Récompensé par le Grand Prix du jury de Cannes en mai dernier, encensé par la presse, puis Prix du Public à Cabourb, 120 battements par minute semble faire l'unanimité depuis qu'il tourne dans les festivals. J'ai eu la chance de le découvrir en avant-première, vous pouvez maintenant le voir en salles (depuis quelques semaines même, je suis un peu en retard, oups).

Le troisième film réalisé par Robin Campillo, aussi scénariste et monteur, se penche sur le combat d'Act Up Paris au début des années 90. A cette époque, le sida fait des ravages et l'Etat semble fermer les yeux sur la gravité de la situation. Le groupe militant multiplie les actions pour que le sujet soit traité par les médias, pour ouvrir les mentalités et sensibiliser les jeunes, entre autre. Alors qu'on a la hantise de se retrouver devant un faux documentaire, Robin Campillo offre un film vivant, puissant et bouleversant.

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Le film s'ouvre sur une première action d'Act Up suivie d'une réunion des militants, on explique aux petits nouveaux leurs principes de fonctionnement. Le spectateur est prêt à les suivre, leur combat est clair, le ton est donné. Ils sont investis, chacun pour de bonnes raisons, certains plus extrémistes que d'autres, mais ils sont tous touchés de près ou de loin par le sida. On ressent leur fébrilité, leur colère, leur souffrance, mais une chose ressort c'est cette envie de vivre au maximum, de tout faire pour continuer à faire passer le message, à trouver des solutions. C'est un combat pour la vie, ça ressemble à la vie, on rit, on pleure, on souffre, on s'aime, tout ça savamment mélangé.

C'est rare que je n'ai absolument rien à reprocher à un film. Le jeu de chaque acteur est parfait, jamais surjoué. Ils sont tous crédibles et semblent investis réellement dans la cause. En plus, ils viennent d'horizons différents, pas seulement du cinéma, aussi du théâtre, du cirque ou de la danse. Cette troupe hétéroclite fonctionne pour un film choral crédible. Le montage est rythmé et assez intelligent pour rendre aussi passionnant chaque action d'Act up que la relation qu'entretient un duo de personnage. On navigue ainsi entre des moments intimes et les actions du groupe, mais aussi des tensions qui en ressortent de manière très naturelle, car au fond tout est lié. 

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Deux personnages, par l'évolution de leur relation et la confrontation de leur investissement (le petit nouveau vs l'extravertit hyper-investi) crèvent l'écran. Celui qui débarque chez Act up c'est Nathan joué par Arnaud Valois. Il se porte immédiatement volontaire pour suivre le groupe. Celui qui est une sorte de figure emblématique du collectif c'est Sean, parfaitement interprété par Nahuel Perez Biscayart. C'est deux là c'est la glace qui rencontre le feu. Leur nature respective semble les opposer et pourtant tout les attire, leur histoire se construit tout au long du film de manière émouvante, subtile. Ils sont bouleversants de vérité lorsqu'ils se confient l'un l'autre, que ce soit sur une histoire personnelle comme leur avis sur Act up. Leurs regards aussi sont très expressifs, ils sont sublimes.

120 battements par minute fait aussi écho à la musique. Le réalisateur a choisi d'illustrer son film en particulier de House music qui, pour lui, symbolise cette époque par son côté à la fois festif et tourmenté, même si tout le monde ne s'y retrouvait pas dedans. La House music est à 124 battements par minutes. Il utilise ce rythme souvent dans le film pour cadencer certaines séquences. On peut aussi imaginer que cela répond au rythme cardiaque qui s'emballe lors des actions ou des moments d'émotion.

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J'ai envie de rapprocher ce film à Polisse de Maïwenn. Les deux sont un film choral dont le groupe est investi dans un cause pas facile, en essayant de faire passer un message à des gens qui ne veulent pas ouvrir les yeux sur la gravité du problème. Chez Act up, on ne veut pas confiner le problème du sida aux seuls homosexuels, même si ici ce sont eux qu'on voient le plus, cela concerne tout le monde, mais les plus touchés sont aussi les prostitués, les drogués, les prisonniers... Ce qui rapproche les deux films c'est aussi la facilité de passer d'un instant joyeux, limite euphorique, à une situation extrêmement tendue voire dramatique.

120 battements par minute offre ainsi un concentré de vie mêlant drame et joie de manière naturelle. On est emporté, touché, par cette "joyeuse" troupe qui nous rappelle qu'à une époque, il n'y avait pas internet ou les téléphones portables et qu'on pouvait être créatifs pour se faire entendre des médias dominés par la télévision.