Si on vous dit qu'une des meilleures comédies de l'année est allemande, vous y croyez ? Allez voir Toni Erdmann, troisième film de Maren Ade, vous allez forcément rire de bon cœur. Le film a d'ailleurs fait sensation lors du dernier Festival de Cannes où il était en compétition officielle, pourtant boudé par le jury.

 

Petit résumé :

Ines est une jeune femme d'affaire en mission dans une grande société à Bucarest. En gros, son boulot c'est de trouver des plans de restructuration pour ses clients, qui finissent en général par des licenciements de masse, un peu comme ce que fait George Clooney dans In the air pour ceux qui l'aurait vu. Très investie dans son travail, elle prend très peu de temps pour retourner en Allemagne où vit sa famille. Le jour où son père décide d'aller lui rendre visite, sa vie est un peu bousculée et elle n'est pas très réceptive à la bonne humeur qu'il dégage, cela semble même l'exaspérer. Les quelques jours qu'ils vont subir ensemble font le bonheur des spectateurs tellement cet homme est hilarant et qu'elle est encombrée par lui.

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On se fait une image des films allemands souvent triste et peut-être même trop sérieuse. Ou alors on reste bloqué sur Derrick en terme de production audiovisuelle... D'ailleurs, on ne connait pas d'humoriste allemand, ou même de grand divertissement. Il est temps de découvrir qu'il existe un cinéma comique allemand comme on a pu se délecter des quelques belles perles belges. Le duo père-fille interprété par Peter Simonischek et Sandra Hüller est tout simplement fantastique. Malgré leur lien de filiation, tout les oppose. Lui a déjà l'air d'être très drôle au naturel et elle a un physique et un regard très sérieux. Dès le premier plan où ils sont réunis, on sent qu'il y a un écart de style de vie entre ces deux là, un gouffre générationnel.

 

Peter Simonischek a eu une difficulté très particulière pour un acteur à jouer son rôle. Winfried, le père d'Ines, est un bout-en-train. Il a besoin de faire des blagues tout le temps, il raconte des histoires inventées pour amuser son entourage. Sauf qu'il le fait de manière assez maladroite, il n'est pas tellement crédible et a du mal à garder son sérieux. Et pour un acteur, ce n'est pas évident de jouer le rôle de quelqu'un qui lui est mauvais acteur ! Il prend des postures assez drôle, parfois on a l'impression qu'il ne sait pas trop quoi faire de son corps. Mais ses dialogues sont excellents. Quand on est spectateur, on rit à la fois de ses blagues et des situations qu'il crée en les disant ! Surtout, c'est par l'humour qu'il arrive à communiquer et à avancer.

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En plus du sujet sur la famille et plus particulièrement de la relation entre un père et sa fille, d'autres faits de sociétés sont abordés. Par rapport au milieu professionnel d'Inès, on est plongé dans les soucis de délocalisation des grands groupes et des conséquences des licenciements massifs. Le fait d'être à Bucarest montre les deux facettes de la ville, et même du pays : un côté très développé, à l'image du business européen et de la mondialisation, et l'écart qui se creuse avec la population pauvre pour qui rien n'est fait. Il y a même un plan montrant la vue depuis une fenêtre du bâtiment de la multinationale, on y voit une rue propre et puis, derrière une haute palissade, des habitations pauvres...

 

Ines est quasiment la seule femme qui a un poste à responsabilité là où elle travaille. Elle est dans un milieu très macho mais arrive à s'imposer. Pourtant, on l'aperçoit parfois être sous estimée par des hommes avec qui elle collabore. Il y a une sorte de malaise quand elle est dans cette situation parce qu'elle l'accepte et se soumet. Le pire doit être quand un de ses clients importants préfère lui demander des conseils shopping pour sa femme plutôt que d'aborder des sujets sérieux en rapport avec leur affaire.

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Ce qu'on peut reprocher à ce film est sa longueur. Une comédie de 2h42 n'attire pas vraiment. Heureusement, on rit de bon cœur. Quelques scènes sont un peu longues, mais on est peut-être trop conditionné au cinéma d'Hollywood avec des montages rapides et rythmées. Attention, on ne s'ennuie pas devant Toni Erdmann ! Simplement, quelques coupes sur ce montage pourtant rythmé aurait peut-être pu réduire le temps du film sans en réduire ni l'émotion ni les effets comiques pertinents.

 

Cela fait du bien de rire, surtout quand on ne s'y attend pas vraiment. Le personnage du père d'Ines partage quelque chose d'euphorisant, il a presque un effet thérapeutique, même auprès du spectateur. Il va destabiliser sa fille en lui demandant si elle est heureuse. Ce film c'est ça. On peut se poser quelques questions existentielle mais aussi par rapport à l'évolution de la société capitaliste, et on se délecte de voir les choses un peu dingue que peuvent faire ce père avec sa fille. C'est peut-être un peu long, mais on apprécie la sensibilité, la bonne humeur et la douce folie qui s'en dégage.