D'un sujet très simple en ressort une grande histoire. Thomas Lilti connaît son sujet, lui-même médecin généraliste, il se lance ici dans la réalisation d'un quatrième long métrage retraçant la folle première année de médecine. Vincent Lacoste, qu'il avait fait tourner dans Hippocrate en 2014, retrouve William Lebghil avec qui il était déjà en duo dans Jacky au Royaume des Filles la même année. Une année de révisions intenses résumée en 1h32, on peut être retissant imaginant une monotonie du sujet et il n'en est rien.

Le réalisateur scénariste nous plonge dans un univers stressant avec un duo bien pensé. Benjamin découvre les amphithéâtres pleins à craquer quand Antoine y est familier puisqu'il tente de passer le concours pour la troisième année consécutive. Sa persistance est l'une des premières curiosités du film. Il connaît des astuces pour être bien placé, pour organiser les révisions, ses journées sont ajustées à la seconde près à un rythme militaire. Et pourtant, il n'arrive pas à être bien classé pour passer en deuxième année. Benjamin, on le découvre brièvement à la fin du lycée, face à une conseillère d'orientation optimiste sur ses choix de filières ouvertes après un bac S. Il optera donc pour tenter médecine, suivant les traces de son père chirurgien, qu'il aimerait rendre fier de lui. 

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Embarqués dans le même bateau, ou plutôt la même galère, Benjamin et Antoine vont se serrer les coudes et réviser ensemble. Ces deux personnalités se complètent mais leurs différences peuvent aussi créer des tensions. On ne les verra que réviser pendant tout le film, de la découverte dans quoi ils s'embarquent, à la quantité de sujets à retenir, au stress des examens blancs. Jamais on en a marre pour eux, on commence à s'inquiéter de leur rythme de vie comme les parents d'Antoine, on se demande comment Benjamin va survivre à cette année lui qui a l'air un peu à côté de la plaque. On rit un peu mais une tension s'installe en fond, comme cette boule au ventre qui commence à apparaître avant un examen.

Les liens que chacun entretient avec sa famille montre la grande différence de leur origine. Antoine veut absolument devenir médecin, c'est sa passion depuis son enfance. Il vient d'une ville de banlieue, ses parents sont modestes et le soutiennent dans la douleur. Benjamin vient d'une famille plus aisée, son père lui prend même une chambre de bonne juste devant l'école pour lui permettre de ne pas perdre de temps dans les transports. Et pourtant, derrière ce semblant de soutien émerge rapidement une pression familiale dure à supporter. En plus du papa, il a un grand frère qui réussit tout. Il se doit donc de réussir ce concours, sans quoi son père le prendra pour un crétin.

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Le duo Vincent Lacoste / William Lebghil fonctionne parfaitement. Leurs personnages sont bien écrit, leurs interprétations sont justes. L'ambiance prend parfois une tournure documentaire quand on passe en plan large et qu'on s'éloigne un peu des deux personnalités. Les amphithéâtres surpeuplés et la froideur du centre d'examen sont impressionnants. Évidemment Thomas Lilti a voulu utiliser les vrais lieux pour donner encore plus d'authenticité à son film, il en ressort une force indispensable. A cela s'ajoute le traitement psychologique des personnages qui en fait une fiction par la tension qui s'immice petit à petit dans le duo. 

Ce film témoigne de la folie d'un système obsolète, d'un concours dont le secret de la réussite est la maîtrise des codes et non de la compréhension des sujets abordés. On a mal aux cœur pour les sacrifices que ces jeunes doivent faire pour réussir, alors très vite l'ampathie monte et on ne veut pas les lacher en route. C'est avec passion qu'on vivra cette heure et demi de film, impatient de découvrir le résultat du concours, avec un soutien similaire à celui apporté par leurs proches.