Wes  Anderson, quel génie ! L'Île aux chiens, quelle perfection ! C'est avec émerveillement que j'ai pu découvrir ce nouveau chef d'œuvre en avant-première, et j'ai même envie de le revoir car je suis sûre que j'ai loupé de nombreux détails tellement ce film foisonne d'idées, et pourquoi pas cette fois en version française, puisque le réalisateur a attaché beaucoup d'importance sur le choix de son casting voix, autant en anglais qu'en français.

Avant de réaliser cette petite merveille en stop motion, il a réuni Roman Coppola, Jason Schwartzman et Konishi Nomura pour écrire le scénario plein de rebondissements et d'aventures. De même, niveau technique, il s'est entouré des meilleurs pour donner vie à cet univers si personnel, nottamment avec Tristan Oliver, chef opérateur spécialiste de stop motion avec qui il a déjà collaboré. La musique n'est pas non plus prise à la légère, il rappelle une nouvelle fois Alexandre Desplat qui avait obtenu un Oscar pour The Grand Budapest Hotel, encore une fois très inspiré, qui a su mélanger les sons des tambours japonais à des cuivres modernes très enjoués. La qualité du boulot fourni est visible, tout est absolument parfait, le moindre détail est impeccablement maîtrisé (voir la petite vidéo de making of à la fin du post pour les plus curieux). Au moins, si par hasard on ne serait pas passionné par l'histoire, on ne peut que saluer le travail titanesque effectué sans aucun défaut. Une gourmandise pour les yeux, et les oreilles.

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Ne voyez pas ce film comme un dessin animé à la Pixar et compagnie, on est devant un film unique qui réunit d'ailleurs un casting exceptionnel (Bryan Cranston, Edward Norton, Frances McDormand en VO ou encore Vincent Lindon, Roman Duris et Isabelle Huppert en VF). D'ailleurs, les dialogues sont trop complexes pour les plus petits. En prise de vue réelle, seulement le côté "humain" aurait pu être correctement traité, mais les chiens étant de réels personnages, doté de parole et d'émotions, la solution parfaite est le stop motion pour allier tout cela. Wes Anderson avait déjà utilisé cette technique pour Fantastic Mr. Fox, ici il excelle de nouveau en réussissant à humaniser les toutous de manière extraordinaire et en jouant avec leur regard de manière intense (ces yeux, tellement vivants !). 

Anderson étant un perfectionniste, un amoureux des plans centrés, symétriques, c'est de manière naturelle qu'il se tourne vers l'esthétique du Japon. On ressent une profonde recherche pour rendre hommage à la fois au cinéma japonnais (dans la construction des plans, l'ambiance...) mais aussi à la culture et à l'Art japonnais, entre légendes, estampes et traditions. Au final, on prend plaisir à découvrir cette ville fictive, dans un futur proche et pourtant qui semble hors du temps, et qui nous transporte intensément dans ce conte moderne et politique.

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Le maire de Megasaki décide d'isoler tous les chiens de la ville sur une île poubelle afin de protéger la population d'une grippe canine. Derrière ce qui semble être une décision d'urgence sanitaire se cache un complot bien plus perfide. En donnant la parole aux chiens, d'ailleurs c'est assez drôle de les voir parler un anglais parfait, en leur donnant une conscience, il les humanise totalement. On n'est plus face à l'Homme versus l'Animal, mais face à deux ethnies différentes, dont l'une prend le dessus sur l'autre et la pousse à l'exil, à l'oubli, jusqu'à la remplacer par un modèle mécanique soumis. Heureusement, Atari, un jeune garçon intrépide n'accepte pas d'oublier son chien et part à sa recherche sur l'île interdite, quel que soit le danger, il sera prêt à tout...

Je n'en dirai pas plus pour vous laisser découvrir ce film assez surprenant et, je ne le répèterai pas assez, d'une perfection incroyable. Le stop motion n'est pourtant pas nouveau, mais Wes Anderson s'est lancé un défi de taille pour arriver à ce résultat, l'animation complexe est à la hauteur de l'énergie du scénario. Jamais on ne s'ennuie, impatient de découvrir comment la fine équipe autour d'Atari va s'en sortir, à l'affut des subtiles traits d'humour de ces drôles de toutous. Quant au cinéphile, il se délectera aussi de nombreuses références, de Kurosawa à Kubrick. A découvrir impérativement en salle dès ce mercredi 11 avril !

 Petit making-of :

Bande annonce :