George Clooney réalisateur, les frères Coen scénaristes, le copain Matt Damon en tête d'affiche accompagné de la talentueuse Julianne Moore, l'oscarisé Alexandre Desplat à la musique : Bienvenue à Suburbicon s'annonce prometteur. Et pourtant, malgré une introduction alléchante, le film devient rapidement assez lent et surtout manque de surprise.

Un générique presque effrayant de perfection ouvre le film tel une longue publicité qu'aurait pu créer l'équipe de la série Mad Men pour présenter la charmante ville américaine de Suburbicon. Des familles "Kinder" s'installent dans les quartiers résidentiels, toujours le sourire aux lèvres, toujours parfaitement coiffés, un jardin toujours impécable, nous sommes en 1959. Puis, le facteur découvre stupéfait une des nouvelles arrivantes, elle est noire. Le temps s'arrête, le voisinage se sent laisé, une révolte s'annonce. Ce contexte politico-social ne servira finalement que de fil rouge lointain. La vraie histoire se situe dans la maison d'à côté, chez Gardner Lodge, où des intrus malfaisants viennent chambouler leur gentille petite vie de famille. Méfiez-vous des apparences...

 

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Cette ouverture vient directement aux faits, ce qui n'est pas pour déplaire au contraire, on est au cœur de l'action. Mais très vite, on comprend les ficelles de cette arnaque qui se trame et la suite manque de saveur. Dommage, car Matt Damon est plaisant à voir en petite ordure, on se délecte même de sa perfidie jusqu'à la toute fin du film. Julianne Moore se transforme en Brie Van de Kamp toujours parfaite et au sourire qu'on percevoit comme maléfique. Là où il ne fallait pas se tromper dans le casting c'est pour le rôle de Nicky, le fils des Logde, qui est primordial dans le film. Le jeune Noah Jupe s'en sort à merveille, on s'attache facilement à lui et il étonnera également jusqu'à la dernière scène pour offrir une fin plus qu'appréciable !

Les frères Coen n'ont pas réussi à surprendre avec leur scénario (co-écrit avec Clooney et Grant Heslov, mais la touche "Coen" se ressent beaucoup). Ils restent dans de vieilles recettes qui continuent à bien fonctionner pourtant puisqu'on s'amuse face à l'absurdité des décisions de leurs personnages. Mais je m'attendais à un peu plus de folie au lieu d'être servie à la louche d'une longue suite de clins d'œil à leur propre filmographie ou encore à des hommages au Cinéma, notamment celui d'Hitchcock. Heureusement, ils s'en sortent bien dans l'écriture de leur dialogues toujours aussi percutants, tout comme George Clooney dans sa mise en scène. Mais le rythme général manque d'entrain.

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Le film est donc assez inégal, alors qu'on est déçu de deviner un peu trop facilement les choses, d'autres très bonnes en ressortent. Les scènes de début et de fin sont les plus marquantes avec tout de même une scène intermédiaire introduisant Oscar Isaac en merveilleux agent d'assurance. Ce moment est fantastique, tel un sketch de stand up plein de sarcasme. Son arrivée redonne de l'énergie au film et relance enfin l'histoire jusqu'à sa fin savoureuse.

Encore une fois la bande annonce aura été un peu trompeuse. Bienvenue à Suburbicon reste un bon divertissement au bon goût des œuvres passées de l'équipe Coen/Clooney. On préfèrera le souvenir des précédents films que de celui-ci, moins marquant, moins fort malgré la tentative des sujets abordés. Au moins, toute cette petite équipe semble s'être bien amusée et Clooney se sera sûrement fait plaisir en offrant ce rôle d'homme détestable à son ami Matt Damon.