Hier soir avait lieu une avant-première chaleureuse qui faisait oublier le temps d'un instant la pluie incessante dehors. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes il y a quelques semaines, Folles de Joie réunit pour la deuxième fois le réalisateur Paolo Virzì et l'actrice Valeria Bruni Tedeschi qui avaient déjà tourné ensemble en 2014 pour Les Opportunistes. Dans ce nouveau film, Micaela Ramazzotti vient donner la réplique pour donner vie à un duo inattendu plein de folie.

 

Petit résumé :
Quand Donatella, jeune femme fragile et timide, rejoint les patientes de la Villa Bondi, elle attise la curiosité de Beatrice, la plus bavarde et extravertie de toutes. Traitées pour des troubles mentaux, les deux jeunes femmes, bien que très différentes par leurs origines et leurs comportements, semblent trouver du réconfort en se côtoyant. Leur amitié se renforce le jour où elles ont l'opportunité de s'échapper et parcourir les routes italiennes à la recherche d'un peu de bonheur. Les étapes qu'elles franchissent les font se dévoiler peu à peu, entre franche rigolade et moments d'intense tragédie.

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Je connais peu le cinéma italien, que ce soit au niveau des réalisateur ou des acteurs. Découvrir Folles de Joie a été comme une expérience de voyage chaleureux, déridant mais aussi déchirant, à côté de ces deux femmes qui se savent folles. Souvent ça les amuse de se dire l'une l'autre "tu es folle", alors que la réalité les rattrape comme une énorme claque qui vient leur rappeler qu'elles ne peuvent pas faire ce qu'elles veulent, qu'elle doivent être soignées. Pourtant, tout ce qu'elles veulent c'est trouver le bonheur.

 

Ce bonheur, elles arrivent à le frôler, le toucher du doigt, ou s'en faire illusion. Le personnage de Valeria Bruni Tedeschi, Beatrice, est une grande extravagante mythomane. Elle fait rire tellement elle ne s'arrête jamais dans sa folie justement. Elle amuse le spectateur mais aussi les autres personnages du film. Elle se donne sans arrêt en spectacle bien souvent hilarant. Ecouter ses histoires rocambolesques et apercevoir le nom de George Clooney dans son répertoire téléphonique participent à la bonne humeur qu'elle dégage. C'est tout de suite beaucoup moins drôle quand on découvre son côté obscur, malade, seule et perdue dans ses larmes. Cela fait partie de sa pathologie. Mais elle dégage une force assez incroyable qu'elle transmet à son amie Donatella comme une lueur d'espoir.

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Micalea Ramazzotti, de son côté, incarne un personnage complètement à l'opposé de Beatrice. Lorsque Donatella arrive au centre thérapeutique, elle parait très faible. Sa maigreur renforce sa fragilité, son corps est recroquevillé et son regard se perd dans la tristesse et la peur. Au contact de Beatrice, elle va reprendre des forces, un peu d'assurance mais surtout l'espoir de retrouver l'être le plus cher pour elle. Leur fuite va les confronter à leurs démons passés et toujours enfouies en elles. Tel un virus, l'énergie et l'opportunisme de Beatrice va petit à petit envahir l'esprit de Donatella, influençant ses comportements, parfois pour du bien, alors que d'autres fois ses tendances autodestructrices reprennent le dessus...

 

Les moments qu'elles vont vivre durant leurs quelques jours d'évasion vont être pleins d'émotion, de la plus positive à la plus négative. Il est impossible pour le spectateur de n'éprouver aucune empathie pour ces deux folles en cavale. Leur joie donne du baume au coeur, mais quand elles touchent le fond et sont confrontées à la dure réalité, on sent une boule au ventre. Autant Beatrice donne facilement le sourire, autant Donatella fait peur par trop d'idées noires dans sa tête. Il faut s'attendre à être bousculé dans certaines scènes qui ne laisseront pas indifférentes les âmes les plus sensibles.

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Le réalisateur Paolo Virzì crée quelques moments de grâce en choisissant de tourner au moment où le soleil se couche, où la lumière apporte une ambiance entre le rêve et la réalité. A ces moments-là, les deux femmes font ressentir ce qu'elles ont au plus profond d'elles, de la fragilité, de la douceur, de la peine, cette chose qui les fait basculer doucement vers leur folie. Folie qui n'est qu'une carapace pour dépasser une douleur trop intense.

 

Comme la vie normale, Folles de Joie apporte tout un tas d'émotions, de la plus pure allégresse à la plus profonde tristesse. Mais contrairement à la vie normale, tout est multiplié par mille, on atteint les extrêmes, et les deux héroïnes ont du mal à gérer tout cela. Il est tout de même très plaisant de les suivre durant presque deux heures, sentir la chaleur de l'Italie et être témoin de leurs rencontres hasardeuses ou forcées, toujours pleines d'émoi.

 

En salles le 8 juin.