On peut dire que le duo de réalisateur Valerie Faris et Jonathan Dayton sait prendre son temps ! En 2006 j'ai eu l'immense plaisir de découvrir Little Miss Sunshine que je ne me lasse pas de voir et revoir. Puis en 2012 c'est au tour de Elle s'appelle Ruby, un peu moins enthousiasment mais le film reste bien dans leur univers mis en place six ans plus tôt. Le temps d'attente aura été un poil moins long pour leur troisième long métrage. J'ai eu la chance de le découvrir en en connaissant le minimum lors d'une avant-première en présence des réalisateurs. Vous pourrez découvrir dès le 22 novembre prochain Battle of the sexes abordant le sujet du féminisme sous un angle assez inattendu.

Alors que les réalisateurs se voyaient faire une projection spéciale à la Maison Blanche, le tournage à peine achevé courant 2016, fier de présenter un film mettant en avant les femmes à la première présidente des États-Unis, ça a été pour eux la douche froide à l'annonce du résultat des élections. Pas grave, le film est en boîte et a même sa chance de se voir devenir un petit acte de résistance. Ironie du sort, l'affaire Weinstein fait des ravages à Hollywood et au delà, sur plus ou moins la même période que sa date de sortie dans certains pays comme en Grande-Bretagne. Voilà un bon coup de pouce bienvenu. 

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A l'affiche l'oscarisée Emma Stone tout sourire et l'oncle inoubliable de leur premier film Steve Carell. Du jaune, du bleu, tous les codes du parfait film indépendant sont là. Mais ça raconte quoi au juste Battle of the sexes ? Un fait pas très connu qui n'a pas été pris au sérieux en 1972 sert de base au scénario. Dans le milieu du tennis professionnel, une jeune championne fait des siennes et tente de faire reconnaître la valeur des femmes dans un milieu machiste où les hommes récoltent l'argent quand les femmes se contentent des miettes.

Cette joueuse c'est Billie Jean King campée par une Emma Stone plus déterminée que jamais. Même si elle est doublée sur le terrain, elle a fait un gros effort pour avoir une allure sportive. Alors que le film essaie de donner autant d'importance aux deux personnages, elle dévore petit à petit l'écran et fascine en permanence. Steve Carell quand à lui est Bobby Riggs, l'archétique du macho, un brin looser, ancienne star du tennis. Intriguée par ces joueuses qui se battent pour l'égalité entre hommes et femmes dans leur milieu professionnel, il a la même opinion que tous les hommes s'étant exprimé à ce sujet : les femmes jouent moins vite, n'ont pas la capacité de tenir plus de trois sets et surtout ont moins de puissance. Alors, pourquoi ne pas faire moitié moitié du gain d'un tournoi ? Réponse de Billy Jean : les sièges sont tous vendus pour la finale homme comme pour la finale femme, l'intérêt du public semble donc assez paritaire.

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Tout s'embale lorsque Riggs la provoque et lui offre une grosse somme d'argent si elle arrive à le battre. Le duel s'annonce comme une mascarade. Riggs est devenu un rigolo qui amuse la galerie en se donnant en spectacle, jouant avec des poêles ou sur des moutons. King se doit de garder la tête haute, l'avenir des joueuses de tennis est entre ses mains. Tout l'intérêt du film n'est pas vraiment ce match en soit, mais plus ce qui se passe en off, dans leurs vies privées respectives. King est une championne née, elle se dédie entièrement à sa passion. Mais elle va être perturbée par sa rencontre avec Marylin, une coiffeuse qui lui fait prendre conscience qu'elle aime les femmes. Ainsi, au moment où elle se lance dans une action féministe, elle va aussi devoir gérer son homosexualité qui serait un scandale aux yeux du grand public. Et on sait combien la pression peut perturber le jeu des sportifs.

De son côté, Riggs semble perdu dans sa petite vie dorée. On le découvre joueur maladif et compulsif. Le parallèle entre ces deux personnages est vraiment le point fort du film. Les découvrir dans leurs moments intimes permet de mieux déceler leurs forces et leurs points faibles. Justement, c'est bien là qu'ont voulu aller les réalisateurs, explorer et imaginer ce qu'a pu être cet instant de vie qui avait un sens qu'on peut mieux comprendre à notre époque. Pourtant, Le Times a osé offrir une de ses unes à Riggs, ce qui prouve en quelque sorte l'importance de l'événement, mais il se tournait tellement en ridicule qu'il a certainement réussi à étouffer l'ampleur féministe qui s'en dégageait. 

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Ainsi, le tennis est moins important que les vrais sujets abordés : la place de la femme, ici dans le sport mais on peut l'étendre dans tous les domaines, et l'homosexualité. L'acte sportif devient presque une fantaisie. On nous montre quelques bouts de matchs décisifs, mais les réalisateurs ont choisi de les reconstituer de manière réaliste et même d'utiliser des images d'archives pour les montrer tels qu'on pouvait les voir à l'époque. Ainsi, quand on bascule dans la vie publique des personnages, la caméra devient celle des télévisions et on voit les matches comme à l'époque. Jamais on entre dans le terrain, on regarde tout à coup un poste de télévision et on entend la voix des commentateurs enflammés. 

Valerie Faris et Jonathan Dayton retrouvent le niveau narratif de Little Miss Sunshine avec ce film incisif, vivant et qui met de bonne humeur, grâce à son beau casting et au choix d'une bande son entraînante. Il est plaisant de retrouver leur manière de savoir si bien mêler l'intime, la remise en question et le dépassement de soi. J'ai en plus été agréablement surprise par le sujet abordé qui nous est inconnu à moins d'être féru de l'histoire du tennis mondial.