Grand Prix du dernier Festival de Deauville, The Rider nous plonge dans une Amérique rurale peu commune. L'œil de Chloé Zhao, dont c'est seulement le deuxième long métrage, a su capter avec beaucoup de sensibilité l'histoire de Brady, un jeune cowboy qui voit son univers s'effondrer après un accident de rodéo.

Lorsque j'ai découvert ce film, j'ai été un peu déroutée. J'avais l'impression de regarder un documentaire et pourtant les plans étaient vraiment cinématographiques dans leur composition, invitant plutôt à la fiction. L'ouverture sur Brady, en gros plan, sur sa cicatrice pas tout à fait guérie, est difficilement envisageable dans un documentaire. On nous confronte directement à la souffrance de cet homme, tout d'abord physique, mais surtout psychologique. Puis les scènes avec les chevaux sont plus brutes, ramènent à une réalité palpable, difficilement réalisable dans une pure fiction sur un film indépendant à petit budget. Le lien entre les hommes et les chevaux ne peuvent être que réels.

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Un documentaire ? Une fiction ? Un docu-fiction à l'esthétique léchée et minimaliste. Tout s'explique : Chloé Zhao a construit son film autour de Brady, qui n'est pas un personnage fictif. Justement, la plupart des personnages du film sont joués par eux-mêmes, très peu d'acteurs se retrouvent au casting. Leur amateurisme ne se ressent aucunement, tout paraît sincère et naturel.

La démarche de la réalisatrice est alors très intéressante. Elle a rencontré les cowboys Lakota, qui ont la particularité d'être un étrange mélange entre le cowboy et l'indien, lors du tournage de son premier long-métrage à Pine Ridge. Puis elle y est retournée quelques années plus tard et a rencontré Brady. L'idée d'un film sur son rapport avec les chevaux en a émergé mais son projet s'est vu bousculé par l'accident de rodéo qu'il subira vraiment. Elle ne l'abandonne pas, au contraire, et continue de s'entretenir avec Brady pour comprendre ses motivations.

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Il est évident que Brady a un lien particulier avec les chevaux. Alors quand en comprend dès le début du film qu'il lui est quasi impossible de reprendre sa vie d'avant, tant comme éleveur que comme star du rodéo, on se doute que tout le cheminement vers la fin sera porté par cette question : remontera t-il ou ne remontera t-il pas ? Et ce cheminement peut paraître bien long, pourtant rythmé par les confrontations avec son entourage, de sa sœur aimante à son père aigri, de ses admirateurs qui l'encouragent à son meilleur ami paralysé par un accident de rodéo lui aussi.

J'ai bien vu les intentions de la réalisatrice, son travail délicat sur la personnalité de Brady, son approche psychologique intelligente, ses plans contemplatifs à la photographie poétique, son histoire immersive sans être intrusive. Et pourtant je n'ai pas été pleinement convaincue ni touchée par The Rider. Peut-être que le sujet ne m'intéressait pas car je n'ai pas ressentie d'empathie pour Brady, je n'ai fait que constater la malheureuse situation dans laquelle il se trouve, au milieu de cette campagne américaine tout aussi triste, la seule qu'il ait connue. Par contre, j'ai trouvé remarquable la manière dont Zhao a capté le lien entre l'homme et l'animal. Cela m'a rappelé l'exposition "Like a horse" que j'ai pu visiter cet été à Fotografiska à Stockholm, notamment les travaux d'Erika Larsen (People oh the horses à voir ici).