Nicolas Winding Refn continue son exploration thématique de la violence avec The Neon Demon. Après avoir exploité le mâle dans toute sa splendeur en mettant au centre de ses intrigues Tom Hardy dans Bronson, Mads Mikkelsen dans Le guerrier silencieux et Ryan Gosling dans Drive et Only God Forgives, c'est au tour de la jeune Elle Fanning d'être au coeur d'un scénario où la femme est prête à tout pour devenir l'objet le plus convoité de son milieu.

 

Le film m'ayant à la fois fasciné et énervé, des passages m'ayant complètement emportés et d'autres laissés sceptique, je ne sais pas donner une note définitive à ce film, d'où ma catégorie "ovni". The Neon Demon est plus qu'un simple film à cause de l'expérience sensitive qu'il procure au spectateur, tel une oeuvre d'art, proche du clip ultra maîtrisé, multi-genre, il ne rentre dans aucune case pré-définie. Et pourtant, ce n'est aussi qu'un simple film car on ne peut voir ça qu'au cinéma. Du moins, on l'espère.

 

Petit résumé :

La jeune Jesse rêve de devenir top model. Elle se rend à Los Angeles dans une agence avec un mini book photo au style à la fois sophistiqué et macabre. La directrice remarque sa beauté naturelle et l'envoie sur le shooting d'un célèbre photographe. Cette première expérience professionnelle va la révéler telle un diamant brut qui n'attend que de dévoiler tous ses éclats. Ruby, la maquilleuse, semble aussi la remarquer et essaie de se rapprocher d'elle comme une alliée. Jesse prend de plus en plus confiance en elle au fil des projets puisqu'elle irradie par sa beauté, quitte à rendre les autres mannequins obsolètes et fades...

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De Los Angeles, ville de la superficialité par excellence, Refn n'utilise que certaines facettes pour créer son univers très épuré et fantasmé de la mode. La ville semble vide, bien qu'on sente son immensité, les coulisses des défilés sont plutôt calmes alors qu'on en a une idée d'effervescence et de panique jusqu'au dernier modèle qui passe sur le podium. Ainsi, le spectateur est transporté dans une ambiance toute particulière, idéalisée à l'extrême et dont l'esthétique a un rôle tout aussi important qu'un personnage.

 

Les mannequins sont montrées comme des objets, ou pire, des morceaux de viande dont le but est de trouver celle qui aura le plus de saveur. Une scène de casting où les jeunes femmes sont installées harmonieusement, assises sur des chaises dispersées de manière réfléchie, raidies par leur corps trop maigres, leurs talons trop hauts, simplement vêtues de sous-vêtements aux couleurs neutres, en est l'une des illustrations la plus flagrante. Elles ont l'air de toutes se ressembler, leur personnalité est balayée par la recherche du physique parfait, seule Jesse, au centre, sort du lot. Au delà de cette évocation du monde impitoyable de la mode, on découvre assez vite la rivalité entre les mannequins. Le temps passe vite et il est difficile de rester la muse d'un créateur. Jesse justement vient bousculer un fragile équilibre puisque les impersonnelles Gigi (Bella Heathcote) et Sara (Abbey Lee) voient en elle une sérieuse concurrente qui va les rendre obsolètes. 

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Il faut s'attendre à passer par différents stades d'émotions devant ce film. Certaines situations font rire, mais d'autres dégoûtent, fascinent, révoltent. Il est quasiment impossible de rester indifférent face à ces images. Même si le spectateur est transporté dans un monde irréel, où tout est trop beau, tel un conte macabre, les comportements bestiaux qu'on voit font écho à la cruauté de la nature humaine et le malaise s'installe rapidement. Refn dit s'inspirer de tous les pires fantasmes irréalisables dans la vie, à moins d'être un parfait psychopathe, il va loin donc, et mettre des femmes au coeur de ce scénario est encore plus perverse de sa part. Même si je n'ai personnellement pas retrouvé l'intensité de la scène de l'ascenseur de Drive, on n'est pas épargné par la violence de certaines situations.

 

Les lumières sont tournées sur Elle Fanning, absolument sublime. Elle est le centre d'attention à la fois du spectateur et de tous les personnages qu'elle croise. Plus elle prend confiance, plus son personnage devient intéressant. Une scène toute particulière, tournant du film, la montre se transformer en femme fatale alors que jusque là elle était la jolie jeune fille provinciale filiforme émerveillée par le monde de la mode. Sa performance est juste, elle arrive à montrer à la fois de la fragilité, de l'innocence, de la détermination, de la sensualité, de l'effroi, tout ça avec beaucoup de subtilité.

 

Par contre, son personnage n'a pas été exploité pleinement, d'après mon ressenti. J'ai été à la limite de la frustration à la suite de son ascension fracassante. Ce que je vais dire plus loin va spoiler, il est impossible de partager mon avis sans donner des parties de l'intrigue, libre à vous de continuer ou non.

Le passage de jeune innocente à femme fatale est extraordinaire, puis je m'attendais à ce que Jesse devienne de plus en plus démoniaque, justement à cause du titre. Mais sa gloire est détruite bien trop vite, et je suis, pour le coup, restée sur ma faim ! Pourtant, ce qui se passe est assez inattendu et bouscule l'idée qu'on peut se faire de cette histoire. Le personnage de la maquilleuse (Jena Malone), dont on se méfie depuis le début par trop de gentillesse dont ce milieu ne nous a pas habitué, prend tout son sens.

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C'est là que tout se complique pour moi. D'un côté je suis déçue de l'éviction trop rapide de notre héroïne car j'attendais la voir devenir plus cruelle que toutes les autres, par soif de gloire et de pouvoir. Et d'un autre côté, découvrir la nature du trio féminin, entre les deux top models qui sont prêtes à tout pour garder leur place au sommet et Ruby l'éternelle frustrée par le fait que sa place ne peut être qu'en coulisse, donc invisible, est presque jouissif tellement l'acte de violence est excessive, jusqu'à la fin qui pousse le vice à son maximum.

 

The Neon Demon est une nouvelle pièce artistique singulière de l'oeuvre de Nicolas Winding Refn qui explose dans une violence spectaculaire dont il s'autorise encore beaucoup de dérives de la nature humaine, plus sauvage que jamais. Il arrive à mettre le spectateur mal à l'aise dans un environnement très beau, avec, au milieu des paillettes, beaucoup de cruauté et de sang. Ceci n'est pas un film, mais une oeuvre d'art dont chacun aura son propre ressenti.

 

En salles le 8 juin