Lady Bird entre directement dans la liste de mes films favoris qui savent traiter du complexe sujet de l'adolescence. Ni conte de fée, ni comédie à l'américaine, ni esclusivement dramatique, Greta Gerwig a capté avec justesse et humanité les derniers mois de Christine au College à un âge où tout est contradiction. Autant dire que ce premier long métrage seule derrière la caméra est très réussi, dans la lignée de Little Miss Sunshine ou Juno.

Cette fin de mois de février est marquée par la question adolescente, avec comme principal visage Timothée Chalamet qui semble se dessiner comme le nouvel acteur chouchou de la jeunesse en vogue. Il va faire sensation dans Call me by your name, en salle aussi le 28 février, et campe ici le rôle secondaire du camarade de classe mi-séducteur mi-complotiste. Dans un tout autre genre il y a aussi Les Tuche 3 qui effleure le sujet avec le cadet de la famille, mais ça c'est une tout autre histoire bien insignifiante à côté de ces deux sublimes films indépendants (je pensais rire un peu en allant le voir, mais c'est bien loupé, Olivier Baroux a oublié d'écrire un scénario dans la précipitation des présidentielles).

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Lady Bird c'est le pseudonyme auquel s'accroche Christine. La jeune fille est pleine de contradictions, comme tout être normalement constitué de son âge. Elle est persuadée d'être une artiste, elle vise des universités de la côte Est pour fuir sa petite ville californienne qu'elle déteste, elle a des rêves plein la tête qu'elle partage avec sa meilleure amie Julie (fantastique Beanie Feldstein). Mais ce dont elle semble sûre, c'est que sa mère la déteste. Et toute l'intelligence du film se met en place dans ce jonglage entre les petits tracas, les drames familiaux et les questions existentielles parfaitement maîtrisé. 

A 23 ans, Saoirse Ronan a déjà une vingtaine de films à son actif, et a notamment tourné pour Wes Anderson (The Grand Budapest Hotel), Ryan Gosling (Lost River) ou Peter Jackson (Lovely Bones). Avec Timothée Chalamet, ils reflètent une nouvelle génération d'acteurs qui semble avoir une carrière prometteuse à leur portée. Elle illumine Lady Bird avec une apparente facilité, beaucoup de fraîcheur et une impertinence indissociable de son personnage. Voici une actrice à suivre en commençant par l'admirer ici.

Le sujet mère-fille est le point central de ce film. On retrouve dans le rôle de la maman Laurie Metcalf, pilier d'une famille fragile mais aimante. Attention, on n'oublie pas le papa qu'on apprend à connaître au fur et à mesure, joué avec tendresse par Tracy Letts. Cette petite famille a ses qualités et ses défauts, et on s'attache aux personnages très vite, surtout grâce à la vivacité de Lady Bird.

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Ce film n'a pourtant rien d'extravagant mais chaque détail apporte un petit quelque chose qui rend cette histoire banale follement intéressante. Un exemple : Lady Bird rêve de poursuivre ses études sur la côte Est, il en est hors de question pour sa mère, trop loin, hors budget, et elle n'a pas le niveau scolaire adéquat. Et pourtant, l'argument de la jeune fille qui ne se démonte jamais est grandiose : il y a moins de demandes dans ces universités suite aux attentats du 11 septembre, donc ces chances sont augmentées. Je ne me souviens pas avoir déjà vu cet événement sous cet aspect là. Tout est comme ça, toute chose insignifiante car routinière ou semblant sans intérêt prend une autre dimension dans l'univers de Lady Bird. C'est un enchantement.

Comment choisir ce mercredi 28 février entre Lady Bird et Call me by your name ? Faut-il choisir ? Et pourquoi ne pas aller les voir tous les deux, pour une journée thématique auto-organisée et auto-intitulée "Instant d'adolescence au cœur chamboulé" ! Si la belle gueule de Chalamet ne vous fait pas chavirer, l'impertience de Lady Bird devrait au moins vous séduire.