La famille Kennedy a marqué l'Amérique à tout jamais, entre glamour, scandale et politique. La célèbre First Lady a été incarnée de nombreuses fois au cinéma et même plus récemment sur le petit écran par Katie Holmes dans The Kennedys. Cette année, Jackie a son film éponyme, porté par Natalie Portman et son réalisateur Pablo Larrain qui, à cette occasion, tourne pour la première fois aux États-Unis et en anglais.

Ce biopic prend le parti de se concentrer sur seulement trois jours de la vie de Jackie Kennedy. Et pas n'importe quels jours, puisque ce sont ceux qui suivent l'assassinat de son mari avec l'organisation des funérailles. L'intelligence du scénariste Noah Oppenheim est de rythmer son récit en se promenant entre les différentes phases qui ont marqué cette période particulière, du souvenir lointain, aux flash du drame et tout ce qui a pu marquer ces jours difficiles. Forcément dévastée, elle a du garder la tête haute, à la fois face à ses enfants, ses proches et surtout toute l'Amérique. Le fil rouge de l'histoire est un entretien impertinent qu'elle accorde au journaliste Theodore H. White, dont le nom n'est d'ailleurs jamais cité dans le film, en se confiant sur son rôle à la fois de première dame et celui d'épouse.

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Natalie Portman se devait d'être parfaite car elle est au centre de l'écran en permanence. Elle ne déçoit pas. Sans être la copie conforme de la première dame, elle lui ressemble pourtant beaucoup, c'est assez troublant. Elle rend le public empathique en lui faisant ressentir sa douleur, sa détresse, sa colère, appuyée par la musique fortement présente de Mica Levi. Elle a du jouer le mimétisme d'après des images d'archives, notamment sur une séquence la montrant en train de faire visiter la Maison Blanche pour la télévision. C'est très surprenant de voir cette reconstitution parfaite, où elle prend les mêmes mimiques et les mêmes intonations que la vraie Jackie. Elle ne copie pas, elle vit Jackie.

Pablo Larrain a l'air de vouloir perdre le spectateur entre scènes reconstituées et pure fiction. On se demande si on voit des images d'archive ou une reconstitution tellement il s'est appuyé sur des archives vidéos pour construire ses plans. Techniquement, c'est d'ailleurs assez fascinant car il est allé jusqu'à projeter ces vidéos lors du tournage pour obtenir les mêmes cadrages, les mêmes déplacements, etc. Il a aussi opté pour un tournage en 16mm permettant d'obtenir une image faisant ressentir la fragilité et la fébrilité de Jackie. Au montage, il aime couper les séquences, les donner petit bout par petit bout, montrant ainsi les souvenirs confus qui se bousculent dans la tête de la jeune veuve. Bien sûr, il y a le souvenir le plus marquant, encore trop proche et pourtant il semble si irréel : le moment de l'assassinat. Elle en parle de plusieurs manières, par bribes, jusqu'à ce qu'on nous redonne la scène en entier, pour ressentir sa détresse, son impuissance et la brutalité de l'instant.

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Au fond, l'histoire est celle de l'organisation de funérailles. La stature du défunt implique des funérailles hors du commun. Ce qu'a réussi à faire Jackie est encore plus grandiose. Alors que le gouvernement est en état d'alerte, elle va se battre jusqu'au bout pour offrir à son mari un enterrement digne d'un président de haut rang. On découvre les difficultés qu'elle a rencontrées pour l'organisation, vis-à-vis de choses qu'on pense pourtant évidentes et qui se sont révélées être un combat pour elle.

Pablo Larrain rend cette petite histoire aussi passionnante que la grande Histoire, en mettant en valeur ce petit bout de femme qui a su révéler toute sa grandeur et son charisme en quelques jours, en tenant tête aux autorités pour défendre ses valeurs. Elle est ainsi devenue l'icône éternelle telle qu'on la connaît aujourd'hui.