Lors du dernier Festival de Cannes, on se souvient des larmes de Xavier Dolan. Larmes de joie pour avoir obtenu le Grand Prix ? Larmes de tristesse pour ne pas avoir réussi à battre le record du plus jeune réalisateur obtenant la Palme d'or ? En tout cas, son dernier film, Juste la fin du monde n'a pas laissé indifférent et a violemment divisé les critiques, au point qu'il l'ait très mal vécu et ne souhaite plus participer à ce festival... J'ai vu son film cette semaine et j'ai détesté...
 
Adapté de la pièce de théatre éponyme de Jean-Luc Lagarce, le film montre le court séjour de Louis en visite chez sa famille pour leur annoncer sa maladie et sa mort prochaine. L'histoire se résume à ceci, une longue journée de cris, de larmes, d'explosion d'émotions de cette famille un peu trop excitée.

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Dolan sait faire de belles images. Les plans sont léchés et beaux comme des tableaux de maître. Et pourtant on se sent vite étouffé par ses trop nombreux gros plans. Parfois, on perd même la notion d'espace, on ne voit plus le décor tant on est collé aux visages des acteurs. On va nous dire que c'est pour capter l'émotion au plus près. C'est de la tension qu'on nous montre d'un bout à l'autre, et ça fait mal à la tête ces gens qui crient et qui ne savent pas communiquer.
 
Et puis il y a les instants "clip". Les souvenirs sont tournés dans une sorte de flou esthétique et ralenti, une musique rappelant l'instant et faisant oublier la douleur du présent. Ces moments reviennent plusieurs fois pour donner quelques instants de pause à Louis, mais ils sortent le spectateur du cadre cinématographique pour l'amener dans les codes du clip.

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Le choix du casting est quelque peu périlleux. Même si le talent de chacun n'est pas à contester, cette famille est bancale. Personne ne s'entend, on est en conflit permanent. La palme revient à Vincent Cassel qui a le rôle du grincheux qui n'aime rien, qui ne supporte aucune parole de qui que ce soit, il voit tout de manière négative. Au début c'est presque drôle ce "Bacri" puissance mille, mais au bout d'un moment on n'en peut plus.
 
Léa Seydoux doit se mettre dans la peau d'une jeune sœur incomprise (flatteur pour elle puisqu'en réalité elle a le même âge qu'Ulliel), qui se sent délaissée, oubliée par le frère qu'elle admire. Elle tend quelques perches en lui reprochant gentiment certains de ses comportements mais ça ne donne jamais rien. Alors oui, Gaspard Ulliel est très touchant, mais sachant que son personnage intériorise beaucoup et parle donc peu, en plus d'essayer de trouver le moment adéquat pour annoncer son drame, quand on est spectateur, on ne fait qu'attendre qu'il veuille bien bousculer tous les égos qui se chamaillent autour de lui. Et on attend, on attend...

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Avec Nathalie Baye, si on a vu Préjudice en début d'année, on ne peut s'empêcher de comparer ces deux films. Le fil rouge est le même : un repas de famille, une nouvelle à annoncer, des relations ambiguës et conflictuelles, une mère qui est un peu l'arbitre et le pilier de tout ça. Et Préjudice était bien plus intéressant car moins prévisible et moins linéaire.
 
Le pire peut-être est de sentir le poids des dialogues. Si j'ai bien compris, Dolan a tenu à respecter ceux de l'œuvre originale. Au cinéma ça passe moins bien que sur une scène. Alors je n'ai pas vu ni lu la pièce de Lagarce, mais j'ai ressenti Juste la fin du monde comme un huis clot anxiogène. J'avais envie de crier plus fort qu'eux et de fuir. Mais j'ai fait comme la gentille Marion Cotillard, j'ai souri et j'ai attendu que cela se termine, un peu fébrile, un peu tendue, sachant que mon avis importe peu de toute façon.