Dernier film vu en 2017 pour première chronique en 2018 ! Bonne année à tous !

David Lowery navigue aisément entre film à gros budget (Peter et Elliott le dragon en 2016) et production indépendante. Il réunit à nouveau son duo Rooney Mara et Casey Affleck (5 ans après Les Amants du Texas) dans ce nouveau long-métrage intimiste, anti-académique, qui n'est pas passé inaperçu lors du dernier Festival du film américain de Deauville. 

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Une histoire de fantôme, en effet, ce film ne peut pas avoir trouvé meilleur titre. Casey Affleck se voit affublé d'un énorme drap blanc pour incarner ce fantôme, enfermé dans sa maison, témoin impuissant de la vie de sa femme en plein deuil de lui-même. A Ghost Story montre tout en retenu la "vie" d'un fantôme au moyen d'un montage simple et efficace, alternant longs plans fixes (fascinante scène de la tarte qui semble ne jamais venir à s'arrêter), gros plans de Ronney Mara à l'émotion palpable et encore d'autres plans séquences. Cette anti-intrigue fait écho au cinéma asiatique et même européen. Certains trouveront ces 1h32 interminables quand d'autres se laisseront porter par la stupeur, l'émotion et toutes les questions qui peuvent surgir de cette histoire, comme le long monologue inattendu de Will Oldham qui vient bousculer une routine imposée.

Le format de l'image ne m'a pas frappé immédiatement bien qu'il soit devenu tellement atypique, le dernier ayant fait sensation dans ce style est sans doute Gus Van Sant avec Elephant. Ce n'est qu'au bout de quelques minutes, alors que les mots laissent place à l'image que je remarque le format 4/3 aux bords adoucis. Ce choix du réalisateur semble pourtant contradictoire avec ses plans larges et contemplatifs. Et pourtant, ce format enferme encore mieux le fantôme dans son univers étriqué et la musique étrange et fascinante de Daniel Hart accentue la poésie qu'il s'en dégage.

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Le fantôme est partout. On en oublie Casey Affleck qui s'efface sous son drap. Le drap, ce costume qui semble si simple en apparence, devient le personnage. Les trous des yeux lui donne un regard éternellement triste de cocker. On a l'impression de ressentir des expressions, on comprend tant de choses dans son silence et son statisme, tout est dans le détail et la subtilité. Il ne bouge pas beaucoup, mais quand cela arrive, il semble évident qu'un simple mouvement de tête ou un pas en avant devait être un casse-tête technique pour obtenir un drapé parfait sans faux-pli qui donnera tout le sens à la scène.

A Ghost Story arrête le temps, l'étire et joue avec, pour le transformer en errance poétique d'un fantôme attachant, spectateur de la vie des autres.