Girl a fait grande sensation sur la croisette. Premier film pour Lukas Dhont qui se voit couronné de la Caméra d'Or ainsi que de la Queer Palm. Premier rôle pour Victor Polster qui lui remporte le prix d'interprétation de la compétition parallèle Un Certain Regard. Le réalisateur belge, âgé seulement de 26 ans, semble prometteur au vue de ce film remarquable. Il peut facilement être comparé à Xavier Dolan, par sa jeunesse, par le thème de l'identité si justement abordé et par l'immersion dans l'univers d'une famille fragile.

L'histoire, inspirée de faits réels, est filmée de manière intense. La caméra se place au plus près de son sujet, elle l'observe, elle le suit sans cesse, invitant le spectateur à partager des moments intimes ou douloureux. Le choc est de découvrir Victor Polster incarner Lara, il est époustouflant par sa justesse, son naturel et sa délicatesse. On ne voit que du feu sur cette première expérience cinématographique.

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Le sujet abordé n'est pas simple. Là où The Danish Girl était plus classique dans sa mise en forme et se penchait sur la double identité au milieu d'une histoire d'amour, Girl s'invite dans l'intime, sur une période assez précise, où le non dit prend tout son sens dans le regard de Victor Polster exprimant tant de doute, de questionnements, de peur, de désir... Lara n'est pas née dans le bon corps, elle doit attendre une opération, après un long processus de préparation, avant d'avoir tous les attributs féminins désirés. Déjà, sur ce point, ce n'est pas simple psychologiquement, elle ressent quelques blocages même si tout son entourage la considère déjà comme une jeune femme. Elle a d'ailleurs la chance d'être entourée par une famille aimante qui ne porte aucun préjugé. Malgré cet avantage, on se rend vite compte que tout cela n'est pas si simple.

Le sujet de changement de sexe est déjà complexe. Mais Lara est déterminée à devenir en plus danseuse étoile. Elle s'inflige donc une autre douleur, toujours en rapport avec son corps. Elle le torture, la danse classique n'étant pas tendre à la base, l'objectif de danseuse étoile l'oblige à souffrir encore plus. On endurera autant sa douleur en la voyant masquer son sexe au sparadrap, ou en voyant ses pieds martyrisés par sa persévérance. Et toujours cette caméra haletante qui la suit lors de ses entraînements, on la regarde tomber, se relever, s'obstiner, souffrir avec tant de peine...

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Emotionnellement, il est vraiment difficile de ne ressentir aucune empathie pour Lara. Son histoire est si forte et la réalisation tellement juste qu'on ne peut être que touché. Encore une fois, les non-dits sont poignants. Chaque scène concernée par un silence a su être mise en valeur grâce à la qualité de la réalisation et à celle de l'interprétation de ses acteurs. Ainsi, que Lara soit seule face à un miroir, face à son père ou qui que ce soit d'autre, la tension qui en ressort est extraordinaire.

Girl est un très beau premier long métrage pour Lukas Dhont, même si son sujet n'est pas facile. Il est touchant et très dur à la fois, on ressort assez fragilisé et ému de la séance, mais forcément impressionné par la performance parfaite de Victor Polster. Il faudra attendre jusqu'au 10 octobre pour le découvrir dans les salles françaises.