Quand La Rumeur passe de la musique au cinéma, on ressent autant d'authenticité que dans leur musique. Sans artifice ni scénario tape à l'œil, Hamé et Ekoué embarquent leurs potes, Reda Kateb, Slimane Dazi et Mélanie Laurent dans Les derniers parisiens, un film brut à l'image léchée.

Nas sort tout juste de prison. Il a six mois pour prouver son comportement exemplaire et retrouver la totale liberté. Son grand frère, Arezki, lui permet de travailler dans son bar situé en plein cœur de Pigale. Il retrouve ses amis, ses marques et compte bien se faire un nom dans la vie de la nuit parisienne.

 

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Les réalisateurs font ressentir l'essence de leur musique hip hop dans leur film : ça respire la vérité, c'est brut, sans artifice, on prend les choses comme elles viennent, on montre la vraie vie. Authentique, c'est bien le mot qui ressort de ce film. On montre rarement Paris sous cet angle, celui que le parisien voit tous les jours. Certaines séquences pourraient sortir d'un documentaire par rapport au rythme et au style de cadrage. Alors qu'on pourrait s'attendre à voir du trafic de drogue, des armes, des violences, vu le "background" du personnage principal, jamais ils ne font d'excès sur le sujet. Oui, Nas est un petit voyou, oui, il aime l'argent facile, mais ce n'est pas un caïd sorti d'un film hollywoodien. C'est simplement un homme un peu perdu dans sa vie.

Pour cela le casting est vraiment bien formé, car ils sont tous aussi authentiques. Le duo de frères entre Reda Kateb et Slimane Dazi sonne très juste, c'est bien le noyau des Derniers parisiens. Une floppée de seconds rôles amènent de la vie de quartier, certains ne font que passer, d'autres intriguent un peu, et puis il y a des vrais gens pris sur le vif. Entre deux plans, on est intrigué par ce personnage sans nom, tel un fantôme dans les rues, qu'on voit errer bizarrement. Enfin, l'une des seules femmes importante du film, c'est Mélanie Laurent, qui joue une agent du SPIP (Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation), métier rarement mis en valeur et dont on nous montre la pression hiérarchique et l'envie d'aider.

 

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L'authenticité est une chose, mais l'autre qualité de ce film est la subtilité qui se dégage du scénario. D'ailleurs, elle est très fragile cette subtilité car elle n'est pas très perceptible dans la première moitié, ce qui plombe pas mal quand on n'est pas directement emporté par l'immersion dans l'ambiance populaire des quartiers de Pigale. Le spectateur est en phase d'observation longue et attend de savoir le but de Nas. Beaucoup de choses se croisent, on ne sait pas très bien où on va nous mener, alors il faut se laisser porter pour ne pas décrocher. Heureusement un tournant arrive enfin quand on ne l'espérait plus et la seconde partie du film est mieux rythmée et nous mène à un bon dénouement qui peut être perçu de deux manières différentes dont j'ai préféré ressentir un apaisement et une ouverture vers un avenir plus mature plutôt que de la fatalité.

Au final, Les derniers parisiens parle de cette génération qui a grandit dans les banlieues et qui a été laissée de côté et mal vue, alors que se sont tous des gens comme les autres, avec des problèmes personnels pas forcément facile à gérer. Ceux qu'on suit ici n'ont pas toujours été très "clean" dans leur vie, mais ce film permet de mieux les comprendre et donne une vision enfin positive d'une partie de notre population toujours trop stigmatisée par les faits divers, et cela fait du bien. 

En salle le 22 février.