Sans surprendre, The Cakemaker provoque une certaine curiosité. Ofir Raul Graizer a écrit et réalisé son premier long-métrage imaginant une liaison amoureuse entre deux hommes soudain rompue par le décès de l'un d'eux. Il se concentre alors sur le deuil que cela aura provoqué chez son compagnon, et son idée folle d'aller sur les traces de l'autre, à la rencontre d'une famille qui ignore son existence...

Le premier, Moti (Zohar Shtrauss), est marié et père d'un enfant, vit en Israël. Le second, Thomas (Tim Kalkhof), est un jeune allemand qui émerveille avec ses pâtisseries. A la mort brutale de Moti, Thomas décide de partir sur ses traces, voir où il habite, rencontrer sa femme... L'introduction du film, pour en arriver dans le vif du sujet, c'est-à-dire le pèlerinage nécessaire à Thomas pour faire son deuil, est bien trop longue. On comprend pourtant rapidement que Thomas et Moti ne vivent pas dans le même pays, qu'ils ne se voient que lorsque ce dernier est en déplacement professionnel en Allemagne. 

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L'ambiance du film est aussi alourdie par une réalisation et une mise en scène très classique, très studieuse, sans prise de risque. Au delà des cadrages sans grande originalité, et le manque crucial de renversements émotionnels, le silence s'impose comme la force du film. On est forcément curieux de découvrir la rencontre entre Thomas et Anat (Sarah Adler), la veuve de Moti. Puis on aime les observer, les scruter en attendant le moment fatidique de la découverte de la vérité. La tension est palpable, par leur confrontation souvent très silencieuse, de regards tristes et pleins de questions et de craintes.

On se pose nous aussi forcément pas mal de questions. Thomas reste un personnage étrange tout au long du film. Il aura même certains comportements à la limite de l'obsénité. On se demande aussi quel est vraiment son but à se rapprocher d'Anat, il semble être comme un aimant fou, à la fois repoussé et très attiré pour s'imisser dans sa vie. Il connaît probablement le danger que cela aurait de révéler son secret et pourtant il semble nécessaire qu'il fasse connaissance avec la femme pour en comprendre l'amour que son amant connaissait dans son pays, dans son foyer.  

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Anat intrigue tout autant. Quand on sait que son mari allait souvent en Allemagne et lui ramenait des petits biscuits dont elle raffolait, la coïncidence parait bien énorme de retrouver un allemand dans son café qui sait cuisiner de succulents gâteaux... Est-elle dans le déni ? La douleur du deuil la rend-elle aveugle au point de croire que ce serait le destin de rencontrer Thomas, qui doit forcément lui rappeler son époux, à cause des biscuits, à cause de l'Allemagne... Tous ces mystères, ces non-dits gardent le spectateur en haleine jusqu'à la fin.

Dommage que le scénario manque de surprises et de grandes émotions, cette quête dans le deuil est assez originale et les acteurs sont très bien choisis. Ofir Raul Graizer a su aussi correctement doser les sujets abordées, la difficulté étant le fait qu'ils soient tous liés : l'homosexualité, l'infidélité, le désir et la religion.

Sortie dans les salles françaises le 6 juin 2018.