Le cinéma de Jim Jarmush se distingue par ses influences européennes et japonaises sans laisser de côté ses origines nord-américaines. Il aime tous les Arts, il aime montrer des gens de différentes origines avec leur accent, leur musique, leur culture. Paterson s'encre ainsi dans la continuité de son œuvre, toutefois sans grande surprise.

Paterson vie avec Laura dans la ville de Paterson. Paterson est chauffeur de bus à Paterson. Tous les jours, il se réveille naturellement presque à la même heure. Tous les jours il conduit son bus et entend des bouts de conversations de ses passagers. Tous les soirs il rentre chez lui en surprenant sa femme dans de nouvelles tentatives de créations, toujours en noir et blanc. Tous les soirs il promène ce chien qu'il n'aime pas et s'offre une petite pause au bar, toujours assis à la même place. Paterson aime sa routine. Il ne vit jamais vraiment la même journée, des journées qui se ressemblent toutes beaucoup pourtant. Parce que Paterson s'évade dans ses poèmes secrètement gardés dans son petit carnet.

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Jim Jarmush aime raconter des histoires simples dans le fond tout en jouant sur de subtiles petits bouleversement dans la vie banale de ses personnages. Il est souvent dans la contemplation, il prend son temps et égaye son histoire avec un certain humour décalé. Dans Paterson, tout est là, la routine de son héros, la répétition de ses journées, l'extravangance de sa femme qui anime sa vie, et puis son petit plaisir : la poésie. Et pourtant, on n'est pas aussi passionné que devant Broken Flowers dans lequel le héros avait une sorte de quête. Dans Paterson, on attend qu'il se passe quelque chose... Et quand cela arrive, ça ne casse pas trois pattes à un canard !

Il va y avoir ceux qui sont à cent pour cent portés par son style contemplatif habituel et ceux qui vont s'ennuyer. J'ai été de la seconde équipe. La vie de Paterson est tellement fade qu'on ressent peu d'émotion à être spectateur passif de sa semaine. Même ses poèmes n'apportent pas plus d'émoi. Ce sont des vers simples sans grand intérêt qu'il se plaît à écrire pour ne pas les partager, au grand dam de Laura sa compagne. Elle est justement tout son opposé, pleine de vie, extravertie et a besoin d'exprimer et de partager sa créativité en permanence.

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Ce couple incarné par Adam Drider et Goldshifteh Farahani est assez intrigant. Lui aime tellement sa routine qu'il s'exprime peu, il semble presque étranger chez lui. Elle respire la joie et est très à l'aise. Mais quand on les voit ensemble, mis à part les scènes du réveil, on ne dirait pas un vrai couple ou alors un très jeune couple qui serait un peu maladroit, alors que non... Leur complicité sonne faux, leur équilibre fonctionne mal.

L'histoire n'est pas seulement un éternel recommencement de la journée type de notre chauffeur de bus. Heureusement, il se passe de temps des petites choses qui viennent bousculer son train-train. Mais ça ne fait pas beaucoup d'effet côté spectateur. On n'est rarement surpris par ce scénario bien simple. Même la morale finale ennui, on est simplement soulagé d'être enfin libéré de la petite vie de Paterson à l'apparition du générique.

Épargnez-vous deux heures et regardez simplement la bande annonce qui, une fois n'est pas coutume, dévoile quasiment tous les moments les plus intéressants du film... On espère maintenant que son documentaire Gimme Danger, en salles le 1er février, sur les Stooges, sera plus rock'n'roll que ce film bien plat. D'ailleurs il fait un petit clin d'œil à Iggy Pop dans Paterson.