureur fait son jogging, les vacanciers prennent le soleil à la plage, les gendarmes mettent en garde les jeunes filles qui marchent le long des routes. La police scientifique enquête, et la seule chose qui semble sûre, c'est que cette substance noire n'est pas humaine, elle est Z'hinumaine même.

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Quand on décrit le tableau, ce n'est tout de même pas très glorieux tellement tous les personnages sont des bras cassés. Sans se moquer d'eux, on rit de l'absurdité dans laquelle ils évoluent. Une fois habitué à leur accent ch'ti qui sonne plus authentique que les grosses comédies à la Bienvenue chez les Ch'tis et autres Tuches, on admire ces acteurs amateurs qui semblent prendre un malin plaisir à évoluer dans cette histoire. Quelque chose de Les Deschiens se dégagent de leur jeu un peu maladroit. En bonus du DVD, Bruno Dumont explique lors d'un entretien assez complet qu'il a utilisé des oreillettes pour diriger ses acteurs et maîtriser leurs moindres gestes. Les équipements oculaires sont visibles à l'écran sans déranger, et on a en effet l'impression que les acteurs sont des marionnettes vivantes. 

Derrière cette farce à la sauce SF, des sujets sérieux restent sous jacents. Quand les gens se méfient de ces groupes de migrants venant tout droit d'Afrique errant dans le coin, ce sont des flaques noires encore plus étrangères qui font autant peur. Alors on joue sur les mots, la peur du noir, la peur de ce qui est étranger. Et puis ces gens dont les extraterrestres ont créé un double, pour encore plus de trouble, face à cette silhouette familière qui devient tout à coup étrangère et qui provoque le doute et la méfiance. Bien des questions philosophiques se soulèvent en regardant Coincoin et les Z'hinumains, certainement bien ficelées par Bruno Dumont lui-même à l'écriture de son scénario, puisant dans ses connaissances d'ancien professeur de philosophie.

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Bruno Dumont au cinéma, c'est aussi Ma Loute, sorti en 2016, qui a enchanté son public. Le réalisateur prend en tout cas plaisir à installer son cadre dans ce Nord qu'il affectionne. L'image est vraiment belle, les compositions bien équilibrées, l'action parfois un peu lente et répétitive sur ces quatre épisodes, mais si on est réceptif à cet humour particulier les 4 x 52 minutes se dévoreront facilement. J'aurais beaucoup ri et je n'ai même pas envie de bouder cette fin théâtrale qui tombe tout aussi mystérieusement que la substance noire. On comprendra ce qu'on voudra, car il semble qu'on nous amène plutôt à réfléchir à tout ça plutôt qu'à nous l'expliquer. 


Pour ceux qui ont loupé sa diffusion sur Arte, Coincoin et les Z'hinumains se trouve en DVD, Blu-Ray, VOD et coffret DVD Intégrale P'tit Quinquin/Coincoin depuis le 20 septembre. Edité par Arte Editions, en collaboration avec Blaq Out, dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur son site et sa page Facebook.


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