Parmi les faits historiques encore peu exploités au cinéma en rapport avec le nazisme, il y a le fameux exploit de l'athlète noir américain Jesse Owens. Il devient un mythe olympien en remportant pas moins de quatre médailles d'or sous les yeux du gratin nazi et son leader Hitler. Stephen Hopkins réalise ce biopic très (trop) patriotique.

 

La couleur de la victoire se concentre sur la vie de Jesse Owens entre son départ à l'université, où il va rencontrer l'entraîneur Larry Snyder qui l'aidera à devenir champion, et son retour aux États-Unis après son exploit légendaire. Stephan James remplit son contrat en incarnant le sportif avec beaucoup d'humilité. Quant à Jason Sudeikis il se transforme en parfait entraîneur amoureux du sport et des performances. Le duo fonctionne bien sans trop sur-jouer en ce qui les concerne.

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Le côté positif de ce film est le message que fait passer le personnage de Jesse quand il affirme ne se sentir libre que lorsqu'il court. En effet, il vit un double challenge : s'imposer en tant que noir dans une école encore ancrée dans son proche passé ségrégationniste et choisir d'aller en Allemagne nazie où les noirs sont encore plus détestés que les juifs. Cette personnalité, qui semble discrête, est décrite comme humble et honnête. Il fait passer un message positif de tolérance qui rappelle bizarrement notre actualité. 

 

On nous montre aussi l'envers du décor du comité olympique américain dont les membres sont très partagés sur le fait de participer à un événement qui se veut ouvert au monde entier sans discrimination quand le pays hôte inspire tout le contraire. Cet aspect est bien sûr peu approfondi puisque l'histoire du sportif prime, cependant on en voit assez pour se rendre compte que tout n'a pas été aussi simple que de choisir d'y aller ou pas. Ainsi, on découvre avec beaucoup de curiosité le personnage joué par Jeremy Irons qui a la mission d'évaluer la folie nazie. Soit jusqu'où les allemands sont prêts à aller, en pleine période de chasse des juifs, pour freiner leur politique raciste afin d'accueillir un des plus grands événements mondiaux.

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Dans ce sens, le film s'enfonce très vite dans un discours cent pour cent patriotique américain. Alors que les Jeux Olympiques sont un rassemblement des nations du monde entier, on a l'impression d'assister à un match entre l'Amérique puissante et soit disante ouverte et libre, contre une Allemagne dirigée par l'horrible Hitler et son bras droit encore plus affreux Goebbels. Cela en devient ridicule lors de la finale de saut en longueur qui montre le duel entre le champion d'Europe allemand Carl "Luz" Long et le prodige américain. En réalité, un troisième homme y participe, un japonais, mais il ne fait figure ici que de simple figurant d'arrière plan.

 

Certes, la grande Histoire est interprétée et remaniée pour en faire une histoire de cinéma, mais encore une fois, le style du biopic donne l'impression que certaines choses sont un peu trop fantasmées, et certaines scènes sont sur-jouées. Le style visuel du film n'aide pas les choses puisqu'on a l'impression de se retrouver dans le graphisme très "comics" de la série Agent Carter qui éloigne le spectateur de sa réalité pour la transformer en vraie fiction à la limite du conte. Le manque de réalisme n'est pas une critique en soit puisque le cinéma a un rôle d'emporter le spectateur vers l'imaginaire, mais ici l'esthétique est tellement poussée que le film en perd en crédibilité.

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Beaucoup d'effets spéciaux sont utilisés pour donner plus de rapidité et d'allure aux courses, pour rendre les décors encore plus merveilleux, mais tout cela donne un effet assez néfaste au résultat puisqu'on ressent la présence de ces images de synthèse. A trop chercher de perfection, le tout devient presque trop lisse, trop faux ou au contraire beaucoup trop détaillé pour entrer vraiment dans le film. Par exemple, la première course de Jesse Owens est tellement bourrée d'effets spéciaux qu'on en perd le fil, le but étant de nous montrer qu'il va très vite par rapport aux autres, avant même de perfectionner sa technique avec son entraîneur. A moins que le style graphique soit tout simplement mal choisi...

 

A quelques jours des Jeux Olympiques, la production a au moins bien choisi sa date de sortie en salle. Sans être absolument passionnant, et en fermant un peu les yeux sur cet excès de patriotisme, La couleur de la victoire reste un bon divertissement en exploitant une petite histoire dans la grande Histoire.