Terrence Malick a définitivement abandonné les films avec des trames narratives classiques. Il s'enfonce dans le contemplatif, le mystique, l'introspection, le philosophique. Cela doit bien plaire à certains s'il continue, mais pour moi, même avec ce casting de rêve je n'y arrive définitivement pas.

On nous vend un univers rock'n'roll, une histoire d'amour complexe. En réalité, on a droit à deux heures de voix off des personnages dont on ne connaît même pas le nom, sauf pour celui de Rooney Mara dont le prénom est bien prononcé une seule fois. Les vrais dialogues sont inexistants. On a l'impression d'assister à un montage de souvenirs, chacun se posant des questions sur la médiocrité de sa vie, sur ce qu'il a raté, sur ses doutes et ses envies. L'amour est bien le sujet principal puisque chaque personnage en est à sa recherche et ne sait pas forcément le garder quand il l'a trouvé.

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Le rock'n'roll par contre est une belle arnaque. Ce n'est pas parce qu'on nous pose là une Patti Smith aux belles paroles et un Iggy Pop fidèle à lui-même qu'on est dans du rock'n'roll. Ce n'est pas parce que c'est l'histoire d'un musicien, d'une chanteuse dont on n'entend pas un brin de voix et d'un producteur impétueux qu'on est rock'n'roll. Ce n'est pas parce qu'on ouvre le film sur la pelouse d'un festival en plein pogo qu'on est rock'n'roll. Ça, ce n'est que cinq pour cent du film, le reste sont des gros plans pour aller au plus profond des personnages, alternés avec des plans de paysages, des voix off monocordes entre ton parfait pour la méditation et la confession à un psy. Pourtant il y aurait eu de quoi ressentir la rugosité de ses relations, la souffrance et la folie, mais le choix de cette narration minimaliste de Malick n'est pas faite pour cela.

Le pire c'est qu'il n'y a rien à reprocher aux acteurs, Michael Fassbender, Rooney Mara, Ryan Gosling, Natalie Portman, Cate Blanchett, Holly Hunter et même Val Kilmer relégué au presque figurant (très certainement du à des coupures au montage). Ils sont tous dans leurs personnages, et pourtant je n'ai ressenti aucune émotion, aucune empathie à leurs histoires. Malick prend le parti de présenter une mini intrigue qui pousse le spectateur à rester contemplatif et à qui on ne permet jamais d'intégrer l'histoire. Et là, heureusement qu'il y a Emmanuel Lubezki à la photographie, c'est bien la seule chose qui vaille le coup derrière cette grande fenêtre-écran.

Song to Song c'est bien ça, d'une chanson à l'autre, une playlist en mode aléatoire habillée d'un clip de deux heures au casting de luxe. Pour ne pas perdre ces deux longues heures, la bande annonce suffira, pour moi en tout cas. Le film en est simplement une version longue et n'offre rien de plus.