C'est le film le plus attendu de ce début d'année. Annoncé comme un succès qui devrait marquer le top 2017, La La Land a déjà rafflé tous les Golden Globes des sept catégories dans lesquelles il était nominé. Dans nos salles françaises ce mercredi, Emma Stone et Ryan Gosling devraient redonner du baume au cœur aux plus moroses d'entre vous et amener du soleil californien dans notre hiver si froid au son d'un jazz entraînant.

La La Land, c'est la rencontre de deux âmes passionnées qui vont se donner du courage pour persister et tenter de réaliser leurs rêves. Mia va de casting en casting sans résultats, alors elle sert des cafés en attendant de trouver l'audition qui lui donnera sa chance. Sebastian est un virtuose du piano, il passe tous les jours devant cette salle qu'il rêve de transformer en club de jazz, mais il est réduit à jouer des chansons de Noël dans un restaurant où personne ne l'écoute. Le destin mène ces deux là à se croiser et se recroiser jusqu'à ce qu'une étincelle vienne à ne plus les séparer...

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On se souvient du carton de The Artist avec le pari fou de Michel Hazanavicius de faire revivre le cinéma muet. Damien Chazelle n'est pas loin de la même folie en pariant sur la comédie musicale des années 50, rangée dans les placards poussiéreux d'Hollywood au profit des blockbusters et ses super-héros, des projets faciles plutôt que créatifs. Une nouvelle fois, la nostalgie le remporte, La La Land est un triomphe.

Los Angeles est le décor idéal pour raconter cette histoire où on cherche à rendre son rêve réalité. Le style de comédie musicale s'y prête bien aussi pour ne pas tomber dans le drame, car il faut garder le sourire quoi qu'il arrive. La ville est colorée et son esprit navigue entre rêve et réalité. On voyage entre les décors en carton des studios de cinéma et les larges rues éclairées de la ville, puis on passe des échangeurs d'autoroute aux vues splendides depuis les collines, Los Angeles est magique. La ville californienne mêlée à la musique réveille l'esprit des films qui ont fait la légende d'Hollywood, comme Casablanca, ou La Fureur de Vivre qui va trouver un nouveau souffle grâce à une scène féerique. Cette ville est celle où tout est possible. Pourtant, les deux protagonistes galèrent, ils n'arrivent pas à faire vivre leur passion. Sebastian laisse entendre qu'à Los Angeles, de plus en plus les gens détruisent malheureusement ce qu'ils vénèrent... 

La La Land n'existerait pas sans la passion de son scénariste et réalisateur Damien Chazelle. Le jeune metteur en scène a déjà montré sa passion pour le jazz, plus précisément la batterie, dans l'intense Whiplash en 2014 qui était seulement son deuxième long-métrage après celui réalisé lors de ses études à Harvard, Guy and Madeline on a Park Bench, une histoire d'amour en noir et blanc sous forme de comédie musicale, une sorte de première esquisse de son grand film d'aujourd'hui. Quand Whiplash était une confrontation violente et douloureuse entre l'élève et son maître, La La Land est beaucoup plus doux et joyeux, un autre style, d'une autre sorte d'intensité. Mais le point commun entre ces deux films est la virtuosité avec laquelle Chazelle arrive à construire ses histoires et les mettre en scène de manière si vivante, et surtout à communiquer sa passion du jazz.

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Le jazz était douleur dans Whiplash, il possédait son personnage central jusqu'à le faire saigner. La La Land propose une autre facette, plus grand public et très dansante. On est en plein hommage aux grandes comédies musicales des années 50 tournées en Technicolor et Cinemascope avec une ouverture gaie et colorée à l'image de celle des Demoiselles de Rochefort et la suite fait souvent écho aux œuvres de Jacques Demy. Chazelle balaye tout l'aspect vieillot et ringard de l'idée qu'on peut se faire d'une comédie musicale grâce à une histoire contemporaine très vivante dans laquelle les scènes chantées et dansées se mêlent aux dialogues passionnés sans voir de cassure grâce à sa caméra fluide qui danse avec ses acteurs. C'est envoutant et entrainant, tel un vrai morceau de jazz changeant de tempo au gré de musiciens habités. 

Les deux solistes du film savent jouer ensemble et on aime de plus en plus les voir réunis à l'écran. Ryan Gosling et Emma Stone ont déjà brillé ensemble dans Crazy, Stupid, Love ainsi que Gangster Squad. Cette fois-ci ils sont le noyau du film en étant deux artistes en devenir. Leur investissement est visible dans leurs performances de chant et danse, sans être parfaits car ils ne sont ni chanteur ni danseur professionnel. Ainsi, quelques petites hésitations dans la voix apportent encore plus de charme et d'émotion à leurs scènes. Côté danse c'est pareil, on ressent plus la passion que la perfection, d'ailleurs la chorégraphe Mandy Moore avait fait danser Bradley Cooper et Jennifer Lawrence dans Happiness Therapy, un autre "feel good movie".

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Ryan Gosling a beau être Ryan Gosling, détesté par certains à cause de quelques rôles dans lesquels il parle peu, ou énerve par sa stature de beau gosse surtout depuis Drive, il faut avouer que sa performance est extraordinaire ici. Déjà, il parle, beaucoup, il est drôle (la scène de la fête années 80 ne va pas passer inaperçue), Emma Stone tout autant, mais il a fait du beau travail au piano. Il a tellement travaillé qu'il a bluffé le compositeur de la magnifique musique de La La Land, Justin Hurwitz. En effet, il a parfaitement appris tous les morceaux qu'il joue au piano et n'a nécessité d'aucune doublure.

Côté musical, la petite surprise du film est la présence de John Legend qui joue celui qui va entrainer Sebastian vers son destin. Chazelle et Hurwitz ne pensait pas réellement l'avoir au casting au moment de l'écriture, sa présence ajoute encore une part de rêve dans la réalité. Il interprête la chanson "Start a Fire", qu'il a aussi écrit pour le film.

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L'authenticité des scènes dansées et chantées, en plus des performances des acteurs, vient aussi de la technique lors du tournage. Chazelle souhaitait ajouter le moins d'artifices possible. Il a tourné en caméra 35mm anamorphique pour se rapprocher des images des films de l'époque et aussi capter chaque numéro en une prise unique. Cela implique pas mal de défis techniques qui ont été pleinement remplis puisque la magie opère.

Vous l'aurez compris, oui, La La Land est un grand film. Le meilleur de l'année, on ne le décidera que dans onze mois. Inévitablement, certains resteront réfractaire à toute cette bonne humeur, d'autres vont être étonné et peut-être déçu par la fin, mais le choix du réalisateur est finalement intelligent et lucide. A voir s'il fera un aussi gros carton aux Oscars qu'aux Golden Globes, ce qui est sûr, La La Land n'a pas fini de résonner dans vos oreilles dans les prochaines semaines.