Adapté du roman d'André Aciman, Call me by your name ressemble à une parenthèse estivale bienvenue qui apporte du soleil et des couleurs dans nos salles de cinéma en ce début d'année grise et morose. Le film semble rester suspendu dans le temps, comme un joli souvenir de vacances. De beaux (et bons) acteurs, la dolce vita, le début des années 80, Luca Guadagnino à la réalisation et James Ivory au scénario mélangent tout cela pour nous offrir un instant de cinéma touchant : le temps d'un été, une histoire inoubliable, pleine de sensibilité.

Revenons en 1983, quand l'été d'un ado n'était pas centré sur l'écran de son téléphone, quand on prenait le temps de ne rien faire, de lire, d'écouter les derniers tubes sur son Walkman, d'explorer des sentiers à vélo pour trouver de petits jardins secrets, ou tout simplement de parler aux gens. L'Italie est le décor parfait pour cette histoire centrée sur Elio, impeccable Timothée Chalamet, touchant, impertinent, perdu, amoureux. Le jeune homme de 17 ans a la chance de grandir au sein d'une famille d'intellectuels, ce qui lui a donné une certaine assurance et beaucoup de culture et d'ouverture d'esprit. Et pourtant, comme tout adolescent, encore maladroit en ce qui concerne la question de l'Amour, il lui reste tout à découvrir et à comprendre de ses sentiments.

Tout bascule à l'arrivée d'Oliver qui vient préparer son doctorat auprès du père d'Elio, spécialiste de la culture Gréco-romaine. Oliver est l'archétype de l'Américain au physique parfait, au sourire tombeur, à la voix virile et aux manières un peu rustres. Tout le monde est sous son charme et Elio semble à la fois méfiant, fasciné et irrépréssiblement attiré par le jeune homme. 

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Le processus est fastidieux et l'entrée en la matière peut paraître longue pour le spectateur. Mais Luca Guadagnino nous réapprend à prendre le temps. L'adolescent se pose beaucoup de questions et ce temps de réflexion est nécessaire avant de faire exploser ses sentiments. Forcément, l'intensité est à son maximum sur le dernier tiers du film, passionnant, poignant, troublant. Les sentiments d'Elio, et les nôtres, jouent aux montagnes russes et on a envie de retenir l'issue fatale et attendue de cet amour d'été le plus longtemps possible.

Lorsqu'on croit voir le générique de fin arriver, quelques scènes inattendues viennent s'ajouter et proposent une conclusion construite qui laisse le temps de digérer toutes nos récentes émotions. On se sera attaché à Timothée Chalamet qui porte vaillamment ce film sur ses jeunes épaules. Il crève l'écran et sa confrontation à Armie Hammer lui donne beaucoup de force et de présence. Quand on pensait que l'Américain s'imposerait facilement, c'est finalement avec beaucoup de justesse et de finesse que leur duo est dosé : deux physiques différents, deux personnalités fortes et pourtant une harmonie évidente.

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Les années 80, ses shorts trop courts, ses chemises trop larges, ses musiques au synthé, tout cela vient donner une identité visuelle et musicale au film. Forcément, la bande son est encrée dans les tubes de l'époque, à la fois internationaux comme italiens ou français. Telle la mixité des origines des personnages comme de leurs acteurs, les styles se mélangent avec de grands classiques de Liszt ou Bach et la chanson originale plus contemporaine et planante écrite par Sufian Stevens. Même si ce n'est pas le sujet du film, toutes ces mixités de langues et de culture en font sa singularité et il est primordial de le voir en V.O. pour en apprécier toutes ses nuances.

Call me by your name laissera comme une sensation de nostalgie. Après ce jeu d'émotions, on restera attendri par cet éveil de désirs, par la découverte de la sensualité et par la belle histoire, cette "belle amitié" entre Elio et Oliver. Peut-être qu'il charmera l'Académie des Oscars puisque le film est nommé notamment dans les catégories "Meilleur film", "Meilleur acteur" pour Timothée Chalamet et "Meilleur scénario adapté".