Après avoir signé le scénario de Braquage à l'ancienne, Theodore Melfi repasse derrière la caméra pour raconter l'histoire extraordinaire d'un autre trio, cette fois-ci féminin, en pleine conquête spatiale aux États-Unis. Le film s'est fait remarqué aux Oscars avec trois nominations et un très bon démarrage au box office US. C'est au tour des écrans français de découvrir Les figures de l'ombre.

La conquête spatiale, une affaire d'homme ? L'Histoire aura omis de mentionner quelques détails sur la réussite des États-Unis dans sa course vers la Lune alors que l'URSS excellait dans le domaine. Certes, la NASA était un énorme complexe, des milliers de petites mains et de cerveaux s'activaient tous les jours pour réussir à envoyer un homme en orbite. Dans Les figures de l'ombre, on découvre un univers qui reflète à plus petite échelle la structure de la société américaine dans les années 50.

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Dans un premier temps, il est étonnant de voir de ses propres yeux la ségrégation raciale. Les afro-américains ont un bâtiment pour les séparer des blancs, et tout est comme ça, les toilettes, la cantine, la cafetière... Ils ne peuvent aucunement partager quelque chose de matériel. On découvre Katherine Johnson, Dorothy Vaughn et Mary Jackson dans un bureau de calculatrices : un groupe de femmes qui vérifie et fait des calculs. De l'autre côté, les scientifiques s'arrachent les cheveux, ils n'arrivent pas à trouver d'où vient le problème qui les empêchent d'envoyer un appareil en orbite. Après avoir épuisé toutes leurs ressources, ils font appel à Katherine qui va se heurter au racisme ambiant.

C'est déjà assez déroutant de voir le bâtiment pour accueillir le personnel noir, mais alors voir à quel point ces personnes doivent être au plus loin des blanc en permanence est aujourd'hui inconcevable. L'histoire de Katherine est plus penchée sur l'évolution des mentalités que sur ses propres exploits scientifiques. Oui, elle était un génie des mathématiques et en géométrie, mais elle avait une mission bien plus compliquée à accomplir, se faire entendre et respecter. A son arrivée dans le bureau d'étude d'Al Harrison (Kevin Costner), on lui demande de corriger des calculs dont la moitié est barrée de noir, comme si, de part sa peau et son sexe, elle ne mérite pas, ou pire, n'en comprendra de toute façon pas le sens.

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La musique orchestrée par le duo inattendu de Hans Zimmer et Pharrell Williams et juste parfaite pour accompagner les folles journées de ces héroïnes. Le morceau le plus marquant est certainement "Runnin'" qui rythme la course de Katherine pour aller aux toilettes qui sont réservés aux personnes noires. D'abord amusant, car Taraji Henson est vraiment drôle lorsque l'envie pressante lui vient dans sa manière de courir et de continuer coûte que coûte à travailler. Puis, on se rend compte à quel point c'est aberrant ce qui lui arrive, car il n'y a pas que ça. Son collègue Paul Stafford, joué par Jim Parsons en Sheldon Cooper des années 50, est la personnification du blanc qui ne supporte pas qu'un Noir puisse être mis à son niveau, encore moins si c'est une femme.

Les deux autres femmes mènent aussi leur propre combat personnels. Tout d'abord, l'énergie que dégage Octavia Spencer est incroyable. J'adore cette actrice, elle incarne à fond son personnage et elle est encore meilleure lorsqu'elle doit s'affirmer. Ici, Dorothy a toutes les compétences pour être chef de son service mais sa couleur de peau empêche toute considération de sa supérieure, jouée froidement par Kirsten Dunst. Sa débrouillardise et son impertinence anime le film, et lorsqu'elle découvre l'installation des premiers ordinateurs IBM, elle se donne un nouveau défi, celui de ne pas se faire remplacer par une machine. Puis il y a la belle Janelle Monàe qui est Mary, la plus têtue et entreprenante des trois. Elle a la chance de travailler avec un scientifique à l'esprit ouvert et lucide qui la pousse à se battre pour intégrer une formation d'ingénieur. Encore une fois, c'est sa couleur de peau qui l'en empêche.

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La prouesse scientifique est haletante, même si on connaît l'histoire de la conquête spatiale, on est aussi tendu que les personnages de l'histoire à chaque lancement de fusée. Il est vraiment intéressant de découvrir quelques détails comme l'arrivée ratée d'IBM, la curiosité de l'astronaute John Glenn et sa confiance infinie envers Katherine, ou encore le début de la lutte affirmée de Martin Luther King. Mais ce film attise une plus grande curiosité dans la lutte de ces femmes pour faire accepter leurs compétences en faisant oublier leur origine et leur sexe. Katherine Johnson en est la figure de proue malgré elle. Alors qu'elle est de nature discrète et très humble, elle ne sera récompensée qu'en 2015, en recevant la médaille présidentielle de la Liberté des mains de Barack Obama. Tout un symbole.

(Malheureusement, la bande annonce dévoilent un peu trop de surprises...)