Dominique Rocher a participé au scénario de Dans la brume, sorti en avril cette année. Un mois plus tôt, était en salle son premier long-métrage La Nuit a dévoré le monde. Ces deux films présentent Paris sous un nouvel angle, encore peu vu au cinéma, où la vie a quasi disparu, où un silence inquiétant règnant laisse percevoir une menace d'origine inconnue. Le réalisateur et scénariste a adapté le roman de Pit Agarmen pour réinventer le film de zombies, mi-film de genre, mi-film d'auteur français, pour créer une ambiance particulière et prenante.

Un film de zombies, en général, montre une horde de morts-vivants envahissant un espace dans lequel un héros intrépide leur explose la cervelle quand d'autres innocents se font salement dévorer. Revenu à la mode récemment avec la série The Walking Dead ou au cinéma avec notamment World War Z ou Dernier train pour Busan, le genre est cette fois-ci totalement réinterprété par Dominique Rocher. La caméra s'accroche à son survivant, épiant son nouveau quotidien, prisonnier d'un appartement pour échapper à la mort extérieure. 

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Anders Danielsen Lie, acteur norvégien, est Sam, le survivant. Tout le film tourne autour de lui, son jeu n'est pas parfait mais l'écriture de son personnage appelle à la curiosité. Sam se rend chez une amie lors d'une fête pour récupérer des cassettes. Il se réveille seul, l'appartement saccagé, les murs salis de sang. Dehors, il aperçoit des corps se mouvoir de manière étrange, le monde est mort. S'il sort, ces morts-vivants lui tombent dessus et n'en feraient qu'une bouchée, alors il fait de ce qui reste d'accessible dans l'immeuble son QG et commence une opération de survie. 

On découvre dans les bonus du DVD quelques courtes interview, dont celle du co-scénariste Benjamin Lemans qui avoue s'être inspiré en partie de Seul au monde dans lequel on suit Tom Hanks survivre sur une île déserte après un crash d'avion. L'homme s'accroche à la moindre chose pour continuer à vivre, et l'histoire est beaucoup plus psychologique qu'il n'y paraît. Les zombies sont un prétexte, ce personnage aurait très bien pu se retrouver seul dans d'autres circonstances, comme Dans la brume justement. Sans se mesurer au danger, il s'enferme pour se protéger mais doit faire face à la solitude sans sombrer dans la folie.

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La question d'autres survivants se pose bien évidemment. Lorsqu'il regarde par la fenêtre on guette comme lui le moindre signe de vie. L'ambiance se veut réaliste. On n'a pas l'impression d'être dans un film fantastique ou d'horreur. On en perçoit certains codes mais tout est fait pour garder ce réalisme très présent. Notamment les maquillages des zombies sont mesurés. Le chef maquilleur Olivier Alfonso n'a pas voulu tomber dans la surenchère des productions américaines. Lui aussi a droit à une interview dans les bonus et explique qu'il a préféré créer des zombies reflétant l'humain qu'il était avant. Les blessures fatales sont réalistes, on pense à la décomposition lente d'un corps sans avoir des membres qui pendouillent pour faire peur. 

Encore une fois, faire peur n'est pas le but de ce film. Quelques scènes amènent un peu de frayeur car Sam se met tout de même parfois en danger, soit pour trouver de quoi se nourrir, soit par envie de trouver un compagnon, mais jamais pour se battre. D'autres scènes sont même amusantes ou poétiques. Sam vient de la musique, son univers sonore est bien traité. Il utilise la musique comme échappatoire, en l'écoutant, en jouant, en créant. Le son devient un élément primordial au film, il est la compagnie du personnage. S'il est extérieur, il peut être l'annonce d'une menace, s'il vient de Sam il devient un compagnon rassurant.

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Deux personnalités viennent agrémenter le casting : Golshifteh Farahani et Denis Lavant. Il est difficile de parler du personnage de cette première sans spoiler, donc il est préférable de vous laisser la découvrir. Le second joue un zombie qui se retrouve dans une situation différente des autres. Quelle bonne idée d'avoir choisi un acteur si à l'aise pour s'exprimer par son physique. Le zombie est par définition une personne ayant perdu toute notion d'humanité et de conscience pour devenir une créature menaçante et violente. Ce zombie-là laisse transparaître son ancienne humanité, il est toujours quelqu'un mais tel un souvenir entretenu par Sam.

Ce premier long-métrage minimaliste de Dominique Rocher transpose le genre zombie en film intimiste qui explore les thèmes de la solitude et de la survie. A découvrir pour sa sigularité et son inventivité. Le manque de moyen est d'ailleurs invisible grâce à une écriture et une réalisation maîtrisées. La Nuit a dévoré le monde fait indéniablement partie des bonnes surprises de l'année.


Découvrez La Nuit a dévoré le monde en DVD (depuis le 15 octobre), édité par Blaq Out dont vous pouvez suivre toute l'actualité sur Facebook et blaqout.com.


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