Christophe Honoré revisite le célèbre roman de la Comtesse de Ségur, Les Malheurs de Sophie, mixé avec Petites Filles Modèles, dans un film singulier. Au delà des multiples bêtises que peut inventer cette adorable enfant, il aborde les sujets difficiles du deuil et de la séparation.

 

Petit résumé :
Sophie est une petite fille à l'imagination débordante mais surtout capable de s'embarquer, avec son cousin Paul, dans les pires bêtises qui puissent exister. A une époque où les petites filles doivent savoir bien se tenir en société, elle se rebelle en permanence face à un père absent et une mère neurasthénique. Sophie est en joie quand elle apprend qu'ils vont partir vivre en Amérique, sa mère beaucoup moins. Le domaine normand dans lequel ils vivent est merveilleux, mais quand Sophie retrouvera son château à son retour en France, se sera orpheline aux côtés de l'impitoyable Madame Fichini...

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Christophe Honoré semble s'être fait plaisir pour cette adaptation. Tout d'abord, il aborde l'histoire à sa manière, en mettant en valeur l'impertinance de cette enfant et la gaité de ses amis en choisissant des enfants qui n'ont jamais eu d'expérience face à la caméra. Leur spontanéité fait vivre l'histoire, mais il n'est pas forcément simple de les suivre. Bien sûr, on y croit à toutes ces bêtises, on se surprend à vouloir stopper Sophie quand elle va trop loin. Le choix de la petite Caroline Grant est malin. Physiquement, elle est à croquer, des grands yeux au regard vif, les jolies bouclettes noires, un sourire à tomber. Cette fillette doit être très maligne tant elle est crédible quand elle s'embarque dans ses folies enfantines et en sachant faire preuve d'autant d'impertinance. J'ai été par contre moins convaincue par ses petits amis, mais on les pardonne vu leur jeune âge.

 

Puis il y a des choix visuels dont je n'ai pas toujours compris l'utilité. Le film est en 4/3, format normalement aujourd'hui réservé à la télévision. J'ai été vraiment frappé de découvrir ce choix dès l'ouverture du film, je me suis questionné sur sa signification sans vraiment trouver de réponse. Certains acteurs s'adressent à la caméra et parlent directement aux spectateurs. Je n'ai pas trouvé que cette technique permettait au spectateur de mieux participer à l'histoire, j'ai plutôt ressenti une cassure dans la narration et surtout ce qu'ils nous expliquent est assez évident. La seule fantaisie apporte une certaine poésie est d'utiliser le dessin animé pour les petits animaux que Sophie va martyriser. Mais là aussi, la logique voudrait que les poissons qu'on verra torturés soient aussi dessinés, mais on nous montre cette fois-ci les petites bêtes de manière réelle.

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La musique d'Alex Beaupain embarque le spectateur dans un monde plutôt jovial avec des sonorités dansantes rappelant la tonalité des morceaux des années 70/80. Le fond de cette histoire est tout de même très sombre et mélancolique. Grâce à cette musique, on est plutôt dans un esprit d'insouciance, comme ces enfants, qui nous inviteraient avec eux dans leurs jeux en sautillant.

 

Côté acteurs, la vraie bonne surprise, outre la spontanéité et la fraîcheur des enfants, est tout de même Muriel Robin. Elle qui a eu des hauts et des bas sur grand écran s'amuse à camper la méchante belle-mère trop stricte et ne sachant que faire de cette encombrante enfant si espiègle et dont elle sait pertinemment qu'elles ne s'aimeront jamais. Ce personnage amène un peu de piment à cette vie de château codifiée face à la famille Fleurville qui s'avère un peu lisse par tant de bonté. On regrette presque que Madame de Fichini n'arrive pas plus tôt.

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Au final, il ne se passe pas grand chose. Malgré la beauté des costumes et des décors, l'histoire est assez inégale et on a du mal à vraiment être captivé. La première partie est assez longue pour énumérer toutes les bêtises de Sophie qui finalement cache son mal-être face à un père trop distant et une mère dont elle aimerait avoir un peu plus attention. On aimerait mieux comprendre ses parents d'ailleurs et surtout ce qui rend vraiment la mère dans cet état de fatigue intense. Puis le drame de la perte des parents est assez vite balayé, pourtant avec une transition joliment chanté par Golshifteh Farahani, mais alourdie par le petit résumé qui suit, face caméra, d'Anaïs Demoustier. Celle-ci apportera par la suite beaucoup de douceur et sera un bon pillier pour Sophie tellement elle est à l'opposé du personnage de Fichini.

 

Les Malheurs de Sophie peut être vu par les petits et les grands, le drame étant soigneusement caché derrière le joli minois de Caroline Grant, la musique joyeuse d'Alex Beaupain et les dessins plein de vie de Benjamin Renner. Même s'il y a quelques regrets par rapport à la narration, ce film peut donner un peu de baume au coeur et est vraiment mignon.