Quand on n'accroche pas, on n'accroche pas ! Serge Bozon a un univers très particulier, trop particulier, difficilement préhensible pour un public non averti. Il revisite avec Madame Hyde le célèbre roman de Robert Louis Stevenson, L'Etrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde dans une vision plus contemporaine où il retrouve cinq ans après Tip Top Isabelle Huppert, totalement dévouée à son réalisateur.

La transposition de cette histoire dans un univers scolaire, pourquoi pas. Choisir une Madame Géquil pour le Docteur Jekyll, aucun problème, surtout quand on remarque le goût d'Isabelle Huppert dans le choix de rôles assez atypiques. Mais il ne faut pas oublier d'écrire un scénario captivant ! Ce scénario, co-signé avec Axelle Ropert, manque de peps. On se retrouve face à un film de seulement 1h35 qui semble durer une éternité et où l'ennui et la lenteur prennent le dessus sur la curiosité.

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Ici le Docteur Jekyll devient Madame Géquil, interprétée par Isabelle Huppert qui semble hypnotisée, professeur de physique intimidée par des élèves turbulents, mal dans sa peau, trop timide pour se rebeller. Au cours d'une expérience, elle est foudroyée et cela change quelque chose en elle. Là, on aurait aimé un double maléfique plus franc, la frontière entre Madame Hyde et Madame Géquil est bien trop fine ou alors trop subtile pour que cela m'interpelle. Le seul moment où cela est évident, ça en est grotesque visuellement bien que j'ai compris ce parti pris. Ces effets spéciaux luminescents ont un aspect presque amateur ou d'un temps révolu, en montrant le négatif littéral de la personne, en écho au générique d'ouverture.

Après s'être habitué à la diction récitée des acteurs, vraisemblablement voulue et surjouée, on se perd un peu dans l'histoire. Un élève se démarque, Malik, plutôt bien joué par Adda Senani. Il captive sa prof qui est certaine d'en tirer quelque chose. Là où la chose aurait pu être impertinente ou surprenante, on tombe dans un discours entendu sur les études, on anticipe même assez bien ce qui vient, la surprise manque attrocement.

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On continue à s'embrouiller en découvrant Romain Duris en proviseur à mèche folle, au potentiel comique avéré, chacune de ses apparitions est une sorte de bon courant d'air qui rafraîchit la scène, grâce à des dialogues absurdes plutôt amusants. Et puis on a José Garcia, en mari aimant, homme au foyer, dont la bonté et la bonne humeur paraît irréelle et disproportionnée par rapport au contexte. Même si chacun apporte une importance et une identité au film, on appréhende mal leur cohérence. On assiste aussi à une séquence rap, tel un clip inséré dans le film, qui a du mal à s'intégrer aisément dans sa scène, bien que la prestation soit de qualité.

Vous l'aurez compris, je n'ai pas été emballée par Madame Hyde. Dommage, j'aimais bien l'idée d'un film fantastique, qui ne l'est finalement pas, ni en genre, ni en surprise.