Les cinéastes semblent de plus en plus inspirés par les histoires vraies actuellement, comme s'il fallait trouver un moyen de trancher avec les méga-productions farcies d'effets spéciaux et de super-héros pour montrer qu'on peut aussi étonner, émouvoir et faire rêver en réinventant la réalité. James Gray change de registre en se tournant vers le film d'aventure et s'est ainsi penché sur la vie de Percival Harrison Fawcett, un des plus grands explorateur britannique du XXème siècle, obsédé par la recherche d'un Eldorado perdu.

Fawcett a beau être un colonel émérite de l'armée britannique, il est sans cesse mis de côté à cause d'une malheureuse descendance. Sa chance lui est donné par la Société géographique royale d'Angleterre qui l'envoie en mission en Amazonie afin de cartographier la zone. Il accepte dans le but de laver son nom et laisse quelques mois sa femme alors enceinte. A son retour, il est hanté par les découvertes qu'il a faites le long du fleuve hostile, et ressent le besoin d'y retourner quitte à laisser de nouveau sa famille...

084357

Au delà du simple biopic, The Lost City of Z fouille dans les sujets préférés de James Gray : les liens familiaux, l'obsession, le besoin de liberté et la destiné. Certes, le réalisateur change de registre et révisite le film d'aventure traditionnel, mais il reste assez classique et ne pousse pas l'aventure à son extrême comme le ferait un Indiana Jones. On pense un peu à Fitzcarraldo pour sa longueur et sa lente descente du fleuve pleine de surprise. On pense un peu plus à Apocalypse Now, pour la folie et l'avancée vers l'inconnu, les explorateurs se retrouvent face à eux-même, en mode survie et doivent affronter un univers hostile, ils sont des parasites dans un pays qui n'est pas le leur.

Fawcett est obsédé par des vestiges qui semblent venir d'une civilisation ancienne et veut retrouver une ville perdue dans la jungle. Personne ne sait si elle existe, lui en est persuadé. En tant que spectateur, on peut être frustré de ne pas voir plus de scènes dans la jungle, même si le film dure tout de même 2h21. On nous annonce un film d'aventure, mais on ne la vit pas forcément comme on s'y attendrait. Bien sûr l'histoire fonctionne. On est à une époque où on se déplace en bateau, où on échange par lettres et télégrammes. La lenteur est évoquée par des ellipses nécessaires et le réalisateur se consacre ainsi à l'essentiel : Fawcett sans cesse déchiré entre le besoin de trouver cette cité perdue et celui d'être auprès de sa famille.

470069

La période durant laquelle cette histoire se déroule est aussi primordiale. Les explorations sont un faire-valoir pour chaque pays. On commence à avoir les moyens d'aller de plus en plus loin. Pourtant ceux qui les commandites n'ont pas forcément un esprit très ouvert. L'exploit permet à celui qui l'accomplit d'obtenir un certain rang dans sa société, cela fait parti des motivations premières de notre personnage. L'Europe est en pleine mutation, la Première Guerre mondiale vient perturber la soif d'aventures du héros, les Américains ont de grandes ambitions concernant l'exploration du monde...

La vraie histoire de ce film est bien plus que l'exploration de l'Amazonie comme pourrait l'insinuer l'affiche. Percival Fawcett est sans arrêt tiraillé par ce qu'il n'a pas. Lorsqu'il part en Amazonie pour la première fois, il souffre d'être loin de sa femme et de ne pas être présent à la naissance de son deuxième enfant. Lorsqu'il est de retour auprès d'eux, il ne peut s'empêcher de penser à cette cité dont il est persuadé de l'existance, et cette vision ne cessera de la hanter. Il fera plusieurs aller-retour, devra aussi s'absenter à cause de la guerre, et chacune de ses absences ne feront qu'envenimer la relation qu'il a avec son aîné qui ne comprend pas l'incessante soif de découverte de son père. Son épouse montre aussi un aspect important pour l'époque. Elle aimerait plus de liberté vis à vis des codes imposés par la société qui la force à rester en retrait en permanence. Elle est la première à soutenir son mari mais cela implique aussi qu'elle s'efface en tant qu'épouse. 

081857

James Gray a maîtrisé tous les aspects de son film. Ses images élégantes évoquent tout l'esthétisme et la violence de l'époque, du plus respectueux dîner mondain à la rencontre d'une tribu cannibale... Il retrouve son compositeur favori, Christopher Spelmann, qui signe ici une très belle BO. Puis il y a les acteurs. Charlie Hunnam semble s'être complètement abandonné à son personnage, on le sent sans cesse obsédé par la jungle. Quant à Sienna Miller, elle est plus secondaire comme l'est l'épouse de Fawcett finalement, mais tout de même présente et aimante. Le plus méconnaissable est Robert Pattinson, compagnon d'expédition fidèle, sa performance ne laisse pas indifférent.

The Lost City of Z est bien plus qu'un film d'aventure, il met en lumière le conflit intérieur de son personnage principal, le fascinant Fawcett brillament interprété par Charlie Hunnam, fasciné par les secrets de la jungle amazonnienne. James Gray signe un film subtile, qui se balade intelligemment dans des étapes primordiales de la vie de son personnage sans jamais ennuyer malgré la durée du long métrage.