Les filles du soleil, d'Eva Husson, faisait parti de la compétition cannoise. Deuxième projection pour moi lors de Cannes à Paris, j'ai été plutôt déçue par le scénario. J'en attendais plus de force, j'attendais un vrai film coup de poing. La réalisatrice s'est embourbée dans ce conflit kurde en essayant de mettre en valeur son casting très féminin, en jonglant maladroitement entre l'histoire d'une journaliste, celle d'une héroïne de la résistance et les horreurs perpétrées par l'état islamique.

Je dois avouer que je suis fascinée par Golshifteh Farahani, je la trouve belle et talentueuse. Elle illumine les quelques films dans lesquels je l'ai vue. Ce rôle de Bahar est certainement le plus fort qu'elle ait pu jouer jusqu'à présent et elle est très convaincante. Elle porte à l'écran une extrême souffrance en elle, une certaine fragilité, galvanisée par une force étrange, une rage. Elle est le principal atout du film.

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Le choix d'avoir intégré le personnage de Mathilde, jouée par Emmanuelle Bercot, une journaliste tiraillée entre l'amour de son métier, le deuil de son mari et la honte qu'elle a de ne pas réussir à parler à sa fille me semble inutile. Elle brouille l'histoire principale. Finalement toute la partie qui correspond à son reportage affadit le scénario et n'apporte rien d'autre qu'une voix off, témoin de la situation, narrative et illustratrice. Ainsi, le fait de vouloir absolument vouloir donner un passé à Mathilde devient pompeux et j'en ai même ressenti une sorte de dédain pour elle, à me demander ce qu'elle faisait là. Car Bahar n'avait pas besoin de cet appât émotionnel pour se confier.

Bahar est une femme cultivée, elle avait un bon métier, elle avait un mari aimant, elle avait un enfant. Elle était tout simplement heureuse, trouvant le bonheur dans les petites choses de la vie entourée de sa famille. Elle aura perdu tout cela en quelques minutes après une attaque brutale de l'état islamique. Toutes les fois où elle raconte son histoire à la journaliste, on découvre sous forme de flash-back son histoire, tout ce qu'elle a vécu, tout ce qu'elle a du endurer. Le rythme du film s'en voit affaibli, passant des quelques actions insipides montrées sur le front de guerre, à une journaliste trop perdue dans sa tête jusqu'à ce qu'elle se ressaisisse et obtienne l'histoire de Bahar.

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Cette histoire est dure émotionnellement. Bahar a été enlevée par l'état islamique, ce qui implique qu'elle est devenue une marchandise, une esclave sexuelle. Tout l'intérêt des Filles du soleil est de se rendre compte de cette vie misérable, et comment Bahar a pu avoir l'espoir et la force de s'en tirer pour devenir une combattante de la résistance kurde. Ensuite, ce qui est dommage sur la "partie guerre", est de deviner assez facilement l'issue des actions. Et pour cela, la musique n'a pas été composée très subtilement. 

Finalement, tout ce qu'on retient du film n'est pas le conflit kurde, mais tout le passé de Bahar, son parcours l'obligeant à se défendre, à toujours garder espoir, et bien sûr l'interprétation de Golshifteh Farahani. L'intensité de ces scène est prenante, poignante. Dommage qu'Eva Husson se soit perdue dans l'écriture de ses personnages féminins et ne se soit pas concentrée sur l'essentiel, le parcours courageux de Bahar et des femmes qu'elle a croisées.

Sortie prévue dans les salles françaises le 21 novembre 2018.